‹ Études sur Sainte-BeuveChapitre 31 sur 139 · Scapin · texte numérisé non relu

Scapin

2. Un Châtiment, par Alfred Michiels (Bruxelles, Périchon, 1846, petit in-8°, 54 pages). -- 11 y répond d'une manière très âpre aux critiques de Van Hasselt. Il lui conteste absolument tout droit de discuter des théories que Van Hasselt est « incapable » de comprendre . II ajoute : « Je vous défie de prouver que le climat, la situation géographique d'un peuple, la race à laquelle il appartient, les idées qu'il adopte, les circonstances de son histoire, le génie de ses grands hommes et les instincts de la multitude n'influent point sur son art et n'en déterminent pas tous les caractères. Je vous en défie, je vous le répète; prenez tout le temps qu'il vous plaira... vous n'y réussirez point. Ce sont là de ces vérités qui, une foi» dites, demeurent évidentes comme la lumière du soleil. » — On voit que les idées de Michiels sont celles de Taine dans sa Philosophie de VArt; Michiels a, plus tard, revendiqué sa priorité.

ment, le député Verhaegen demanda la suppression du subside accordé à Van Hasselt pour son Histoire des Belges aux croisades et lut des passages de la brochure de Michiels; les deux ministères successifs de de Theux et de Charles Rogier augmentèrent la subvention accordée à VHistoii^e de la peinture flamande et hollandaise ; tous les personnages autorisés comblèrent Tauteur d'éloges, et le roi de Hollande lui accorda la plus gracieuse audience. Aussi son adversaire, qu'il avait menacé du bâton, n'osait même pas répondre ^

Michiels était encore tout bouillant de cette querelle et de cette victoire, quand les numéros du 10 et 11 janvier 1847 de la Presse et des Débats lui tombèrent entre les mains. Et il y lut avec une stupeur indignée « le pompeux éloge » d'une Histoire de la peinture flamande et hollandaise^ par Arsène Houssayc -. Arsène Houssaye avait été Tami de Michiels: c'est lui qui lui avait ouvert la France littéraire ei]ui avait ainsi permis d'attaquer Planche, Sainte-Beuve et ses autres adversaires ; dans rArtiste dont il était le directeur, il avait

1. Scapin. — D'après les Annales parlemenLaires de Belgique, le député Verhaegen, dans la séance de la Chambre des représentants du 24 décembre 1846, critiqua en etfet Fouvrage de Van Hasselt, l'accusant de* n'être « au fond qu'une mauvaise compilation marquée au coin de l'exagération et de l'obscurantisme ». Mais, dans le compte rendu des Annales^ Michiels n'est pas nommé.

2. Edition de grand luxe, publiée chez Hetzel, en livraisons infolio. La 66° et dernière livraison est annoncée le 9 janvier 1847 par la Bibliographie de la France.

publié plusieurs articles de Michiels*. Mais le bouillant écrivain n'y songea même pas. Il avait vu dans r Artiste des fragments de cette Histoire; il s'était indigné qu'Arsène Houssaye marchât sur ses brisées et lui ravit son sujet; il s'était indigné bien plus encore, en croyant voir qu'Arsène Houssaye l'avait (V copié ». Sous le pseudonyme de Jules Perrier, il écrivit deux articles violents dans la Revue de Belgique-, L'affaire pour cette fois ne fit pas grand bruit.

Mais quelques mois après, VHistoire d'Arsène Houssaye eut une seconde édition 3. Il en parut

1. En 1836, VHistoire et Description des anciens monuments de Paris (dans 3 livraisons) et /a S/a/we de Pompée; — en iS31 ^VHistoire de la peinture en Allemagne (dans 9 livraisons : c'est l'essai recueilli par Michiels dans ses Etudes sur V Allemagne^ et le premier extrait en est, dans V Artiste, accompagné de la note suivante : « La plus grande partie de ce travail est extraite d'une Histoire générale de la peinture, écrite en allemand par M. Kugler) ; — en 1838, le Poème du vieux marin par Coleridge. — En 1840, un article de V Artiste, signé X*** et intitulé Un peu partout, signalait les attaques qui se produisaient à ce moment contre Sainte-Beuve et Planche, sans dire où elles paraissaient ni quel en était l'auteur. A la table du volume (2* série, t. VI), cet article est attribua à Arsène Houssaye.

2. T. 111, p. 199, Deux Plagiaires français : « Le 10 et 11 janvier 1847, deux feuilles françaises, les Débats et la Presse contenaient le pompeux éloge d'un nommé Houssaye... etc» Perrier, par une comparaison des textes de Michiels et de Houssaye, veut prouver que le second est un plagiaire. Il déclare d'ailleurs qu'il n'a pu se procurer l'ouvrage, et qu'il fonde sa comparaison sur les fragments publiés par V Artiste, — Dans un Bulletin littéraire d'un numéro ultérieur, il revenait sur la question : Encore M, Arsène Houssaye. « Notre dernier article n'a pas été du goût de M. Arsène, et il a jugé à propos d'y faire une réponse — indirecte, bien entendu. L Artiste du dimanche 7 mars renferme une tirade outrecuidante d'un bout à l'autre, etc. »

3. Edition moins luxueuse, 2 vol. in-8«, chez Sartorius; annoncée le 3 juillet par la Bibliographie de la France.

dans le Charivari du 30 et 31 juillet 1847 un compte rendu élogieux, qui commençait ainsi : « C'était une histoire à faire. Car la nomenclature sèche, de Descamps est moins une histoire qu'un catalogue, etc. » Alors Michiels de protester encore et d'écrire cette lettre au Charivari:

8 ^oût.

Monsieur,

Dans votre numéro du 30 juillet dernier, vous dites que l'histoire de la peinture flamande et hollandaise était un ouvrage à faire et que M. Houssaye vient de combler cette lacune. Vous avez pu être induit en erreur à cet égard, mais vous avez trop de loyauté pour ne pas me permettre de répondre. Lorsque le livre de M. Houssaye parut à la fin de décembre 1846, j'avais déjà publié trois volumes sur cette matière. L'auteur des On^e Maîtresses délaisséesle savait si bien qu'il s'est emparé non seulement de mon titre, mais d'une partie de mes idées, du résultat de mes recherches, de faits que j'avais découverts, et a même copié textuellement plusieurs passages.

Voilà ce que je le défie de nier ; s'il l'essaye, je mettrai sous les yeux du public toutes les preuyes de ce que j'avance.

Agréez, je vous prie, le témoignage de ma parfaite considération.

Alfred MiCHlELS.

Naturellement Arsène Houssaye protesta à son tour :

11 août.

Monsieur,

Je ne répondrai pas à M. Michiels, qui m'apprend aujourd'hui par votre journal que je me suis emparé de son titre : Histoire de la peinture flamande et hollandaise^ de ses idées, de son style, de son livre tout entier. Ainsi il est bien entendu qu'avant cet écrivain les peintres flamands et hollandais n'existaient pas. Il a inventé Van Eyck, Rubens, Rembrandt et Ruysdaël, on ne saurait trop le reconnaître.

Je répondrai à vos lecteurs par des dates. — Mon histoire tout entière était imprimée en novembre 1846, et l'écrivain en question n'a pas encore dépassé le XVI® siècle, àce qu'il dit. — J'ai publié deux fragments de mon histoire dans l'ancienne Revue de Paris : en décembre 1842, le Téniers^ en janvier 1843,1e Breughel ; M. Michiels ne songeait pas sans doute alors à inventer les peintres flamands et hollandais. — En juin 1845, le Van Dick^ chapitre écrit depuis plus d'un an, en était imprimé par V Artiste. Ce chapitre fut suivi de près par celui qui a pour titre : Naissance de Vart en Hollande. — Enfin, en novembredela même année (et non en 1846, comme l'affirme l'auteur de la lettre) ^V Introduction et toute la période des Van Eyck aux Breughel paraissait, format in-folio,

chez M. Hetzel, ainsi que le témoigne \q Journal de la librairie : or le livre de celui qui réclame ne sera pas terminé avant deux ou trois ans.

Je veux, ni ne dois me constituer le défenseur de mon histoire. Les livres ne sont jamais bien défendus que par eux-mêmes. Ils ne doivent être jugés que par la critique et le public. Du reste puisqu'il est question de livres d'art, cette cause sera débattue dans V Artiste^ par des hommes qui font autorité à Bruxelles et à Paris,

Agréez, etc.

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