À Farticle Houssaye
et la guerre commença. Mais, tandis que, pour soutenir des principes dans lesquels j'ai encore aujourd'hui la plus inébranlable confiance, j'excitais des haines profondes et vivaces, tandis que les Planche, les Sainte-Beuve, les Nisard, les Villemain se déchaînaient contre moi, trouvant d'ailleurs des séides intéressés, le héraut d'armes qui avait ouvert la lice, M. Houssaye, allant de l'une à l'autre tente, ne prenait soin que d'exploiter les deux camps. Il épiait les paroles et les projets des rédacteurs de la France littéraire et en instruisait fidèlement, promptement les auteurs de la Revue des Deux Mondes. »
A son tour, Arsène Houssaye lança une brochure : Un martyr littéraire^ touchantes révélations^ . Délaissant sa défense, il prenait l'offensive, et, à son tour, d'après Van Hasselt, il accusait Michiels d'avoir pillé les auteurs allemands et hollandais pour son Histoire des peintres. Seulement, dans son introduction et pour discréditer son ennemi, il citait les phrases les plus violentes où Michiels avait injurié Planche, Nisard, Philarète Ghasles et enfin Sainte-Beuve.
Ce fut pour Michiels un trait de lumière. Comme un éclair subit illumine la nuit obscure et montre son chemin au voyageur égaré, cette insistance de Houssaye à rappeler sa polémique avec la Revue
1. 1 vol. Paris, Typographie A. René, in-8° de 16 pages, 1847.
des Deux Mondes illumina pour lui le mystère : c'étaient ses vieux ennemis, c'était Sainte-Beuve surtout qui avaient tout machiné! Il y avait làdessous une ténébreuse intrigue. Et alors, avec cette ingéniosité, avec cette logique que donne la manie de la persécution, il assembla tous les faits, même les plus divers, même les plus futiles : et il bâtit son histoire de brigands. La liste civile et le ministre de l'Intérieur, Duchâtel, ont souscrit pour cent exemplaires de Touvrage de Houssaye*; Salvandy, ministre de l'Instruction publique, Ta décoré et lui a accordé une subvention ; f Artiste a publié des vers de Sainte-Beuve; Sainte-Beuve a consacré un article à Rémusat : tout cela se rattache au même complot infâme. « Faut-il tout dire pendant que nous y sommes? N'est-ce pas M. Sainte- Beuve qui a encouragé, stimulé M. Houssaye à faire l'honnête spéculation dirigée en même temps contre moi, contre le ministère et le public? Ne lui a-t-il pas assuré la protection de MM. Vitet et de Rémusat, ses amis intimes? N'a-t-il pas obtenu qu'ils recommandassent l'entrepreneur de littérature à MM. Duchâtel et de Salvandy? Belle cause qu'ils doivent être fiers d'avoir menée à terme en jouant le rôle de dupes! L'article sur M. de Rémusat, publié dernièrement par M. Sainte-Beuve, m'a tout l'air
Un Entrepreneur de liUérature.
d'une expiation : il fallait adoucir le légitime dépit d'un homme d'honneur mêlé à une si triste affaire. Le mielleux écrivain n'a-t-il pas appuyé l'auteur des Onze Maîtresses délaissées auprès du Ministre de l'Instruction publique? La résolution de M. Houssaye ne date-t-elle pas du moment où il a donné asile, dans r Artiste^ aux vers de M. Sainte- Beuve, exilés de partout*? Le but qu'ils se proposaient l'un et l'autre, c'était de me poursuivre jusqu'en Belgique. Les estampes devaient éblouir les badauds, le texte me faire une prétendîie concurrence, et l'énorme souscription du Gouvernement Français achever ma déroute. Le Gouvernement Belge aurait fini par regretter ses subsides, par croire mon travail inutile. Le plan n'était pas trop mal conçu, mais il ne fallait point recourir pour l'exécuter .à la fraude littéraire et au dol commercial 2. »
La tactique de Michiels était toute indiquée : il fallait dévoiler ce mystère d'iniquité. C'est pour cela
1. Michiels met en note : « Lorsqu'au mois de février mon livre parut en France, M. Houssaye écrivit sur le sien, dans son journal un article dont voici le début : « Le magnifique ouvrage de M. Hous- « saye met en éveil toute la critique d'outre-Rhin. » M. Sainte- Beuve mit à la suite quelques bouts rimes, comme pour me dire : « Je suis là, je dirige la manœuvre. » — L'article de V Artiste n'est pas signé. Ce n'est qu'un encadrement pour un fragment du livre, et pour un extrait très louangeur d'un article de la Presse, attribué à Théophile Gautier. C'est sans doute pour cette raison qu'à la Table l'article est accompagné des initiales T. G. — Il est suivi immédiatement de V Automne, imité de l'anglais de Southey, poésie signée : Sainte-Beuve (Cf. Poésies, II, ip. 102).