‹ Études sur Sainte-BeuveChapitre 46 sur 139 · Correspondant, p · texte numérisé non relu

Correspondant, p

Tous les jurys du monde semblent convaincus que

Quelque crime toujours précède les grands crimes ;

et les avocats le savent bien : lorsqu'ils le peuvent, ils ne manquent jamais d'étaler, devant les « douze citoyens propres et libres » qui vont rendre le verdict, les antécédents honorables de leur client. Mais les procureurs de la République ne le savent pas moins, et, eux aussi, ils examinent les antécédents, avec d'autres intentions ; il n'y a pas un réquisitoire bien fait où ne paraisse une petite biographie « à la manière noire » de l'accusé. Le réquisitoire de M. Bertrin — car c'est bien un réquisitoire — est conforme à cet usage : il accumule les faits capables de nous mettre en défiance. Dirai-je ici toute ma pensée? oui, sans doute, puisque je viens de faire un petit grief à M. Bertrin d'avoir trop timi-

dément exprimé la sienne. Il me semble avoir un peu abondé dans son propre sens, et tiré, des événements qu'il raconte ou des citations qu'il apporte, des conclusions exagérées. Si nous reprenons ces choses une à une, nous trouverons, je crois, que quelques-unes peuvent n'être pas approuvées, mais qu'aucune ne nous autorise à croire Sainte-Beuve capable d'un faux conscient et volontaire.

Je négligerai ici l'histoire des papiers de Fontanes. M"® Christine de Fontanes, dit M. Bertrin, avait confié les papiers de son père au critique, à condition qu'il ne prendrait copie d'aucune lettre ; Sainte-Beuve promit, et, ayant promis, copia*. Si cela est exact, l'acte est déloyal et l'indélicatesse blâmable. Mais M. Bertrin a senti lui-même que c'est un argument pour certains de ses adversaires (qui croient à l'authenticité du passage et admettent que Sainte-Beuve l'a dérobé) et non pour lui. Eux, en effet, peuvent s'en servir, puisqu'ils concluent du même au même, de l'abus de confiance à l'abus de confiance; lui, il ne pourrait l'utiliser qu'en concluant du moins au plus, de l'abus de confiance au faux.

Mais M. Bertrin signale les cas où Sainte-Beuve a « prêté son style à autrui, en oubliant d'en prévenir... Assez souvent..., il donne pour la réflexion

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