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un article; ils sont publiés à part, sans commentaires, sans remarques. Cela seul n'est-il point déjà un avertissement? Depuis quand Sainte-Beuve faitil ses livres à coups de ciseaux comme un journaliste de dernier ordre sa gazette? Depuis quand y insère-t-il ainsi des pages étrangères sans les amener ou les encadrer? Mettons même les choses au pire : si cette « feinte » est capable de nous duper, qui compromet-elle ? Sainte-Beuve n'a rien tiré de là, ni contre Hazlitt ni contre Diderot, et il n'en pouvait rien tirer, et nul n'en peut rien tirer contre eux. Qu'on trouve ces allures tortueuses déplacées chez Sainte-Beuve, qu'on s'irrite de le voir tant aimer les masques, soit; mais, de cette supercherie sans fiel, conclure qu'il peut commettre des supercheries diffamatoires*, de ce qu'il prête des idées ou des sentiments inoffensifs, conclure qu'il peut aussi prêter des aveux calomnieux et s'en servir avec acharnement contre sa victime^, c'est un raisonnement bien hasardeux.
1. M. Bertrin remarque que ces passages ne présentent pas « autant d'intérêt » que celui de Chateaubriand [Con'espondant^ p. 938). C'est précisément ce que je dis, et c'est pourquoi j'estime qu'il est impossible de conclure des uns à l'autre, 1' « intérêt > venant ici des conséquences qu'on peut en tirer.
2. M. Bertrin dit encore : « Admettez... qu'il ait vécu quelques années encore, qui dira s'il n'aurait pas fait pour le passage de Chateaubriand ce qu'il a fait pour ceux des autres ? » {Correspondant^ p. 938). Cette supposition me paraît énorme. M. Bertrin ne semble pas voir la différence qu'il y aurait entre les deux cas et il semble oublier surtout l'usage qu'a fait Sainte-Beuve du passage de Chateaubriand. Se figure-t-on Sainte-Beuve écrivant avec tran-
M. Bertrin allègue encore « que l'éminent critique a exposé, à l'occasion, des théories qui donnent un peu à réfléchir* ». Il cite cette page de l'article sur les Mémoires de Mirabeau :
M. Lucas Montigny se plaint amèrement de Manuel, l'ancien procureur de la Commune, qui, en publiant le recueil des lettres à Sophie, a négligé quelques suppressions faciles, quelques arrangements de convenance et de morale, qui auraient suffi pour rendre cette lecture irréprochable, ou du moins attrayante sans mélange.
Nous sommes de son avis en cela, et il nous semble qu'en ce qui touche les portions toutes romanesques de la vie des grands hommes, s'il y a peu à faire pour les rendre plus complètes et harmonieuses, il est permis de Toser; mais un goût parfait, une discrétion extrême devraient présider à ces légères et chastes atteintes. En lisant les admirables lettres de Diderot à sa Sophie (car c'était aussi le nom de M""* Voland), j'ai regretté, vers la fin, d'y trouver les détails de ces indigestions fréquentes dont se plaint un estomac qui vieillit; il y a dans les lettres de Mirabeau à Sophie des pages qui désenchantent bien plus encore. Je con-
quillité : « Vous vous rappelez le texte que j'ai cité; vous vous rappelez toutes les conclusions que j'en ai tirées et comment je m'en suis servi pour « démolir» Chateaubriand ; eh bien, ce texte est de moi; j'ai trouvé ingénieux de faire avouer à Chateaubriand les choses dont je le soupçonnais ». — Qui admettra une chose pareille ?