‹ Études sur Sainte-BeuveChapitre 51 sur 139 · Correspondant ^^.^'è · texte numérisé non relu

Correspondant ^^.^'è

cevrais qu'un art délicat, sans le dire, eût altéré, omis, et quelque peu arrangé cette fin des choses. Faute de quoi, et tout en sautant de son mieux les délices sensuelles de Tun, en oubliant les indiges^ tions finales de l'autre, on demeure encore reconnaissant pour de telles lectures*.

M. Bertrin s' « effraie » de ces principes pour Tauteur des Mémoires; mais ce sont des « effrois » d'une espèce bien rare, des effrois de triomphe. Le triomphe et Teffroi sont peut-être exagérés ici.

Supposons d'abord que Sainte-Beuve ait prétendu formuler dans ces lignes des règles de conduite pour le critique. Qu'en résulterait-il en ce qui regarde Chateaubriand? Que Sainte-Beuve aurait voulu rendre sa vie « plus complète et plus harmonieuse? » Franchement, ce n'est pas l'impression que produit Chateaubriand et son groupe. Quïl aurait simplement « arrangé » la « portion romanesque » de sa vie pour la faire « attrayante sans mélange? » Mais alors, quelle belle matière à développement lui offrait la phrase suspecte aux yeux de M. Bertrin : « Je lui demandais... de la gloire pour me faire aimer » ; quelle importance il y aurait attachée et comme il l'aurait mise en lumière entre toutes! Eh bien, pas du tout; des trois explications que Chateaubriand a données de

i. Portraits contemporains, II, p. 290-91.

sa <( sainte aventure », chercher des images, visiter en croyant les lieux saints, se faire aimer d'une beauté sensible à la gloire, il rejette l'explication romanesque aussi bien que l'explication chrétienne : « Peut-être faudrait41 les accepter toutes ; mais je m en tiens de préférence à la première : «J'allais chercher des images^ voilà tout». Ah! poète et artiste, le mot est lâché... »et la page qui suit^ Ce jugement est peut-être d'un homme malveillant; il n'est sûrement pas d'un homme qui cherche à romancer les faits.

Mais, ce qui est plus important, c'est que Sainte- Beuve ne parle pas ici du critique; il parle de Véditeur^ de Véditeur d'un ouvrage posthume^ de V éditeur d'une correspondance personnelle; et c'est tout autre chose. Est-il vrai qu'en donnant au public des lettres privées, on ait le droit d'en supprimer les banalités, d'en retrancher les passages trop libres (les délices sensuelles de Mirabeau), les détails vulgaires (les indigestions de Diderot), en un mot d'en faire un peu la toilette? Les gens d'autrefois, au nom de la morale et du goût, n'auraient pas hésité à répondre oui; et c'est ainsi, par exemple, qu'ils éditaient les Lettres de M""^ de Sévigné. Aujourd'hui, nous sommes devenus plus méthodiques, plus scrupuleux, plus superstitieux

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