‹ Études sur Sainte-BeuveChapitre 54 sur 139 · Voir Léon Séché, Revue bleue, 10 mars, p · texte numérisé non relu

Voir Léon Séché, Revue bleue, 10 mars, p

premier témoignage de l'abbé est, pour qui connaît ses allures habituelles, une preuve qu'il était sûr de son fait. La lettre n'a donc eu aucune valeur pour lui; d'autant plus qu'elle lui était à la fois désagréable et favorable ; le reproche mérité : « En ce temps-là, je vous ai vu le grand admirateur du grand écrivain », l'a exaspéré; la concession maladroite : ^< Si vous vous étiez contenté, Monsieur, de m'accuser d'exagération, je me serais peut-être contenté devons renvoyer le reproche, en ajoutant que l'exagération qui honore est plus excusable que l'exagération qui déshonore », a paru, à ses yeux prévenus, un aveu atténué. Que ce parti pris soit fâcheux, certes, j'en suis d'accord. Mais il y a longtemps que nous lui connaissions cette tendance au dénigrement, qui lui a fait rapetisser autant qu'il l'a pu ses contemporains illustres, Hugo comme Vigny ou Musset, Lamartine comme Chateaubriand; ce qui serait nouveau, ce serait la démonstration d'une mauvaise foi consciente ; et cette démonstration ne me paraît point faite.

Les « antécédents » de Sainte-Beuve fussent-ils pires encore, fût-il démontré qu'il était capable d'un faux, la question resterait entière de savoir si, en effet, dans le cas présent^ il a commis ce faux. Il est donc nécessaire d'étudier le cas en luimême.

Ce qui saute aux yeux d'abord, c'est V inutilité de la falsification prétendue. Chateaubriand avait dit d'abord qu'il était parti pour la Terre Sainte, par dévotion : « Je serai peut-être le dernier Français sorti de mon pays pour voyager en Terre Sainte, avec les idées^ le but et les sentiments d'un ancien pèlerin ^ » Ailleurs, il néglige complètement cette intention pieuse et il allègue un motif exclusivement littéraire : « J'allais chercher des images, voilà tout-, » Dans le texte que M. Bertrin lui-même tient pour authentique, dans le texte du manuscrit, il laisse entendre, une seconde fois, qu'il ne faisait

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