Correspondant, p
important de cet amour coupable est établi, s'il est établi que, pendant tout son « pèlerinage », Chateaubriand caressait exclusivement cette idée et cet espoir? Or c'est établi par le texte du manuscrit : « Une setde pensée remplissait mon âme». On pourrait presque dire que cette phrase n'ajoute rien au fond du récit, puisqu'elle ne fait que réunir, pour ainsi dire, en un seul les deux aveux authentiques : le désir de la gloire littéraire et la passion coupable. Croit-on que Sainte-Beuve n'aurait pas su tirer parti de cette double confession et montrer comment ces deux motifs se conciliaient? Croit-on que, pour fabriquer une phrase dont il pouvait si facilement se passer, il aurait de gaieté de cœur encouru un tel risque?
Car la falsification n'était pas seulement inutile, elle était dangereuse. Lorsque M. Bertrin veut réfuter ses contradicteurs, qui supposent le texte dérobé par Sainte-Beuve, il écrit : « ... Sainte- Beuve n'aurait jamais eu l'audace de publier en 1836, sous les yeux même de l'auteur, un morceau pris frauduleusement dans ses papiers quelques mois auparavant. Sans doute il en aurait remis la publication à plus tard; on ne va pas ainsi, de gaieté de cœur, se faire prendre en flagrant délit de vol ^ ! » Voilà la remarque la plus