La sincérité^ p
Voyez rironie des choses ! C'est le critique, qui devait être le détracteur le plus redoutable de la sincérité de Chateaubriand, c'est Sainte-Beuve qui a trouvé cette preuve décisive dans les cartons de Fontanes. Il s'est honoré d'ailleurs en la publiant, comme en avouant qu'elle tranche la question — s'il y avait une question. — « Elle en dit plus, écrit-il, que je ne pourrais. Le ton en est certainement étrange, le style exagéré ; celui qui récrit est encore sous l'empire de Texaltation, mais la sincérité de cette exaltation ne saurait être mise en doute un moment ».
Ainsi, Sainte-Beuve est acharné contre Chateaubriand ; il lui prête mensongèrement des confessions accablantes; c'est un faussaire; et, quand il trouve lui-même un texte inédit qui ruine ses calomnies, alors qu'il peut le supprimer ou le taire, il le publie lui-même, il montre lui-même quel parti on en peut tirer contre sa thèse ! Tout cela est inacceptable et il faut bien le rejeter; car enfin, comme dit M. Bertrin : « on ne peut vraiment pas se réfugier dans l'absurde^ ».
1. Correspondant, p. 924. — Voir aussi dans Chateaubriand et son groupe^ II, p. 113, Téloge que fait Sainte-Beuve de la dignité de Chateaubriand.
Si ces remarques sont exactes, le faux est donc inadmissible. Cependant l'authenticité du passage n'est point pour cela démontrée. On pourrait admettre une simple erreur de Sainte-Beuve. Mais alors il faudrait supposer qu'il a reproduit de mémoire les passages qu'il a pu citer. C'est ce que pense M. Bertrin; et, s'il était forcé de reconnaître kl bonne foi de Sainte-Beuve, c'est sur cette hypothèse, on le sent, qu'il se rejetterait.
11 faut noter d'abord que cette supposition est contredite par l'affirmation formelle de Sainte- Beuve : « Je donne le texte tel que je l'ai transcrit en 1834, avant les dernières corrections* ». Sans doute il y aurait une pétition de principe k recevoir sans réserves cette déclaration, puisque la bonne foi de Sainte-Beuve est mise en question ; mais il y en aurait une aussi à la rejeter a priori^ puisque sa mauvaise foi n'est point établie. — D'ail-