‹ Études sur Sainte-BeuveChapitre 61 sur 139 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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leurs, la parole de Sainte-Beuve semble vérifiée par un premier examen des notes que M. Troubat a publiées en fac-similé. C'est bien ainsi que nousmômes, à la lecture d'un livre quelconque, nous prenons nos notes; nous résumons par quelques mots, par des phrases inachevées, des passages entiers ; quand nous arrivons à un passage plus intéressant, dont nous pensons pouVoir nous servir, nous ouvrons des guillemets, et nous le copions intégralement. Faisons-nous de même pour résumer ce que nous avons entendu ? Je ne le crois pas; il nous est alors moins loisible peut-être de distinguer du premier coup la valeur respective des divers morceaux; mais surtout nous n'oserions point prétendre restituer textuellement des citations un peu longues. Nous noterions peut-être un terme expressif, une alliance de mots frappante, à la rigueur, une phrase brève qui nous paraîtrait significative; mais quinze lignes comme dans le fragment actuel, neuf lignes, treize lignes, onze lignes, sept lignes comme dans les quatre citations que contenait l'article de 1834, mais six pages comme V Avenir du Monde ^ jamais. Pour que Sainte-Beuve ait eu cette prétention, il faudrait qu'il ait eu et une mémoire miraculeuse, et une confiance outrecuidante en cette mémoire.

Est-il vrai qu'en lisant ces notes « de près », on revienne de cette impression première, qu'on re-

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connaisse un « auditeur intelligent qui résume ce qu'on a lu devant lui, qui reproduit, pour les conserver, les phrases ou les expressions qui Tout particulièrement frappé et qu'il a sans doute notées au passage^? » M. Bertrin le croit; je doute qu'il réussisse à convaincre tout le monde. — Sainte- Beuve écrit Buzchtirhad^ et le mai^uscrit Biitschirad. Mais quel manuscrit? Celui de M. Champion? il ne vaut rien ici, puisque Sainte-Beuve, s'il a copié, a copié le manuscrit de 1834. Est-il impossible que Chateaubriand ait commis une erreur, et qu'il Tait, dans la suite, reconnue et corrigée? — Sainte- Beuve écrit ailleurs : « je sentis », et le manuscrit de M. Champion : « je sentais ». Ce peut être une correction de l'auteur. — Sainte-Beuve note : « Phrase quelque part en parlant de René : « Quand je peignis René, etc. »; donc, s'écrie M. Bertrin, il ne copie pas, car, s'il copiait, il saurait où il prend cette citation. M. Bertrin est-il sûr de bien interpréter la note ; Sainte-Beuve n'a peut-être pas voulu dire : il y a quelque part, mais mentionner pour lui-même et pour son article futur : rappeler quelque part. — Sainte-Beuve écrit ; « Jour de Saint-François en voyage ; époque annuelle d'examen de conscience ». M. Bertrin raisonne longue-

1. Correspondant^ p. 927. — Sur cette idée de Sainte-Beuve prenant des notes dans son chapeau ou sur se§ manchettes, voir l'article de M. Faguet.

ment pour démontrer qu'il y a là une erreur. Pourtant je lis dans les Mémoires (TOiitre-Tombe : « Du l"' au 4 octobre, je revis les lieux que j'avais vus trois mois auparavant. Le 4, je touchai la frontière de France. La Saint-François m'est, tous les ans, un jour d'examen de conscience. Je tourne mes regards vers le passé: je me demande où j'étais, ce que je faisais à chaque anniversaire précédent. Cette année, 1833, soumis à mes vagabondes destinées, la Saint-François me trouve errant..., etc. * ». Où est l'erreur dans le résumé de Sainte-Beuve ? — M. Bertrin, dans son intrépidité de démonstration, va môme plus loin encore. Il prétend démontrer par des « observations analogues ^ » que les six pages de r Avenir du Monde sont également (( écrites de souvenir ». Je n'en croirais rien, même si je n'avais pas de preuve certaine; je me refuserais à supposer que Sainte-Beuve, si attentif alors à n'offusquer en rien son illustre ami, ait commis l'inconvenance de citer entre guillemets, comme authentique, un texte adultéré, de mêler son style au styledel'auteurd'^^û/tt.Maisily aplus, et, dans son article de la Revue des Deux Mondes^ Sainte-Beuve affirme expressément qu'il fait une citation : « Ne pouvant à loisir tout embrasser, nous finissons,

1. Chapitre des anciennes éditions, daté du 26 septembre au 6 octobre 1833 et intitulé Rencontre à Schlau — Carlsbade vide, etc.

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