‹ Études sur Sainte-BeuveChapitre 72 sur 139 · Correspondant, p · texte numérisé non relu

Correspondant, p

fance des scènes successives de cette enfance, elle perd la convenance qu'elle a dans Tordre de la narration, et il ne lui reste que sa frivolité ; si je livre un portrait, un morceau de politique, sans ce qui les précède ou les suit, on ne voit plus ce qui les justifie ou les amène. Tel livre de mes Mémoires est un voyage, tel autre s'élève à la poésie, tel autre est une aventure privée, tel autre un récit général, une correspondance intime, le détail d'un congrès, le rendu-compte d'une affaire d'Etat, une peinture de mœurs, une esquisse de salon, de club, de cour, etc. Tout n'est donc pas adressé aux mêmes lecteurs, et, dans cette variété, un sujet fait passer l'autre. Vous désireriez particulièrement. Monsieur, mon travail sur Venise ; comme il est très long, je ne pourrais vous le communiquer en entier. Vous ne verriez alors ni les rencontres que j'ai faites dans cette ville, ni mes investigations sur J.-J. Rousseau et lord Byron ; les souvenirs de mon premier passage à Venise en 1806 et mes dernières rêveries au Lido en 1833 ne se mêleraient plus à la beauté et à la tristesse de la merveilleuse cité mourante. Je ne crois pas qu'il y ait au monde un auteur moins infatué que moi de ses œuvres et qui en fasse meilleur marché ^ ; toutefois il est des mutilations qu'on ne peut exiger de la vanité la plus accommodante 2.

1. Cette phrase, dans son genre, dans le genre modeste, est admirable.

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