‹ Études sur Sainte-BeuveChapitre 75 sur 139 · Portraits contemporains^ I · texte numérisé non relu

Portraits contemporains^ I

« mobilité» humaine. Toujours, ou presque toujours, chez lui, sur les doctrines, les écrits ou les auteurs, le désenchantement et la sévérité ont succédé bien vite à l'enthousiasme et à Téloge. Cette versatilité a d'abord été naturelle et comme inaperçue de luimême ; puis, au fur. et à mesure qu'il en a mieux pris conscience, elle est devenue une méthode raisonnée, une doctrine de critique littéraire. Il n'avait pas même parcouru la moitié de sa carrière, que déjà, ayant passé du Globe doctrinaire au Cénacle, du Cénacle au Saint-Simonisme, du Saint-Simonisme au Mennaisianisme, du Mennaisianisme à des velléités de jansénisme et du jansénisme au scepticisme et à l'indifférence, il en était arrivé à faire la théorie de ce droit du critique à l'inconstance, ou plutôt de ce devoir qu'il a d'être inconstant. Dès lors il lui semble naturel, sinon de « faire des rétractations », du moins de « mettre çà et là des correctifs » dans ses ouvrages*. « Trop longtemps, écrivait-il en 1843, la critique a mêlé quelque peu de son vœu, de son espérance à ce qu'elle voulait encore moins juger qu'expliquer et exciter. Cette Revue {des Deux Mondes) a publié, de la plupart des poètes et romanciers du temps, des portraits qui, eu égard au peintre comme au modèle^ ne peuvent être considérés en général que comme des portraits de jeunesse :

Page 1