Vie de Joseph Deloi^me (Poésies
2. Cf. Correspondance^ I, 6 : « Mon habitude prématurée de yieillesse. »
en même temps, il lui proposa de s'essayer au Globe. 11 ne s'agissait pas de romans ni de poésies sentimentales, auxquels le cadre du journal ne se prêtait guère; seulement Sainte-Beuve, comme le dit Dubois, pouvait « chercher là à la fois une distraction à ses noires pensées et l'exercice d'un talent qui voulait de l'air, sans toutefois rompre encore avec la médecine et son hôpital. La place que je pouvais assurer à ses essais et la modique rétribution dont notre dévouement et notre modestie à tous se contentait, ne pouvait être une ressource. Ce que je considérais et ce qu'il considérait de même avec moi, c'était le soulagement de son âme par l'expansion; et je lui citais l'exemple de Gœthe, qui, une fois déchargé dans son Werther de ses rêveries douloureuses, ne ressentit plus le mal qu'il communiquait ainsi à tant d'autres* ». C'était là quelque chose de bien modeste et qui assurément ne correspondait point pleinement aux ambitions plus hautes de Sainte-Beuve. Mais après, tout, c'était encore une manière de se rattacher à la littérature, de se donner l'illusion pour le moment, plus tard peut-être les moyens, d'être vraiment un homme de lettres. Sainte-Beuve accepta, avec l'intention de faire, le plus tôt possible, plus et mieux.
1. Lair, Un Maître de Sainte-Beuve {CoiTespondanty 25 avril 1900, p. 319). — Il semble que cet exemple de Gœthe ait beaucoup frappé l'esprit de Sainte-Beuve : il Ta lui-même cité plus tard à de multiples reprises dans les Lundis etles Nouveaux Lundis,
Il commença, sous la direction de Dubois, par « apprendre son métier^... » Tout d'abord, dans une série de petits articles historiques et géographiques, il décrivit les lieux qu'illustraient à ce raoïnent même les exploits des Grecs révoltés; Puis il fut appelé à rendre compte des ouvrages récents 2. Et dès lors, plus directement mêlé à la vie littéraire, il arriva à concevoir d'une façon plus nette et à exprimer d'une façon plus explicite les doctrines littéraires auxquelles son esprit s'attachait alors.
Ces doctrines sont bien celles qu'on devait s'attendre à rencontrer chez un jeune homme, frais émoulu comme lui de fortes études classiques, et mêlé pourtant à un groupe d'écrivains épris des idées de progrès.
A ses yeux, le xvii^ siècle, ce « si beau siède », est « le grand âge littéraire ^ ». Il en admire tous les grands écrivains, non seulement ceux que les plus novateurs toléraient encore ou louaient, comme Molière et La Fontaine, mais ceux même qu'ils battaient le plus en brèche. Racine est le modèle inégalable qu'il propose aux poètes, et il le célèbre presque sans restrictions, attribuant ses faiblesses, là oîi il est contraint de lui en reconnaître , à la faiblesse