‹ Études sur Sainte-BeuveChapitre 89 sur 139 · Cf. Michaut, Sainte-Beuve avant les Lundis, chap. iii-v · texte numérisé non relu

Cf. Michaut, Sainte-Beuve avant les Lundis, chap. iii-v

ni Sainte-Beuve ni le Globe n'admettent plus ces obligations surannées; et, à leurs yeux, la première qualité des œuvres littéraires, c'est de satisfaire, selon l'expression de Sainte-Beuve, à « ce besoin presque unanime de vérité qui se proclame hautement dans tous les arts de notre époque ^ » 11 semble bien que ce soit la même doctrine que prêchaient justement alors les écrivains de l'école romantique. Et pourtant le Globe est l'adversaire décidé de tous ceux qui sont pour nous les véritables romantiques, les collaborateurs de la Muse française^ les futurs membres du Cénacle. Il les poursuit avec autant de sévérité que les faux classiques. C'est que, aux yeux des écrivains du Globe ^ le romantisme est la liberté de l'art 2, mais une liberté sage, raisonnable, et qu'ils ont à cœur de distinguer de la licence. Si l'art est affranchi des lois arbitraires que les philosophes abstraits et les critiques arriérés ont prétendu lui imposer, il n'en existe pas moins des lois, qui, semblables aux lois non écrites du poète grec, s'imposent invinciblement à lui : les lois de la langue, les lois du goût, les lois de la raison. Le Globe est choqué des termes insolites qu'emploient parfois les nouveaux écrivains, des inversions forcées, des constructions inusitées qu'ils osent risquer; il est choqué des

1. Globe (Petite Revue littéraire)^ 28 décembre 1825. Non recueilli.

2. Vitet, De V indépendance en matière de goût {Globe, 2 avril 1825) .

inventions excessives, des figures hardies ou prétentieuses qui, à son gré, déparent leurs écrits; il est choqué enfin de les voir imbus d'idées qui lui semblent, à lui, d'un mysticisme effréné contraire à la raison, et il ne peut, sans raillerie, les suivre dans leurs rêveries nuageuses. Leurs audaces lui paraissent aussi funestes que les timidités du parti contraire. S'il exprime avec tant d'enthousiasme son admiration pour les leçons de Villemain, c'est parce qu'il voit en lui un auxiliaire puissant contre ce double danger : « Nul ne peut mieux que lui, par ses leçons comme par ses exemples, défendre notre littérature de deux fléaux qui l'affligent en même temps : de l'esprit de routine, esprit superstitieux et timide, qui voudrait nous condamner à l'immobilité, et de cette indiscrète manie d'innover, qui fait regarder à quelques écrivains le bon sens comme une mode surannée, la propriété, la correction et la pureté du style comme des ornements superflus..., qui leur fait prendre enfin pour un perfectionnement digne d'être applaudi la bizarrerie des idées et la barbarie du langage*. » Si, à toutes ces raisons littéraires^ on ajoute encore l'opposition fondamentale qu'il y avait entre la Muse française^ catholique, royaliste « ultra », Qile Globe ^ rationaliste, résigné sans enthousiasme et avec une mau-

Page 1