‹ Études sur Victor Hugo. Introduction, notes et appendicesChapitre 11 sur 57 · KV VHi: DK · texte numérisé non relu

KV VHi: DK

I1U(.() KN 1842

Il aux; il csldo I Opinion tliipaiiiphlol, de 1 oj)inioude la tabagie, de ro])iin()n dv la rue et de l'émeute. Six mois durant, eliacjue jour il dépose sur son nlhnni (Journal des idées et des opinions d un rés'olutionnaire de 1830) une pensée quelconque, ou folle ou violente, qu'il croit de son propre fond, et qui n est (pie 1 écho, souvent plus grotesque et plus déraisonnable, d'un méchant article ou d'un méchant discours. Bref, quatre années sont nécessaires à cette forte tête pour qu'elle se remette à peu près de la commotion qui l'a dérangée. Alors, et les luttes du grand ministère du 11 octobre aidant, une nouvelle évolution s'accomplit : le révolutionnaire devient — faut-il le dire ? — à peu près juslc-niiUeu ! Si ce n'est pas tout à fait cela, c'est quelque chose comme cela. Vaille que vaille, il se rétablit dans je ne sais ([uelles médiocres doctrines d'ordre sans profondeur et sans base, de progrès sans voie déterminée, d'attente sans lumière et sans objet, se résumant à conclure qu'il viendra un homme — Olympio peut-être! — qui sera le Mirabeau de la reconstruction, comme il y a eu le Mirabeau de la démolition, et qu'en l'attendant, cet homme rare, tout le monde doit sentir que « dans ce tumulte et dans cette tempête, au milieu de ce combat de tous 'les systèmes et de toutes les ambitions qui fait tant de fumée et tant de poussière , sous ce voile qui

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cache encore aux veux la statue sociale et proçidenticUe à peine êhauchée (qu'est-ce que cela veut ■ dire?); derrière ce nuage de théories, de passions, de chimères, qui se croisent, se heurtent ets'cntredëvorent dans l'espèce de jour brumeux qu'elles déchirent de leurs éclairs; à travers ce bruit de la parole humaine qui parle à la fois toutes les langues par toutes les bouches ; sous ce violent tourbillon de choses, d'hommes et d'idées, qu'on appelle le dix-neuvième siècle, quelque chose de grand s'accomplit M.

Voilà ce qui s'appelle une prophétie, et qui n'est pas, j'espère, compromettante! Et puis :

Peuples, écoutez le poète :

Lui seul a le front éclairé!

Le plus plaisant, — et le plus déplaisant peutêtre, — c'est l'inimaginable, c'est l'incroyable appareil sibyllin avec lequel ces grandes lumières nous sont produites et données. Dans ce livre, où toujours il est à la suite, à la queue d'un journal, servant d'écho même au Constitutionnel , l'auteur parle sans cesse en découvreur de mondes. Vésuve de théâtre, accouchant à grand bruit d'une apparence de fumée ! On est en droit de demander des preuves : je vais en donner de nombreuses, car il faut que cet article, à propos du nouvel ouvrage

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de M. lliij^o, lasse bien connaîlre à nos lecteurs l'aptitude de cet illustre poète à traiter les ad'aires db^tat; et la critique, d'ailleurs, lorsqu'elle ne peut pas ou no veut pas maîtriser ses colères, doit au nioius les justifier. Que nos lecteurs ne l'oublient pas, ce que nous allons leur démontrer a été écrit par INl. Hugo à vingt-huit ans; et après quatre années de repos, le poète, ayant alors trente-deux ans, a jugé le tout digne de radniiiatioji du pul)lic. Nous avons besoin de ces précautions pour nous rassurer : car, malgré nous, nous traitons 1 auteur avec un res pect qu'il n'a pas pour lui-même, et nous craignons d'aller jusqu'aux dernières limites de l'outrage en reproduisant ce qu'il imprime, réimprime, vend et vante le plus qu'il peut.

En août 1830, on fait accepter à Paris affolé un roi dont la France avait grand besoin depuis quel- j ques jours, et, pour concilier tous les avis, on appelle ce roi la meilleure des républiques; on fait applaudir, par la nation la plus spirituelle du monde, le non-sens du trône entouré cl' institutions républicaines. M. Hugo, de son plus grand air d'aigle, prend la chose au sérieux et prononce :

Août 1830. — Après Juillet 1830, il nous faut la chose x'épublique et le mot monarchie.

Encore, s'il avait dit le contraire ! ce n'eût pas

fté beaucoup plus juste, mais c'eût été beaucoup moins extravagant, et le poète se fût trouve de l'avis (le Napoléon, (pii ne dédaigna pas d'être empereur de la République française.

Deux jours après, M. Hugo, ayant découvert la raison des gouvernements et constaté l'état actuel de la France, promulgue les axiomes suivants. On croirait entendre M. de la Palisse jugeant le Dis- (■ours sur l' histoire universelle.

Les sociétés ne sont bien gouvernées, en fait et en droit, que lorsque ces deux forces, l'intelligence et le pouvoir, se superpostnt. Si l'intelligence n'éclaire encore qu'une tête au sommet du corps, que cette tête règne : les théocraties ont leur logique et leur beauté. Dès que plusieurs ont la lumière, que plusieurs gouvernent : les aristocraties sont alors légitimes. Mais lorsque enfin l'ombre a disparu de partout, quand toutes les têtes sont dans la lumière, que tous régissent tout. Le peuple est mûr à la république : qu'il ait la république.

Creusez cette pensée, qui pourrait bien être empruntée au Courrier français, et, suivant le conseil de Bossuet, faites un peu là-dessus raisqnner le poète. Il vous prouvera que nous sommes tous dans la lumière, ou que nous allons y arriver, car :

Tout ce que nous voyons maintenant, c'est une aurore. Rien n'y manque, pas même le coq.

0 penseur !

I, (K \ V H K DE V . Il U (; O K X 1 8 'i 2

Suivoiit CCS apophtegmes, d'une gTaiide force :

Les rois ont le jour, les peuples tmt le leiukinaiii.

La dernière raison des rois, le boulet. La deniièie raison des peuples, le pavé.

Cherchez, malheureux lecteur! — Puis des profondeurs et des éclairs :

Ce qui nous ."end forts, c'est que nous pouvons lâcher son peuple sur tout roi qui nous lâchera son armée. Une révolution combattra pour nous partout où nous le voudrons.

Notre maladie, depuis six semaines (ceci est daté de septembre), c'est le ministère et la majorité de la Chambre qui nous l'ont faite : c'est une révolution rentrée.

Nous devions chercher à nous lier de plus en plus étroitement avec la population anglaise, pour tenir en respect son ministère, et pour cela envoyer en Angleterre un ambassadeur populaire. Benjamin Constant, par exemple, dont on eût dételé la voiture de Douvres à Londres, avec douze cent mille Anglais en cortège. De cette façon notre ambassadeur eût été le premier personnage d'Angleterre; et qu'on juge du beau contre-coup qu'eût produit à Londres, à Manchester, à Birmingham, une déclaration de guerre à la France! Planter l'idée française dans le sol anglais, c'eût été grand et politique.

Oui, de la plus belle et de la plus grande politique du Constitutionnel.

Charles X croit que la révolution qui l'a renversé est un conspiration creusée, minée, chauffée de longue main. Erreur! c'est tout simplement une ruade du peuple.

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Mon ancienne conviction royaliste-catholique de 1820 s'est

ëcroulée pièce à pièce depuis dix ans devant l'âge et l'expé-

I rience. Il en reste pourtant encore quelque chose dans mon

j esprit; mais ce n'est qu'une religieuse ei poétique ruine. Je

' me détourne quelquefois pour la considérer avec respect,

mais je n'y viens plus prier.

L'adieu est sec. L'on ne peut se consoler plus lestement d'avoir perdu sa foi; l'on ne saurait donner, d'un événement si considérable dans la vie d'un homme qui pense, des raisons plus concises. Mais c'est qu'en effet le poète n'en avait pas de meilleures ni d'autres à donner. Cette expérience dont il parle, nous l'avons tout à l'heure expliquée plus clairement que lui : ce sont les drames à faire, les amours impudiques à chanter, les journaux et la foule à flatter : toutes choses impossibles au chrétien, et devenues, particulièrement la dernière, très difficiles au royaliste. 0 poète! ô prophète! vous avez un confrère parmi les apôtres, et ce n'est pas celui qui renia son Maître, mais celui qui le vendit à la I Synagogue pour trente pièces d'or ! Dix vous ont été payées par le caissier du théâtre, et vous lui avez vendu la monarchie ; dix vous ont été payées par le libraire, et vous lui avez vendu la chasteté, lu pudeur et l'Eglise; le public vous a payé du reste <'u applaudissements, et vous lui avez vendu Dieu!... Mais non ! je retire ces paroles : non ! vous n'êtes

j)as iiii traîtic; vous n'êtes qu'un poète, une nature débile et vaine, une femme.....

Jloninio, il esl vain comme une femme.

Vous n'avez rien suerifié à l'or ; vous avez tout sacrifié au besoin de plaire. Quelques gredins hurlaient le soir, dans les théâtres et parles carrefours, contre la religion et contre la royauté ; vous les avez entendus, et tout de suite il s'est trouvé que vous n'aimiez plus la royauté, et f[ue vous n'aviez plus de religion. Vous me faites grandement pitié, Monsieur ! Quand un homme de cœur abjure, sans en embrasser une autre qu'il croit meilleure, son ancienne croyance, il se tait là-dessus ; il respecte ces convictions qu'il n'a pas remplacées : il les respecte pour lui-même, ne se présentant pas cyniquement au pu])lic comme un homme qui ne croit à rien ; il les respecte pour le repos et le bonheur de ceux qui les ont conservées; il ne dit pas aux plus jeunes que l'expérience éloigne de croire ; il ne fait pas aux plus âgés cet outrage de dire qu'ils se sont entêtés dans un mensonge et dans une erreur. Il a perdu la vérité : il la recherche patiemment ; il attend de l'avoir retrouvée, ou de croire qu'il l'a retrouvée, pour parler. Mais tout cela ne vous regarde point, poète : votre roi, c'est un journaliste; votre dieu , c'est le parterre , et vos remords sont les

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sifflets. Vous me faites grandement pitié, car vous avez été et vous serez criblé de remords.

Continuons. Voici encore une des grandes idées politiques de M. Hugo en septembre 1830 :

La république, selon moi, la république, qui n'est pas encore mûre (il n'y a qu'un mois nous étions mûrs, et le coq ;mnonçait l'aurore; mais le penseur aura lu quelque article du Journal des Débats^ et nous ne sommes plus mûrs : il s'en faut de cent ans), la république, qui aura l'Europe dans un siècle, c eet la société souveraine de la société : se protégeant, garde nationale; se jugeant, jury; s'administrant, commune; se gouvernant, collège électoral.

Les quatre membres de la monarchie, Vannée, la magistrature, Y administration, la pairie, ne sont pour cette république que quatre excroissances gênantes, qui s'atrophient et meurent bientôt.

Comme il y va ! Que n'ajoute-t-il que cette belle société, sans armée, sans magistrature, sans administration, se bénira, prêtre; réglera l'unité de croyance, pape ; s'adorera. Dieu ? Mais tout ceci est*réglé sagement dans le décalogue social ci-après, tracé au bruit des orgies républicaines de septembre 1830 :

Tous les principes que les révolutions antécédentes ont dégagés..., respectez-les : ainsi, liberté de culte, liberté de pensée, liberté de presse, liberté d'association, liberté de commerce, liberté d'industrie; liberté de chaire, de tribune, de théâtre, de tréteaux^ égalité devant la loi, libre accessibilité de toutes les capacités à tous les emplois : toutes

Ci L ŒUVRE DE V. HUGO EN 1842

choses sacrées qui fonl clioii-, comme lu t()i'|)ille, les rois ijui osenl y loucher...

Quelle iète gouvernenu-nlale ! et (|ue lotîtes ces libertés, fortifiées des suppressions réclamées tout à l'heure, forment un bel idéal d'organisation politique pour l'Europe ! Ce n'est plus la constitution théocratique du Saint-Empire, ni la constitution aristocratique du treizième siècle, ni la constitution monarchique de Louis XIV, ni le rêve démocrati(jue de Babeuf: M. Hugo rougirait de proposer de pareilles vieilleries au peuple qu'il enseigne. Il nous voit dans la lumière, et veut que nous marchions à pleines voiles vers la constitution édénique des Patagons. C'est d'une poésie plus naïve et plus originale. Du reste, s'il nous souhaite ce bonheur, c'est pure bonté d'âme; car, pour lui, les révolutions ne lui déplaisent pas :

Les révolutions sont de magnifiques improvisatrices, un peu échevelées quelquefois.

Et immédiatement au-dessous :

Effrayante charrue que celle des révolutions! ce sont des ^» têtes humaines qui roulent au tranchant du soc des deux côtés des sillons.

Il trouve cela un peu échcvelé ! Du reste, reconnaissons que si ces pensées étaient rimées, elles pa- ■ raîtraient peut-être moins.. . je ne trouve pas le mot. La rime jetterait sur ces larves un peu de poudre

l'œuvre de V. HUGO Eî^ 1842

ilor, leur mettrait des ailes, et voilà des papillons. Ia'S poètes se sauvent par cette industrie ; mais ils ont tort de laisser voir la matière première dans sa nudité.

Cependant, M. Hugo, ayant écrit ponr lui seul tout ce qu'on vient de lire et nombre d'autres choses non moins belles, — car, hélas ! force m'est bien d'en passer beaucoup, — se prend à songer avec douleur qu'il n'est qu'un Jeune ilote politique, inapte par son âge à faire flamboyer tant de hautes vérités sur le chandelier législatif. Il s'en venge en burinant cette aimable apostrophe aux deux Chambres :

Vieillards, ne vous barricadez pas ainsi dans la législature; ouvrez les portes bien plutôt, et laissez passer la jeunesse. Songez qu'en lui fermant la Chambre, vous la laissez sur la place publique.

Il n'y a rien à répondre à cela. M. Hugo continue :

Vous avez une belle tribune en marbre, avec des basreliefs de .M. Lemot, et vous n'en voulez que pour vous : c'est fort bien. Un beau matin, la génération nouvelle renversera un tonneau sur le cul (oh! rêveur sacré.'), et cette tribune-là sera en contact immédiat avec le pavé qui a écrasé une monarchie de huit siècles. Songez-y.

Juste Ciel! qu'arrivera-t-il, si l'on n'y songe? Vous vous rappelez ce que dit Bossuet : on n'a qu'à ouvrir les ouvrages des poètes ; on y trouvera

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dos sentences pour la vertu, et eoiitre clic. M. Ilugo n'a o-arde d'y manquer. Voici un paragrajjhe religicux :

Avec beaucoup d'idées, beaucoup de vues, boauc-oiip de probité, les saint-simoniens se trompent. On ne fonde pas mie religion avec la seule morale : il faut le dogme , il faut le culte. Pour asservir le dogme et le culte, il faut les mystères. Pour faire croii-e aux mystères, il faut des miracles. — Faites donc des miracles, — soyez prophètes, soyez, dieux d'abord, si vous pouvez, et puis après prêtres, si vous voulez.

L'expérience (pii a fait perdre à M. Hugo sa conviction catholicpie lui a sans doute démontré qu'il n'y a point, dans le eaiholicisnie, de mystères, et que les miracles y manquent; ou bien il considère les religions comme abrogées, mortes et irréfaisables ; ou bien il nous destine à la religion des Patagons, dont il nous promet aussi les institutions et les mœurs. Tout cela voudrait être expliqué.

J'allonge peut-être un peu trop ces citations; mais je suis jaloux de faire voir mon poète comme je le comprends, et je trouve infiniment bizarre, jovial, désolant, humiliant et instructif que ce poète se croie, se donne et soit admis comme un des flambeaux de la société présente, laquelle se dit éclairée, progressive et merveilleuse en tout ce qu'elle pense et en tout ce qu'elle dit. Voici encore une profondeur :

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L'Église affirnic, la raison nie. Entre le oui du prêtre et le non de riiomnio, il n'y a que Dieu qui puisse placer son mot.

Je ne comprends pas très bien. Pourtant, je dois dire, comme homme, que M. Hugo me fait trop d'honneur. Je ne suis point de sa volée. Je ne dis pas non; je dis oui, comme l'Eglise, qui n'est pas, ce semble, la seule réunion des prêtres , mais la réunion de tous les chrétiens fidèles, c'est-à-dire, depuis dix-huit siècles, de plusieurs millions d'hommes, de toutes les conditions, de tous les pays, de tous les âges, de toutes les sciences, de toutes les vertus, parmi lesquels se trouve un petit nombre de philosophes qui blasphèment, de poètes qui divaguent, et autour desquels boivent, volentet braillent une énorme quantité de brutes, plus insensées que coupables, dont les philosophes ont corrompu le cœur, et dont les poètes entretiennent de leur mieux l'abrutissement. Une de ces brutes-là, sans doute, a écrit, en style de la nouvelle école, à M. Dupin, le billet suivant, que M. Hugo, nous ne savons pourquoi, reproduit en ces termes et sans autre commentaire dans son livre :

Copie textuelle d'une lettre anon^/me adrcssc'c ces jours-ci (octobre 1830) à M. Dupin.

Monsieur le sauveur, vous vous f sur le pied de vexer

les mendiants! Pas tant de bagout, ou tu sauteras le pas!

J'en ai tordu (Jf plus malins (jue loi! A revoir, porlc-toi bien, «'ii allondanl que je le lue.

Voilà l'homme, voilà la brute , à qui M. Hugo, pas plus que moi, ne ressemble; qui dit tio/i contre l'Eglise. Or, il y a longtemps qu'entre cet hommelà et l'Eglise, Dieu a placé son mot.

En novembre, M. Hugo revient à la politique.

TU Es HONNE LOI ÉLECTORALE (Quand le peuple saura lire).

Art. l'"''. Tout Français est électeur.

Art. 2. Tout électeur est éligible.

Quand le peuple saura lire ! C'est bien s y prendre d'écrire ainsi, pour démontrer ce que le peuple gagnera de sagesse à savoir lire.

Décembre. — On vient d'annoncer dans la même journée la mort de Gœthe, la mort de Benjamin Constant, la mort de Pie VIII : trois papes de morts.

Un peu plus haut, M. Hugo dit que Benjamin Constant était une /?/e/vc ponce. H voulait, en tout cas, en faire un ambassadeur. Pape, ambassadeur et pierre ponce ! Le poète ne marchande pas l'éloge à ceux qu'il aime ! — H ne marchande pas non plus les avis; eu voici un qu'il donne au clergé, j'ignore à quel propos :

Si le clergé n'y prend garde et ne change de vie, on ne

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croira bientôt plus en France à d'autre trinité qu'à celle du drapeau tricolore.

Et en attendant, le poète y aide de son mieux. Mais nous n'en finirions pas si nous voulions ramasser, dans ce tohu-holui de futilités pompeuses et d'orgueilleuses balivernes, les contradictions que le poète y a rassemblées. Il y a de tout dans ces deux volumes, sauf peut-être une pensée juste, une idée vraiment morale, un sentiment vraiment chrétien. Si donc nous y voyons quelque chose, ce n'est pas par quel procédé M. Hugo pense, mais par quelle faiblesse de nature il ne pense pas ; ce n'est pas comment son esprit s est transformé, mais comment cet esprit est bien en réalité, sous les diverses teintes qu il a prises, resté toujours le même, toujours vacillant au souffle des opinions humaines, ne cherchant, n'acceptant, n'élaborant que des idées à mettre en vers, et n'entendant rien à rien, jjassé cela. L'esprit et le cœur de l'homme sont perfectibles : il semblerait qu'il n'y a de perfectible chez le poète que la forme, et ce n'est pas toujours à perfectionner la sienne que M. Hugo a réussi. Du reste, tel nous l'avons vu à vingt ans, tel il était à trente, et tel à quarante nous allons le retrouver. Son nou- . vel ouvrage va nous le montrer aussi résonnant, mais aussi vide que jamais. Seulement, les impressions qu'il reçoit et qu'il rend sont de plus en plus

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iaclu'uscs, (It'raisoiuiablt's, iiupiiics, inipiiics qucl- (juolois jusqu'à l'obscénité. VÀ\ ([iioi ! ce porto (|ui jnaintes fols, il ses débuts, chanta Dieu et la laniillc, cet homme qui professa des sentiments chrétiens, cet époux, ce père, maintenant que la Providence a lait grandir autour de lui les chastes barrières qu'elle sait élever entre l'homme et les objets honteux de ses secrètes fragilités, il va s'abandonner à des discours qu'aurait redoutés sa jeunesse ! D'où vient ce fait étrange et déplorable ? liélas ! « l'ingrat a profané la chasteté de la muse, le transfuge ne s'est pas souvenu que le trépied du poète a sa place près de l'autel ! » C'est M. Hugo lui-même qui répond de la sorte. Il disait cela de Voltaire en 1823.

J'ai dit, en commençant ce travad, que les deux volumes intitulés le Rhin n'étaient pas un livre, et que l'auteur lui-même en faisait l'aveu. En effet, M. Hugo raconte dans un curieux avant-propos qu'il se mit en route « sans autre but que de voir les arbres et le ciel, deux choses qu'on ne voit pas à Paris ». Il partit presque au hasard, n'emmenant que deux amis, Virgile et Tacite: « Virgile, c'est-, à-dire, toute la poésie qui sort de la nature; Tacite, c'est-à-dire, toute la pensée qui sort de l'histoire. »

l'œuvre de V. HUGO en 1842 71

Ainsi iMjuipt'î à la païenne, car nous verrons qu'il n'emportait pas l'Evangile clans son cœur, l'auteur va devant lui, ne songeant qu'à satisfaire « son instinct d'antiquaire et son instinct de songeur ». Le soir, il écrit à un cym'i profond et cher, qu'il a laissé à Paris et qui réclame de longues lettres. « Ce que contiennent ces lettres, on le voit d'ici : c'est l'épanchcmcnt ([uotidien, c'est le temps qu'il a fait aujourd liui, la manière dont le soleil s'est couché hier, la belle soirée ou le matin pluvieux; c'est la voiture où le voyageur est monté, chaise de poste ou cariole ; c'est l'enseigne de l'hôtellerie, l'aspect des villes, la forme qu avait tel arbre sur le chemin, la causerie de la berline et de l'impériale ; c'est un irrand tombeau visité, un grand souvenir rencontré, un grand édifice exploré, cathédrale ou église de village, car l'église de village n'est pas moins grande que la cathédrale : dans Tune et dans l'autre, il V a Dieu ; ce sont tous les bruits qui passent, recueillis par l'oreille et commentés par la rêverie : sonneries du clocher, carillon de l'enclume, claquement du fouet du cocher, cri entendu au seuil d'une prison, chanson de la jeune fille, juron du soldat... Bref, chacune de ces lettres est le sac où chaque voyageur vide la recette que son esprit a faite dan, la journée; et dansée sac, il n'en disconvient pass il y a souvent plus de gros sous que de louis d'or. »

Du lestc, le voyageur, (|ui ne veut voir que le ciel et les arbres, garde le plus strict incognito. Il ne visite que les choses, ne s'entretient qu'avec elles, et n'ouvrirait pas la bouche durant toute sa pérégrination, s'il ne fallait quelquefois parler aux cicérone et aux gens d'auberge.

C'est fort bien, pensez-vous, pour des impressions de voyages comme il s'en fait tant depuis quelques années ! Cependant, on annonce ini livre politique : or, où trouvera place l'idée politi(|ue parmi ces claquements de fouet, ces jurons de soldat, ces carillons d'enclumes, ces chansons de jeune fille, ce pêle-mêle de sensations d'archéologue et de songeur? Que nous dira, du caractère, des idées et des opinions des peuples qu'il visite, ce poète qui traverse le pays en patache ou en bateau à vapeur, et qui ne veut causer qu'avec les hôteliers? M. Hugo répond à cela qu'il ne voulait point faire un livre : il n'y songeait nullement ; il en était à cent lieues; il croyait bien que ses lettres ne sortiraient jamais des mains de l'ami profond dans les secrets duquel il les avait jetées. Mais il lui est arrivé une aventure étrange : chemin faisant, il a, ditil, rencontré le Rhin. Rencontré^ c'est son mot; nous prétendons, nous, qu'il l'a découvert, réellement découvert, comme autrefois M. Dumas a réellement découvert la Méditerranée; ce qui ne nuit

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point il la oloiie dv M. Hugo, car la Métlitcrranéc était plus facile à dccouvrir que le Rhin : une mer est plus visible (|u'nn lleuvc. Cette découverte, ou cette rencontre, produisit dans l'esprit du voyageur « ce ([u'auciin iiu'ident de voyage ne lui avait encore inspiré jus([u";i ce moment : elle le fit passer de la rêverie ii la pensée. — Le Rhin est le fleuve dont tout le monde parle et que personne n'étudie, que tout le monde visite et que personne ne connaît, (lu'on voit en passant et qu'on oublie en courant, que tout regard effleure et qu'aucun esprit n'approfondit. Pourtant ses ruines occupent les imaginations élevées, sa destinée occupe les intelligences sérieuses ; et cet admirable fleuve laisse entrevoir à Tœildu poète, comme à l'œil du pnbliciste, sous la transparence de ses flots, le passé et l'avenir de l'Europe. » M. Hugo ne put résister à la tentation de penser quelque chose là-dessus. Durant trois mois, il étudia donc le passé et l'avenir du Rhin. Deux études qui ne se t'ont pas de la même façon : « Le passé est lii en ruine ; l'avenir n'y est qu'en germe. On n'a qu'à ouvrir sa fenêtre sur le Rhin, on voit le passé ; pour voir l'avenir, il faut ouvrir une fenêtre en soi. » M. Hugo ouvrit ces fenêtres, vit le passé, vit l'avenir, et, « quant à ce qui est du présent, put constater deux choses (toujours sans parler à personne) : la première, c'est (|ue le Rhin est beaucoup

plus Iraïuais (juc iio le jicnscMit les Allemands ; l;i seconde, c'est (|uc les Allemands sont beaucoup moins hostiles à la France cpie ne le ei'oient les balançais. » Voilà l'idée politique. L'auteur la creusa, la fouilla, la retourna et l'envisagea sur toutes les faces avec une véritable conscience, ainsi que nous le verrons ; il s'en fit un devoir. Et la raison eu est haute : car infailliblement, un jour, bientôt peut-être, « le Rhin sera la question flagrante du continent. Pourquoi ne pas tourner un peu sa méditation de ce côté? Pour peu ïju'ilvive à l'une des époques décisives de la civilisation, l'âme de ce qiCon appelle le poète est nécessairement mêlée à tout : au naturalisme, à l'histoire, à la philosophie, aux hommes et aux événements, et doit être toujours prête à aborder les questions pratiques comme les autres. Il faut qu'il sache au besoin rendre un service direct, et mettre la main à la manœuvre. » M. Hugo, dont personne ne peut nier qu'il ne soit cette âme mêlée h tout, mêlée même, comme l'a prouvé notre précédent article, jusqu'à ne plus se connaître en rien, se donna la fonction d'approfondir la question du Rhin, et la prit au sérieux.

Cependant, de retour à Paris, il retrouva son drame, il retrouva son rêve : la fenêtre qu'il avait ouverte sur le Rhin était naturellement fermée ; il

lenna encore la feiK'tre qu il avait ouverte en soi : il ne son<jea plus au Rhin. Cela se passait en 1839, l'Europe étant tranquille, et Paris, si je ne me trompe, sil'llant Util/ Blas, mais ne sifflant pas autant qu'il aurait fallu.

Tout à coup, il y a six ou huit mois, la presse se mit à controverser la question du Rhin. Ces controverses rappelèrent à M. Hugo le fleuve qu'il avait tant sondé ; il écouta ce que disaient les uns et les autres, et reconnut que tous les publicistes parlaient du Rhin comme g-ens qui ne l'avaient point découvert. « Les uns sacrifiaient le Rhin à la paix, les autres sacrifiaient la paix au Rhin, n II sembla à M. Hugo qu' « entre ces deux opinions exclusives et diamétralement contraires, il y avait place pour une opinion conciliatrice. — Maintenir le droit de la France à la limite du Rhin, sans blesser la nationalité de l'Allemagne, c'était là le beau problème n dont, sans dire mot h qui que ce soit, tout en flânant, tout en baguenaudant, tout en entendant chanter les jeunes filles et claquer les fouets, tout en lisant Tacite et tout en goûtant Virgile, tout en regardant se coucher le soleil et se lever l'aurore, il avait dans sa course sur le Rhin, par ses deux fenêtres ouvertes, l'une sur le fleuve et l'autre en soi, « cru entrevoir la solution. Une fois que cette idée lui apparut, elle lui apparut non comme

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idi'O, iiKils coninu" un devoir. Il écrivit alors, en quelque sorte sans préoccupation littéraire, mais avec le simple et sévère sentiment du d(>voir aceonipli, les deux cents paires que tenniiient le second volume de cette publication, et il se disposa à les mettre au jour.

« Mais en ce moment un scrupule lui vint. Que signifieraient ces deux cents pa<>es, ainsi isolées de tout le travail préparatoire qui s'était fait dans l'esprit de l'auteur pendant son exploration du Rhin ? N'y aurait-il pas quelque chose de brusque et d'étrange dans l'apparition de cette brochure spéciale et inattendue ? Ne faudrait-il pas commencer par dire qu'il avait visité le Rhin? et alors ne s'étonnerait-on pas à bon droit que lui, poète par inspiration, archéologue par sympathie, il n'eût vu dans le Rhin qu'une question politique intfMiiationale?... Ne serait-ce pas dérouter le public, livrer la réalité même du vovage aux doutes et aux conjectures, par conséquent diminuer la confiance ? — Ceci sembla grave ;i l'auteur. — S'étant souvenu des lettres qu'il avait écrites, il reconnut que par leur réalité même elles étaient le point d'appui incontestable et naturel de ses conclusions dans la question rhénane. ))

M. Hugo nous pai-donnera d'avoir toutes les peines du monde à croire que ce scrupule bizarre lui est

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venu naturellement, et que ce n'est pas la perfidie d'un libraire qui le lui a suscité. Quoi! ces claquements de fouet, ces couchers de soleil, ces pataches versées, versées non pas même snr les bords du Rhin, ce qui pourrait en quelque chose se rattacher à la (juestioii rJiénane, mais versées entre Soissous et Épernav, cela prouve que le Rhin doit appartenir il la France! — Cela le prouve, et le prouve si bien, que c'c.^t uni([uement la raison pourquoi le public reçoit de l'auteur (( deux volumes (in-8", beau papier, belles marges, prix 16 f'r.) au lieu de deux cents pa<;es )).

Ou M. liugo est très embarrassé de l'énorme abus de confiance dont son libraire le rend coupable envers le public, en lui vendant pour un livre deux volumes de notes sur un ouvrage de deux cents pages, avec lequel les trois quarts au moins de ces notes n'ont aucun rapport; ou il est émerveillé de la puissance de son esprit, au point de ne savoir comment s'y prendre pour établir assez péremptoirement qu'il a pu produire sans travail, en se jouant, ces étonnantes lettres, jugées dignes d'admiration, et publiées, dit-il, pour résoudre une question de haine et pour appuyer une parole conciliante offerte à deux peuples. En présence d'un aveuglement pareil, la critique est muette et ne peut que renvoyer en souriant le poète à ses rimes. Mais il convient

de faire eiileiulrc ici une luimble protestation en faveur de l'art littéraire, qui est, après tout, dans ses limites, fort belles et fort magnifiques, (pioiquc moins étendues qu'on ne le dit, un art noble, excellent, dio-nc de l'estime du monde, et dicrne surtout des respects de ceux qui l'exercent avec éclat : car on ne l'exerce pas ainsi à moins d'mie vocation reçue du Ciel.

Je n'ai certes pas la prétention de tracer à M. Hugo le plan qu'il aurait dii suivre : coutume très à la mode parmi ceux qui jugent les livres des autres, et qui n'en font jamais eux-mêmes, mais que je n'approuve nullement. Si j'ai, comme chrétien, une plus haute idée de l'art, lequel ne peut légitimeiîient servir qu'à la gloire de Dieu, M. Hugo avait des facultés primitives que je n'ai point, et que peu d'hommes possèdent au même degré que lui; il a encore, comme ouvrier, une aptitude rare et brillante. Je sifflerais très légitimement le meilleur de ses drames, que j'ai applaudi jadis (mais, depuis. Racine et Corneille m'ont fait pleurer), et je ne saurais pas en faire un qui valût Angelo ou Marie Tiidor ', je conteste Notre-Dame de Paris, non seulement sous le rapport de la pensée, qui est odieuse, mais encore sous le rapport du style et de la composition, et je serais bien incapable de charpenter et d'enchevêtrer une pareille

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histoire, ou de trouver, clans les mêmes couditions, cette éloquence sauvage et coupable qui a gâté tant de cœurs. Je serais ridicule de traiter, parallèlement au livre de M. Hugo, une question que je ne connais pas d'ailleurs, et que je n'ai pas le loisir d'étudier. jNIais par ce seul fait que je tiens une plume, par ce seul fait que je lis un livre, outre mon devoir de chrétien et mon droit d'homme de bon sens, dont j'userai tout à l'heure, comme je l'ai déjà lait, contre les idées de l'auteur, je puis lui reprocher d'avoir écrit sans plan, sans but ; de donner au public un ouvrage qui, presque tout entier, miaïque d'étude, et, ce qui est un scandale littéraire encore plus grand, manque de jDcnsée. Cela n'est jamais arrivé en France à aucun écrivain considérable ; il fallait atteindre cette époque de mercantilisme, que M. Hugo appelle Y illustre et grand siècle où nous sommes, pour voir un littérateur renommé mettre en action, dans une suite interminable de pages, la machine à écrire la mieux organisée peut-être qui existe, la faire mouvoir en tous sens, mais n'appliquer à aucun but cette force considérable et stérile. Absolument comme un peintre célèbre qui, ayant vendu un tableau d'histoire ou de fantaisie, livrerait à l'acheteur une palette de cent pieds chargée de toutes les couleurs que la chimie peut fournir, et sur un des coins de laquelle il aurait, par acquit de

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conscuMicc, ])()iisilU'' (Ml (|U(>l([iu's niiiuili's un polit ii()inl)r(' (lo fionres ic'prôscMilant n'importe quoi. Cela est un outrai^c lail ii la nnij(;slé de l'art. Le vendeur de pochades, le fabricant de leuilletons, le marchand de bric-à-brac littéraire, peuvent agir de la sorte ; le véritable peintre, le véritable écrivain, ne se le penuetteut [)as. J'oute teuvre sortie de leurs mains, heureuse ou malheureuse, honnête ou immorale, il n'importe, réunit les conditions essentielles de l'art : il y a de la composition, du dessin,^ de la pensée; il y a un l)ut, et si e est un livre de poésie, il v a des rimes. Rabelais et ses pareils sont des pourceaux qui creusent de leur groin le sol autour de l'édifice vénérable des croyances et des mœurs; leurs cris abjects lorment des livres achevés. Montaigne, sincère ou non dans ses doutes, paraît rêver et se perdre en songes ; mais il ne cesse de creuser toujours plus profondément, avec une assiduité implacable, le puits où l'on dirait qu'il veut enfouir la lumière, et nulle œuvre n a plus d'unité que celle de ce songeur. Qui a fait des Lettres de la marquise de Sévigné l'un des plus beaux livres qui soient au monde? Ce n'est pas l'esprit de cette illustre dame; ce ne sont pas ses voyages, qui ont cependant leur prix ; ce n'est pas ce qu'elle nous apprend de la précieuse histoire de son siècle : c'est ce cœur de mère qui, d'un bout à l'autre d'une

si longue composition, tantôt se lamentant, tantôt se réjouissant, aujourd'hui clans le regret et l'inquiétude, demain dans l'espérance, bat toujours, parle toujours, vit toujours. Modèle fourni par la nature, cpie l'art ne peut atteindre et qu'il n'a pas le droit de dédaigner. Certes, M""" de ]Maintenon avait une autre force d'intelligence, M. de Saint-Simon une autre àpreté de style et d'esprit ; quelques écrivains les préff^rent, les historiens et les philosophes les consultent; mais tout le monde lit et relit ^Sl'"" de Sévigné. M'"*^ de ^laintenon a écrit des lettres, Saint-Simon a fait des mémoires; M'"*^ de Sévigné seule a fait un livre, ou du moins la nature l'a fait pour elle, en imprimant à ses lettres une unité, une variété, une suite, et des péripéties qui dépassent les ressources de l'art, mais qui les indiquent en les dépassant. Et pour descendre ;i des noms de moindre valeur morale et littéraire, ce vagabond de Genève, qui fit au siècle qui l'admira l'outrage mérité de lui raconter sa vie, Rousseau, ce cuistre éloquent, — car, sans pour cela sortir de leur cuistrerie, les cuistres ont aussi leur éloquence, — Rousseau fit. de sou individualité malpropre, mais réelle et vivante, l'intérêt de ses plates aventures. Sterne, qui suit le vent, si nous voulons, l'en croire, suit bien mieux encore sa pensée, s'occupe bien plus de développer son personnage que d'enchaîner les événements,

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et, tout on tllvaguant, fait d'Yorick un portrait fini, qui se complète, avec un art parfait, de tout ce qui l'entoure, dans le cadre oîi il l'a placé. L'art le veut ainsi, et nul écrivain ne s'est avisé, sous prétexte de fantaisie, de lui désobéir : car ce que l'art veut, c'est la nature elle-même qui le veut sous peine de mort. Rêveurs, conteurs, philosophes, historiens, tous ceux ([ui vivent l'ont compris, et ne vivent que pour l'avoir compris. Chacun a mis dans son livre ou sa personne ou son rêve, ou sa croyance ou sa pensée, ou sa haine ou son amour, quelque chose enfin qui est dans le livre ce que l'âme est dans l'homme, l'unité et la vie ; sans quoi Ihomme n'est qu'un cadavre démembré, qu'une image brisée, qu'une machine démontée, et le livre qu'un vain assemblaoe de lignes et de sons. Tout le monde sait cela. Je me demande comment M. Hugo l'ignore ; et, s'il ne l'ignore pas, je me demande comment il a pu se décider à donner au public un livre qui n'a ni composition, ni unité, ni but, sauf dans cette espèce de post-face de deux cents pages ajoutée après coup, comme des pieds d'homme à un corps de Chimère.

Voulait-il faire un livre politique? C'était à lui de s'entourer des témoignages de l'histoire, de la géographie, du commerce; il avait à questionner les hommes d'Etat, à pénétrer dans la conscience des

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peuples, à écouter ce qui s'est dit avaut lui sur la question considérable qu'il voulait traiter : car bien des hommes dont la parole est de quelque poids en ces sortes d'affaires, et notamment 1 dlustre M. de Donald, dont il ne prononce pas même le nom, se sont occupés de la question du Rhin. Avec tout cela il aurait fait un livre, bon ou mauvais, mais qui du moins aurait été un livre consciencieux, et à certains égards respectable, dont la pensée mère, se présentant avec un honnête cortège d'autorités savantes et valables, n'aurait pas été sapée à l'avance par huit cents ou mille pages toutes chargées de fantaisies plus ou moins poétiques, de chansons de jeunes filles, de claquements de fouets, de bruits d'euclumes, de jurons de soldats et de couchers de soleil : étranges choses à voir figurer dans les protocoles diplomatiques, où nous doutons que l'autorité de M. Hugo les fasse admettre jamais, et aux charmes desquels les hommes d'Etat, non sans quelques bonnes raisons peut-être, n'accordent pas grande influence dans leurs conseils.

^I. Hugo voulait-il faire au contraire un livre d'impressions personnelles, de descriptions, de poésie, ce que l'on appelle un livre intime? Il fallait alors, du moins à ce qu'il me semble, se montrer sobre de considérations sur le orouvernement des empires, se donner un sentiment comme M""' de

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Sôviont', ou un but philosophupuî coiiiinc ]Moutaii];nc (je parle au seul point de vue de l'unité de eoniposition, ([ui doit se trouver aussi bien dans un livre de lantaisie (pu* dans un drame), ou se peindre au vrai eomme Jean-Jaccpies, ou s'étaldir en personnage imaginaire eomme Sterne; il lallait enfin marcher, parler, regarder, écrire, en compagnie d'une cioyanee, d'une pensée, d'une afl'ection quelconque; en compagnie d'un homme, ce qui esta la fois tout cela : il fallait ces choses ou une autre, que le génie du poète avait à inventer; mais surtout il ne lallait pas annoncer un livre de politique et donner des chimères, annoncer un livre d'émotions et donner du bruit; il ne fallait pas souder l'une à l'autre cette politique et ce tapage au moyen d une préface embrouillée, qui, malgré toute la peine qu'elle se donne, ne les accorde pas, et n'est au contraire qu'un cri d'impuissance qui hurle entre ces deux hurlements. C'est là construire un de ces monuments hybrides, contre lesquels l'auteur s'élève en vingt endroits de ses œuvres; qui n'ont ni style, ni caractère, ni époque, ni destination marquée, justement parce qu'ils prétendent réunir tous les stvlcs, tontes les époques et toutes les destinations. M. Hugo a de grandes prétentions archéologiques, et les hommes spéciaux disent qu'en effet il n'est pas sans quelques connaissances sous

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ce rapport. Je souhaiterais qu'il s'entendît moins bien en constructions architecturales, et qu'il s'entendit mieux en constructions littéraires.

La question est de savoir si M. Ihi^^o poin>ait faire Tun ou 1 autre de ces ouvrag-es, que le public était en droit d attendre de sa haute réputation ou de ses hautes visées. Je ne crois pas, quant à l'ouvrage politique, ({u'il v ait de doute. Cette tenue d'études et de pensée, cette profondeur de bon sens, ce tact si délicat des événements et des hommes, cette aptitude à démêler le réel dans le bruit considérable des opinions, cette promptitude à concevoir et cette prudence à parler, qualités nécessaires au publiciste, dont l'expérience seule peut faire des qualités d'homme d Etat, tout cela manque au poète, et ce que nous avons cité de lui le fait assez voir. Mais, comme poète même, M. Hugo est-il assez complet pour produire, sans le secours de la rime et de l'intérêt dramatique, l'autre livre, le livre littéraire que je lui demande, et qui aurait parfaitement consolé ses admirateurs du livre politique qu'il ne pourra jamais faire, et qu'aucun ami de sa gloire ne lui demandera jamais?

J'en doute, je l'avoue.

En rappelant mes souvenirs, il me semble que cet auteur, dont j'ai tant lu, tant récité les vers, m'a séduit sans me charmer, m'a frappé sans m'émou-

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voir, m'a cMithousiasmô sans me satisfaire, s'est emparé de tous mes goiits et n'a jamais touché mon cœur, a dominé dans mon esprit par une sorte de contrainte, et n'y a rien laissé. D'où vient? C'est que M. llugo est le poète des choses extérieures : il a des reflets échitaiits, des échos magnifîcpies ; il est tout en couleurs et en sonorité. Mais rien ne sort de lui-même, et comme il ne réfléchit que des surfaces, à son tour il éblouit sans pénétrer. Il passe sur l'âme et ne s'y arrête point, ainsi (jue passent sur lui les bruits, les idées et les choses. Il excelle à peindre ce qui se voit, à répéter ce qui se dit; mais ce qui se sent, il l'ignore. Jamais il n'est pour son lecteur un amî, un confident, un semblable. Il chante, il disserte, il déclame; mais il ne parle jamais, il ne cause jamais, et après qu'il vous a longuement dogmatisé, quelquefois étonné, quelquefois amusé, on est tout surpris d'avoir la tête lourde, le cœur vide, et d'éprouver le besoin de causer avec le premier venu. Lorsque l'on a lu cinquante paoes de Racine, on pleure, on ferme la livre, on se recueille, et on lui répond. Racine est un poète, et M. Hugo est un poète. Racine fait parler devant nous des Grecs et des Romains, et nous touche comme s'il parlait de nous-mêmes. M. Hugo nous parle de lui, nous parle de nous, nous étonne par l'éclat de son langage, et nous intéresse comme

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s'il nous parlait des Romains et des Grecs. L'un de CCS deux poètes a quelque chose que l'autre n'a pas : ce quelque chose, c'est tout simplement le cœur, c'est-à-dire, la vraie originalité, la vraie puissance poétique, la faculté de créer avec rien ; je ne sais quoi de simple, d'ordinaire, de commun, qui ne surprend pas le moins du monde, qui fait pleurer, et que l'on n'oublie jamais.

Je pnrs, {idcle encor quand je n'espèi'e plus,

dit Antiochus avec une douceur extrême. « Ali! ma fille, écrit M'"*^ de Sévigné, je n'ai jamais vu une personne absente être aussi vive dans tous les cœurs. )) Voilà un vers auquel M. llugo ne trouvera jamais de rime, et une ligue de prose plus inventée que toute la Esrneralda . Je me figure que si c'eût été la mode, au temps de Racine, de faire des livres intimes. Racine aurait su faire sur lui-même un livre charmant. Mais les écrivains qui ont une individualité puissante ne songent pas à écrire des livres intimes; et les écrivains qui écrivent des livres intimes n'ont point d'individualité, ou n'en ont que juste ce qu'il faut pour remplir une préface des prétentions de leur amour-propre excessif. On fait un livre intime quand on ne sait pas qu'on le fait; on le fait avec une émotion profonde, dont le feu subtil pénètre tout, anime tout, avec une sim-

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plicilc cl ànu' ijui i>aoiio l'àinc' du loclcur, avec un zèle de conviction et de croyance qui sait tirer un téinoi<;nao-e de toutes les pensées et de tous les objets. Mais, avec des prélentions de pontife et de législateur, avec la dose de sentiments religieux qui peut se trouver tlaus une âme iin'lcc au iialitralismc, avec nue absence complète de sensiJMlité, avec une faiblesse de pensée et une abondance de paroles et de couleurs sans égales,' avec des bruits de patache et des explosions de vanité, l'on ne lait et l'on ne peut faire que des ballades, des orientales, des stances à Olympio, — et des livres pareils à celui que nous avons sons les yeux, où, durant quasi deux volumes, se déroule une farandole de mots qni dansent comme des fous en hurlant autour de rien.

VICTOR HUGO A LA ïRIliUNE

C'est trois ans après avoir public le Rhin, où il traitait la pairie d'excroissance gênante, que, par la grâce de Louis- Philippe, Victor Hugo devint pair de France. Son rôle à la Chambre haute fut très effacé. Outre qu'il n'y jouissait d'aucune considération comme orateur et comme homme public, une vilaine aventure lui commanda la réser^e. Ce mécompte ne l'empèclia pas, d'ailleurs, de rester bon philippiste. Sa foi en une monarchie quelconque, qui le ferait ministre, résista même à la révolution de 18i8.

Victor Hugo, qui avait sollicité la pairie après en avoir parlé avec mépris, sollicita le mandat sénatorial après avoir écrit cette grossièreté, qu'il tenait pour un trait d'espi-it : Défense de déposer des Sénats le long des constitutions.

14 juillet 1850'.

Los poètes hommes d'Etat. — I\L Hugo et le parti conservateur. — La force de M. Hugo. — Sort réservé à la liberté.

Dans une société sage, il y aurait sinon une loi, du moins une coutume, qui interdirait toute fonction civique à tout homme convaincu d'avoir fait

1. Quelques-uns dos articles réunis sous le litre général Victor Hugo à la tribune sont antérieurs à celui-ci. Nous le donnons le premier, parce qu'il peut servir de préface ù toute la série.

no VICTOR HUGO

drs v(M's passé l'àgc do troiito ans. T^c poète ne poiinait être relevé de cette incapacité qu'après l'examen d'un jury de prêtres, d'artisans, de magistrats et de médecins, qui déciderait si la qualité morale de ses strophes et de son intellioence peut le faire absoudre du cas de métromanie. Mais nous autres Français, nous allons aux rimeurs, particulièrement aux rimeurs amoureux, avec grande admiration et o-rande déférence; nous les tirons des bocages de Cytlîère, etnous les hissons sur lesrostres. C'est comme si nous leur disions : Vous avez jusqu'à présent perdu votre vie aux besognes qui témoignent le plus de puérilité dans l'esprit et de vanité dans le cœur; vous vous êtes occupés d'alexandrins et de rimes croisées; vous avez énervé et corrompu les âmes, et prodigieusement outragé le bon sens; vous êtes des amuseurs déjeunes gens et de femmes, et si ceux qui vous lisent ont appris de vous quelque chose, c'est ce que vos pareils ont appelé Yarf cV aimer, dont la pratique mène en police correctionnelle. Vous êtes probablement très ignorants en toute matière de législation, et certainement très incapables en toute matière de gouvernement... Faites-nous des lois et aouvernez-nous ! La seule présence de M. Hugo à la tribune annonce donc un renversement complet de tout bon sens politique dans le pays qui l'appelle à se faire

entendre là. Un peuple cpii donne la parole aux poètes sur les affaires de l'Etat est un peuple abêti ! Passe pourri. Pierre Leroux, M. Charassin, M. Coll'avru'. On peut eroire que les deux premiers représentent des idées, on l'a cru; quant à M. Colfavru, il est à l'Assemblée par droit de conquête. Mais M. Hugo, le chantre de dona Sabine! « Quelqu'un a-t-il connu doua Sabine? quelqu'un d'ici? » ,

Le roi disait, en la voyant si belle,

A son neveu :

Je donnerais pour un sourire d'elle.

Pour un cheveu, Pour un regard, je donnerais l'Espagne

Et le Pérou. . .

Or, quand M. Hugo « chantait ainsi )>, il était père de Camille, et nous le savions; mais baste! c'est si beau, la poésie! Et nous avons fait du poète un législateur. Pour comprendre combien la chose est en soi extravagante et fabuleuse, reportons-nous à deux cents ans, demandons-nous ce qu'on aurait pensé au grand siècle, le roi s'étant avisé d'appeler dans ses conseils, non pas Scarron ou d'Assouci,

1. M. Piorro Leroux eomi)t;iit alors parmi les chefs du socialisme. 11 avait un système frisant le communisme, et dont la nouveauté pratique était le circulas, ou « utilisation do l'engrais humain ».

MM. Charassin et Colfavru eurent en 1850 un quart d'heure de renommée comme démagogues. Ils étaient l'un et l'autre sans aucun talent, et parurent surtout ridicules.

mais \c t;ravc et honiirlc (lliajiclaiii, <[iii pourtant nv travaillait qiio dans répicjnc.

Lors(|iu' MOUS avons lait cela, nous, conservateurs, M. lliii^o pi'ut se permettre tout, et nous ne ])ouvons plus nous plaindre; il ne nous reste ([u'h nous livrer aux réllexions politiques et morales ipii consolaient Georiies Dandm.

Il V a beaucoup de rapports entre le parti conservateur et le susdit Dandin.

l^andin, ayant épousé M''" Angélique de SottenviUe , la voit un jour occupée à lorgner le beau Clitandre. II essaye de quehpies bonnes paroles pour la ramener au devoir; mais pendant qu'il sermonne, elle fait la révérence à Clitandre. « Vous avez, dit le mari, trop peu de respect pour le nœud qui nous joint; chassez ce galant. — Moi, le chasser! répond Angélique, et par quelle raison? Je ne me scandalise point que l'on me trouve bien faite, et cela me fait du j)laisir. — C'est ainsi, reprend Dandin, que vous satisfaites aux engagement's de la foi que vous m'avez donnée publiquement ? — ■ Quelle foi? réplique l'autre. Je prétends n'être jDoint obligée de me soumettre en esclave à vos volontés; et je veux, s'il vous plaît, goûter le plaisir de m'ouïr dire des douceurs. — Ah! s'écrie Dandin, il me prend des tentations d accommoder tout son visage à la compote ! »

A LA THinUNE

Mais c|iu)i! le mariage est tait, Daiului n'a qu'à payer le douaire. T>e malheureux n'est pas seulement trahi par Angéliciue, il est encore mo([ué par les valets. 11 v a un certain Luhin ([ui porte les billets doux de Clitandre et (pii rapporte les réponses d'Anoéli([ue; il y a une certaine Claudine, servante de Dandin, qui introduit dans sa maison les courriers de Clitandre et qui garantit sur sa vertu la pureté d'Angélique. « Taisez-vous, bonne! pièce lui dit Dandin. Vous faites la sournoise; mais je vous connais il y a longtemps, et vous êtes une dessalée ! » Claudine, Lubin, Clitandre, M. et M"'*' de Sottenville et l'aimable Angélique, tout se ligue contre Dandin, tant qu'à la fin Angélique sort du domicile conjugal. C'est notre histoire.

Le parti conservateur commence par dire à M. Hugo : « Vous n'y pensez pas; vous débitez cent balivernes qui vous l'ont applaudir là-bas sur la Montagne. • — Tendre et profond amour du peuple! répond M. Hugo. — Très bien! reprend le parti conservateur; mais est-il nécessaire d'être absurde et de faire du socialisme? Je ne vous ai pas promu aux vingt-cinq irancs pour que vous caressiez les opinions rouges. — Vraiment! s'écrie M. Hugo, prétendez-vous que je m'enterre tout vif dans vos idées, qui ne prêtent point à mon élo([uence. et que je ne vienne ici qu'au dix-huitième rang, après

04 VICTOR HLGO

Thiors, Montalcinbcrt et tout le lniii;r;ivial ' ? C'est une ehose merveilleuse ([ue eette t\ raunie de messieurs les eousi'rvateurs, et je les trouve bous de vouloir qu'on soit mort à tous les applaudissements et qu On ne parle (jue pour eux. Je me mo(pie de cela et je ne veux point perdre mes antithèses. » Puis accourt Lubin, sous les traits àe.VEvcncmcnl, qui trouve que ces messieurs de la Monta<>ne ont bien de l'esprit et des façons tout à fuit courtoises'-. « Tètio-ué ! ce sont les plus honnêtes gens qu'on ait jamais vus. Ils me font vendre trente mille numéi'ws pour dire seulement qu'ils sont de grands orateurs. Voyez s'il y a là une grande fatigue pour me payer si bien; et ce qu'est, au prix de cela, une journée de travail où je ne gagne que dix sous. » Puis vient la Presse, « une dessalée » qui aime la trahison jusqu'à lui décerner, de sa poche, des prix de vertu 3. Bref, Angélique-llugo se déclare infidèle.

Dansez, chantez, villageois, la nuit tombe!

Sabine, un jour, A tout donné, sa beauté de colombe

Et son amour.

Pour pâturer le foin de la Montagne,

1. Dans la presse légère du temps, on appelait burgraves les chefs du parti conservateur. Lesdits burgraves avaient travaillé à faire élire M. Hugo.

2. h' l'cvénement de ce temps-là était rédigé par les fils et les amis de Victor Hugo.

3. La Presse faisait frapper une médaille en l'honneur de M. Hugo.

Pour un bijou.

Un médaillon que Girardin lui gagne Pend à son cou.

Quant au parti conservateur, il se dit en prose : « Vous l'avez voulu , vous l'avez voulu , Georges Danclin; vous l'avez voulu : cela vous sied fort bien, et vous voilà ajuste comme il faut; vous avez justement ce que vous méritez. »

Cepeudaut, ce serait un pauvre soûlas de toujours s'arracher les cheveux, et la perte que les conservateurs ont faite n'autorise point ce délire. Ce qu'il faut considérer, c'est la situation sociale que ce malheur de famille nous révèle. Voilà donc M. Hugo qui se moque ouvertement de la foi jurée, et qui passe des conservateurs aux démolisseurs. Quelle figure fait-il sous son nouvel étendard? Notez que c'est un homme entièrement ridicule, dont la valeur littéraire est fort amoindrie, dont la valeur politique est nulle tout à fait. Jamais ce moulin à rimes n'a jeté un mot de quelque poids dans la balance des opinions. Mais tout innocente que soit la vie politique de M. Hugo, elle n'est pas immaculée. Il n'a pas sur le dos sçulement des drames, des romans, des sonnets, des couplets, des séguedilles, des guitares; il traîne encore deux ou trois apostasies des mieux conditionnées. Chargé de ce faix, il vient paraphraser tous les axiomes du cagotisme

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