‹ Études sur Victor Hugo. Introduction, notes et appendicesChapitre 12 sur 57 · VICTOR III'C, O · texte numérisé non relu

VICTOR III'C, O

lihôral le plus dt'ciu' ; (•'csl j'en (laiichois-Lcinaire, altiU' (If laiilicluclu's l'oinantKjuos : vous croyez ([U On le Inu"? Oui, un peu, par aversion pour sa personne, par un reste de raison qui surnage dans le public, par passion de parti, par une dernière et vacillante lueur de cet esprit IVaiicais, jadis si profondément antipathi(pu' au précieux et ii l'cnllure. ]\Iais, au demeurant, il ;i des admirateurs sincères, les uns déclarés, les autres secrets. Combien de gens (pu le blâment, et (pii ne demanderaient (|ue (lavoir moins peur pour l'applaudir l'urieusement ! (]e néo-montagnard, tuméfié de voltairianisme, de pédantismc et de sopbisme , qu'est-il, sinon un bourgeois? Je dis ([u'il touche la fibre bourgeoise. Sa parole remue jusqu'au fond de l'âme tout ce qui tient boutique sur le pavé de Paris, depuis la jeune épicerie, qu'il a enlevée à M. Viennct et dont il a lait l'éducation littéraire, jusqu'à la jeune banque, qui murmure ses vers amoureux en grapinant sur le trois et le cinq. Trouve/, un phalanstère d'étudiants, un atelier de coiffeurs où l'on ne croit pas, comme il croit lui-même, au progrès, à la révolution, à la presse, à la tribune, au théâtre, à l'esprit humain, aux Jésuites, au parti clérical, à toutes les ritournelles révolutionnaires? Une chose m'étonne : c'est que son succès ne soit pas beaucoup plus grand.

II V a des hommes qui font du bruit, qui jouent un rôle, qui paraissent avoir, qui ont une force; et cette force échappe à l'analyse. En quoi donc consiste leur force? Elle est tout entière dans l'étrange faiblesse de leur esprit. Par une aptitude qui est directement 1 Opposé de la valeur personnelle, ils sont devenns de vastes récipients de toutes les pensées du vulgaire; des espèces d'épongés, qu'on ne peut presser sans qu'il en coule aussitôt quelque banalité où la multitude reconnaît son bien. Que si l'éponge a le don de colorer ce qu'elle absorbe et de rendre avec quelque teinte et quelque apparence de jet ce qu elle a reçu tout terne et tout plat, la multitude crie merveille; et voilà un génie populaire, jusqu'à ce qu'un homme ou le temps mette l'éponge à sec, en posant le pied dessus. Si je voulais ici hugotiser, j'aurais sous la main une belle antithèse entre l'éponge et le diamant. Je la cède à l'ami Lubin. M. Hugo est actuellement l'éponge pleine et colorante. Quelque chose de plus, un rien le rendrait très redoutable. M. de Lamartine, avec ce même don d'éponger et de colorer, auquel s'ajoutait une certaine initiative, a pu nous lâcher la République. M. Hugo, pure éponge, ne fera jamais que des paragraphes. (Cependant, c'est une erreur de rire tout à la fois de lui et de ses discours. Pour lui, ses calculs sont faux : il n'arrivera jamais, parlât-il vingt

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ans, quii être le Iruchcmont de M. Boui/at ' ; mais rinstiuct qui l'inspire est fidèle. Mettez-vous bien en tète, quand vous l'écoutez, que c'est une grande et influente partie de la pauvre France: j'entends de la France lettrée, bourg'eoise et « penseuse )), qui dit toutes ces belles choses. Sup2)ose/-les dans la bouche de M. Thieis ou de M. Dupin, il n'y aura qu'une différence de forme, et l'applaudissement sera général. Reculez de trois ans, M. Hugo luimême sera supporté.

Pourtant, il convient de faire une remarque consolante. Sans doute, M. Thiers, M. Dupin, faisant le discours de M. Hugo, seraient applaudis; sans doute, M. Hugo n'est que de trois ans en arrière pour obtenir l'unanimité des suffrages; mais M. Thiers et M. Dupin ne font plus ces discours-là, qu'ils ont tant faits jadis ; mais la billevesée libérale en est réduite aux panaches de M. Hugo ; mais M. Hugo en est réduit aux seules congratulations de Lubin, de Claudine, de M. de Girardinville et du beau Clitandrc, je veux dire Pascal Duprat^. Tant d'autres braços qu'il aurait jadis soulevés se taisent, ceux-ci par désenchantement, ceux-là par politique. En somme, le déchet est notoire. Comment !

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