M. HL'GO AMNISTIE DES CHATIMENTS
Louis Yeiiillot était trop aguerri aux luttes de la presse, trop généreux aussi, et, par surcroît, méprisait trop certains adversaires, pour ne pas faire grâce un jour à M. Hugo de ces vomissements, qu'il eût voulu d'abord déférer à la jus-
tice. Aussi, avant la chute de l'Empire et lorsque Victor Hugo jouait encore, avec grand profit, la comédie de l'exil, faisait-il dans l'Univers cette réponse miséricordieuse et dédaigneuse à l'un des fils du poète qui lui reprochait un ressouvenir des Châtiments :
20 septembre 1809.
Nous lisons dans le Rappel :
« M. Louis Vcuillot, clans un article où une profonde admiration pour Victor Hugo est gênée par le ressouvenir d'une page des Châtiments^ invite l'illustre proscrit, » etc.
La chanson dit :
Ce n'est pas la danse que j'aime, Mais c'est la fille à Nicolas.
Lorsque nous exprimons de l'admiration à propos de M. Victor Huo-o, il s'ag-itau contraire delà danse plus que de la danseuse. La danse est presque toujours originale, elle pourrait être parfaite; mais la danseuse, la pauvre fille à Nicolas... hélas !
Quant aux Chcki/nejits, ce sont des morceaux de torce, exquis sans doute dans leur genre. Seulement, le genre relève de la chorégraphie prohibée. Nous ne voyons qu'un seul homme au monde qu'ils puissent gêner aujourd'hui : cet homme est M. Victor Hugo.
Quelle gêne d'avoir fait un livre de combat, qu'il faut cacher comme une arme courte ! un livre im-
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})()ssible à produire au grand jour, sans encourir immédiatement la répression de la flétrissure des lois !
Ajirc's s'être mis à l'abri de la justice et de la vengeance, quel adreux embarras de ne pouvoir pas se mettre à l'abri du jjardon !
D'un autre côté, qu'importe à tel ou tel individu, célèbre ou obscur, d'avoir été aboyé par un maître poète en fureur — et en sécurité ? De quelle façon peut blesser ou même gêner ce hurlement lancé à travers une grille ?
Ce qui est gênant et cruel, c'est d'avoir ainsi vociféré et de voir plus tard l'adversaire debout et tranquille vous ouvrir la grille, comme si de rien n'était, sans demander la moindre réparation, sans manifester la moindre crainte d'être mordu.
Amnistié !
Pour notre petit compte, nous ne disconvenons pas d'avoir été vaillamment insulté par M. Victor Hugo en Belgique : il nous a traité de gueux, de triple gueux, de mouchard, d'escroc probablement, d'assassin, etc., etc. Qu'est-ce que cela fait? Nous avions imprimé et nous avons réimprimé sans ratures, sous la censure des lois et sous celle des gens de bien, les critiques très permises qui nous ont valu ces belles rimes. M. Hugo n'oserait pas réimprimer en France ces belles rimes sans notre assen-
timent, parce qu'il ne dépendrait que de nous de le faire mettre au grefTe, et un châtiment plus dur serait la lecture qu'il en devrait subir à Taudience. Mais qu'il ne craigne pas cela de notre part, et qu'il réimprime, s'il le veut, ces vers-là, pour se consoler de ne pouvoir réimprimer les autres. Il a notre amnistie depuis longtemps. Le sentiment qu'il nous inspire ne ressemble en rien à la haine, et nous ne lui souhaitons qu'une chose : c'est de faire meilleur usage pour lui-même et pour la patrie du don ([u il a reçu de Dieu.