‹ Études sur Victor Hugo. Introduction, notes et appendicesChapitre 28 sur 57 · iS niVKHSKS KTUDKS · texte numérisé non relu

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la lîoisson, s'exercer au lir, prcnaiil pour cible des passants. Une femme, conduisant un enfant par la main, traversait la rue Montmartre, vers l'église Saint-Eustaclic, pour aller cherclier quelques provisions. A quelque dislance se trouvait un peloton de chasseurs de Vincenncs. L'un do ces miséi^Tbles désigne cette femme à quelques camarades, et, voulant leur prouva son adresse, il l'ajuste. Le coup part, la femme tombe. Jaloux de ce succès, un autre chasseur ajuste l'enfant, qui tombe mortellement frappé sur le cadavre de sa mère. Des actes de cette nature, dont beaucoup de témoins sont prêts à déposer dès qu'il y aura une juslice en France, onl été accomplis dans plusieurs quartiers.

Ce tableau principal est entouré d'épisodes dans le même goût :

Une véritable armée de sergents de ville fouille toutes les rues, arrête, frappe ou massacre les passants, sans dislinclion de rang, d'âge ou de sexe. — Sur le boulevard, près du Gymnase, le citoyen Xavier Durricu voit des groupes de citoyens repoussés brutalement et frappés par des soldats el des sergents de ville. Un cri déchirant se fait entendre tout à coup : on fusille une femme sur laquelle on a trouvé une proclamation!

Une proclamation est faite par les représentants du peuple a insultés, traqués, arrêtés, assassifics par l'inlàme police de Bonaparte ». On lit avec surprise la signature de quelques-uns de ces assassinés, encore vivants aujourd'hui et disposés à vivre longtemps. L'un d'eux, ^I. Emile de Girardin, avait son

idée ce jour-là comme les autres jours : il proposait que tous les représentants se fissent arrêter, et qu'on suspendît entièrement la vie industrielle jusqu'à la chute de l'usurpateur. L'élément comique se glisse dans toutes les tragédies humaines !

\J Enquête sur le Deux Décembre est déjà plus riche que les premiers récits des évadés de Pérouse ; mais ce n'est rien encore. Les bons témoins que l'on vient d'entendre ont réservé leur imagination pour la journée du 4. Voici le premier paragraphe de cette dernière partie, de ce bouquet :

Dès le matin, de sinistres bruits circulent dans tout Paris. Pendant la nuit, de fréquentes détonations ont été entendues par les habitants des quartiers qui avoisinent le Champ de Mars, les quais et la préfecture de police. Des cris et des gémissements ont succédé aux coups de fusil. La population apprend ce qui s'est passé. Des fusillades en masse ont été exécutées en ces différents endroits; un grand nombre de citoyens, arrêtés le 2 et le 3 décembre, ont été froidement massacrés. Combien de victimes sont tombées sous les coups des soldats de Bonaparte? C'est ce qu'il nous a été impossible de connaître, jusqu à ce jour, avec exactitude. Un voile épais couvre ces massacres nocturnes. Si nous en croyons quelques historiens, huit cents personnes environ auraient succombé dans ces atroces tueries.

Tel est le début de la relation du Deux Décembre ; et tout va crescendo et rinforzando jusqu'à la fin, suivant les prescriptions de l'art. C'est ici que,

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pour souU'iur son génie ôpuisé, le narrateur emploie la voix de M. Hugo'. La manœuvre décisive précédemment indiquée par le général Cliangarnicr, qui coupa l'émeute sur le boulevard, est peinte comme un carnage médité, voulu, provoc[ué par le machiavélisme de l'Elysée, et on l'appelle le massacre des passants. On tue tout :

Les morts jonclicnt la chaussée. Des jeunes gens tombent le cigare à la bouche ; des femmes en robe de velours sont tuées roide par les biscaiens ; deux libraires sont arquebuses au seuil de leur boutique, sans savoir ce qu'on leur veut; le bazar est criblé d'obus et de boulets; l'hôtel Sallandrouzc bombardé, la Maison d'or mitraillée, Tortoni pi'is d'assaut.

Ce passage est de M. Hugo : on l'a reconnu à ces deux libraires tués « sans savoir ce qu'on leur veut». Dans le détail, YEnqucte s'applique à montrer les soldats massacrant de préférence les passants inoffeiisifs et les tuant par plaisir. On voit reparaître les gens qui servent de cible, les enfants, les femmes et les vieillards percés de coups de fusil, lardés au sabre et à la baïonnette. Un huissier reçoit treize balles dans le corps pendant qu'il de-

1. I\[. Hugo avait tout ôcrit ou tout arrangé. Seulement, pour se déguiser un pou, il citait çà et là un écrit antérieur publié sous son nom.

Naturellement, M. Hugo, qui se donnait un rôle de héros dans la résistance au coup d'Etat, avait au contraire été très prudent. Il s'était vu partout, mais les autres ne l'avaient vu nulle part.

mamlc grâce à genoux; un vieillard de quatrevingts ans, « trouvé ou ne sait où «, est fiisdlé sur un monceau de cadavres; ce qui fait rire les soldats. Il y a cent épisodes de ce genre, plus atroces les uns que les autres, et qui mettent nos soldats audessous des bètes les plus féroces et les plus viles. Il y a des infamies. pires encore :

Partez! disent les officiers aux citoyens inofTensifs qui leur demandent protection. A cette parole, ceux-ci s'éloii^ncnt bien vile et avec confiance; mais ce n'est là qu'un mot d'ordre qui signifie mort; et, en effet, à peine ont-ils fait quelques pas qu'ils tombent à la renverse... — Un capitaine, les yeux hors de la tète, crie aux soldats : Pas de quartier ! Un chef de bataillon vocifère : Entrez dans les maisons et tuez tout !...

On raconte que quelques soldats, à Pérouse, ont volé un Américain. Cela peut être; nous attendrons, pour en être convaincu, d'autres preuves que la parole de l'Américain et celle des Toscans. Il en a été dit autant des soldats du 4 décembre :

Un caissier va rue Bergère loucher un efl'et, revient aveu de l'argent, est tué sur le boulevard. Quand on releva son cadavre, il n'avait plus sa montre, ni sa bague, ni la somme d'argent qu'il rapportait... Maîtres de la rue liambuteau, les soldats entrent dans les maisons, et saccagent Tintérieur des appartements et les magasins de cette rue opulente.

Ces faits et cent autres sont rapportés par M. Hugo,

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et l'on y reconnaît son iniaglin\tion. lAlc se montre mieux encore clans la description d'une orgie de vin (pi d mêle à cette orgie de sang :

Vers onze heures du soir, quand les bivouacs furent dresses partout, M. Bonaparte permit qu'on s'amusât. Il y eut sur lé boulevard comnie une fête de nuit. Les soldats riaient et chantaient... des tables étaient dressées dans les bivouacs ; officiers et soldats y buvaient. La flamme des brasiers se reflétait sur les visages joyeux. Les bouchons et les capsules blanches du vin de Champagne surnageaient sur les ruisseaux rouges de sang. De bivouac à bivouac, on s'appelait avec de grands cris et des plaisanteries obscènes. On entendait le choc des verres et le bruit de bouteilles biisées. Çà et là, dans l'ombre, vine bougie de cire jaune ou une lanterne à la main, des femmes rôdaient parmi des cadavres, regardant 1 une après lautre ces faces pâles, et cherchant, celle-ci son fils, celle-ci son père, celle-là son mari...

A la fin, on lait le compte des morts :

Un officier supérieur (anonyme) a fait l'aveu que le chiffre des morts, rien que sur les boulci'ards, deva.it s' élever à plus de douze cents. Nous appuyant sur un grand nombre de témoignages (anonymes), nous avons la conviction que ce chiffre a été de beaucoup dépassé. Quant aux assassinats commis en dehors des boulevards, ils échappent à loulc évaluation.

Après avoir raconté la prise de la dernière barricade, rue du Cadran, « où plus de cent cadavres

mutilés marquèrent le passage de ces soldats excités au meurtre par l'exemple et la voix de leurs chefs », \ Enquête est terminée par ces mots :

Ainsi s'accomplit le coup d'Etat de l'honune que la magistrature de Fiance complimente et que le clergé encense depuis dix mois.

Ainsi, ajouterons-nous, après dix mois de réflexions, le parti qui avait surpris la France en Février 1848, et qui, après quatre années de folies et de menaces, vaincu par le mépris et la crainte qu'il inspirait, se l'était laissé reprendre en une nuit; ainsi ce parti se vengeait en difTamant l'armée et la France. Il multipliait, il multiplie encore des pamphlets sordides, dans le genre de celui que nous venons d'analyser; il en inonde l'Europe, cherchant partout h susciter des séditions qui lui rendent le pouvoir, et ne refusant pas même le concours des assassins, dont ses écrits enflamment et justifient d'avance la brutalité.

C'est ce même parti qui fait des enquêtes sur sa défaite à Pérouse, ou plutôt qui fait la même enquête que toujours, échafaudant les mêmes mensonges et les mêmes infamies dans le môme but. Tout ce qui le réprime est inique. Il a une vieille haine contre tous les gouvernements, contre toutes les magistratures; il n'honore que les sol-

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(lafs (|iii mettent la crosse en l'air (levant hii, (|ni trahissent leurs princes et font déserler leur drapeau.

Cet article valiiL à rf7//à'6'/',s' un AvcrLisseniciil. Le gouvernement impérial, qui ti-ouvail bon que l'on fît grand bruit, même dans ses propres journaux, de l'enquête sur les affaires de Pcrouse, déclara que M. I^ouis Veuillot, en parlant de YEnqucte sur le Deux Décembre, avait donné « une publicité coupable à des pamphlets imprimés à l'étranger, et qui contenaient les attaques les plus odieuses contre le peuple français, le gouvernement, la religion et l'armée. »

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