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ranloiir, maiiqiiéo en divers endroits, lanlùt par des errenis de poétique, tantôt par d'autres défaillauces. Valjean ne peut devenir nn rédempteur, parce (pi' il est llétii. Il l'a été trop dnrcment, sans doute, mais il l'a été justement. Cette flétrissure ne l'empêcherait pas d'être saint; elle l'empêcherait d'être prêtre : c'est ce que l'on nomme une irrcgiilarité. Nul moyen d'ériger en rédempteur un homme qui ne pourrait être élevé au sacerdoce. L'œuvre de la rédemption a ses conditions nécessaires, au-dessus des puissances du repentir. Il y faut une certaine virginité, que les larmes et le sang même ne restituent pas lorsqu'elle est une fois perdue. Fantine peut être placée dans le ciel à côté de Marie- Madeleine; elle n'aura point j^lace parmi les vierges qui forment le cortège de l'Agneau. Ces hiérarchies sont éternelles. Quiconque veut les briser tombe dans le faux, et cette loi gouverne l'art comme tout le reste.
J'ai indiqué en courant quelques-uns des défauts qui déparent ce puissant ouvrage; j'ai essayé aussi d'en signaler les fortes beautés. Je pourrais faire une pai't plus vaste à la critique et à l'éloge ; mais il ne faut pas oublier que nous n'avons ici qu'un premier chant du poème. Laissant les questions de forme et de goût, je termine en appelant l'attention de l'illustre écrivain sur dés considérations qui
tiennent au fond de son sujet. Il me semble que l'histoire même de Valjean et de Fantine réfute les propositions radicales de la préface, et montrent que ni le mal n'est si grand qu'il le dit, ni le remède si difficile à trouver et si impraticable qu'il le croit. Ce remède est dans la société même, et il a un nom fort connu : c'est la religion catholique.
Premièrement: Valjean n'est pas un vrai criminel, et Fantine n'est pas une vraie prostituée. Un brave homme qui a volé un pain pour nourrir de pauvres enfants, qui est intelligent et plein de cœur, qui se relève au premier appel de la conscience, qui n'a besoin que de sentir dans sa main un roseau pour se tirer de dix-neuf années de dégradation et monter aux plus hauts sommets de l'honneur, cet homme n'est pas du tout le criminel ordinaire que rencontrent la société et les lois; ou il faudrait admettre que les bagnes sont peuplés de saints et de héros, déportés là par les pervers siégeant dans les cours de justice. Semblablement, une femme telle que Fantine, bonne, simple, courageuse, capable d'embrasser tous les travaux, de supporter toutes les ignominies, d'accepter tous les martyres pour remplir ses devoirs de mère, cette femme n'est pas la prostituée que l'on rencontre partout; ou bien il faudrait croire que les maisons de prostitution sont, comme les bagnes, des pépinières du paradis.
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Socondomcnt : ni Valjcan ni Fantino ne sont si rc'jctcs, si destitués d'appui, si latalemcnt condamnés et perdus que M. Hugo le prétend. Quant à Valjean, point de doute : il ne trouverait pas un jury pour le condamne»', et peut-être pas même un avocat général pour requérir contre lui. Que par impossible on le condamne, il ne trouverait pas une administration de la justice qui voulût remettre à la chaîne et au boulet le « vertueux criminel ». Quant à Fantinc, hélas ! nous ne sommes plus au temps où le « préjugé » repoussait les filles mères, et ce n'est pas aujourd'hui qu'on chasserait une bonne ouvrière de n'importe quelle manufacture, parce que l'on viendrait à découvrir qu'elle a un enfant. Sur ce point, les mœurs sont assez converties ; et malheureusement la faim et la prostitution n'y ont rien perdu.
Troisièmement : quand même la société serait aussi rigoureuse et aussi impitoyable envers ses membres tombés que le prétend l'auteur des Misérables, il reste dans cette société assez d'éléments chrétiens et avec eux assez de miséricorde pour montrer comment l'amélioration est possible. M. Hugo lui-même le jjrouve, et la magie de son éloquence reste encore au dessous delà réalité . Le forçat chassé de partout rencontre une femme qui lui dit : Frappez à cette porte ! Cette l^mme est une chrétienne, qui
vient h lui crelle-môme, en sortant de l'oolise. Derrière la porte indiquée, il trouve un homme qui lui dit : Tu es mon frère ! Cet homme est un chrétien. Le forçat se rend coupable envers son bienfaiteur, le bienfaiteur trahi pardonne, et lui dit : Je t'achète ton âme pour la donner au bon Dieu ! Ce bienfaiteur est un prêtre. La prostituée est bafouée, insultée, mise hors la loi. Un homme la relève et lui dit : Tu es ma sœur ! Cet homme est un homme revenu à Dieu, un converti. Une femme la reçoit dans son cœur, la sert et l'aime : cette femme est une vierge vouée à Jésus-Christ. Et que voit-elle, cette vierge, dans la prostituée qui lui est amenée, couverte de honte et de souillures ? Elle voit un membre souffrant de Jésus-Christ. — Le vagabond est saisi par la justice, accusé de crimes qu'il n'a pas commis, enveloppé d'un filet dont il ne peut se tirer. On se moque de son ignorance, qui semble une ruse. Un homme vient le sauver en se livrant lui-même. Pourquoi cet homme fait-il cette action grande et étrange ? Parce qu'il est chrétien. Où puise-t-il le courage d'obéir ainsi aux dictées de sa conscience ? Dans la pensée que ce n'est rien d'être juste devant les hommes, et qu'il faut être juste devant Dieu. — L'enfant pauvre et sans famille est Hvré à la rapacité de deux monstres. Qui délivrera l'enfant? qui le tirera de ces mains barbares ? Le chrétien encore,
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riioiunic dont la conscience s'est éclairée et alTcrmie aux rayons de la vérité.
Ainsi le problème que vent résoudre M. îlugo, ramené aux termes du possible, n'est pas sans solution, parce que le christianisme est là. Le christianisme travaillait à résoudre ce problème longtemps avant que M. Hugo songeât à écrire son livre. Nous ne manquons pas de réformateurs qui songent à bannir le christianisme pour tout améliorer. S'ils savent lire le livre de M. Hugo, ils y verront ce que l'humanité saurait faire et pourrait devenir lorsque le christianisme en aura été banni; et M. Hugo, lui aussi, qui a bien quelque pente vers les réformateurs de cette espèce, n'a qu'à se relire pour se convaincre que sans le christianisme il n'aurait pas même pu concevoir son livre.
Ce premier épisode des Misérables est de touo les romans de Victor Hugo celui qui, après Notre-Dame de Paris, a eu le plus de succès; c'est aussi, au point de vue de la valeur littéraire, celui qui méritait le mieux de réussir. Il l'emporte, quant au style, sur Notre-Dame de Paris, et, quant à la conception, quant à la thèse, il n'est ni plus faux ni plus Ibu; peut-être est-il moins méchant.
Les autres romans humanitaires qui ont suivi les Misé' râbles : les Travailleurs de la mer, l Homme qui rit. Quatrevingt-treize, lui sont, sovis tous les rapports, inférieurs. Tandis que la haine révolutionnaire et la folie socialiste s'y montrent davantage, le talent s'y montre moins. Après les
Misérables la décadence atteint le prosateur, comme après les Contemplations elle avait atteint le poète.
C'est donc sur son meilleur ouvrage comme romancier humanitaire que Louis Ycuillol a jugé Victor Hugo.