‹ Études sur Victor Hugo. Introduction, notes et appendicesChapitre 40 sur 57 · CONSEILS POÉTIQUES · texte numérisé non relu

CONSEILS POÉTIQUES

la nommée République, qui lui avait rtrco/M/«oc?r' le délunt. Mais, par le plus malheureux des hasards, cett(; truande s'est toujours éprise de quelque soudard qui la rossée, et de qui elle a fait un autre empereur, pire que le précédent; le hon à son tour a été accommodé par la traîtresse.

Inutile de chercher ce que le lion pourrait répli- ([uer à l'ours. Cela ne mènerait à rien. L'empereur mangé, la question ne serait ni résolue ni plus facile à résoudre. Un lion qui parle en mouton et qui se met à bêler : des frères ! des frères ! sort de sa nature. S'il jDcrsiste dans ce caractère faux, alors il sera mangé; ce qui prouve également contre sa rhétorique et contre ses ongles. S'il redevient lion, ses ongles reprennent leur valeur, et le premier usage qu'il en fait est de dépecer d'abord sa rhétorique moutonnière, laquelle le réduirait au foin : il aime mieux la viande.

Pour manger un empereur, il faut d'abord faire ou tout au moins commencer un empereur, et sitôt que l'empereur est mangé, l'empereur est fait. Sans perdre de temps, offrant à l'empereur son dos, le lion exige d'être mené où l'on mange, non de l'herbe, non des compotes et des conserves de siège, mais de la bonne viande fraîche et encore vivante, ours, léopards, éléphants et autres grosses bêtes insolentes qui osent se dire frères du lion, et aussi

beaucoup de moutons et de bœufs, espèces manifestement destinées à nourrir le lion vainqueur.

Autrement, il faudrait donc que tout changeât et se transformât de fond en comble? L'empereur mangé, il faudrait que soudain le lion et l'ours, ayant avalé aussi la couronne, le sceptre et le manteau de pourpre, afin de ne plus se les disputer, devinssent de vrais, de purs, de perpétuels moutons, — et que la même métamorphose atteignît les loups ! C'est ce que l'on appelle une idée poétique. Mais un homme d'Ktat tel que M. Hugo ne peut ignorer qu'en politique, ces sortes d'idées n'ont pas cours.

Il se compromettrait dans son parti s'il soutenait pour de hou des idées de ce genre. Elles coulent d'une source dont ses amis et lui-même ont particulièrement horreur. Rien ne serait facile comme de lui prouver qu'il est clérical.

L'idée de changer en moutons le lion et l'ours, et de faire habiter ensemble le loup et l'agneau, est une idée religieuse: non seulement religieuse, mais biblique ; non seulement biblique, mais chrétienne; non seulement chrétienncf mais catholique. Le prophète Isaïe en a le premier entretenu les hommes, de la part de Dieu : « Et les peuples diront : Montons à la maison du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob; il nous enseignera ses voies, et nous marcherons dans ses senixcrs, parce que la loi sortira de

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Si()?i, et la parole du Seigneur, de Jérasalenii. 11 juoera les nations, et il convaincra plusieurs peuples; et if.s forgeront de leurs rpces des socs de charrues^ et de leurs lances des faux. Un peuple ne tirera plus l'cpce contre un peuple, et ils ne s'exerceront plus à se combattre. »

Voilà le vœu de M. Hugo. II a cru ne commenter que Pierre Dupont; il a ignoré (pi'll commentait aussi Isaïe. Mais, faute de connaître Isaïc, que Pierre Dupont n'a point connu, il s'est jeté dans l'inexpli- . cable.

Isaïe enseigne le vrai moyen de réaliser la paix. Ce moyen, c'est d'amener l'ours et le lion dans le même troupeau, sous "le même pasteur, et de les empêcher de se faire des pasteurs h jjart, qui les excitent à s'entre-dévorer. Le vrai pasteur a un don pour les tenir en paix.

Mais le vrai pasteur, le pasteur légitime, le pasteur de la paix, c'est précisément ce que M. Hugo ne veut pas, peut-être parce que ses amis ne le veulent pas. Et voilà pourquoi l'ours et le lion sont « des bêtes ». Le lion ne dit que cela de vrai.

Oui, lion! de vieilles bêtes, « d'éternelles bêtes », disait déjà Tertullien, qui le disait mieux.

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