VICTOR HUGO ET LA PATRIE
7 février 187(;.
Nous retrouvons un ancien pathos de M. Hugo en prose plus abracadabrante que ses vers les plus abracadabrants. Il exécute toujours assez bien ce tour de force. Celui-ci fut écrit à Jersey, sur hi commande d'un éditeur international, pour illustrer un catalogue de l'Exposition universelle*. M. Hugo se lança. Imaai nanties merveilles du srrand bric-à-brac amoncelées sous les yeux du monde, il trouve la France, qui faisait cela, si grande et si belle, qu'il prédit son extinction prochaine, parce qu'elle n'était plus unjj(n/s, mais une dressd. On ne s'étonna ni ne s'indiuna de cette chaude bêtise. C'était une idée propre de M. Hugo, devenue comme beaucoup d'autres une idée de Bonaparte, et peu à peu une idée de quasi tout le monde, (pie chacun expliquait à sa manière et que personne n'entendait. Le ruisseau parisien, que beaucoup de gens prennent pour un torrent ou pour un fleuve, et même pour la mer, est [)l('in de ces idées-là. On les appelle aussi des
1 . Ce traviiil ou eu p:ilhos ligure dans la liste dos ouvrages de M. Victor Hugo sous le titre l'uris.
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idrcs humanitaîrcs. C'est sous ce nom (jue M. Hiip^o les lance et que Bonaparte, l'un des plus mornes disciples de ce grand homme, les gobait. I^n ce temps d'Exposition, temps d'embrassades universelles, le Français de Paris croyait que tout le monde voulait être Français et que la France devait s'arranger pour être tout le monde. Un très innocent et honnête ministre de l'empereur, nomme Forcade la Roquette, parlant du Paris de M. Haussmann, autre grand philosophe, ne balançait pas à l'appeler la capitale du genre humain, et cela passait au Corps législatit comme une lettre à la poste. On ne songeait pas aux conséquences. On allait voir le canon prussien, le Krupp d'acier qui se trouvait h l'Exposition, et on l'admirait beaucoup.
Donc M. Hugo, plein et surabondant de suc prophétique, chante ceci :
Les peuples ont eu le vague ébranlement des profonds tremblements de la terre de France. Ils ont de proche en proche reçu le contre-coup de nos luttes, de nos secousses, de nos livres. Ils sont en communion mystérieuse avec la conscience française... Pltéiiomrne magnifique, cordial et formidable, que cette volatilisation d'un peuple qui séva^ porc en fraternité! O France, adieu! tu es trop grande pour n'être qu'une patrie. On se sépare de sa mère qui devient déesse. Encore un peu de temps, et tu t'évanouiras dans la transfiguration. Tu es si grande, que voilà que tu ne vas plus être. Tu ne seras plus France, tu seras Humanité ; lu