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CHAPITRE I

HOTIONS GÉNÉRALES SUR LES MÉTÉORITES ET LES BOLIDES ; ORIGINE EXTRA-TERRESTRE DES MÉTÉORITES.

Depuis qu'en 1794, Ghladni a forcé à reconnaître l'origine eitra-terrestre des météorites» en émettant, avec une profonde sagacité, des idées dont on reconnaît chaque jour davantage la justesse S Tétude de ces corps a donné lieu à de très-nombreuses observations.

Un compte rendu, même sommaire, des principaux travaux relatifs à ce sujet, m'obligerait à sortir de mon but, qui est de signaler les expériences synthétiques dont les

* Le tnfail àe Ghladni, Veber den Unprung dur von Palla» gefundenen und anderen ^'tftimasieH und ueber einige damil in Yerbindung Uehtnde NalurerêcheÎHungen (Riga, l^'M), est, en efîet, des plus remarquables, non- seulement par la nouveauté des vues qu'il y émeiiaii, mais par la puissance de logique avec laquelle de nombreux faits, alors isolés, T aoot coordoimés et discutés.

météorites ont été l'objet et les conséquences qu'on peut tirer de ces expériences. Toutefois, pour qu'on comprenne bien la signification des unes et des autres, il est indispensable de présenter d'abord un résumé succinct de nos connaissances à l'égard de ces corps.

L'étude des météorites touche à plusieurs questions fondamentales de l'histoire physique de l'univers.

A part l'importance que les météorites présentent au point de vue purement astronomique, elles intéressent encore la géologie par leur constitution même, et à un double point de vue.

D'une part, elles sont les seuls échantillons de corps extraterrestres ou cosmiques qu'il nous soit possible d'avoir entre les mains; elles nous apportent des notions positives sur la constitution de masses appartenant aux espaces célestes.

D'autre part, les météorites nous permettent de comparer cette constitution avec celle de la Terre; elles nous éclairent ainsi sur l'origine de notre planète, ainsi que sur la natun' de ses régions souterraines, que leur profondeur rendra toujours inaccessibles à l'investigation directe.

Les évolutions par lesquelles a successivement passé notre globe, depuis que la matière nébuleuse dont il dérive sV^t condensée et que la chaleur s'est principalement concentre*' dans le Soleil, paraissent semblables à celles qui se sont produites et se produisent encore, de toutes parts, dans les profondeurs de l'espace : l'histoire de notre globe est comme un résumé de l'histoire générale de l'univers.

C'est ainsi que les météorites constituent un chapitre fondamental et nouveau de la géologie.

Cette conclusion leur assignait naturellement une place dans la collection géologique du Muséum qu'elles sont venues compléter.

Actuellement, la série d'échantillons que j'y ai réunie, et

ORIGINB EITRi-TERRESTRE DES MÉTÉORITES. 475

qui est Tune des plus nombreuses du monde, comprend des représentants de 283 chutes, et son poids total s'élève à 2086 kilogrammes.

La collection de météorites ne se borne pas à la série des chutes. Elle commence par une suite d'échantillons qui montrent les divers caractères des météorites, tels que leur forme, leur structure, leur croûte extérieure, les accidents qu'elles présentent, et les principaux minéraux qui entrent dans leur constitution.

Elle se termine par une série nombreuse de produits d'expériences, comprenant des résultats de fusion de météorites et la reproduction synthétique ou artificielle de la plupart des caractères des météorites.

§ 1. ORIGINE EXTR\-TKRIlESTRE DES MÉTÉORITES.

qal aeeompacMot leur chate. — DcpuiS longtemps on ne peut douter que, parmi les matières qui tombent de l'atmosphère à la surface du globe, il en est dont l'origine est incontestablement étrangère à la planète que nous habitons. Leur chute se fait reconnaître à la production considérable de lumière et de bruit qui l'accompagne, à la trajectoire presque horizontale qu'elles décrivent souvent, enOn, à la vitesse excessive des bolides qui les apportent.

De nombreuses chutes, qui ont été étudiées avec soin, ont permis de préciser les circonstances dans lesquelles a Ueu l'arrivée de ces masses sur la terre.

11 est extrêmement remarquable que ces circonstances se reproduisent constamment les mêmes.

La chute des météorites est toujours accompagnée d'une incandescence assez vive pour donner à la nuit l'apparence

du jour et pour être parfaitement sensible en plein midi. Par suite de cette viracité d'éclat, l'arrivée des météorites peut être vue à de très-grandes distances : la chute d'Orgueil (Tarn-et-Garonne), du 14 mai 1864, fut aperçue jusqu'à Gisors (Eure), à plus de 500 kilomètres de distance.

La lumière dont il s'agit n'a, du reste, qu'une très-faible durée. On pense qu'elle se produit au moment où l'astéroïde pénètre dans notre atmosphère, c'est-à-dire à une hauteur considérable, que, pour la chute d'Orgueil, par exemple, on a évaluée à 65 kilomètres.

C'est grâce à cette incandescence que l'on peut observer la trajectoire des météorites, qui, très*souvent, est peu inclinée sur rhorizon. Une trajectoire de cette nature a été particulièrement reconnue pour le bolide d'Orgueil, que nous venons de citer : marchant de l'ouest vers l'est, ce bolide fut suivi, à partir de Santander et d'autres localités des cùte> d'Espagne, jusqu'au point de sa chute.

L'incandescence des bolides permet, en outre, d'apprécier leur vitesse, qui n'a pas d'analogue sur la terre, et qu'on ne peut comparer qu'à celle des planètes lancées dans leurs orbites. Cette seule circonstance suffirait pour prouver l'origine cosmique des météorites.

La météorite d'Orgueil paraissait parcourir environ 20 kilomètres par seconde; on a observé, dans d'autres cas, d«> vitesses qu'on n'a pas évaluées à moins de 50 kilomètres.

Constamment l'apparition du bolide s'accompagne d*une traînée de vapeurs, qui ne sont pas dépourvues d'un certain éclat lumineux.

Il n'y a pas d'exemple de chute de météorite qui n'ait cU* précédée d'une détonation, et même quelquefois de plusieurs détonations. Ce bruit a été comparé par les observateurs, soit à celui du tonnerre, soit à celui du canon, suivant Ij distance à laquelle ils se trouvaient. 11 se fait entendre

ORIGIPiE EXTRA-TERRESTRE DES MÉTÉORITES. kH

sur une vaste étendue de pays, quelquefois sur plus de 100 kilomètres à la rondexommedansle cas de la chute d'Orgueil. Si l'on réfléchit, en outre, que cette détonation se produit dans des régions où l'air, très-raréfié, se prête trèsmal à la propagation du son, on sera convaincu qu'elle doit être d'une intensité qui dépasse tout ce que nous connaissons.

Après la détonation, on entend un sifflement, dû au rapide passage des éclats dans l'air, et que les Chinois comparent au bruissement des ailes des oies sauvages ou à celui d'une étoffe qu'on déchire.

Il n'est pas inutile d'ajouter que ces phénomènes ont été observés, non-seulement dans des régions très-diverses du globe, mais en toutes saisons, à toutes les heures du jour et souvent par un temps serein, sans nuages, et un air calme. Les orages, les trombes, n'y sont donc pour rien.

Pour répondre à une objection qui se présente naturellement à l'esprit, en ce qui concerne la vitesse de ces corps, nous devons attirer l'attention sur une distinction essentielle. La vitesse énorme propre au corps lumineux ou bolide que l'on voit fendre l'atmosphère contraste avec celle, incomparablement plus faible, que possèdent les éclats, au moment de leur arrivée sur la terre. Le bolide se comporte comme un corps lancé avec une vitesse initiale considérable; au contraire, les éclats qui nous parviennent à la suite de la détonation, paraissent, en général, ne posséder qu'une vitesse, comparable à celle qui correspondrait à leur chute^ ralentie par la résistance de l'air. -

En outre, les bolides arrivent dans toutes les directions; leur vitesse relative, toutes choses égales d'ailleurs, doit nécessairement varier, d'après l'orientation de la trajectoire, par rapport au sens du déplacement de la terre.

Les pierres d'une même chute sont plus ou moins nombreuses et au moment de leur arrivée, toujours brûlante

à la surface, sans toutefois être restées incandescentes.

A Orgueil, il est tombé des pierres sur une soixantaine de points compris dans une ovale, dont le grand axe avait 20 kilomètres de longueur. La chute de Stannern, en Moravie, a donné plusieurs centaines d'échantillons, et celle de Laigle en a fourni environ trois mille. Ici, comme à Orgueil, l'espace recouvert par les pierres était ovale : il avait 12 kilomètres de longueur. Une chute observée en Hongrie, à Knyahinya, le 9 juin 1866, n'a pas été beaucoup moins nombreuse que celle de Laigle. La chute qui a eu lieu le 30 janvier 1868 aux environs de Pultusk, en Pologne, parai! surpasser très-notablement celle de Laigle, par le nombre des pierres qu'elle a apportées et par la longueur de la zone sur laquelle elles ont été recueillies.

Souvent les pierres d'un certain volume pénétrent dans le sol ; par exemple. Tune de celles recueillies à Aumale s'est enfoncée, de plusieurs décimètres, dans un bloc de calcaire compacte et résistant. C'est ainsi qu'un certain nombre de météorites peuvent rester enfouies et inaperçues. Il en est qui se pulvérisent par leur choc sur les rochers, et dont les débris ne peuvent plus être retrouvés qu'au prix de beaucoup de recherches et d'attention. C'est ce qui a eu lieu le 8 septembre 1868, à Sauguis-Saint-Étienne (Basses- Pyrénées).

Les phénomènes de lumière et de bruit dont s'accompagne la chute des météorites ayant des proportions si imposantes, ce n'est pas sansétonnement qu'on constate l'absence de tout bloc volumineux parmi les masses tombées.

C'est parmi les fers météoriques qu'on trouve les poids les plus forts : on en a trouvé de 700 à 800 kilogrammes, comme le fer de Charcas (Mexique) ; le plus gros bloc de fer de Sainte-Catherine (Brésil), pesait 2250 kilogrammes, et l'on a également trouvé au Brésil un échantillon dont le poids

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