ORIGINB EXTRA-TERRESTRE DES MÉTÉORITES
mètes les essaims périodiques d'étoiles filantes, apprennent, en effet, qu'il peut en être de même des météorites et des bolides, qui nous parviendraient également des espaces intra-stellaires, c'est-à-dire de régions bien plus éloignées de nous que les planètes proprement dites.
Le nombre des chutes connues de météorites n'est pas aussi considérable qu'on le supposerait, d'après la multitude (le bolides qu'on a observés et qui apparaissent journellement. Celles que l'on a bien constatées, à notre connaissance, et dont on a pu recueillir les pierres, n'atteignent pas encore un millier. Dans cette sorte de recensement, on ne tient nécessairement pas compte d'un nombre bien autrement considérable de chutes, qui ne nous ont pas laissé de traces ou de souvenir.
Quelque incomplète que soit la statistique des chutes, il est bonde noter comment elles se répartissent dans le temps. Il résulte des relevés mensuels qui ont été faits, que les deux mois remarquables par les averses d'étoiles filantes ne paraissent pas privilégiés, sous le rapport du nombre des chutes de pierres.
Dans la distribution horaire, les variations sont plus marquées ; les chutes paraîtraient plus fréquentes le jour que la nuit*.
Quant a la répartition géographique des météorites, on en a signalé dans toutes les parties du globe. Toutefois cette répartition est loin d'être uniforme : certains points sembleraient favorisés. On sait l'abondance des fers météoriques dans plusieurs parties des deux Amériques, au Mexique, aux États-Unis, au Chili. Tandis que certains pays ne mention* nent pas de chute de pierres, ou n'en mentionnent que trèsrarement, comme la Suisse, d'autres pays, de même surface
' Comme le montrent des reletés faits par MM. Quetelet, de Haidiiiger, Greg, James Glaisiier et Alexandre Herschel.
et qui ne paraissent pas mieux préparés à la constatation de ce genre de phénomène, en ont été souvent le théâtre: telles sont dvers es régions de la France méridionale S la partie septentrionale de l'Italie et Tlnde anglaise; cette dernière seule ne figure pas pour moins de trente-sept chutes, depuis la fin du siècle dernier seulement.
Pendant chacune des deux années 1863 et 186i, ainsi qu'en 1866, on a cité trois chutes de météorites en Europe; Tannée 1868 a été la plus favorisée par le nombre des chutes dont on conserve des échantillons : neuf chutes, en effet, ont été signalées, dont six en Europe, deux aux Étals Unis et une dans l'Asie méridionale (Cambodge).
En un mois environ, du 21 décembre 1876 au 23 janvier 1877, trois chutes ont été obsen'ées sur une surface très-limitée des États-Unis. Elles ont eu lieu à Rochest^r (Indiana) le 21 septembre 1876, à Warrenton (Missouri) le 21 janvier 1877, et à Cynthiana (Kentucky) le 25 janvier 1877». Une quatrième chute, dans la même région, a eu lieu le 10 mai 1879, comté d'Emmet (Jowa).
En admettant que la partie du monde que nous habitons n'ait pas été particulièrement favorisée, et en remarquant qu'elle représente les seize millièmes de la surface total? du globe, on arriverait, pour cette dernière, au chiffre annuel de cent quatre-vingts météorites. Ce résultat correspond an chiffre trois, fourni par chacune des années 1863, iNtîl et 1866 ; on a écarté Tannée 1868, qui est peut-être exce|>tionnelle. Si, à raison de la facilité avec laquelle le phénomène peut passer inaperçu, on porte ce nombre au triple, ce qui est sans doute bien au-dessous de la réalité, on arriit* à un total de six à sept cents pour le nombre annuel des chutes.
'Barbolan, Agen, Toulouseï Orgueil, Uissac, AUis» Juvioas, Sax^aj^-SiiiU-iiucfr^ Deuste.
* Compta rtndui de F Académie de* ioience*, t. LXXXV, p. 678.
CONSTITUrrON DES MÉTÉORITES. 485
11 résulte de ces chutes de météorites que, chaque année, la masse du globe s'est augmentée d'une certaine quantité, el, d'après un principe de mécanique, cette augmentation aurait nécessairement une influence sur la vitesse de rotation de notre planète. On a même voulu lui attribuer l'accélération séculaire du moyen mouvement de la lune ; mais celle-ci est bien loin d'être complètement expliquée par le phénomène dont il s'agit*. A ce point de vue, le très-faible accroissement de masse que produit l'arrivée de ces corps extra-terrestres parait devoir être complètement négligé.
Lorsqu'on réfléchit au nombre des météorites que la Terre reçoit tous les ans, on est disposé à admettre qu'il en est tombé aussi durant les immenses laps de temps, pendant lesquels se sont formés les terrains stratifiés, et dans le bassin même de l'Océan, où ils se déposaient. Cependant, bien que ces terrains aient été fouillés maintes fois, on n'y a jamais mentionné rien d'analogue aux pierres météoriques.
Ce fait, très-remarquable, s'explique peut-être, parla facilité avec laquelle ces pierres disparaissent, à la suite de leur oxydation sous l'influence de l'eau, et de la désagrégation qui en est la conséquence.
§ II. ^ CONSTITDTIOM DES HÉTÉORITES.
Types gti'on peut distinguer parmi les météorites. — Contrairement à ce qu'on pourrait supposer pour des corps qui nous parviennent dans des circonstances identiques, avec des formes si semblables et portant toutes cette enveloppe noire, qui est comme la livrée des météorites, celles-ci,
' Comme Ta montré Delaunay. Comptes rendus de F Académie des êcienceê^ t. LIT, p. 1023.
examinées dans leur cassure, offrent des différences considérables, qu'une visite, même rapide, à la collection du Muséum, permet d'apprécier et de fixer dans la mémoire.
Tandis que certaines de ces masses, connues sous le nom de fers météoriques, sont entièrement formées d'une substance métallique, ayant l'éclat et la couleur de Tacier, d'autres sont principalement composées d'une matière pierreuse, terne et grisâtre, ressemblant, à première vue, à beaucoup de roches que nous foulons journellement aux pieds ; quelques-unes enfin, mais incomparablement plus rares, également pierreuses, se font remarquer, tout d'abord, par une teinte noire et leur aspect analogue à celui d'un lignite terreux ou d'une tourbe compacte.
Si, après ce coup d'œil général, on étudie un peu plus attentivement les masses météoritiques, on reconnaît bientôt qu'elles se rapportent à plusieurs types distincts, mais qui se relient par des transitions ménagées.
Pour en avoir une idée, il nous suffira de les examiner, dans Tordre même adopté pour leur classification dans la collection précitée.
1** Météorites du premier groupe ou holosidères — Nous trouvons d'abord les fers météoriques proprement dits, ou, si l'on veut, les holosidères (de 0X0$, tout, et aidnpoç, fer).
Ce sont des musses eo^emptes de matière pierreuse^ et quelquefois assez pures pour pouvoir être immédiatement forgées; on en a même employé à la fabrication d'armes et d'outils.
Du fer natif a bien été trouvé, à diverses reprises, à la surface du globe, mais toujours dans des circonstances exceptionnelles, où il paraissait provenir le plus souvent de réductions accidentellement opérées, soit par des gaz combustibles émanés des volcans, soit par l'inflammation des houillères. D'ailleurs, ce fer terrestre n'avait jamais offert les caractères du fer météorique.
Toutefois, durant Tannée 1870, en explorant les régions occidentales du Groenland, M. Nordenskiold recueillit d'énormes masses de fer métallique, sur lesquelles nous aurons à rcTenir en détail, et que Ton confondit longtemps avec les météorites.
L'année suivante, M. Steenstrup rencontra dans le détroit de Waigatl des roches pyroxéniques toutes imprégnées de grenailles métalliques, et ayant complètement Taspect de certaines pierres tombées du ciel. L'étude du gisement et des propriétés de ces masses intéressantes permet aujourd'hui de leur attribuer une origine terrestre.
Quoi qu'il en soit, le fer météorique est à la fois caractérisé par sa composition chimique et par sa structure. : Il est toujours allié à divers métaux, parmi lesquels le nickel est le plus constant. Ce fer nickelé paraît se composer lui-même, en général, de Tassocialion de plusieurs alliages de ces deux métaux en proportions définies, ainsi que Ta annoncé M. de Reichenbach, qui a donné aux trois plus fréquents les noms de txmte^ de kamacite et de pkssUe.
Le fer nickelé contient fréquemment un sulfure de fei isolé sous forme de rognons, quelquefois cylindroïdes et encadrés de graphite. Comme on le débarrasse difficilement des matières étrangères auxquelles il est mélangé, sa composition est encore l'objet de quelques doutes. D'abord rapporté au protosulfure, il a reçu le nom àetr&ilite; cependant ses caractères sont très-voisins de ceux de la pyrrhotine, particulièrement dans rholosidère de Sainte-Catherine (Brésil), où son abondance rendait son étude plus facile.
On trouve, en outre, dans les holosidères un phosphure de fer et de nickel, contenant du magnésium, dont l'existence a été démontrée par Berzélius, et auquel on a donné le nom schreiber^ite, ainsi qu'une substance voisine, que Gustave Rose a désignée sous le nom de rhctbdite.
Gomme espèce remarquable particulière aux météorites, il faut citer le sulfure de chrome et de fer, auquel le savant qui Ta découvert^ M. Lawrence Smith, a bien voulu donner le nom de Daubréelite. Par les proportions relatives de ses trois éléments, celte espèce correspond exactement au fer chromé, avec cette seule différence que l'oxygène du minéral terrestre y est remplacé par du soufre.
Nous citerons, comme exemple d'holosidère, le fer de Caille (Àlpes-Maritimes), dont la première analyse est due à M. le duc de Luynes*. Il Ta trouvé exclusivement formé de fer et de nickel avec des traces impondérables de manganèse et de cuivre. La proportion de nickel s'élève, d'après cette analyse, à 17,57 p. 100. Les résultats auxquels M. Rivol est arrivé postérieurement, sur d'autres échantillons de la même masse, ont été notablement différents; ce chimiste n'a signalé ni manganèse, ni cuivre, mais il a trouvé du cobalt et du chrome. De tels écarts conduisent à admettre que la composition de ces masses peut varier beaucoup, même pour des parties d'aspect identique*.
La structure des fers météoriques est aussi des plus remarquables. Pour l'observer, après avoir poli une surface de fer, on peut la soumettre à l'action d'un acide. On fait alors naître les figures, dites de Widmamistxttenj du nom du savant qui les a le premier signalées (fig. 179). On constate ainsi que ce fer est à la fois cristallin et hétérogène. Bientôt, en effet, une matière inattaquable apparaît en relief et transforme la
* Annaletdet mine$, 4* série» t. V, p. 161, 1844.
* AtmaUi deê mines, 5* série, t. YI, p. 554, 1854.
Voici les nombres que M. Rivot a obtenus :
Fer • 92,7
Nickel 5,5
Chrome,^cobalt, traces de silicium 0,9
Total. . . Wj L'auteur pense que le sUicium est contenu dans la masse, à l'état de ailiciure.
COÎISTITUTION DES HÉTÉORITES. 489
surface, primitivement plane, en un véritable cliché propre à l'impression. La substance qui apparaît ainsi en relief et qui contient souvent du phosphure multiple, consiste dans l'alliage particulier de fer et de nickel, désigné sous le nom delxnite.
La matière inattaquée se présente ordinairement en lames minces, dont les intervalles rappellent, par leur finesse et leur parallélisme, une série de coups de burin. Les diverses
Fi{. 179. -- Bolosiilère de Ciille (ilIpn-Maritiioei), dont lei lurfic» |iull«9. trailtei pir un ■ridr. liitKDl *nir lei ligunt dila de Widminmtetten. On vent, I droils, vae Ciriti qflinilraide. due 1 la ditpinlkin d'un ragnon da lroIlile(sgiriin: double d< fer at de nk'kelj. —
lames qui traversent ainsi le fer météorique sont souvent orientées parallèlement aux faces de l'octaèdre régulier. C'est ce que montrenl les échantillons taillés en cube ou en sphère comme ceux représentés (fig. 180 et 181). Ce fait, facile à constater sur le fer découvert à Caille, est d'autant plus intéressant, que le fer terrestre que l'on a produit en masses cristallines, montre la disposition cubique. Si l'on suit l'orientation de ces octaèdres, on reconnaît
49t mnOXS C£5ËU1£S STE us MÉlfORITES.
que, dans beaucoup de masses de fer, ils présentent un parallélisme, d'où il résultequ'ilsconstituent, parleur ensemble, un cristal unique. La dimension si considérable de ces cristaux contraste arec la structure que l'on observe dans le fer artinciel, même lorsque son état cristallin est aussi prononci^ que possible; car, même alors, les lames de clivage sont orientées dans toutes les directions, comme on le voildaix une foule de minéraux et de roches terrestres, telles que le calcaire lamellaire.
D'autres procédés ont été aussi mis en usage pour étudier la structure des météorites'.
r^C («r - a>l.-i^n- Jc CûIK, lâUWe en Fig. IKI. - BolMdtre de dille. a
.-*»*. «t tH-DiM i IVtian iTua acide. eo tptiin, et Momae à rKU-n
ùvsa ■■•l'suM iJfHie. «cidc Croui WH Khi et itmif-
l-.-* chules d»' Ter sont incomparablement plus rares, au a.v;"$ i lVi\yjiie actuelle, que les chutes de pierres. On nV:: jL •.■^^*."'-*'.'> ^:» Eurv'iv. que deux bien certaînesen plus<i'iin >i-.\ ■.' ; Tu -,? ^-i IT5I. à Braunau. en Bohème: Tautn* i V,' .1 !(, -"t '."r-j^e. en 1847. Cejiendant on a recueilli ila"' -i >-.;v.-^ r-',', -s i-'^'.-Se. notamment en Europe, enSiU-ri^. .< >v y ■> >^-<-! s, 3j; M;-ii.qut*. au Brésil et en Afrique, d'i(.;jv>t^ li..^ .; ■f<^ ivx'^iiollt's leur nature et leur ï»o<iii'^
-. . .,-« ., „«-.« 4r- .ivmi. t. HIT. p. 6», iter. . I. u'
autorisent à assigner une origine extra-terrestre, avec autant de certitude que si on les avait vu tomber.
Plusieurs de ces masses complètes, que possède la galerie du Muséum, donnent une idée des particularités intéressantes que présentent Taspect et la structure des fers météoriques. Elles montrent les formes fragmentaires qu'affectent ces masses, malgré leur ténacité ; formes qui caractérisent également, comme on le verra plus loin, les masses pierreuses proprement dites.
i" Météorites du second groupe ou syssidères. — Certains fers météoriques, au lieu d'être massifs, renferment des parties fierreuses disséminées dans une pâte métallique faisant œntimité et formant une sorte d'épongé métallique.
Ils constituent ainsi un premier terme de passage des fers vers les pierres.
Dans le représentant le plus connu des météorites de ce second groupe, la matière pierreuse, dont les grains sont logés dans le fer, consiste en un silicate à base de magnésie et de protoxyde de fer, appartenant précisément à l'espèce terrestre connue sous le nom de péridot.
Cette disposition rappelle bien, pour l'aspect, certains fers produits accidentellement dans les usines, où la scorie silicalée joue le rôle rempli par le péridot dans les météorites qui nous occupent.
Les météorites de ce second groupe sont particulièrement représentées par une masse célèbre de fer, découverte par Pallas, à Krasnojarsk, en Sibérie. Il en existe une autre tout à fait comparable, qui a été rencontrée dans le désert d'Âtacama, au Chili, et dont la partie silicatée consiste en fragments de la roche appelée dunite où Ton trouve, outre le péridot, du pyroxène et du fer chromé.
lii matière pierreuse de ces météorites, auxquelles nous
493 KOTIONS GÉtfÉRiLES SUR LES ÏËTËORITES.
donnons le nom de tys$idèret\ ne consiste pas exclusivement en péridot; rgnclquefois elle est constituée par un silicate de nature pyroxénique. C'est ce qui arrive pour la météorite de Toula, gouvernement de Perm, en Russie, dont la partie lithoïde affecte une disposition bréchiforme très-remarquable.
Dans les trois types de syssidères qui viennent d'être cités, la pierre est en grains disséminés et discontinus. Mais il peut arriver que la pierre y soit continue, aussi bien et en même temps quele fer, c'est-à-dire que la masse résulte de l'enchp-
vêtrenient mutuel de deux réseaux continus, l'un métallique, l'autre pierreux. Telles sont, entre autres, les météorites de Ritlersgrûn (Saxe) et deBrahin (Russie) (fig. 182).
^' Méléoriles du troisième groupe ou sporadosidères. — b plupart des météorites sont caractérisées par une pâte piffreuse, dans laquelle le fer, au lieu d'être continu, comme dans les deux premiers groupes, est disséminé en grains irréguliers. La relation entre le fer et la pierre est donc précisément inverse de celle qui caractérise le groupe des svssi-
* Du grec *û>, omc, pour expricaer la ctmtinuiti du fer.
déres. Chacun de ces grains présente d'ailleurs les caractères de composition et de structure des fers mélcoriques. Gomme euï, ils renferment du nickel, du sulfure et du phosphure de fer.
Les grains de fer, en proportion très-variable, ont aussi des dimensions fort différentes, depuis la grosseur d'une noisette et au-dessus, jusqu'à des grains à peine visibles ou même microscopiques, sorte de poussière disséminée dans la substance pierreuse.
Dans celle série, dont les termes extrêmes sont si éloignés, mais qui sont reliés par une foule d'intermédiaires, on peut distinguer trois sous-groupes.
Premier sous-groupe ot« polysidères. — D'abord le premier sous-groupe, c'est-à-dire le plus riche en fer, est représenté par des masses que leur composition mixte pourrait faire considérer, soit comme pierres, soit comme fer.
Nous les désignons sous le nom de polysidères^. Le métal elle silicate peuvent, en effet, y être à volumes sensiblement égaux.
Parmi les météorites appartenant à ce sous-groupe, on doit citer spécialement celle qui a été rencontrée dans la Sierra de Chaco, au Chili (fig. 183).
Parmi les grains de fer de cette météorite, ceux qui sont très-volumineux et de forme tuberculeuse, donnent, par les acides, les figures remarquables que nous avons décrites. Dans cette expérience, on observe que chaque grain est enveloppé d'une pellicule métallique plus ou moins mince, dont la structure est beaucoup plus confuse que celle du reste de la masse. Il semble qu'à la péri[)hérie, la cristallisation ait été gênée ou brouillée.
La gangue pierreuse, dans laquelle les grains métalliques
' De icràv«, beaucoup.
4M NOTIONS GËNËfULES SUR LES MËTËORITES.
sont empâtés, est essentiellement formée de silicates. Si on l'étudié de plus près, on reconnaît qu'elle résuite, en général, du mélange, en proportions variables, d'un silicate Irèsbasique de magnésie, le péridot, avec un ou plusieurs silicates plus acides, tels que le pyroxène.
Dixième sout-groupe ou oligosidères (type commun).— les météorites, sans comparaison les plus fréquentes, rentrent
•i ûissÈminétt daas i
dans le sous-grou|ie auquel nous arrivons maintenant. Snr dix chutes, neuf au moins lui appartiennent; aussi peut-on le désigner sous le nom de type commun; nous donnons auï météorites qu'il comprend le nom d'oHgondères*.
On distingue facilement, par leur aspect pierreux, ces météorites de celles du sous-groupe précédent, et, à plus
COMSTITDTION DES MÉTÉORITES. 495
forte raison, de celles des deux premiers groupes, lia cassure, ordinairement d'un gris cendré et rude au toucher, rappelle, is'j méprendre, celle de certains trachytes à grains finis.
h. lU. - SporadcHidèrc oliiTO^id^re lomh^ï i KiiTahinTa (Uongricl , l< 9 juin 1BS8. Surfice polit aogtnil la liiDaliDn rcUU«e de* élémeali pienvui et dei graiiii métilllqDet. — tinaitn utonllc.
La masse est entièrement cristalline, ainsi que l'on peut facilement s'en assurer par l'examen microscopique d'une hme suffîsamment mince.
La pâte parait, au premier abord, à peu près homogène; mais un examen plus attentif permet de reconnaître, surtout sur une surface polie {fig. 184), qu'elle résulte d'un mé-
(i/. le. — SporadOiiMre oligoiidèrc, tombée à Piniill«e |lnd«1, le 18 Lciriei' lU^T. Surface polit, montrint la silailinn relative de* grenalilei de fer nickelé. rtpiittaUei en blanc, et ta mira ëlénimts de la rocbe. On obierre, lera 11 K^uche de la fl^re, un gros globule de PprlioluK, en partie bord« d'an dépAt IrèHnlnce de fer nickelé. — Gro»i deux fuii.
lange de substances différentes qui appartiennent, en général, à cinq espèces facilement reconnaissables : trois métalliques et deux pierreuses et silicatées. C'est d'abord du fer nickelé, en grains malléables, souvent
très-petits (fig. 185), dont la composition et la structure sont identiques à celles des fers uiétéoriques déjà décrits ; leur proportion, très-variable, est ordinairement comprise entre 8 et 2'2 p. 100 du poids total. Leur forme est essentiellement irrégulière et ramuleuse. Quelquefois ces grenailles se disposent en auréole, autour des fragments pierreux ou des grains de pyrrhotine.
Du sulfure de fer, qui parait identique à celui des holt^idères, est souvent en grains isolés, que leur couleur d'un jaune de bronze rend facilement visibles; souvent aussi ce même sulfure existe dans les globules de fer, en mélan^'i* indiscernable à la vue. Il forme, en général, de 4 à 15 p. W du poids de la niasse et atteint même 20 p. 100 dans la météorite tombée à Murcie (Espagne), le 24 décembre IS^K.
Le fer chromé, qui forme le troisième élément métalliqut\ apparaît, dans les météorites qui nous occupent, en petite grains noirs, analogues à ceux que Ton remarque dans Irs serpentines. Ce minéral ne représente que 0,2 à 3 p. lOti du poids total. C'est Laugier qui, dès 1806, a signalé dan^^ !«*< météorites la fréquence du fer chromé*, fait dont rimjMUtance se rapproche de la découverte du nickel faite jKir Howard, quatre ans auparavant. De nombreuses analyses subséquentes ont confirmé la présence habituelle du chrome.
Ce qui constitue la partie dominante des météorites ilu type commun, c'est un mélange de silicates qui se séparent par l'action des acides. L'un, attaquable, même par !♦*> acides faibles, a le plus souvent la composition du pt'iidot ; l'autre, inattaquable, est plus riche en acide silicique, A part la faible proportion d'alumine, de chaux et d'aliMii qu'il renferme, et qui paraît due à un mélange d'auln*s >il cates, il se rapproche souvent du pyroxène ou de Tenstatii» . Parmi les nombreuses analyses qui ont mis en évidence
« Anmalu du Mutéum, t, VI.
CONSTITOTION DES MÉTÉORITES. 497
celle constitution remarquable, nous citerons celle que M. Damour a faite de la pierre tombée, le 9 décembre 1858, près de Montréjeau (Haute-Garonne*). Dufrénoy* avait auparavant fait l'analyse de la pierre tombée le 12 juin 1841, à Château-Renard (Loiret), et qui appartient au même type.
Très-souvent les météorites du type commun présentent une texture globulaire : une matière, d'un gris un peu plus foncé que la masse de la pierre, forme des globules de différentes grosseurs. Ces globules sont constitués principalement par le bisilicate que nous signalions tout à l'heure, et sur lequel les acides n'ont pas d'action. Il résulte de là que si l'on dissout les météorites dont il s'agit dans un acide, il peut rester, au fond de la fiole, une grenaille comparable à du plomb de chasse.
Gustave Rose, frappé de cette structure remarquable, a proposé de donner aux météorites du type commun, dans la majorité desquelles elle se manifeste clairement, le nom de chondr%te%j dérivé du mot grec xovtîpoç, qui signifie houle.
Un autre caractère particulier qu'offrent fréquemment les météorites de ce sous-groupe, est de présenter des surfaces de frottement, analogues aux miroirs de glissement que Ton observe dans certaines parties des filons. Les grains de fer métallique ont été étirés, le long de ces surfaces de glissement, de manière à rappeler l'influence d'un effort énergique. Les surfaces frottées sont, d'ailleurs, interrompues brusquement par le vernis extérieur, ce qui démontre qu'elles
* Compte* rendus, t. XUX, p. 31. Diaprés H. Damour, la pierre de Montr^'eau ren* fignne, sur cent parties :
Fer nickélifère 11,60
Pyrite magnétique 3.74
Fer chromé 1»83
Péridot -44.8
Hornblende, albile 58.iK)
Total. . . 1UU,»3
* Compte* rendue, t. XII, p. 1^0.
498 NOTIONS GÊNËRÂLES SUR LES MÉlfiOlUTES.
ont été produites antérieurement, non-seulement à la chute des pierres, mais aussi à leur division en fragments.
Dans les météorites qui nous occupent, la croûte noire extérieure est toujours mate.
La plupart des échantillons des pierres du type commun présentent, après quelque temps de séjour à Tair humide, de nombreuses taches de rouille, dues à Taltératioa facile de plusieurs des substances qui en font partie, et spécialement du sulfure de fer. Peut-être cette circonstance fait-elle comprendre comment on ne rencontre pas ces météorites à la surface de la terre, comme on y trouve les fers : la disparition d'une partie de leurs éléments aurait amené leur désagrégation totale.
Tromème sous-froupe ou cryptosidères. — Dans les météorites dont nous faisons le troisième sous^groupe, le fer est peu abondant et en gi*ains si fins, qu'il a longtemps passé inaperçu .
Le nom de cryptosidères^ exprime ce caractère. Ce sousgroupe constitue un passage des météorites renfermant du fer métallique aux météorites qui en sont dépourvues ; aussi a-t-il été considéré, jusqu'à présent, comme appartenant à ces dernières.
Mais, c'est surtout par la composition de la partie pierreust" que ces météorites diffèrent des précédentes, c'est-à-dire de celles du type commun ou oligosidëres.
Loin d'être la même pour toutes, cette matière pierreuse oiïre, dans la série des crj'ptosidères, des diff<*rences de composition qui nécessitent la répartition du sous-groupe en cinq sections, fort bien distingué» s par Rose, et dont trois doivent être citées d'une nianit re spéciale.
* De /pu:rri«, caché.
CONSTITUTION DES MËTËORIIES. 499
Bmarditèi. — Ces pierres sont caractérisées par le mélange du Tféridol et du feldspath anorthite ; elles se distinguent aussi des précédentes par leur croûte luisante» identique à celle des météorites de la section suivante, et sont surtout représentées dans les collections par les chutes de Luotalaks, de Bialystock, de Màssing, de Franckfort (Alabama), et du Teilleul (Manche).
EukrUes. — Les eukrites (de euxptroç, distinct ^ à cause de leur structure éminemment phanérogène), constituent la section principale des cryplosidères. Elles sont caractérisées, au point de Tue minéralogique, par un mélange de deux minéraux distincts, mais ordinairement à l'état de cristallisation confuse, le pyroxène augite et le feldspath anorthite. On y trouve, en outre, la pyrite magnétique ou pyrrhotine, formant souvent des cristaux hexagonaux parfaitement nets^
L'alumine et la chaux y sont en plus forte proportion que dans les météorites du type commun, tandis qu'au contraire, la magnésie y est en moindre quantité ; aussi ont-elles été d'abord désignées sous le nom de météorites alumineuses.
Comme exemple, nous citerons la météorite tombée, le 13 juin 1821, à Juvinas (Ardèche), dont l'analyse, faite autrefois par Vauquelin et par Laugier, a été reprise récemment par M. Rammelsberg •.
On voit par cette composition l'analogie des eukrites avec certaines laves bien connues, telles que celles de
' Sot les minéraux crisUUisés qui se trouvent dans les pierres météoriques, Annale» de chimie et de physique, 1826.
' D'après ce dernier travail, on trouve la composition suivante :
Pyroièue augite 62.65
Feldspath anorlhite 34.56
Apatite . . . , 0,60
Tilanite 0.25
Fer chromé 1.35
Fer exydulé magnétique 1.17
Pyrite magnétique. • • . 0.25
Total 100.83
l'Etna, formées de pyroxène associé au feldspath labradorile. Cette composition se rapproche encore plus de celle d*autres laves avec anorthite» que l'on a rencontrées à la Thjorsà, en Islande*.
Dans cette météorite» le vernis est brillant aussi, au lieu d'être mat^ comme dans les météorites du type commun; il est, en même temps, remarquable par la netteté des rides et des bourrelets qu'il présente : double circonstance qui parait répondre à une plus grande fusibilité de la substance, due à la présence simultanée de l'alumine et de la chaux.
A part la météorite de Juvinas, on peut citer comme appartenant à ce type les masses qui sont tombées, le 22 mai 1808, à Stannern, en Moravie, le 15 juin 1819, à Jonzao (Charente-Inférieure), et le 25 avril 1865 à Shergotty, dans rinde.
La présence dans Tune de ces météorites, signalée, dè< 1825, par Gustave Rose, de minéraux affectant les mènits formes cristallines que celles d'espèces minérales terrestre^, et ayant d*ailleurs la même composition, constitue un iait important dans l'étude de ces corps cosmiques.
Chassignites. — Une troisième section comprend des mvU'w rites principalement formées de silicates magnésiens ; ell»* est représentée par la météorite tombée, le 3 octobre 1815, à Chassigny (Haute-Marne). C'est le silicate magnésien, di»nl nous avons signalé l'existence dans les groupes précédenls, le pôridot, qui se présente ici, constituant à peu près la totalité de la masse. Il est identique à celui que l'on rencontn' sur la terre et contient des grains disséminés de fer chromé*.
On observe sur la pierre de Chassigny une croûte résultant
• r^arïxVs TanalTse de X. Damoiir, Bmlleiin de U Société féologiqut Je frmMt, t ii-
• \oèct k c^sttlttt de ramlyseqae X. Damonr a faite de eette météorite ioténssMiie
œNSTITUTlON DES MÉTÉORITES. 501
d'une fusion superficielle,, aussi bien que sur les autres météorites.
Enfin les noms de chladnùe et de $halkite ont été donnés aux pierres dont les types sont représentés par les météorites de Bishopville et de Shalka.
4"" Météoriteê du quatrième groupe ou asidères. — Les météorites dans lesquelles on n'a pu reconnaître le fer disséminé à l'état métallique sont très-rares. A mesure que Ton étudie plus attentivement les météorites au point de vue de la présence du fer métallique, le nombre des échantillons de ce dernier groupe se réduit davantage; il est à peu près restreint, aujourd'hui, aux météorites charbonneuses, qui y ellesmêmes, ne sont pas toujours dépourvues de traces de métal libre.
Ces dernières présentent, dans leur composition, des particularités telles, qu'on n'aurait pu croire à leur origine, si l'on n'avait été témoin de leur chute.
Ce qui les caractérise, c'est la présence du charbon, non à l'état de liberté ou de graphite, comme dans certains fers, mais qu'on admet être en combinaison avec l'hydrogène et l'oxygène ; c'est aussi la présence de l'eau combinée ; c'est enfin la présence de matières salines solubles et même déliquescentes. Pour compléter ces caractères distinctifs, il £aut ajouter qu'un carbonate double de magnésie de fer, de l'espèce breunnérite, a été rencontré dans la météorite d'Orgueil.
Silice 35,30
Uagnésie 31,76
Protoxyde de fer 26,70
Protozydede manganèse .• 0,45
Oxyde de chrome 0,75
Pousse 0,66
Fer chromé et pyroxèuc 3,77
ToUL . . . 09,39
CeUe composition est ceUe de la yariété de péridot, ridie en protoxyde de fer, et CQoooe sous le nom d*hyalo9i4érite, {Comptée rendus, t. LYUI, 18640
Sous certains rapports, les météorites charbonneuses se rapprochent de celles dont nous avons déjà parlé. Comme ces dernières, elles contiennent des silicates magnésiens, renfermant quelquefois des oxydes de nickel, de cobalt et de chrome. On y retrouve de Toxyde de fer magnétique, de la pyrite magnétique, en innombrables cristaux microscopiques, n'ayant guère que 4 de millimètre de diamètreS enfin du fer chromé.
La présence du charbon, à l'état de combinaison oxyhydrogénée et analogue à celles qui résultent de la décomposition des matières végétales, a conduit à rechercher si les météorites charbonneuses ne renfermeraient pas de restes ayant appartenu à des êtres vivants ; mais les observations les plus délicates n'ont rien décelé dans ce genre.
Quoi qu'il en soit, la présence de matières facilement volatiles ou altérables sous l'action de la chaleur prouve qu'au moment où les météorites charbonneuses ont pénétré dans l'atmosphère, elles étaient froides. L'incandescence qu'elles ont subie a produit, par la fusion de leur portion superficielle, une croûte mince ; mais la faible conductibilîté de la matière a préservé les parties internes d'une altération sensible.
Les météorites charbonneuses, dont on possède des échantillons, se rapportent à quatre chutes. La première eut lieu à Alais (Gard), en 1803; la seconde au Cap de Bonne-Es|>érance, en 1858; la troisième à Kaba, en Hongrie, en 1S57; et la quatrième à Orgueil (Tarn-et-Garonne), en 1864.
C'est à Berzélius, à Faraday et à M. Wœhler qu'on doit la découverte des principaux faits qui se rapportent à la constitution des météorites de [ce groupe. Plus récemment.
« lloumment dans les météorites d'Orgueit [CompUê remém de fk^iémm éa , i. LVUI, SO mai 1864).
CONSTITUTION DES HâTËORITES. 503
M. Cloêz a étudié la météorite charbonneuse d'Orgueil, et principalement Tétat de combinaison du carbone \ De son côté, M. Pisani a examiné celte dernière météorite, surtout au point de vue de la matière pierreuse.
Météorites pulvérulentes; appendice aux gi'oupes précédents. — A la suite de ces divers groupes de météorites, il convient d'en mentionner qui paraissent en différer surtout par leur état pulvérulent.
L'existence des poussières météoriques n'a pas, autant qu'elle l'aurait dû, attiré l'attention des savants. Cette circonstance tient à l'extrême difficulté de distinguer les poussières, véritablement cosmiques, de celles dont l'origine est terrestre, et qui sont, sans comparaison, les plus abondantes.
Aux exemples les plus communs de chutes de matières terrestres, nous pouvons ajouter, comme bien connues, les prétendues pluies de soufre, qui résultent de la chute de poussières poUiniques, et certaines pluies siliceuses, formées de carapaces d'infusoires.
Mais, à côté de ces substances terrestres, on en doit distinguer qui sont véritablement cosmiques. Par exemple, dans diverses chutes, les pierres ont été accompagnées de poussières. C'est ainsi que, le 14 mars 1813, en même temps qu'il tomba à Cutro, dans les Calabres, une quantité de pierres, on recueillit, en abondance, une poudre rouge*.
De même, le 5 novembre 1814, on remarqua que les dixneuf pierres ramassées à Doab, dans l'Inde, étaient enveloppées d'une matière pulvérulente.
Dans certains cas, on a observé la chute de poussière, sans
> Compte» rtnduM, i864, t. LVUI.
* Bibliothèque britanniquef 1813 et 18i4. L'amiral KrQsenstern a été témoin d'un fait <iai doit être cité i cette occasion; U a obserré, dans son voyage autour du monde, un bolide qui laissa après lui une traînée lumineuse remarquable par sa persistance; elle continua de luire pendant une heure entière, sans changer sensiblement de place.
accompagnement de pierres, mais annoncée également par ces remarquables phénomènes de lumière et de bruit que nous avons décrits. Le catalogue que Ghladni publia en 1 824 en fait connaître de nombreux exemples, parmi lesquels figure le suivant. En 1819, à Montréal (Canada), on observa une pluie noire, accompagnée d'un obscurcissement extraordinaire du ciel, de détonations comparables à celles de décharges d'artillerie et de lueurs des plus brillantes. On crut d'abord à l'incendie d'une forêt voisine, coïncidant avec un violent orage. Mais l'ensemble du phénomène et l'examen de la matière tombée, peut-être analogue à la météorite d'Orgueil, ont prouvé qu'il était dû à l'arrivée dans l'atmosphère de matières étrangères k notre globe.
Il tomba à Lœbau, en Saxe, le 15 janvier 1855, une poudre formée d'oxyde de fer magnétique. Cette chute suivit l'explosion d'un bolide, qui se mouvait, dit-on, avec une vitesse extraordinaire, et dont les éclats paraissaient brûler en traversant l'atmosphère.
C'est à la production de poussières météoriques qu'on doit rattacher la cause des traînées qui suivent les météorites dans leur trajectoire lumineuse, et c'est peut-être à leur combustion qu'est due, en partie, l'incandescence des bolides.
La météorite charbonneuse d'Orgueil, si intéressante à plusieurs points de vue, a été très-instructive en ce qui regarde l'existence des poussières météoriques. Elle est friable, au point que certains échantillons se réduisent en poudre par la simple pression entre les doigts. On peut donc s'étonner qu'ils soient arrivés entiers à la surface du globe. Peut-être s'explique-t-on ce fait en remarquant les deux ci^ constances suivantes. D'abord, chaque fragment était enveloppé, au moment de la chute, d'une croûte vitrifiée, plus
solide que le reste de la masse. En outre, les diverses parties de la météorite sont cimentées par des sels alcalins ; l'eau, en dissolvant ce ciment, amène la désagrégation complète de la météorite, qui se réduit en une poussière de la plus grande ténuité*. De sorte que, si, le 14 mai 1864, le ciel, au lieu d'avoir été parfaitement pur, se fut trouvé pluvieux ou simplement couvert de couches de nuages, à travers lesquelles ces pierres auraient dû passer, on n'aurait pu recueillir qu'une boue visqueuse, comparable à celles dont on a observé la chute dans plusieurs circonstances*.
Un autre exemple de météorite très-friable est fourni par celle qui est tombée à Ornans (Doubs), le H juillet 1868. Celle que Ton a ramassée à Cynthiana (Kentucky), le 23 janvier 1877, lui esl rigoureusement identique.
L'étude de la météorite d'Orgueil montre, en outre, comment les poussières météoriques peuvent être combustibles, et contribuer à l'incandescence, par leur oxydation.
En présence de ces divers faits, il convient d'être trèsattentif à la chute des poussières atmosphériques. Il serait bon, lors de l'explosion des" bolides, de rechercher dans l'air ces matières pulvérulentes, à l'aide de tous les moyens dont on disi>ose aujourd'hui, et de les examiner, notamment au point de vue de la présence du nickel.
Météorites gazeuses. — Enfin, il est naturel de se demander si les espaces ne nous fournissent jamais aucune matière gazeuse. On ignore s'il en est ainsi ; mais, sans parler des étoiles filantes, il n'est pas impossible que certaines météorites, ou les corps dont elles se détachent, soient pourvus d^atmosphère. Quoi qu'il en soit, et pour être complet, nous citerons, au moins pour mémoire, les météorites gazeuses.
* La poudre dont il 8*agtt traverse même les filtres les plus serrés
* Ainsi, en Lusace, le 8 mars 1796, on vit, après l'explosion d*un bolide, tomber une TÎaqueuae, bleuâtre et peut-être charbonneuse.
506 NOTIONS GÉNÉRALES SDR LES KÉTfiORITGS.
Classification. — Ces divers types viennent d'être énumérés dans Tordre où ils ont été classés dans la collection du Muséum \ et conformément au tableau suivant :
METÉORirES SOUDES ET COHERENTES.
SiDÉRITEf.
Hétéorites
renCermant
du fer
à l'état
métallique.
AsmiRiTis. Hétéorites
ne
renfermant!
pas
de fer
à rétat
métallique, i
CROCHU. SOI»-«M1irB«
IITCs.
Ne renfer-\ mant pas de matières pier-| reuses..
Le fer se'
présente
sous for-l
me d'unei
maêêe
Gontenanll continue,
à la fois!
du fer et)
des ma-(
tiéres
pierreu -j
ses
Le fer se^ présente, en graine) distémi A né$.
h HoLOsiDifiEs Charcas 7,0 a >.0
IL STBsnftais....
RittersgrOmi... 7.1 à T,^
Sierra de Q»-), . .
lU. SpoaA-
SOtlAftUS
lPolyndèT€9\ I La quanti-j
té de fer
est considérable..
OUgoii' {
dère», I
I La quan-\ Aumale 5,t à
\ tilédeferi
'^ estfiûble.)
Cryptoù' I
</èrdf, I Le fer estf Ghaasigny 3.'
indiscer-/ Juvinas 3,0 »
nableàlal
Tue.
ly. AsiDàRis Orgueil 1,9 i :
Identité de météorites aff attenant à des chutes différeni^%, — Au milieu de la variété que présentent les échantillons <ie
* Campîet rendue de V Académie de$ tciencef, t. LXX, 8 joilki 1867.
trois cent cinquante chutes représentées dans les coilectians, des météorites tombées dans des régions du globe trèsdistantes, et à des époques très-différentes, rentrent dans le même type.
n y a plus : des météorites éloignées au double point de vue géographique et chronologique présentent parfois Tidenlité la plus complète, de telle sorte qu'il est impossible d'en distinguer les échantillons respectifs.
On peut citer comme exemples, parmi les asidères ou météorites charbonneuses : Cold-Bokkeveld, Cap de Bonne- Espérance (15 octobre 1858), et Kaba, Hongrie (15 avril 1857); Alais» Gard (15 mai 1806), et Orgueil, Tarn-et-Garonne (14 mai 1864). — Parmi les cryptosidères : Stannern, Moravie (22 mai 1808), et Jonzac, Charente-Inférieure (15 juin 1819).
— Parmi les oligosidères : Mauerkirchen, Haute-Autriche r20 novembre 1768), et Jowa, États-Unis (25 février 1847) ; Sigena, Espagne (17 novembre 1775), et Bustee, Indes anglaises (2 décembre 1852); Benarès, Indes anglaises (15 décembre 1798), et Montréjeau, Haute-Garonne (9 décembre 1858); Erxleben, Prusse (15 avril 1812), et Pillitsfer, Livonie (15 avril 1865); Ghantonnay, Vendée (5 août 1812), et Mexico, lies Philippines (1859, date inconnue); Muddoor, Indes anglaises (21 septembre 1855), et Quenngouck, Indes anglaises (27 décembre 1857). — Parmi les polysidères, Sierra de Chaco (date inconnue) et Barea, Espagne (4 juillet 1842).
— Enfin, parmi les holosidères : Caille, Àlpes-Maritimes {date inconnue), et Rio-Juncal, Chili (date inconnue).
D'une part, des fragments provenant d'un même corps cosmique sont différents. C'est ce qu'on voit de tous côtés a la surface de notre globe, même dans un massif de roches de dimensions très-restreintes, quelquefois dans une seule carrière. Parmi les météorites, c'est de même que les masses de Toula (Russie) et de la Cordillère de Deesa (Chili)
sont formées par Tassociation bréchiforme de portion> pierreuses, à Tétat. de fragments empâtés dans une mass^ métallique.
D'autre part, des fragments identiques peuvent sans doute provenir de corps et même d*essaims de corps différents.
Cependant on ne peut s'empêcher de remarquer, pour dr> échantillons tout à fait semblables, certaines concordance^ de dates, qui sont ou identiques (Erxleben,. 15 ayril iSii!, et Pillitsfer, 15 ayril 1863), ou à des intervalles de six mm^ (Cold-Bokkeveld, 13 octobre 1838, et Kaba, 15 avril 1857 ,
Ces concordances méritent tout particulièrement Tattention, lorsqu'elles s'appliquent à des types rares, comme cela a lieu pour les exemples que nous venons de choisir ^
Peut-être la signification de ces faits et d'autres analogu*^^ sera-t-elle un jour complétée par la découverte de certain récurrences dans l'apparition des corps d'où dérivent le météorites.
* VaessÏDg et LaoUlaks, bien que ii*étiiit pas identiques, se rapportent à oc \ groupe. La première de ces chutes est du 13 décembre 1803, et la seconde dj !*• ^ cembre 1813.
PREMIÈRE SECTION
PHËNOMËNES CHIMIQUES