SYNTHÈSE CHIMIQUE DES M£T£0RITES
Tandis que plusieurs minéraux, communs aux météorites el à certaines roches terrestres, décèlent, par leur présence, que des influences analogues ont agi dans la formation des uns et des autres, des minéraux, exclusivement propres aux météorites, indiquent qu'il existe, en outre, pour les premières, des influences spéciales, dont Texamen attentif conduit à d'utiles indications, relativement à leur mode de formation.
Remarquons, tout d'abord, que nous laissons ici de côté la cause qui nous apporte les météorites, pour ne nous occuper que des particularités de leur structure et de leur constitution.
On a supposé quelquefois, qu'apparaissant incandescentes dans notre atmosphère, c'est aussi dans notre atmosphère que les météorites se sont refroidies et ont cristallisé ; il n'en est rien. Ces corps planétaires nous arrivent, il est vrai, incandescents; mais l'incandescence n'atteint jamais l'intérieur des morceaux, même lorsqu'ils sont de trèsfaible dimension. Il en résulte que l'état intérieur de ces morceaux représente exactement ce qu'il était dans les espaces.
L'étude de la composition et de la structure de ces masses
MO STITTHÈSE CHOnQUE DES MÉTÉORITES.
peut donc conduire à certaines inductions, relatiTement aux circonstances dans lesquelles se sont formés les corps célestedont elles ont été détachées.
Il m'a paru que Ton pouvait, par des expériences synthétiques, préciser encore mieux ces circonstances et complt'ler ainsi les nombreuses notions que Tanalyse a déjà fournie^ sur ce sujet. J'ai donc cherché à imiter les météorites, N^it en les reproduisant de toutes pièces, soit en les faivint dériver des roches terrestres, les plus analogues.
Les résultats auxquels je suis arrivé \ et dont jo v;u> rendre un compte sommaire, paraissent montrer que L synthèse expérimentale est susceptible d'éclairer Fétude d»ces masses cosmiques, aussi bien que celle des minéraux vi des roches terrestres.
1 Fîision. — La fusion des fers de Caille (Alpes-Mjritimes et de Gharcas (Mexique), dans une brasque d*alurni: et àTabri du contact de charbon qui s'y serait combina, .^ fourni des masses ne présentant plus la structure caract*-rislique des fers naturels.
Imitaiion. A l'inverse, on parvient à produire artificit'Ilt*mont, dans des masses non météoriques, une structun' qwi prôsonle une certaine analogie avec les figures de WidninnsUelltMi.
Ainsi, au fer doux, on a associé successivement et simultanément du nickel, du silicium, du protosulfure de ft-r r!
< (\ «n^'r* rr'9,iHs de rAcadémd» deê $eiemee$. t LXII, p. 300. 669, 1666. B* : • dt U sUtiif frJK>çiqm€ d* frmmet, S" série, t. XllU. p. S9I, t»66.
FUSION I£S HËTÉORITËS. 511
du phosphure de fer. Cette dernière substance, dans une proportion qui a été portée de 2 à 5 p. 0/0, a donné naissance à des dessins dendritiques d'une régularité très-remarquable (Hg. 186), et qui paraissent disposés suivant les Tonnes du dodécaèdre rhomboïdal. La matière brillante y
eïl isolée et comme repoussée dans les interstices sous une forme réticulée '.
wetTo» i Fmion simple- — Les pierres météoriques possèdent une aptitude bien prononcée pour la cristallisation. Ainsi, en liquéfiant des météorites de plus de trente chutes
' Je dms rappeler, t celte occasion, que H. Faje a lente de reproduire le phoiphutie dootile de [er et de nickel ou achreibcrsite, l'ua des tnjnfraui carsctiristiques des fers >&ttÀinqiia$. {Connut rendu* <U l'Académie de» icienctt, t. LVU, p. 801, 1863.)
512 SYNTHÈSE CHIMIQUE DES MÉTÉORrTES.
différeates, j*ai toujours obtenu des masses éminemmoat cristallines.
Si Ton soumet à une température suffisamment élevtV les météorites du type commun^ la masse, après fusion, se compose d'un culot et de grenailles métalliques, disséminées dans une gangue silicatée et d'aspect lithoîde.
Cette partie lithoîde se partage, elle-même, généralement eti deux substances cristallines, bien distinctes par leur^ formes.
L'une est en octaèdres rectangulaires très-surbaissés, ayaiiî
Fi^. 187. — Péridot Usé obtenu dans la fusion des météorites, avec la base F, le prisme f* et la troncature 9*. — GrosBKssement d'environ 23 fois.
Fi)?. 188. — Péridot crisUIlur td>:«£-a dans la fusion des métronie».
y*f* en avant = 81* g* g* = Ut»
grossissemeot d*enTiroa tS fuis.
la forme et la disposition qui caractérise le péridot^ suri» : celui qui se forme dans les scories. La même substance s^-^t pivsentée sous deux autres formes dans les produiL< •:. fusion.
D'après l'eiamen que M. Des Cloizeaux a bien touIu »mî faiiv. Tune de ces formes (fig. 187) est en lames à six fjc- ^ présentant la base P, le prisme g^ et la troncature ;*; u..-. autre est composée, comme l'indique la fig. 188, du prÎMi.-: 9^, de la troncature g^ et du biseau e^e^. Souvent les critaux offrent la disposition en trémie (fig. 1 89), qui est bien connue dans le péridot artificiel.
I^ seconde substance présente habituellement des prismt^
à section rectangulaire, souvent alignés- parallèlement entre eux et dont la cassure fibro-lamellaire rappelle beaucoup celle de la branzilejLeur opacité ne permet pas ordinairement de décider s'ils appartiennent au système du prisme rhomboîdal droit ou au système oblique. Cependant, comme ils sont exempts de fer, pour la plupart, et ne renferment plus guère que de la magnésie, on doit les considérer comme appartenant, non au pyroxène, mais à l'espèce enstatite. D'ailleurs, sur le produit de la fusion de la météorite tombée en Algérie, à Tadjera, on observe de nombreuses aiguilles incolores qui, examinées au microscope, montrent des angles
Fi^.189. — Péridot crisUUisé, obtenu dans la fusion des météorites, et montrant la disposition
en trémie. — Grossissement, 20 fois.
Irès-nets, voisins de 87 degrés, comme ceux qui correspondent aux clivages de l'enstatite*.
L'essai chimique de ces deux substances justifie la détermination à laquelle conduit Texamen cristallographique.
On sait que l'analyse de la plupart des météorites du type commun y décèle l'existence d'au moins deux silicates, l'un attaquable, l'autre inattaquable par les acides. Dans les expériences dont je viens de rendre compte, il se fait un départ entre ces silicates, qui étaient primitivement en mélange si intime, qu'on ne pouvait les distinguer. Ils se séparent, par une sorte de liquation, et bien plus nettement que dans la météorite naturelle; c'est ainsi qu'on voit apparaître, sous
^ Complet rendu» de V Académie des êcienceê, 18G8, tome LXYI, p. 517.
511 STNTHËSE CHUCIQIIE DES HÉTËOIUTES.
différentes formes, les deux silicates magnésiens, lepéridol (Mg, Si.) et l'enslatite (Mg. Si*).
La proportion relative du péridot et de l'enslatite, dans les produits de fusion, varie beaucoup suivant les météoriles; c'est, en général, l'enstalite qui prédomine, et dans ud certain nombre, le péridot n'a pas encore paru en cristaux distincts (Favars (lig. 190 et 191), Chantonnay, Ensishcira, Agen, Château-Renard etVouillé). Au contraire, le péridot peut se montrer en abondance prédominante, comme dans la météorite de New-Concord. La réduction du fer, qui était à l'état de silicate, ne parait avoir eu d'autre effet que d'augmenter la proportion d'enstatite aux dépens de celle du
Fig. 100 «t )9I, — froduil de fusion de la ipondosidére oligMidJrede P»i du culot (Br. 190) monlredei grenailles Riétalllqiia diuémin^es dans u I* race augi^ricure (Dk. 191) liiiie toir l'état entièrement crislallin de ci liuenieni, 1 (ois el Jemie.
péridot, sans apporter de changement dans la nature niênie des composants.
La situation respective de ces deux espèces, au sein de la masse obtenue, mérite d'être signalée. En général le péridot, quand il existe, forme, à la surface, une pellicule mince et cristallisée, tandis que l'intérieur se compose de longs cristaux d'enstatite : ces deux substances se sont ainsi groupées conformément à leur ordre de fusibilité. Très-fréquemment, les aiguilles d'enstatite s'étalent à la surface de la masse, avec une disposition qui rappelle tout à fait r^lle du mica dit
FUSIÛS DES HËTÉORITES. SIS
palmé, que renferment certaines pegmatites des Pyrénées et du Limousin. Ce groupement dendritique de l'enstatite a une disposition bien prononcéeà s'alignersous un angle constant.
On constate aussi, sur les deux espèces de silicates magnésiens, une tendance remarquable à se grouper régulièrement l'une sur l'autre, ainsi qu'on l'observe pour la slaurotide et le disthène. Certains cristaux ayant la forme du péridot ne servent en quelque sorte que d'assemblage à de nombreusesaiguillesd'enstalitequi les traversent, rappelant ainsi laslmclure de diverses pseudomorphes.
Ces mélanges, bien reconnaissablcs à l'œil nu, passent à
i'i,- IKil 193. — Produit de rmion de li sporadoildére cryptoiid^re di Cliitsignj. La (jta infHKute do culot (llg. 19i) monti-e des greniillet mëltlJiquei diiséminéei dira une ganeue ~ — ' ' ' ' ure {Hi- I9ô| liiue voir l'éUt enliirement crùlillia de celle dcr-
tl'autres qui sont indiscernables, et dans lesquels la subilaiice, ayant l'apparence homogène, comme plus d'une mé iL'orile naturelle, ne trahit plus sa complexité que par son iwrlage en présence des acides.
Les météorites renferment encore des substances, telles lu'uQ silicate alumineux, qui ne font partie essentielle ni du péridot, ni de l'enstatite, mais qui restent cachées dans les cristaux de ces deux espèces minérales, sans doute par suite de i'af^nUé que M. Chevreul a nommée capillaire.
La météorite de Chassîgny donne une masse de péridot bien cristallisée (fig. 199 et 193).
ta météorite de Bi$kopt>iUe fournit des prismes d'cnstatite
516 S^mHÊSE CHIMIQUE DES MÉTÉORITES.
d'une blancheur parfaite, recouverts seulement, çà et là, de quelques lames du péridot.
D'après ces caractères, ces deux météorites, dont on a fail des espèces distinctes, présentent des analogies avec le type commun ; seulement elles en forment, en quelque sorte, les deux termes extrêmes : l'une le plus basique, l'autre le plus acide, caractérisé aussi par sa faible teneur en fer.
Les météoriles charbonnemes d' Mais et d'Orçueil produisent des masses tout à fait semblables entre elles, d'un vert olm\ très-fibreuses, et ressemblant beaucoup à la bronzite. iïoù il résulte qu'à part la matière charbonneuse, elles se rallachent également aux météorites ordinaires.
Celle de même nature, de Cold Bokkeweld, au Cap i^ Bonne-Espérance, dont nous devons un volumineux iVliaiitillon à la libérale obligeance de John Ilerschel, doniK'. comme les météorites du type commun, une mas^e d'un gris cendré, dans laquelle on distingue des aiguilles d'eiistatite.
Les météorites, dites eukrites, dont celles de Juvinas,
hr
Jonzac et de Stannern offrent les exemples les plus coniub, fournissent un produit entièrement diflerenl de toul<*^ !»*^ météorites magnésiennes dont il vient d'être question : c'M une masse vitreuse, quelquefois rubanée par un commence ment de dévitrification, mais sans cristaux de péridol, m d'enstatile.
Dans les mêmes essais, on a constaté la présence d'un c(»r|qui ne paraît pas avoir été vu, jusqu'ici, dans les raélèori:'^ magnésiennes : je veux parier du titane (à l'état de enil»*'azoture), reconnaissable à sa couleur caractéristique et à- :î inaltérabilité au contact des acides, et que l'on a ainsi ti<iii«< dans les météorites fondues de Montréjeau et d'Aumale*.
* Ce même métal, si^j'nalê dans la métcorite pyroxénique de Juvinas par I. H^i-z '
IMITATION DES MlilÉORITES PAR RÉDUCTION DE ROCHES SILICATÊES. 517
Quant au culot, avec grenailles métalliques, provenant de nombreuses météorites pierreuses dont j'ai opéré la fusion, il se composait non-seulement du fer métallique qui s'y trouvait primitivement, mais aussi du fer qui s'était séparé de leurs silicates par voie de réduction.
Il est digne de remarque que Ton y a distingué parfois, aprè^ le poli et l'action de l'acide, une substance brillante se détachant en saillie sur le fond mat, et présentant une forme dendritique qui rappelle tout à fait la structure, dite tricotée, du bismuth natif: tel est le fer de la polysidère de la Sierra de Ghaco.
$ 1 — uhtation des météorites du type commun, par réduction