DE ROCHES SIUGATÉES TERRESTRES
La fusion des météorites du type commun produit, comme on vient de le voir, deux minéraux principaux, le péridot et l'enstatite. C'étaient donc les roches terrestres, caractérisées par la présence de ces deux mêmes minéraux, qui devaient d'abord servir aux essais de synthèse.
On les a premièrement fondues dans des creusets de terre, sans intervention d'un agent réducteur.
Par la fusion pure et simple dans un creuset de terre, le péridot se convertit en une masse verte, translucide, recouverte de cristaux de péridot et entièrement cristalline à l'intérieur, ainsi qu'il résulte de son action sur la lumière polarisée. Sa structure est souvent lamellaire, comme celle du péridot des scories*. Le péridot fondu contraste donc,
^i^. a tppani très-clairement auisi sur les globules de fer obtenus par la fusion de cette niétcorile.
* U péridot sur lequel ont été faites la plupart des expériences relatées ici provient du basalte des environs de Langeac (Uaute-Loire), où il est en abondance. Un péridot
518 SYlfTHÈSE CHIMIQUE DES MÉTÉORITES.
par sa consistance, avec le pérîdot, granulaire et peu cohérent, que renferment ordinairement les roches basaltiques *.
La Iherzolite, formée d'un mélange de péridot, d'enslatile et depyroxène, fond encore plus facilement que le péridol et donne des masses qui reproduisent, à s'y méprendre, la roche naturelle, avec cette différence que l'on remarque, à la surface et dans l'intérieur, des aiguilles d'enstatite que l'on ne distinguait pas avant la fusion. (Lherzolite de Yicdessos et de Prades, dans les Pyrénées-)
Par l'addition d'une certaine quantité de silice, on peut, à volonté, augmenter la proportion du bisilicate ouenstatitt' et produire ces mélanges qui forment le passage du péridol à la lherzolite, tels que la nature les présente. Le même bisilicate prend aussi naissance le long des parois du creuset, en leur empruntant de la silice.
Je ferai observer ici qu'en ajoutant au péridol 15 p. OH de silice, quantité nécessaire à sa conversion en enstatile, puis en le fondant au milieu du charbon, on a obtenu unt* masse hérissée, à sa surface, d'octaèdres rectangulaires surbaissés, de la forme qui appartient au péridot, tandis que l'intérieur consiste en une substance fibreuse, inattaquable' par les acides, qui a les caractères de l'enstatite. Un fait identique a lieu dans la fusion de certaines météorites.
Les minéraux qui avaient d'abord été soumis, comme on vient de le voir, à une simple fusion, ont ensuite subi lamèm»» action, en présence d'une influence réductrice.
Pour cela, on a choisi, en premier lieu, le charbon dis-
de cette localité a été analysé par Berthier, qui y a trouvé 10 p. O/0 de protoxydedr K-. . {Antialet deê minet, !•* série, t. IX, p. 2($9.)
' Le basalte ne parait pas avoir eu, du moins en général, une température aaaarW^ * pour fondre 1rs gros morceaux de péridot qui y étaient empâtés. Peut-^Cre a-l^i f toutefois en dissoudre une partie et donner ainsi naissance aux cristaux oets^ vtan ^ petite dimension, qui y sont quelquefois disséminés.
lUTiTION DES HÉTÊORITES PAR RËDDCTIOn DE ROCHES SIUCATÉES. - 519
posé en trasque dans un creuset. On arrive ainsi, par exemple avec la chlorite du Sainl-Golhard (fig. 194} et le pyroiène de la Somma (fig. 195), aux mêmes résultats que
Fi). lU. — Produil de 11 réducliOD de la chlorile du Saiot-Gothtrd, fonâm dini lô chirboa. Cmmc le produit de rtasion dei aporidoildéTcs qu'il reprodull, Il CDniiite en une gangue IBCrrHiK, éminemmenl cristalline, où nal diuèminto des greoitilet métalliquet. — Groui»-
précédemment, avec cette différence que le fer, qui était combiné dans le silicate non décomposé, s'est isolé en grains microscopiques, séparables au barreau aimanté; en même
Fif. 1!B. — Produit de la réduction du pyniiéne de la Somma, fondu dani le cbariMil. Comme le[sadnitde Tuilan de* aporadoiid^rei qu'il reproduil, Il emuiile dan> une gingne pierraïuie '~' B, oit août dtisëminéei de) greqaille* mélalUquei. — Grouiaumenl,
temps, la portion d'acide silicique correspondant à ce fer contribue à augmenter la proportion de bisilicate.
Tout le ferri'est cependant pas amené à l'état métallique; une partie reste en combinaisons dans les silicates. Il est digne de remarque que la coloration verte, si caractéris-
fi^ • STRTBÈSE OQMIQIJE' MS lÊTÊOBlTÈS.
tique, du péridot ou olivine, fait place à une teinte générale grise semblable à celle des météorites du type commun.
Le pix)duit de la réduction et de la fusion des roches péridotiques ressemble donc beaucoup à celui des météorites simplement fondues. L'analogie, qui se montre, d*une manière frappante, pour la partie pierreuse, subsiste également pour la partie métallique. En effet, le fer métallique, provenant de la réduction du péridot de Langeac, renferme 0,6 pour 1(K) ou 0.006 de nickeL Celui qu'a fourni la Iberxolite de Lkett en contient aussi, et, en outre, du phosphure.
rjii obtenu des résultats encore plus nets et plus caracterisi**^ue5^ en opérant si:r des masses de péridot et de Iherzo- V e vt?smt ]u5qu*i 12 kilogrammes.
!.> :Mrvr>:> ma>$es • fig. 196) ont donné des culots de fer, ■^ ♦..• .*. •moît: volumineux etqu*îl a été possible de soumelln' 4 ';x:x'rt,*nLci* ie Widmanstaetten. On a constaté alors un j» ••u-^. ,:\îr^f^c et rapp^àrition d'un dessin régulier, produit vr a tui: v're :*tJL:t;M{uee.
J :. i-es i r j. .>?^ .;ii»f M.Terreil a bien voulu en faire, celte X..I-». .t Xii .' ;fr!<e. tfiitreméJee de larges lamelles de jrra-
'Isf.i^-'m's.. ^^^^.^^.... 0,66
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l mitm DES NËTÉOniTES PAR RÉDUCTION DE ROCHES SrUCATEES. 5S1
On Toitquê, comme les fers météoriques, ce fer contient des quaatités Irès-notables de nickel.
De plus, on a pu alors observer un fait qui passait inaperçu surde petites grenailles, et dont l'intérêt n'échappera
Ti!. 196. - Prodalt de la réduction du piridol, \.iir a futîuD diDi un ereuKt de ([rai.liile. tcbulilloo Kit cl poli peqieDdiculairrinent i J'aie- Oti grenaille* méiilllquei l'ï monlrenl inimtet pirti din^minéi» dam ans gangue pieireuic. «I celle-ci laîsu voir d'ianombrablci ■■faillit d'eoititite. - Échelle de 1/3-
pas à ceux qui ont eu l'occasion d'examiner la surface Htérieure naturelle des masses de fer météorique. Il s'agit des formes anguleuses, telles qu'en affectent, entre autres, les fers météoriques de Charcas et de San Francisco del Mesquilal. Certaines de ces grenailles artificielles présentent des
52â SimHÈSE CHIMIQUE DES HÉTEORITES.
formes anguleuses qui oiit juaaifetitaBeot pris naissance, pondait ieieiRBiiiBBefnent, par une sorte de moulage du fer contre la matière pierreuse, devenue pâtease, si ce n'est solide, quand le fer possédait encore de la fluidité.
En présence de ce résultat, on pouvait d'abord supposer que les fers météoriques se seraient moulés au milieu de< masses silicatées, dont ils auraient été ultérieuremeot détachés.
Il résulte de ce qui précède que les météorites ont élé imitées, dans les traits généraux de leur composition.
Il importe d'ajouter que certains détails intimes de la structure des météorites se sont môme trouves reproduib. C'est une nouvelle confirmation des analogies qui existent entre leur mode de formation et les procédés mis en œuue dans nos expériences.
Ainsi, quand on examine au microscope une lame mino* de péridot ou de Iherzolite, après fusion, on y retrouve, comme dans la plupart des météorites du type commun, ie> séries de lignes droites parallèles, simulant des coups A*burin, remarquables par leur régularité, au milieu de fendillements de forme irrégulière. Ces lignes sont dues à Texitence de plans de clivage. En outre, des aiguilles fines d't i.statite, parallèles et sensiblement équidistantes, dispoM<^ aussi par faisceaux, rappellent des détails de texture que iaii connaître l'examen microscopique de beaucoup de mètri*rites *.
La structure globulaire est si fréquente dans les mélu»rites du type commun, qu'elle a valu à tout ce groujH* 1j dénomination de chondrite. Or nous voyons des grains on
1 A part l'exemple de la météorite d*Aumale {Complet rendus, t. LUI, p. 7S/, je p verrai à ceux qui sont figurés dans l'important ouvrage de Gustave Roif, poir *météorites de Krasnoï-Ugol, SUuropol, et poui*le péridot du fer de PaiJM. (PI. I« ùt *• • etpl. lY^fig. 7,8,9.)
IMITATION DES MÉTÉORITES PAR RÉDUCTION DE ROCHES ITlMIllH 4^
sphéniles semblables prendre naissance dans plusieurs des expériences faites sur la fusion des silicates magnésiens. Parmi ces globules, les uns sont à surface lisse, d'autres à surface drusique ou hérissée de petits cristaux microscopiques. Ces derniers ressemblent aux globules de la météorite de Sigena (17 novembre 1775), de la variété friable. Ces globules sont inattaquables par les acides, comme ceux des météorites.
Enfin les surfaces de frottement, avec enduit d'apparence graphitique, que présentent, à l'intérieur, beaucoup de météorites (par exemple, celles d'Alexandrie, 2 février 18<>0, et dePultusk, 30 janvier 1867), s'imitent très-bien avec les silicates fondus qui renferment le fer réduit, en très-petits grains, lorsqu'on vient à faire frotter deux fragments l'un contre l'autre, assez fortement pour étirer ou laminer ces grains de fer métallique.
Dans une autre série d'expériences, on a employé comme réducteur, non plus le charbon, mais l'hydrogène, et les résultats ont été du même ordre; ainsi, la Iherzolite et le pyroxène, soumis à un courant d'hydrogène, abandonnent, à l'état de métal, le fer qui s'y trouvait combiné comme silicate de protoxyde. La réaction peut s'accomplir à une température qui ne dépasse pas le rouge. Dans ces mêmes conditions, les phosphates, soit seuls, soit en présence des silicates, se réduisent en phosphures, en sorte que le produit final de l'action de l'hydrogène offre également une grande analogie chimique avec les météorites.
SYNTHÈSE CHUIQUE DES UËTÉOBITES.
g 5. — IMITATION DES HÊTÉÛIUTES DD TYPE COMMUN, Pllt OXTDIT»:! PARTIELLE DES SlUCIURES.
Une méthode inverse de la précédenle a permis d'imilpr les météorites. Elle consiste à chaulTer les corps dominanu des méléoriles du type commun, autres que l'oxygène, cVst-
à-dire le fer, le silicium et le magnésium, dans une alni"sphère incomplètemeni oxydante, et ù en opérer, non-wulemcnt le grillage, mais aussi la fusion, c'est-à-dire la $<'"rification.
En soumettant, à ta température élevée du chalumeau '
EXPÉRIE?(CES RELATIVES AU FER DE SAINTE-aTHERINE. 525
gaz, du siliciure de fer, contenu dans une brasque de magnésie, j'ai obtenu une imitation, dans ce qu'elle a de plus essentiel, des météorites du type commun, particulièrement après qu'elles ont été fondues. Le fer se sépare, tant à l'état métallique qu'à l'état de silicate de protoxyde, et du péridot se produit, en partie à l'état cristallisé, comme l'indique la ligure 197. Ce péridot présente diverses nuances, entre autres la teinte olive, qui lui est habituelle dans la nature.
Le résultat dont nous venons de rendre compte, et auquel on ne peut arriver sans des tâtonnements assez délicats, présente, avec ceux qu'on obtient dans certaines opérations métallurgiques, des analogies qui ressortent d'elles-mêmes.
On sait, en effet, que lorsqu'on transforme la fonte de fer dans l'ailinage, l'oxygène de l'air brûle, non-seulement le carbone, mais aussi le silicium qu'elle contient et une partie du fer. La scorie noire, dont on observe alors la formation, est constituée, comme Mitscherlich et Haussmann l'ont établi , par du péridot à base de fer, ayant la même formule chimique et la même forme cristallographique que le péridot à base de magnésie ; c'est l'espèce à laquelle on a donné le nom de fayalite. Du pyroxène, riche en fer, peut aussi se produire, lorsque la silice est en excès.
S 4. EXPÉRIENCES SYNTHÉTIQUES RELATIVES A l'hOLOSIDÈRE
DE SAINTfi-CATIIERIiNE.
Par son poids, le fer nickelé, signalé en 1876, à San Francisco, dans la province de Sainte-Catherine, au Brésil, occupe Tun des premiers rangs parmi les masses de fer météorique connues. En laissant de côté le gros bloc d'Ovifak, au Groenland, du poids d'environ 20,000 kilogrammes, qui paraît
sus srrrB£sE cmiuQUE des )iët£(Huti5.
être d'origine terrestre, je rappellerai celle de Duningo
(Mexique), trouvée en i805, aussi du poids de 20,000 kito-
ne.' t9& ~ Hi>laiid«i« linai^, ta 1875. diiu I* pnitincc d« Siinte-CiLtmine.'n »<"- Coupr polit la Imtrt d'un éctunlillon d'un premier l;pe, cinclérùé p«r l'ciiiUnn ^ lir.» ifina da pyrrhotine trinrunt une biâchc, 1 tltrnenlt mélaliiqiiei. cnmKt'* (rrondii. {in j rcniin|UB du Ibnira qui lraitcr«enl, uni dériiljaa, la putio dicUII>4*^ al la pirUei nlfor^iB. — Ectwllc da t/ï.
jji'unimos, et celle de Semdego, au Brésil (1784), qui pesait 9(>00 kilogrammes.
D'après ce que l'on a constaté ailleurs, notamment au
EXPËRIE.f(XS REUTIVES AU FER DE SAITiTE-UTHERINE. 537
Chili, dans le désert d'AUcama, on doit supposer que la masse de Sainte-Catherine n'est pas unique; qu'elle a des
fit. 19B. — BoIcHidér* irDDTte, en mS. iltni II provinca de Safnle-ralberinf, lu Brésil. SKond lypc. idonlriDl. >ur une lurfiec polie, m nilure riwnlieUemrnt bréthiforme. Ou j Aitingiir d« rn|nienli mtUHiquei, reliéi par une lu hiUnce jaune de lait"n, dini laquelle ptMoisioa la pirrhatina at qui conlicnt aunï du graphita, de la tchreibersite el de ta sufnMilc. Lei CraiiinaDla mjtalliquei tant eui-nêniri Iraveriéi par d'innombrablei lltsurea onbogonale*. qaî ir.iTananl éRalemenl le sulfure. Une éeoree ocracfe m voit aur divei'iei puliet du pourtour de l'éclUntillDn. — Ëcballe de i/3.
satellites, qui peuvent même en être assez éloignés, et qu'il sera intéressant d'y rechercher.