‹ Etymologie & histoire des mots "Orléans" et "Orléanais"Chapitre 3 sur 5 · HISTOIRE DU MOT < ORLÉANS · texte numérisé non relu

HISTOIRE DU MOT < ORLÉANS

CHAPITBB P BWMTKH .

DÉmoHiMAxionrai i^aximbs.

L'histoire primitive d'Orléans est, comme on le sait, k peu prés inconnue. Ceux même qui voient dans cette ville le Genabum des Commentaires no sauraient dire c«

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qu'elle devint depuis l'incendie ordonné par César (1) jusqu'au milieu du cinquième siècle. A partir de cette époque, quelques traces apparaissent, rares d'abord, puis, à mesure qu'on avance, plus fréquentes ; ces indices ont permis de conclure que l'Orléans moderne est la ville désignée dans les textes latins postérieurs au iv* siècle sous les noms de :

Auretianis (2);

Aweliana (2) ou Aurelianensis (4) J i, ■ ■*

Aurelianorum (5) ou Aitrelianetisium (6) j

De ces cinq dénominations une seule est un nom de ville véritable, Aurelianis.

A quelle époque ce nom apparaît-il ? On ne pourrait qu'avec peine donner une date précise. Les premiers textes littéraires qui le mentionnent sont l'Anonyme de Ravenne (7) et Grégoire de Tours (8), tous deux postérieurs au V" siècle, ce qui ne veut pas dire qv.'AureUanis date seulement de l'époque mérovingienne, mais simplement qu'avant cette époque on ne rencontre le nom d'Orléans dans les écrivains que sous l'une des formes périphrastiques dont j'ai parlé toutrà-lheure, Aurelianensis ou Aurelianorum civitas. De ces deux locutions les plus anciens exemples sont ceux que signalent les lexicographes

(1) CÉ8. de Bello gall.. Vil, e. u.

(2) HistorienB de France, 1. 120 a.

(3) Id. I. «39 n.

(4) Id. 1. 801a.

(5) Id. 1. 122 d, col, 2.

(6) Id. 1. 645 6.

p). Itemsunt civitatesxn ipsâ patrid, jwcta fiuvium, quem inferittt norninare volumus, gui dîcilnr Lega (Ligeris?), id est. . . Attrelianis, Bteiis etc. (Hiator. de France, I. l2û a.)

(8) Historia Francorum, h. II, c. Tii, et passim. Voir l'Indes de la traduction publiée bous ce titre par M. Bordier : Hietoire ecclésiastique des Francs..., traduction nouvelle par Henri Bordier, 2 vol, gr. in-8', Puis, Franck.

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Forcellini (1) et Freund (2), et qui appartiennent l'un à Sidoine Apollinaire (3), l'autre à la Notice des Provinces et des Cités de la Gaule, rédigée, comme on le sait, au T* siècle (4).

Ces dénominations ne cesseront pas un instant d'être en usage : elles sa maintiennent durant tout le moyen âge dans les documents latins ; mais à côté d'elles se montre, dès l'époque mérovingienne, le véritable nom propre Âiirelianis ; à partir de ce moment, on le voit sans cesse employé. Non-seulement nous allons le retrouver dans tous les écrits latins du moyen âge, chartes, chroniques, vies de saints, mais c'est le seul que nous aient conservé les monnaies des deux premières races; non pas toujours assurément sous cette forme pure : tantôt abrégé ou mutUé, tantôt défiguré par certaines altérations phoniques, il s'offre avec des variantes parfois singulières ; mais toutes ces variantes se rapportent à un type unique, seul correct et vraiment classique : Aurelianis. Dans cette série de documents, je pourrais citer les pièces orléanaises du^ cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale, ceUes de notre Muses historique, et surtout de la riche collection Jarry (5). En vue de faciliter les recherches, je renvoie simplement le lec-

(1) Zemicoralotiiulafinifalù, 4 vol. in-fol., Leipzig, 1839; V^ureJta.

(2) Dictionnaire de la lang\^e latine, 4 vol, in-4>, Leipzig, 1834-40 ; »• Aurélia.

(3) L. Vin, ep. XT.

(4J Cf. Historiena de France, I. 122 d. Cette date de rédaction est celle à laquelle s' omUsiA. S. CimcKE&Ki, De la formation française det anciens noms de lieu, petit in-8», Paris, 1867; p. 95.

(5} La collection de M. Saitj, amateur Orléanais bien connu dea numismates, contient touB les tfpeii jusqu'à présent retrouvés de la nainismatiquB orlésnaise. M. Jarry m'a &it les honneurB de sa collection avec une obligeance dont je tieqs à le remercier publiquement. Voir pins loin, p. U, 28 et 29.

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teur à divers catalogues récents, celui de la vente Dassy (1), par exemple, et, pour la période mérovingienne, à l'important travail de M, Anatole de Barthélémy, Liste des noms de lieu inscrits sur les monnaies de la première race (2).'

Pour la période mérovingienne, les formes usuelles sont :

1" AVRELIANIS, mentionné par M. de Barthélémy: AVRELIANIS CIVITATE ;

2° mais surtout, suivant une altération alors habituelle de l'e en i (3), AVRILIANIS ; signalée par M. de Barthélémy, cette forme se retrouve dans le catalogue Dassy, aux. numéros :

130 AVRILIANIS CIVITAS ;

131 AVRILIANIS ;

132 AVRILLVNIS FIT;

133 AVRILIANIS;

134 AVRILIANIS CTVIT;

135 AVRILUNIS ; 138 AVRILIANIS ;

Les textes littéraires l'accueillirent eux-mêmes, car on la voit encore employée au vn° siècle par Frédégàire : Auriliana civitas, Aurilianontm civiias (4).

3* Outre les formes complètes, on trouve aussi quelques formes abrégées. Le catalogue Dassy offi-e par exemple, au n° 137, AVRILI. . . ; M. de Barthélémy cite de même les deux fonnes: AVRILIA CIVITATE et AVR.

(1) Catalogue de monnaies royales, seigneuriales de France, monmaies romaines, itrangh-es, formant la collection de feu M. Dassy (de Meam), gr. in-8*, Paria, 1669.

(2) Bibliothhque de l'École des Chartes, 6° série, t. 1, p. 443. Les formes citéon sont rangées sons le n" 79 (p. 451).

(3) Sur cette altération voir A. Bbachet, Grammaire historiqus de ta langue française, in-12, Paria, 1868, p; 116.

(4) BùtoriefU de France, t. I, p. 409 d, 2 d, col. 1.

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Qu'est-ce qu'AVRILIA? Une abréviation pour AVRI- LIANIS ? ou faudrait-il y voir une dénomination nouvelle .de notre ville T Je n'hésite pas à repousser cette dernière opinion. Je sais qa'Aurelta passe pour avoir été le premier nom gallo-romain d'Orléans, et que depuis le xvi' siècle les textes latins ne désignent guère notre ville autrement ; mais j'espère démontrer que cette conjecture ne repose sur aucun fondement solide. Sans aborder encore cette question, je puis dire que l'AVRILIA mérovingien serait, jusqu'aux environs du xi' siècle, le seul exemple à' Aurélia {ou Avrilia) qu'on pût opposer à des centaines d'Aureliant5 (ou Aurilianis): comme l'AVRILIA... du catalogue Dassy ou l'AVR de M. de Barthélémy, je pense donc qu'AVRILIA est une abréviation un peu moins incomplète que les deux précédentes du traditionnel AVRILIANIS.

Avec la période carolingienne , nous revenons à la forme primitive Awelianis : je la vois mentionnée dans le catalogue Dassy aux numéros :

493 AVRELL^NIS CÏVITAS (Charles-le-Chauve) ;

494 AVRELIAMS CIVITAS (monnaie de Cbarles-Ie-

Chauve) ;

576 AVRELUNIS CIVITAS (Charles-le-Gros et Eudes) ;

577 AVRELL^NIS CTVITAS (Eudes); 593 AVRELIAMS (Charles-le-Simple) ; 602 AVRELIANIS CIVITAS (Raoul).

J'ai cité les formes régulières; mais le même catalogue offire encore diverses altérations du même type, évidemment exceptionnelles; elles sont importantes cependant : car elles attestent peut-être combien s'était affaibli, dès l'époque mérovingienne, le son de certaines lettres ; par

1* Au n° 139, l'i médial est tombé dans AVRELANIS ;

2" Aux n" 129 et 626, Vs finale a disparu dans AVRE-

LIANI, comme il est arrivé dans d'autres mots de la même

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époque CtVÎTA, par exemple, pour CîVFTAS, s'il faut interprùter de cette manière une monnaie de la collection Jarry, où je lis AVRELIANIS CIVITA ;

3° Le n" 140 serait un des plus intéressants, puisqu'il annonce, ce semble, la forme qui prévaudra dix siècles plus tard, par le cliangemeût de ïi médial en e : AVRILEANIS (Orléans) ; mais risolement de cette forme, surtout la difficulté d'admettre comme possible, dès cette époque, une modification qui doit être la plus tardÎTe et la plus labo~ rieuse, nous forcent à voir dans cette variante une erreur: ou l'i et l'e se sont transposés (AVRILEANIS pour AVRE- LIANIS), ou ïe représente indûment un second i (AVRI- LEANIS pour AVRÎLIANIS}, supposition d'autant plue vraisemblable que la même pièce a conservé sur l'autre face l'écriture, alors usuelle, AVRILIANIS.

Dans la collection Jarry je note également quelques formes exceptionnelles :

1" Comme dans le catalogue Dassy, AVRELIANI CI- VITA et AVRELANIS sur deux monnaies de Charles-le- Ghauve;

2" Par transposition de \'i et de l'n, AVRELIAINS CT- VTrAS(Clmrles-le-CIiauve et Eudes);

3° Par renversement de l'A pénultième AVRELFVNIS (deux monnaies d'Eudes) ;

4° Par renversement de l'L : AVREFIANIS (Eudes) ;

5° La forme AVREIVS, sur deux monnaies de Charlesle-Chauve et d'Eudes est-elle, par renversement de l'A final, pour AVRELVS, lui-même pour AVREIAS ou AV- REIANS, par contraction, on peut-être par abréviation graphique, pour AURELIANIS ?

6° Enân, j'aurai plus loin à parler de trois formes nouvelles et très-curieuses, appartenant â la même collection : AVRLANIS. AURLIVNIS et AVRELIANS.

Awelianis ou, par altération, Aurilianis, tels sont

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donc les deux, types principaux auxquels se rapportent toutes les variantes graphiques du nom mérovingien' ou carolingien de notre ville.

Qu'est-ce donc qa'Aurelianis ? On le devine sans peine : c'est une des formes de l'adjectif Aurelianus, a, um « d'Aurelius j> ; employé substantivement au pluriel, Aure~ îiani veut dire * les gens ou administrés d'Aurelius». Comment un nom de population est-U devenu, à l'ablatif, un nom de ville ? Je n'ai pas à l'expliquer longuement : c'est chose, en effet, bien connue que des noms appliqués d'abord à un groupe d'hommes, et plus tard, au territoire qu'ils habitaient, ont âni par désigner souvent l'une des cités importantes de la région. Pour beaucoup de nos viUes, le nom moderne n'a pas d'autre origine ; exemples :

Bourges, de Bituriges (littéralement les Bituriges);

Cahors,

de Cadurcis (

Nantes,

de Namnetes (

les Nanmétes) ;

Rennes,

de Redones (

les Redons}

Sens,

de SenoTies (

les Sénons)

Tours,

de Turones {

les Turons)

Reims,

de Remis (

les Rémes)

Chartres

de Camutes (

les Camute

Aurelianis est un nom de ce genre : appliqué d'abord aux « gens ou administrés d'Aurelius >, puis au territoire de cette population, il a fini par désigner la plus considérable des villes qu'elle occupait.

Reste l'emploi de l'ablatif, et il n'y pas à douter que notre mot ne soit en effet à l'ablatif, comme le prouve l'inscription monétaire citée par M. de Barthélémy (1) : AVRELUNIS CIVITATE. Or, on le sait aussi, comme la déclinaison des noms communs, celle des noms de lieu se réduisit, dès le v° siècle, à deux cas, le cas-sujet et le cas-

fl) Voir ci-deBsus, p. 9,

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régime, ce dernier représenté dans les noms commuas par l'accusatif, le plus fréquent de tous les cas obliques, et, dès lors, le plus naturellement associé à la notion de régime (1); pour les noms de lieu, par l'accusatif ou l'ablatif (2), les deux rapports de résidence (ablatif) ou de direction (accusatif) étant ceux que le langage, en ce qui regarde ces noms, trouve le plus ordinairement l'occasion d'exprimer. Cest en effet par l'un de ces deux cas, généralement l'ablatif, que sont désignés, à partir du v* siècle, la plupart des noms de villes ; Avenione{Avignon), Narhone{Narbonne), Nemauso {Mmes), Biterris [Bésiers), etc. (3). A ces derniers se rattache Aurelianis, immobilisé, comme eux, à l'ablatif.

Le nominatif Aureliani n'est cependant pas sans exemple : il s'est maintenu notamment sur les monnaies, dont j'ai plus haut reproduit la légende (n" 129 et 626, et monnaie Jarry, § 1) ; mïûs l'autorité de ces pièces ne saurait prévaloir contre la masse de celles où se lit Aurelianis, et l'on peut admettra que 1'^ est tombée soit par une méprise de l'ouvrier, soit parce qu'elle était déjà fort assourdie. Remarquons d'ailleurs que les textes littéraires ne connaissent pas cette forme : signalée dans un Index des Historiens de France (4), elle en doit être écartée comme le

(1) Sur cette question voir LmaÉ, Eistaire de la Zangve frantaise, I, 14 et 119.

(2) J. QuiCHEBAT, He la formation française des oncieiu nom» de liou , p. 87, v"A6t»to ; cf. p. 88, v Albigi et p. 101, V Briwirt.

(3) Avenione, Narbone, Nemauso pourraient être des |forraea d'accusatif apocopéea pour Avenione-m, Narbone-tn, ok Nemaaso-m (Ne- Moasu-nt^ mais rien n'ampSclio d'admettre que ce soient des ablatifs, et, dans tous les cas, le principe posé serait également juste. ~— jSwr l'apocope de l'm, très-fréquente dès l'époque classique, voir mon Manvel pour l'étude des Racines grecques et latines, in-12, Paris, 1869, Durand et Padoue-Lauriel, p. 132.

(4] mstoriefi* 4ie France, I, Index au mot Awreiiani.

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prouve l'étude atteotiTe du texte : elle correspond en e&et à deux passages de la Yie de saint Âignan, où l'historien montre les principaux of&ciers d'Attila entrant ■ à Orléans • « ingressi sunt Awrelianis » (1) ; et, plus loin, comme Aétius, miraculeusement averti, vient de partir en toute hâte au secours de la ville, le narrateur, voulant dire que ce général arrive à Orléans, écrit encore : « Aurelianis percenit (2) ». Les savants éditeurs, voyant le mot Aurelianis en deux phrases où le datif panût amené par les deux verbes, ont pensé naturellement qu'en effet ce datif impliquait un nom de ville, Aureliani; or, ee dernier n'ayant jamais, dans les auteurs latins, cette valeur attribuée au seul Aurelianis, on ne peut admettre la restitution proposée : Aurelianis est la forme légitime, et si noua le voyons dans les deux passages cités, ce n'est pas k ti^e de datif, ni parce qne la grammaire lie ce temps en faisait une loi, mais bien parce qu'on ne pouvait alors exprimer autrement le nom de la ville.

Comment Aurelianis sa tran^orma en devenant français, je le dirai tout-à-l'heura ; mais, en se modifiant, ainsi que tous les autres mots latins, dans l& langage populaire, il sa maintint dans la langue, restée latine, de l'Eglise ou A& l'Ecole. Diu-ant tout le moyen âge, Awelianis demeure le vrai nom de notre ville dans les textes latins. Les preuves en seraient innombrables ; sans parler des grands recueils, facilement accessibles, les Historiens de Fraatce, le Gallia ' Christiana, les Vies des Saints (3), je me bornerai à citer quelques documents pour la plupart moins connus et empruntés soità de récentes publications, soit à nos différents

(1| Eistoriens tU France, I, 646.

(2j Id. ibid., ibid.

(^ Voir les ludaz des diSérauti Tokmea de ces i«eit^>

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dépôts d'archives ; par exemple, c'est le nom Aurelianis qu'on lit, à l'exclusion de tout autre :

1* dans UQ certain nombre de chartes, publiées sût par M. Teulet, notamment dans une charte de Louis VI, en la- Te«r des religieuses de la Madeleine, prés Orléans, pièce datée de 1119, avec la mention < Actum Aurelianis > (1), soit dans les différents Oartulaires de la collecti&a des Documents inédits, par exemple :

(a) dans le Cartulaire de Notre-Dame de Paris (2), où sont mentionnés quelques personnages nommés :

Jodoynus de Aurelianis ;

Johannesde Aurelianis (3);

Frater Jokannes de Aurelianis (4) ;

Radulpkus de Aurelianis (5) ;

{&) dans le Cartulaire de l'abbaye de Beaulieu (6), où se trouve reproduite, au chapitre Xn, une charte de 889, avec la mention : « Actum sancti Maximini monasterio swbtus Ai&'elianis civitate. >

On peut joindre à ces documenta an grand nombre de piàces déposées à la Bibliothèque d'Orléans et qsi font partie des manuscrits de Polluche ; par exemple un acte de conârmatûm par Philippe-Ânguste d'un don de Pierre dâ Gourtenay aux religieuses de la Madeleine, prés Orléans, pièce datée de 1183, avec la mention * Actum Aure-

{\] L(a/eUe3 du Trhor des Chartes, par A. Tkulet, Paris, H. Pion, 1863, 2 vol. iii-4', I, p. 42.

(2) Cartuiaire de VégUt* de Notre-Dame de Paris, publia par M. Guérard, 4 vol. in-4«, rv, 28;

(3) M. I, 195; II, 13^495; IV, 66. (4} Id. n, 198.

(6) Id. n, 146.

(6) Car^laire de l'abbaye de Beaulieu (en Ltmouain), publie par H. Maxiaûn Dsloche, inA", p. 30.

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liants I (1), les diverses chartes publiées par M. Louis Jarry à la suite de son Histoire de là Cour-Dieu (2), empruntées pour la plupart soit au fonds Joursanvault, soit aux documents manuscrits de la Bibliothèque d'Orléans, et parmi lesquelles je citerai le texte publié à la page 178-179, avec la mention ■ Actum publiée Aureliants >, enfin, dans les appendices ajoutés par M. Léopold Delisle à son travail sur les Ecoles d'Orléans (3), les passages suivants :

Sicut Aurelianis, ubi &cte Cuerunt he glosule, dicitur quasi aurea alîenis, etc . . . (4) ;

Expliciunt glosule . . . que facte fuerunt Aurelia/tis (5) ;

Aurelianis igitur ea mente me coatuli. . . (6) ;

Universis doctoribus et scolaribus Aurelianis studio commorantibus , . . (7) ;

Idem (Primatus) ^ciens moram Aurelianis exivit in similitudine fossoris. . . {8).

Mais, tandis qu'il se maintenait ainsi, notre mot subissait une modification curieuse : Aurelianis étant un ablatif, on ne pouvait guère, ce semble, l'employer dans le discours autrement qu'à titre de mot invariable; le moyen âge finit cependant par lui attribuer une sorte de déclinaison : par

(1) Bibliottièqiie d'Orléans; ma. Pollhchh, Paroùsesel Commwtow-

tés d'Orléans, ma. 433 6w, p. 236.

(2) Histoire de l'abbaye de la Cour-Dieti, ordre de (Xteaux, di»cise ^Orléans (1118-1793), par Louis Jarey , in-8». Orléans, H. Herluispn, 1864.

(3)^ Zes Ecoles d'Orléans, au dûuzihme et au treixième siècle, par M. Léopold DxusLE, Paris, 1869.

(4) Appendice I, p. H.

(B) Ibid. Ibid.

(6) Appendice IV, p. 12.

(7) Appendice V, p. 12. __ ,

(8) Appendice VU, p. 15.

exemple, Aureliants est un véritable Dominatif singulier dans les passages suivants :

Aurelianis

Kducat ia cunîs autorum lactd teuellos (1).

Sacrificare Deis nos edoeet Aurelianis (2).

Dans ces exemples, la construction grammaticale suffit à nous avertir que notre mot est bien un nominatif singulier : dans les deux: suivants la quantité prosodique, d'accord avec la grammaire, nous amène à une conclusion semblable : non-seulement Aurelianis est le sujet d'un verbe au singulier, mais Vi final, nécessairement long à l'origine, est devenu bref :

Obvius adveniena uomea cui Qeuabus olim Koraeii erat, toto quod deinde recessit ab usn, Diversumque illi hudc Aurelianis tiabetUF (3J,

et, de même, dans ce passage de Jean de Garlande :

Vos vatea magni, quos aurea comparât auro Fama, feveto mihi, quos Aurelianù ab urbe Orde (sic) traliit toto,pega8ei gloria fontia (4).

(1) Vers de Goofirôy ViNUSinp, cités par M. Léopold Deliele, dans les Ecoles d'Orléansati douzième et ot* treiaihne siècle, p. 6.

(2| Vers d'Aleiaudre de Villedibu, cités par M. L. Delisle, Les Ecoles d'Orléans, p. 7.

(3) Vers de Guillaiime Bketon, dans la Philippide, citéa par Lemaire, Sisloire et Antiquités de la ville et duché d'Orléans, ia-4*, Orléaiiï, 1645,. p. 5. — Je we borne à signaler, en passant, une autre altération prosodique, celle de l'e devenu bref (Aurelianis), à moins qu'on ne lise Attreljanis, ce qui serait bien subtil pour le temps où ces vers furent composés.

(4J Vers placés en tête du poëme intitulé : Ars lectoria eeclesiie, .Paris, 1234, — Cités par M. L. Deliale dans Les Ecoles d'Orléans, p. 8.

M. Delisle remarque en note qu'au lieu d'urbe il faut sans doute lire orbe; au sujet deord^, M, Delisle se référa à l'édition de Garlande. La restitution proposée pour urbe pareût di^cilement conciliable avec cetortfequi semble lui-même uns altération de or&e. Neeerait-cepas, en transposant le b de ab et le d de orde,

B Quos Aurelianis adwrbe {urbémj

Orbe trahit toto »

c Qa'OrléaiLa attira dans aea murs de toua les poiâtâ de l'univers . . • n

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Nous avons un exemple certain du vocatif dans ce vers ;

Non sa Pamassna tibi conférât, Âurelianis (1|,

et probablement un exemple du datif dans ce passage où il

est question de l'historien milanais Landulfe de Saint- Paul

« qui tune tempoïis {en ilOB) discebat Auïeliam « (2).

Lemaire signale même un certain Aurelianim (3) que je n'ai pu retrouver, mais qui serait évidemment l'accusatif de notre mot. Cette curieuse métamorphose se laisse d'ailleurs facilement expliquer : pour les générations contemporaines ou voisines du primitif Aurelianis, ce dernier était nécessairement un ablatif pluriel, et, . s'il avait fini par être employé à titre de nominatif ou d'accusatif, sa forme indiquait cependant son origine assez nettement pour que toute méprise fût impossible; mais, comme il arrive toujours, cette claire notion s'obscurcit peu à peu : plus le nom devenait usuel et populaire, plus on s'habituait à voir en lui non l'idée collective de population qu'il avait d'abord exprimée, mais celle d'une ville proprement dite. Le moment vint où la transformation fut complète ; ignorants ou lettrés, nid n'avait plus conscience que cet Aurelianis, accolé à un singulier tel que civitas ou urbs, eût été d'abord un nom de population au pluriel. Dès lors, regardé comme un singulier, il fut traité comme tel, et de là nonseulement la déclinaison régulière dont j'ai signalé les principaux cas, mais le changement de quantité également indiqué plus haut.

Outre la forme Aurelianis, on trouve encore dans quelques textes du moyen âge une forme Aurelianum dont la rareté est au moins étrange. Le Cartulaire de Saint-Père

(1) Vers d'Alexandre Neckah, dtés par M. L. Dâlisle, Les Ecoles d'Orléans, p. 8.

(2) L. Delide, Les Ecoles â'OrUans, p. 2.

(3) BUtoire et Antiguitei de la ville et duché d'Orléans, p, 8.

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de Chartres (1) nous en offi-e un exeïnple i dans -nne charte transcrite au chapitre XLVn (2) on Ut : « De hove « dabimt IIII denarios depasUi, ohliviones et terragittm < JMO voluerit monackus, vel Castrum Duni vel a.ure- UANTJM défèrent. » C'est encore à cette forme qu'il feut sans doute rapporter la locution de Aureliano, que je lis en un document publié par M. Mantellier, » ... Johatmem - Boileave, burgensem, et mercatorem dicte ville ■ Ht garand. Stephani de aubbliano, defensorem, . etc. » (3).

Je n'ose suspecter une forme transcrite par des éditeurs aussi compétente, et qu'il est d'ailleurs facile d'expliquer en sous-enteodant lemot o^t'ffum; mais il est singulier qu'elle se représente si rarement. On pourrait croire, à la vérité, que les exemples en sont plus nombreux : en parcourant l'index géographique que le savant M. Guérard a joint au Cartulaire de Notre-Dame de Paris (4), on voit Aurelianum signalé en plusieurs passages (t. I, p. 100; t. II, p. 26; t. IV, p. 168,178). Si l'on se reporte aux passages indiqués, on Ut :

T. I. p. 100 : < Décimas autem quas petebat pres-

biter de ArgentoUo apud Aure^

lianis »; T. n, p. 26 : ■ ... tàm Awelianis qnàm alibi, coram

diversis judicibus citavit et citari

procuravit ; T. ly, p. 168: < Eodem die obiit Johannes Emaudi de

Aurelianis, dyaconus ... «;

(1) Cartulaire dé l'abbaye de Saint-Père dé Chartres, publié par M. Ouérard, dans tes Documents inédits.

(2) Cartulaire, t.. II, p. 439.

(3] Histoire de la communauté des tnarchands fréquentant la riviire de Loire, 3 vol. in-8», Orléanfl, 1882-1867 ; t. CI, p. 174. (4) Ouvrage déjà dtâ,.p. 15.„ - ,,.:..,

DigmzcdbyGoOgle

T, IV,. p. 178 : « Adbo domini miliesimo ducentesimo

septuagesimo nono, dominica post

festum saûctorum Bgidli et Lupi,

obiit bone memorie Stephanus dîctus

Tempier, oriundus de Aureiianis,

Parisieiisis episcopus. >

Enfin, dans la pièce même dont la publication est due à

M. Mantellier, n'est-il pas remarquable que le personnage

appelé ■ Stephani de Aureliano > soit désigné quelques

lignes plus bas par le nom traditionnel « Stephammi de

Aureiianis ...» ? (1).

J'arrive à la forme plus simple, bien autrement connue que les précédentes, et dont j'ai déjà dit un mot, Aurélia. La vérité est, si l'on excepte la variante unique Aurilia civitate d'une inscription mérovingienne (et j'ai dit en peu de mots pourquoi j'y voyais une abréviation de AurtUanis) que cette forme ne se rencontre en aucun des textes anciens comme applicable à Orléans. Elle n'apparaît, si je ne me trompe, qu'aux environs du xn° siècle, dans certains ouvrages d'histoire ou de poésie écrits en latin, notamment dans la Chronique d'Otbon deFreisingen(3); toutefois, c'est surtout à l'époque de la Renaissance que ce nouveau mot devient usuel : peu k peu consacré par l'autorité des érudits de ce temps, il se substitue définitivement à l'ancien : par exemple, il devient le titre d'un poëme en l'honneur de notre cité (3) ; c'est lui qu'on retrouve dans une foula de poésies latines (4), dans certaines

{1) VliinsiLaSi: Sistoirede la communauté des marchands, t. lli,

(2) Cité parLemaire, Histoire et Antiquitei, p. 12 et 13. ^J Atirelia, poëme da Rodolphe BoTXEsn( RodolphuB Botereyus) j Voir I^iuqtB, Miftoire etAntiquiU;i, p> 30, (4) Voir LuLUBSt Eistoire et Ânti^uitex, pattim.

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TelatiODs, écrites en latin, du siège de 1^S9 ; c'est lui enfin qu'on grave sur les médailles commémoratlves, sur les jetons de corporations : on peut voir, comme spécimen, les pièces reproduites en fac-similé par M. Mantellier (1), et qui, toutes, originaires des xvi' et xvm* siècles, portent en exergue ; Aurélia.

Comment cette désignation jusqu'alors inconnue flt-eUe soudainement apparition ? En voici peut-être la raison : pour les clercs et les lettrés do moyen âge des mots tels qu'4ttrelianis devaient être une sorte d'énigme. Qu'était-ce que ce nominatif étrange? Apparemment il tenait par quelque lien au nom d'iiomme Aurelius ; mais alors n'avaif^on pas, dans la pure latinité, un terme classique, de forme nette et simple, l'adjectif Aurelius, a, um, le même qui sert à désigner tant d'autres villes, Aurélia Aîlobrogum, Aurélia Alemannorum, etc. (2). Justement l'opinion s'était accréditée depuis longtemps que le nom d'Orléans lui venait de l'empereur Aurélien : la ville avait donc dû s'appeler Aureliana civttas, ou simplement Aureliana. Ainsi fut créée cette dénomination, imaginée selon toute vraisemblance, par un scrupule d'érudits soucieux de latinité classique, et qui tenaient pour une Xorm^ corrompue le nom que les textes anciens attribuent cependant seul à notre viUe.

B' Aurelianis et de ses corrélatifs Aureliana, Awelianensis, Aurelianorum, Aurelianensium civitas il reste maintenant à expliquer l'origine. Comme je viens de le dire, tous ces noms procèdent d'un mot plus simple, le nom d'homme, Aurelius. Mais pourquoi ce nom? et quel est cet Aurelius î question difficile, et dont l'examen a fait naître, en divers temps, les plus étranges conjectures.

(1) Histoire de la communauté des Tnarehands, I, p. 383 et 31

l'i) Voipci-deBsous, p. 25.

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Suivant les uns, Raoul Glaber, par exemple, Aureliana (civitas) vient de « ora Ugeriana », et la ville est ainsi appelée parce qu'elle se trouve sur le bord de la Loire : • Eœ Ligere guippe sibi congruo etiam ftumine agnomen habet inditum, diciturque Aureliana quasi ora Ugeriana, eo videlicet quod in ore ejusdem fluminis ripœ sit constituta (1). » L'explication n'est pas des plus claires, et, sans parler de VAu d'Aureliana, substitué à \o de ora, on se demande comment ora Ugeriana aurait pu subir une telle contraction. Lemaire n'eu cherche pas aussi long. Appliquant au mot français l'interprétation proposée pour le mot latin, il déclare qvi Aureliana ou ora Ugeriana veut dire « Vorèe de Loire, en faisant de ces deux mots un, sçavoir Orléans (2), ï De quels mots s'agit-il î Comment ■ l'orée de Loire » devient-il Orléans ? Nous laissons au lecteur le soin de débrouiller cette énigme.

Devine aussi qui le pourra, comment Aurelianenses, suivant une autre opinion, se rattache au latin i Aulerci, ■t nom d'une tribu gauloise », et comment ce sont les Au- ■ relianois soubs le nom d'Aulerçois (3) ».

Il ne semble pas, du reste, que ces deux hypothèses aient eu grand succès. De bonne heure on avait songé à une explication moins savante, mais bien autrement âatteuse pour nous ; je parle de l'étymologie qui rattache directement Aurêlianis au latin aurum. Orléans serait ainsi K la vQle d'or, > qualiâcatiou toute naturelle aux yeux de ses historiens qui prennent plaisir à énumérer ses ressources, à vanter sa richesse :

Ânrea semper erit, teatator noinen sb aura (4) ;

(1^ Raoul Qlaber, II, 5.

(2) Lemaj&e : Histoire et Antiquités, p. 8.

(3) Lgk&IRB : Histoire et Antiquités, p. 9.

(4) Vers de Massac, mé4eciq Orléanais, citéa par Lemaire, Histoire et Antiquité!, f. 16,

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Terra beataloci, genio cœlo que salubri iDgentis regni mediam, cor et anrea sedes (1) ;

ce que Lemaire traduit :

Heurenae terre où toute chose abonde, Riche, fertile, à nulle autre seconde, Otï le ciel fùd renaistre un doui prin temps, Ville d'honneur et le cœnr de la France, Le Siège d'Or oii nos Roys do tout temps Ont estably leur force et leur puissance (2J.

La syllabe aur interprétée, comment expliquer la fin du mot, quel qu'il soit, Aurelianis ou l'hypothétique vlwreïia ? Le premier est fort complexe, mais une difflculté de ce genre n'était pas un obstacle au xn* siècle, et c'est un professeur d'Orléans, Amoul Le Roux (3), qui fournit l'explication demandée : Aurelianis n'est autre chose que i Aurea alienis, laville d'or pour les étrangers, » exactement comme € Amul-phus est pour Ardua nulla fugiens, et Alcides ■ pour Ardua oculis desiderans (4). ■ Par malheur, tout le monde n'avait pas des Orléanais aussi bonne opinion, et il paraît qu'un certain Estienne, évêque de Toumay, se

(1) Vers d'ADDEBEBT, poète Orléanais, cités par Lemaire, Histoire et Antiquitez, p. 8.

(2) Lemaire : Histoire et Antiquités, p. 8.

{3} On admet généralement qu'Araoul d'Orléans vivait au dixième ou au onzième siècle; M. Léopold Delisle croit pouvoir conjecturer a qu'il appartient seulement au douzième. » Voir Les Ecoles d'Orléans, p. 7.

(4] Léopold Delisle ; Les Écoles d'Orléans, p. "7.

Awelianis correspond à aure(a) (a) lienis; Ar-nul-fu-s iAr (duajnul (laj-fu (gien}s; At-c-i-des n'étant paS' en relation avec ar (dua)~ (o)c{ttl)i (sj-des (xderans), M. Delisle remarque en note qu'il faut probablement lii'e ai(ta) au lieu de ar (duaj. Néanmoins, il est sîu^lier que l'o, initiale d'oculis, ne réponde à aucun des éléments â' Alcides: par une nouvelle correction, approuvée de M. Delisle, M. Bimbenet, mon collègue à la Société des Sciences, Lettres et Arts, propose ingénieusement de lire : Al~a-i-des.

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railla en termes fort durs et de l'étymologie et dés habitants d'Orléans : « Comment seraient-ils d'or pour les t étrangers, demandait-il, eux qui ne sont même pas d'ar- « gent entre eux (1) ? »

Quant au simple Aurélia, le docteur Massac, également Orléanais, y voit un mot hybride formé du latin aurum et du grec helyos i^fi), soleil (2). Orléans n'est plus seulement la « mile d'or, » c'est le « soleil du monde > ! Je n'ai pas besoin de dire si « l'excellent docteur, > comme l'appelle Lemaire (3), se fit scrupule, en bon Orléanais, de développer ce beau texte.

Reste le nom français : ({m' Aurelianis soit l'équivalent ài'Aurea alienis, Aurélia à! Aurum helyos, noua n'en savons guère plus long sur l'origine du mot Orléans luimême . Or, il n'y a pas à chercher bien loin pour en comprendre la formation et le sens ; qu'on lise simplement, en détachant la première syllabe, Or-léans ; on reconnaît le vieux mot français = lèans » » là-dedans » (4) ; le nom de la viUe signifie donc qu'il y a de l'or ï là-dedans, intws awri copiam », selon la traduction latine qu'en donne Lemaire (5) : c'est toujours, comme on le voit, la même allusion à l'opulence de la cité, à la fécondité de son sol.

J'arrive aune dernière explication, la seule raisonnable, celle qui dérive Aurelianis du nom d'homme Aureliua. S'il faut en croire une tradition fort ancienne, puisqu'on la voit accréditée au x:' siècle (6), ce personnage ne serait autre que l'empereur Aurélien, qui aurait rebâti ou simplement restauré la ville brûlée par César et lui aurait donné son

(1) Lemaibs : Histoire et antiquités, p, 16,

(2) Lemaire : ibid., p. 16.

(3^ Leuairb : ibid., ibid.

(4) Sur co, mot voir Littrb, Dict., v" Léans. (.5) Histoire et Antiquité», p. 16. igï (6) Raoul Glaber, II, 5.

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— asnom (1). Sur quels fondements s'appuie cette opinion? Où sont les textes qui l'autorisent ? Nul ne saurait le dire. Au xvii" siècle, on crut pouvoir établir qu'il s'agissait non d'Aurélien, mais de Marc-Aurèle ou d'Antonin, et cela, parce que des fouilles pratiquées sur l'emplacement de l'Evèché actuel avaient feit découvrir des médailles à l'effigie de ces empereurs (2); mais de pareilles découvertes se font tous les jours sans qu'on puisse en déduire de telles conséquences; sur le territoire presque entier de notre vieille Gaule il suffit de fouiller le sol à quelques pouces pour en exhumer des ruines romaines, et, s'il fellait attribuer le patronage d'une fondation à tous les Césars dont on déterre les monnaies, que de villes françaises se disputeraient l'honneur d'avoir été bâties, restaurées, visitées par un empereur! Au reste, si l'on songe qu'Aurélien vivait au troisième siècle après J.-C, et Antonin ou Marc-Auréle au second, pourquoi faire remonter jusqu'à l'un de ces empereurs un nom de ville qui n'apparaît dans l'histoire que deux on trois siècles plus tard ?

Cette opinion ne reposant sur aucun argument solide, comment se fait-il qu'elle ait pu s'accréditer ainsi ! La raison, si je ne me trompe, en est Êicile à deviner : le territoire de l'empire romain comprenait un grand nombre de localités dont le nom se rattache au latin Aurelius; parmi les plus célèbres on cite d'ordinaire Aurélia Allôbrogum (Genève), Aurélia AlB7nannorurn.\^s.A.e!ïi), Aurélia ou Aurelianum (Lintz), Aurélia Antonina (Cariza en Bétique), d'autres encore ; en Gaule particulièrement, on ne saurait croire combien de villes ou de villages rappellent, par leur nom, le souvenir d'une origine semblable : Orléans et Aurillac (Atireliacum), les seuls qu'on cite d'ordinaire,

(1) Sur cette question d'origine voithKiâkmE,Eistoire et Anli^uitex, p. 8 et suivantes.

(2) LxuAUU!, BistQÎre et Anti^ttite», p. 14.

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sont à la vérité les plus connus, mais il s'en faut qu'ils aient seuls conservé le radical de notre mot : c'est ainsi par exemple que procèdent:

1" d'Aureliits lui-même :

Aureil (Haute-Vienne) ;

Aurel {Drôme, Var, Yaucluse) ;

Oreil-Maison (Vosges) ; et probablement Ârelles (Aubes) ;

2* i' Aurélia :

Aureille (Bouches-du-Rhône) ;

Aurelle (Aveyron) ;

Oreilla (Pyrénées-Orientales), dont l'a final correspond, suivant l'habitude de la formation espagnole, à l'a latin;

3° d'Aurelianum:

Aureilhan (Landes, Hautes-P3Ténée3) ;

4' i'Aureliacum, un grand nombre de villages, dont le nom primitif, suivant une loi commune à tous les mots en iacum (1), s'est transformé diversement ;

en ac dans le Midi et dans la partie méridionale de l'Ouest et du Centre:

Aureillac ou Aureilhac (Gard) ;

Aurlllac (Gironde, et , plus haut. Cantal);

Orfiac (Dordogne) ;

Orliac-de-Bar (Corréze) ;

Orlac (Charente-Inférieure) ;

Orlhac, prononcé Orliac (Lot) ;

en é dans l'Ouest :

Orillé (Maine-et-Loire);

en y dans le Centre :

Orly (Seine, Seine-et-Marne) ;

enfin à'Aurillac, par une contraction qu'a pu rendre

(1) QuiCHBRAT : De la formation française des anciens nomsde lieu, p. 3i et EuiTaates,

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plus facile encore la mouillure de la fiuale, est Tenu peutêtre le mot réduit Auriac que nous retrouvons dans un grand nombre de départements du Midi (Aude, Aveyron, Gorrèze, Dordogne, Haute-Garonne, Gers, Lot-et-Garonne, Basses-Pyrénées, Var).

Voilà des formes assurément bien diverses ; dans leur variété même elles ont, au moins en latin, une part commune, Aureli — ; est-ce à dire que toutes ces villes, ces villages ou hameaux tiennent leur nom d'Àurélien, d'Aurèle Antonin ou de Marc-Aurèleî Personne ne l'oserait soutenir; le nom qu'elles portent toutes indique seulement qu'elles ont eu pour fondateur, administrateur ou patron un personnage nommé Aurelius ; or, on sait ce qu'était à Rome la gens Aurélia, l'une des plus grandes et des plus anciennes familles patriciennes ; ce qu'elle a fourni à la république et à l'empire d'hommes célèbres ou simplement connus, consuls, préteurs, généraux, empereurs, suffirait à l'illustration de vingt maisons ; on devine sans peine combien de ses membres ont dû exercer, dans les diverses provinces, d'importantes fonctions politiques, civiles ou militaires ; qu'un Aurelius fût appelé à résider sur un point de la Gaule comme intendant ou préfet, qu'il établît un camp ou un arsenal, qu'il bâtît des thermes ou restaurât un édifice, c'était assez * la bourgade ou la ville ainsi dotée prenait son nom ; de là le grand nombre de localités qu'en France seulement nous voyons désignées par ce radical. Maintenant, parmi tant d' Aurelius, pourquoi supposer que le fondateur ou le bien&iteur de noire ville a été précisément un empereur; et pourquoi l'aurait-il été d'Orléans plutôt que de toute autre des localités auréliennes î Ce cboii s'expUque par l'importance même de la cité : Orléans eut, en effet, cette fortune que, de toutes les villes et bourgades désignées par le nom d' Aurelius, elle devint en peu de temps la plus considérable ; dès lors,

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comme il est arrivé pour tant d'humbles familles devenues puissantes, on s'ingénia à lui découvrir une illustre origine, on lui rechercha des titres de noblesse ignorés jusqu'alors ; parmi les personnages dont le nom se rattache au radical d'Aurelius, quelques-uns seulement pouvaient prétendre à l'honneur d'un tel patronage : Aurélien, Marc-Aurèle, Aurèle Antonin. C'était avec le nom d'Aurélien (Aurélianus) que le latin Aurelianis avait évidemment la plus directe affinité ; Aurélien fut donc choisi, et c'est ainsi qu'est parvenue jusqu'à nous l'histoire de cette origine légendaire, dont la tradition sans doute ne sera pas de si tôt abandonnée.

CHA.PITBB DEUXIEME.

DËMOHlNATIONa li-RAMÇAltBEB.

On vient de voir ce qu'est le mot Aurelianis et d'où il vient. Comment Aurelianis, à son tour, est-il devenu Orléans ? C'est ce que j'ai maintenant à expliquer.

Dès l'époque mérovingienne, notre inot avait déjà subi, comme on l'a vu, quelques modifications curieuses, tantôt perdant \'i du groupe lia (Aurelanis), tantôt se réduisant, par la chute de Xs finale, à Aureliani. Ces oscillations méritent d'être notées, car elles attestent Taffaiblissement, déjà sensible, de certaines lettres qui allaient s'assourdir chaque jour davantage. C'est au neuvième siècle que notre mot commence à devenir demi-français ; accentué sur Va pénultième, il devait seréduire, suivant la régie, en perdant avant tout \'i de la syllabe finale (Aurelian's) ou même Yi antérieur à la tonique (Aur'lianis). Il semble que ce double changement se soit accompli dès le neuvième siècle. Ce qui est sûr, c'est que la collection Jarry contient trois

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monnaies caroUt^iennes où ces deux fonaes apparaissent ■: 1 ° Sur \me monnaie de Charlemagne on lit AVRELIAKS ; bien que très-rare, cet exemple, si je ne me trompe, ne saurait cependant être suspect ; la pièce qui l'a conservé est d'une remarquable netteté, ee qui ne serait pas une garantie de correction suffisante ; mais on sait, en outre, que l'assourdissement des anales latines commence à devenir, au neuvième siècle, un phénomène régulier ; c'est ainsi que, dans la même collection, sur d'autres monnaies de cette époque, je lis, au lieu de civitas, ctvits : AVRELIANIS CIVITS (Cliarlea-le-Chauve), A.VRELANIS CIVITS (Charles-le-Chauve), forme qui deviendra bientôt le français cits ou cit, cas-sujet dont cité fcivitatern), sera le cas-régime (1).

C'est le moment en effet où le latin, sans être encore du français, commence à ne plus demeurer du latin ; chute ou resserrement des lettres, amoindrissement des sons, déjà se produisent tous ces symptômes d'une dissolution dont l'aeccnt tonique fut le principal et irrésistible agent (2). Aurelianis ne pouvait échapper à ce travail de la désorganisation conmiune ; suivant une régie générale, sa anale devait êtro la première assourdie ; elle le fut par la chute

(1) Snp oa mot voir Littkë, Dictionnaire, V Cité.

(2) Sur cette question voir le travail de M. Gaatoa Paris, Étude sur le rôle de taccent latin dans la langue française, itt-S", Paris; et sur les chaugenienta subis par les noms de lieu dès l'époque Carolingienue voir les observations de M. Quicherit, De la formation française des anciens noms de iiew,p. 12 ; «Unautrefeità cons- I tater, dit M. Quicherat, c'est que, depuis le déclia du sixième siècle, « les formes latines deviennent moins pures pour beaucoup da noms Œ de lieu des pays où dominait l'élément romain, et que, dès l'avénea ment dea Cafolingiens, il y a de ces noms qui déjà ne sont plus la- « tins : ils sont romans. On les voit parvenus au premier degré de la < métamorpliOHô qui les rendra français, a

Aurelians, et, plus bas, Aitrlianis appartiennent à ces formes romanes qui ont néceBaairâmant précédé la fonne freaçtUM'.

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deTi, et cela en vertu d'ane loi constante, par suite d'une si impérieuse nécessité qu'à défaut de preuve, et quand bien même ne se serait pas conservée la précieuse monnaie qui l'atteste, on pourrait encore affirmer qu'entre le neuvième et le dixième siècle ce changement eut certainement lieu.

2° et 3' J'en dirai autant de deux autres monnaies, l'une de Cbarles-le-Chauve oà se lit la forme AVRL^ANÏS CIVITAS, et une d'Eudes où la même forme est écrite, avec renversement de l'A pénultième, AVRLIVNIS. Là encore, il semble bien que l'écriture atteste une prononciation déjà courante ; mais, quand il ne faudrait voir dans ces formes nouvelles que des incorrections analogues à celles que nous avons déjà remarquées (et, pour ma part, je ne m'arrête pas à cette hypothèse), il n'en serait pas moins curieux que ces erreurs se soient produites au moment même où s'altérait en effet, selon toute vraisemblance, la prononciation traditionnelle du mot.

Purement latin sous la forme Aurelianis, demi-français dès le neuvième siècle sous les formes Aurlianis ou Awrelians, à quelle époque et sous quelle forme nouvelle notre mot devient-il décidément moderne î Faute de textes il serait difficile d'indiquer une date précise; à partir du neuvième siècle, en effet, jusqu'au douzième, on ne rencontre le nom d'Orléans que sous sa forme savante, c'est-à-dire latine, dans les textes latins, chartes, chroniques, inscriptions monétaires signalées plus haut. Au XII' siècle seulement apparaît une forme en langue vulgaire, Orliens. Les exemples en sont dès lors tellement nombreux, et je vais avoir si fréquemment l'occasion d'y revenir, qu'il suffit de mentionner ici ce nouveau mot. Comme on le voit, le changement est maintenant accompli : Aurelianis est devenu français, et c'est à peine si noua le poavoQa rçcoQnaître. .

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3'Aureliams ou Aurelic^ k Ùrliens la différence eat en effet notable ; elle est marquée :

1* par la réduction du nombre de syllabes, puisque Ye est tombé ; Orliens ^ Aur(e)îians ;

2° par le changement d'à en e : Orliens = Auyeli&ns ;

3" par le changement d'au en o : Orliens = Anreltans.

l" La chute de Ye s'explique par un assourdissement analogue à celui de Yi final dans Aurelianis devenu Aurelions ; c'est en effet une loi que toute syllabe immédiatement antérieure à la tonique est plus ou moins assourdie par le voisinage de cette dernière ; simplement affaiblie dans certains cas (minutits = menu ; Johannes = Jehan, etc.), elle tombe d'ordinaire, quand elle se trouve comme étouffée entre la tonique proprement dite et la syllabe initiale ; par exemple, elle s'est perdue dans : latr (o) cinium devenu larcin ;

blaspk (e) mare -

- blâmer;

maïtd (u) care -

manger;

jud (i) care -

~ juger;

bon (i) tatem —

- bonté;

com (i) tatiis

comté;

hosp (i) taie

- hôtel {l);

Awr{e)lianis étant un mot de conformation analogue, l'e est pareillement tombé.

n est vrai que la syllabe immédiatement antérieure à la tonique semblerait être non l'e, mais l't placé devant a, Aurelianis comptant, selon la prosodie classique, pour cinq syllabes: Aurehâms; mais on sait aussi que, dans le passage du latin au iirançais, les groupes ta, te, io

[IJ Voir A. Bbaohit, Du râle det voyeU^s latines atones dans les langttes romanes, Leipzig, 1866. ^ Cf., Au juSme, Grammaire, p. 15 et Buivuites; — Cf. moa Manuel pow l'étitde des racines grecques , et latin<a, p. 155 et 156. .

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ont été traités comme si la prçmière des deux voyelles feisait corps avec la seconde : filiolus — filleul ; tiliolus

— tilleul; lusciniolus — rossignol, etc.(l).L'io d'Awrelianis ne formant, d'après cette règle, qu'une syllabe [Aurelianis), Ye est bien la voyelle antérieure à la tonique ia. C'est donc bien l'e et non Xi qui devait tomber.

2° Le changement d'à en e s'explique aussi naturellement, l'a accentué se modifiant presque toujours ainsi', nasîw — nez ;ns.vem — «e/",- honit&tein — ôontè,- rfonare

— donaer, etc. Devant une liquide, particulièrement devant K, ce son est représenté d'ordinaire par ai : sanws — sain ; vsiïius — f ain ,■ Romanus — Itom&m; ■pd.nis — ^ai«, etc. Néanmoins, lorsque an est précédé de i, c'est-à-dire dans le groupe ian, le son e, qui représente a latin, est presque toujours figuré par e : christianus — chrétien; Julia.nus

— Julien; antta.nus — ancien; Ambi&nis — Amiens (2). Aurelianis est donc légitimement devenu Orliens. Toutefois, bien que la figuration par e puisse être regardée comme seule usuelle, on trouve dans un poète du xui° siècle, Gautier de Coinsi, un exemple de la figuration par ai:

En eserit traia que près à'Orlains

Ung chaetel a.

(Miracle de la Vierge) (3).

Cet exemple prouve eu même temps que l't du groupe latin ia comptait en eiïet pour bien peu, puisqu'il est tombé

si facilement.

î" Reste la substitution à'o à au. En réalité, c'est un changement d'écriture plutôt que de son, la diphthongue au, surtout devant r, étant figurée dans les textes français

(1) Voir mon Manuel, p. 144.

pî) Id. p. 147.

P} Cité par BoaDEFOET, v° Orlatns.

du moyen âge quelquefois par au; aurum — aur ; auricula — aureille (1), figuration conservée dans Autissiodorum ■ — Attixerre ,- mais d'ordinaire par o : (aurum — or; deaurare — dorer; thésaurus -r- trésor; auricula — oreille ; claudicare — clocher; claudere — clore)

Au reste, il eu est de ce son comme tout^-l'henre du son e figuré tour-à-tour par e ou par ai : à côté i'Orliens, on texte du xiv" siècle porte kurliens (2).

Je dois expliquer maintenant comment Orliens nous amène à Orléans: question difficile, et, bien qu'en apparence Orléans soit moins éloigné d'Orliens que ce dernier ne paraissait l'être d'Aurelianis, on voit sans peine comment Aurelianis est devenu Orliens : à'Orliens à Orléans naissent au contraire les plus sérieuses difficultés. Si l'on veut suivre sans embarras l'évolution qui mène graduellement de l'un à l'autre, il faut en partager le cours en trois grandes périodes :

1' A l'origine, Orliens se prononce en deux syllabes Or-lié-n's, avec l'e détaché de l'n,-

2' Un peu plus tard, Or-lié-n's devient Or-liens, toujours en deux syllabes, mais avec Ve nasalisé, comme aujourd'hui dans Amiens;

3° Plus tard enfin, Ch-liens finit par se prononcer Orlians; mais en même temps, par application d'une loi d'équilibre sur laquelle j'insisterai tout à l'heure, \'i se détache de la voyelle suivante et se change en e.

Je vais essayer de Justiâer cette division.

§ I. — ORLIENS prononoé ORLIÂ-N'S.

Qu'Orft'ens ait été d'abord dissyllabique, on pourrait l'induire de l'explication même donnée plus haut (S) sur la

(1) LiTTRB : HicXionnaire, à l'historique des mots or et oreille.

(2) OMonn. des RoU de France, t. Vil, p. 516.

(3) P. 31 et 82. - a

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wdem attribuée à Vi dans les groupes ta, te, io, tu; loaia nous en avons des preuxes directes et nombreuses pour les xn*, xm'et xir* siècles. Naturellement on ne saurait demander un témoignage de ce genre à des documents en prose; par contre, ceux en vers fournissent des textes décisifs; j'en citeiai quelques-uns seulement, en suivant l'ordre chronologique (1) :

1* Au xn' siècle :

dans 2A(0n de Bordeaux :

Li vaa ea est al bore de S&îat-Omer ;

Li autres' est à Orlietiî la cité,

Et li tien est à Paria par verte (?) ;

dans la Chroniqite des ducs de Normandie :

N'ont bure na chaatel el pais

Nul, dès Orlien tresqn'â Paria. . . (3) ;

S'en France me rendeîes sain

A Orliens u à Mnnienn. . . (4) ;

2° Au xni' siècle, dans un grand nombre de chansons ou romans, parmi lesquels, suivant l'ordre alphabétique : Aiol :

Ch'ert nne pautouiere mesdiaant

Famo d'un macheclier A'Orliens le grant (5) ;

(1) Toutefois, comme il importe d'établir par des témoignages nombreux la véritable prosodie de notre mot que deux ou trois textes scandent différemment, je citerai en note divers passages qu'il serait diffidle d'admettre dans ce travail sans le grossir outre mesure.

(2) Édit. Queasard et Qrandmaison (Anciens poètes de la France, t. V), j). 299. Cf. un autre exemple d-dessous, p. 41 .

(3) Edit. Francisque Micbel, 3 vol. in-4* (Collection des docujnents inédits pour servir à l'histoire de France), 1. 1, v. 994.

|4) Id., t. II, V. 16S38; cf., ci-dessous (p. H), deux autres exem- (iles importants.

(5) Histoire littéraire de la France, t. XXII, p. 280, d'après on ms. du fonds la Vallière (n" 80), fol 114 v»; cf. ibid. :

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