‹ Étymologies lyonnaises. Réponse à M.A. SteyertChapitre 3 sur 12 · II. — Lugudunum · texte numérisé non relu

II. — Lugudunum

M. Steyert tient beaucoup à l'étymologie qui explique Lugudunum par •■ colline des corbeaux ».Si l'on veut se faire une idée de l'importance qu'il y attache ob a'aqu'à se rappeler que j'avais consacré exactement 40 lignes à la question, soit 25 dans le texte de ma conférence et 15 dans VErrâta, et que M. Steyert y répond par 15 pages grand in-s. On conçoit que. condamné à me résumer, je n'aie pu fournir toutes les explications dont M. Steyert blâme l'absence ; ce que l'on conçoit moins, c'est que, dans ces 15 pages, le rigoureux critique. si impitoyable .aux inexactitudes ou omissions dont il se croit victime, ne se soit épargné, à l'endroit d'autrui ou au mien. ni les unes ni les autres (1). Elles seront, comme de juste. signalées au passage.

Il n'y a ici, pour le nom de Lyon, que deux étymologies en présence : comme je l'avais écrit dans mon Errata et comme je le prouverai dans un instant. « à défaut de Lugus, on ne peut songer qu'à Aoûyo? (corbeau). » M. Steyert s'attache à réfuter 1rs arguments. — mais pas tous, — que j'avais présentés en faveur de Lugus, et à faire valoir les raisons qui lui semblent plaider pour **Zyoç. J'ai dit que << Aa»y«s doit être définitivement élimine o; pour lui, c'est Lugus qui doit subir ce sort. Qui a raison? Faut-il traduire Lugudunon par c< forteresse du dieu Lugus », ou par c< colline des corbeaux o?

Le conflit, en apparence du moins, est entre la grammaire et l'archéologie. Rappelons d^wc le grand principe en matière d'étymologie topographique, principe absolument méconnu, dans sa partie la plus essentielle, par M. Steyert : c'est à savoir que toute étymologie de nom de lieu, comme de n'importe quel uom, doit, d'abord et avant tout, rendre compte des formes successives de ce nom. et. ensuite, résoudre les difficultés d'ordre historique qui peuvent lui être opposées. S'il y a accord entre la grammaire et l'histoire, l'étymologie est certaine;

1 II commence par affirmer catégoriquement que si j'admets l'étymologiede Lugudunum (forteresse du dieu Lugus ,c'es1 pour cette unique raison que le savant M. Holder l'a adoptée». L'autorité eût bieu suffi; mais. île fait, l'assertiou n'esl pas plus juste que courtoise. Passons.

s'il v a désaccord, elle reste douteuse. La saine philologie ne permet pas sans doute que la grammaire violente l'archéologie,mais elle ne permet pas davantage que l'archéologie viole la grammaire. Toutefois, comme l'étymologie est avant tout affaire de grammaire, entre deux étymologies également incertaines au point de vue historique, on doit accorder la préférence à celle qui répond le mieux aux lois de la langue, à plus forte raison, à celle qui y répond parfaitement. M. Steyert ne semble pas soupçonner les droits de la grammaire dans la question de Lugudunum; je lui démontrerai que je ne méconnais pas ceux de l'archéologie.

I. — Lugudunum au point de vue philologique. — La forme gauloise du nom est Lugudunon, latinisée en Lugudunum et transcrite en grec Ao»yoùht>w. Voila le point de départ, hors de toute contestation. Dans l'écriture, et des le premier siècle de notre ère, le nom se contracta, assez ordinairement, en Lugdunum et ao^^^v ; mais la forme Lugudunum persista parallèlement, surtout dans les inscriptions (1). J'ai dit : dans l'écriture; car, il est absolument certain que. dans la prononciation locale. Lugudunum se maintint jusque vers la fin du Ve siècle. A cette époque, au plus tard Yers le commencement du vu siècle, apparaît Leuduno (2), avec la chute du g, et cette chute n'a pu se produire qu'entre les deux voyelles prononcées; si le peuple avait prononcé Lugduno avant le vr siècle, le g aurait persisté plusieurs siècles de plus et le d. restant appuyé, n'aurait jamais pu disparaître à son tour : au lieu de Lyon, nous aurions aujourd'hui Loudon ou Lodon (3). C'est une loi du dialecte lyonnais aussi bien que du français.

(ti Voir le bel article de M. Holder, dans .1/7— ce Uischer Spraehschatz, sur Lugudunon, article ne comprenant pas moins de 37 colonnes, el reproduisant tous les textes anciens,— jusque vers le ixe siècle, — textes littéraires, inscriptions, légendes de monnaies où se trouve le nom de Lyon. C'est là que j'ai puisé la plupart des renseignements d'ordre phi- .< "logique utilisés dans cette discussion.

(2) Concil. Lugd. a. 516 — 23 : « in Leudunensi urbe ». — Les formes Leudimo, Leuduna sont certainement des fautes de copiste sous lesquelles transparait Leuduno ou Leudunu de l'époque mérovingienne.

(3) Généralement, le d est tombé dans les noms Lugudunum appartenant au domaine de la langue d'oïl; s'il y a des exceptions comme pour le Loudon de la Sarthe, c'est preuve que la prononciation locale avait fait la contraction avant le Ve siècle. C'est dans le domaine de la langue d'oc que se rencontre normalement Laudun et Lauzun. Montlauzun, par le changement du d intervocalique en z.

Voici les formes successives du nom de Lyon, dans la prononciation :

Lugudunon-Lugudunum, depuis l'origine jusqu'au ve-

vie siècle ;

Leuduno, à partir du ve-\T siècle;

Loudoun (1), Loudun, Ludun ou * Lodon, après la chute des finales (prob. du vme au xie-xne siècle):

* Loon — Léon (-2) — Lion (L&'«w),aprèslachutedu 0 intervocalique.

A vrai dire, dans la question qui nous occupe, il n'y a que les deux premières formes : Lugudunum et Leuduno qui nous intéressent, mais elles nous intéressent au plus liant point.

M. Steyert me met au défi de prouver que le premier // de Lugudunum était bref. Eh bien, nous en avons dans Leuduno la meilleure de toutes les preuves. Aucun romaniste ne peut admettre que la diphtongue "". produite ici par la chute du <j. puisse devenir eu. si le premier u est long; dans ce cas • •et /' se serait certainement maintenu, vraisembablement en absorbant le suivant (3). Ce n'est que Vu bref atone, comme Vo bref ou long avec lesquels il est assimilé en latin vulgaire qui. dans ces conditions, puisse devenir e. plus tard /'. à peu près comme dans : rotundus = roont, — reont — riont — rond. On sait que. dans le Lugudunum Renwrum (auj. Laon), cet /' était descendu jusqu'à a, d'où Lauduno, à côté de Leuduno, dans les monnaies mérovingiennes. Cette preuve. a elle seule, pourrait suffire.

Il y en a une autre, moins concluante, j'en conviens, mais qui a sonimportance : c'estla façon dont Lu a été transcrit, au moins une fois, en grec M. Steyert prétend que les Grecs ne pouvaient transcrire u bref ou long que par la diphtongue ou.

I M. Steyert signale Loudoun,des documents a rai tes, lors de l'invasion des Sarrazins 731-2, Hist. de Lyon U, 86. Loudoun, Loudun, Ludun avaienl déjà été signalés, d'après les mêmes documents. Loudoun est la transcription arabede Loudun Ludun avant la nasalisation en on.

(2 M. Steyert indique la forme Le/nn = Léon) pour l'année 1195 Hist. Je L.. II. 366 . trouvée dans un acte de Henri VI,analysé sans référence. — - Loon nVsI qu'une forme postulée, intermédiaire logique entre Loudoun-Lodon <■! Léon; elleanu n'avoir qu'une existence des plus éphémères, i'-. dans cette position, ayant dû vite s'atténuer en e.

Linsi Le verbe mugulare cf. Korting, Lai.— rom. whrt., s. v.) qui avait 1.- premier /' long, a donne rnulà en dauphinois, après avoir passé nécessairement par mu(g)ulare, sans quoi le mol serait aujourd'hui mugyà (cf. misculare = mékyâ).

( l'est une erreur. ( )ui. ils transcrivent toujours Vu long par »« .mais il n'en est pas de même de Vu bref, latin ou africain, quoique la prononciation en fût ou. C'est que la diphtongue ou étant longue en grec, si cette notation était exacte au point de vue phonique, elle faussait la valeur prosodique de u. Sans doute la notation de u bref par tu est la notation régulière, niais les Grecs emploient aussi, par préoccupation de la quantité, o et même u (1). Par exemple. Numci est transcrit n. -.■«*? et yio-iùr, Romulus, p«*^/a«; ; Tullus, tôxxx ; Jubci, 'uSuç. Or, IV bref gaulois, ayant la même prononciation que Tw latin ou africain — ce dont personne ne doute, que je sache, — devait évidemment être sujet a cette hésitation dans la graphie. Justement, nous trouvons, dans une inscription du temps i\c Marc-Aurèle, la graphie A»y^»M» (2) : indice précieux de la quantité di1 Lu de Lugdunum (3).

Sur de son fait, M. Steyert écrit triomphalement : o Je me demande d'après quelle règle, quel exemple, le dictionnaire aurait pu se déterminer. Luguclunum n'ayant jaunis figuré dans les vers d'aucun poète latin, o M. Holder nous apprend au contraire que le meilleur des manuscrits de Juvénal, le Pithœanus ( 1). conservé à l'école de Médecine de Montpellier. écrit ainsi le fameux vers qui concerne l'autel de Lyon :

Aut Luguclunensem rhetor dicturus ad ararn {Sot. I. 44).

1 cf. ëdon, Ecriture et prononciation du latin, p. 23.

3 M. Steyert, après la Leçon de prosodie qu'il m'a donnée (p. 70 . à propos du nom &! Ammatiacus dérivé d'Amatius, n'admettra pas la quantité de Lugd. It en est toujours à croire avec les vieux traités de prosodie, que rallongement dit par position (voyelle suivie de deux consonnes) affecte la voyelle. Les travaux de MM. Tliurot, Gorssen, Havet, Fôrster, etc., ont démontré, jusqu'à l'évidence, que la position ae modifie que la syllabe, et pas la voyelle: dans noctem, par exemple, la voyelle o reste brève en elle-même, c'esl la syllabe noc-tem qui est prosodiquement longue. Sans cela, L'o de noctem ne se serait jamais diphtongue pour produire nuoit-nuit. Donc, dans Lugd,la voyelle reste brève en dépit de la position, si elle l'est de nalure, tout comme dans Amm : ce sont les syllabes Lug-d,Am-m quisont longues par position.— 11 serait prudent de s'informer avant d'essayer d'en remontrer à des gens qui sont quelque peu du métier.

(4) On sait que le manuscrit de Pithou esl actuellement le seul représentant de la première classe des manuscrits de Juvénal ; tous les autres les codices détériores, sont delà deuxième classe. Ce manuscrit étant du IXe siècle, il est bien vraisemblable qu'il reproduit la leçon du prototype; un scribe n'aurait pas imaginé un Lugudiinensis à cette date.

Que M. Steyert scande ce vers, il verra si Lu est bref ou long.

Dune Lugudunum avait le premier u bref . Cette quantité. dûment constatée, écarte toute étymologie faisant intervenir un u long : lux, lucis, la première étymologie de M. Allmer et pour laquelle Clair Tisseur avait des préférences (1): Lucius, étymologie qu'un journal de Paris a récemment rééditée (2) : sans compter qu'avec ces aoms pris pour base, le g de Lug est inexplicable. Par la présence du g est également éliminée l 'étymologie qui a obtenu un certain succès, il y a quelque quinze ans, et qui rattachait Lyon à loch, loue' h, marais; la comparaison des langues uéo-celtiques oblige à donnera ces noms pour type gaulois locus, le correspondant du lacus latin (3); dès lors, la ville de Lyon n'aurait pu s'appeler, en vieux gaulois, que Locodumm.

Est-ce que cette quantité indiscutable de Lu doit faire écarter aussi le nom. a supposer qu'il ait jamais existo. do xoZyos ? J'avais attaché trop d'importance, non pas à la quantité de Lu dans Lugudunum, comme on vient de le voir, mais à la quantité de lugos, type gaulois de x»vyos. Ce qui m'avait porté à y voir un u long, c'est que n long tonique est invariablement noté, dans la transcription grecque des paroxytons latins par oZ (b?oZtoç, àpooros), tandis qu'on trouve des noms latins en u bref transcrits par o-J ou par û (Lupus-Aoixo; , consulis-zenvoxoç) (4). Mais depuis j'ai constaté que Strabon transcrit le nom du Doubs. Dabi s. par a.^<?. Je reconnais donc franchement qu'on doit considérer la quantité de l'hypothétique lugos comme indéterminable (5); et. sans votre aucunement obligé par l'argumentation de M. Steyert qui ne roule que sur la prétendue impossibilité de rendre u bref en grec autrement que par ou, j'abandonne cet argument. Quoique je me fusse aperçu de la fragilité de l'argument bien avant l'apparition du volume de M. Steyert. je reconnais très volontiers qu'il a eu le mérite d'attirer à nouveau mon attention sur la

1 Dans cette hypothèse h> nom aurait été Lucidunon.

2 Le Petit Journal, cité par le Salut Public du 31 oet. L899. Dans cette hypothèse, Le nom aurait été Luciodunum, comme dans Serviodurum deServius ,Flaviobriga de Flavius), Juliobriga de Julius), etc.

3 Cf. Holder, s. y. — M. À. Vachez avait justement combattu cette étymologie, en s'appuyant sur la différence phonétique de louçh et de lug, mais principalement sur des raisons d'ordre topographique [R. du L., 5 série, t. 1 L886 , p. 14).

I Edon, op. c, p. 29.

5 II n'en est pas ainsi de Lu g us : les formes irl. Lug, yen. Loga répondent à un u bref cf. irl. Oub et dobor dugaul. duoos el dubron.

question des transcriptions grecques: L'étude minutieuse que j'en ai faite m'a servi déjà et me servira encore à éclaircir dos points très importants dans la présente discussion. D'ailleurs, si je renonce à l'argument tiré de la quantité de lugos, le sacrifice est léger et l'on verra que je n'en ai pas de plus grave à faire, à l'heure actuelle du moins, en attendant de plus sérieuses objections, dans toute ma brochure.

En revanche, la déclinaison du mot fera ce que ne peut faire sa quantité indéterminée: elle prouvera que xoZ7o? aurait donné Lugo-dunum et était radicalement incapable de donner Lugu-dunum. Je suis surpris que M. Steyert. si soucieux d'exactitude, ne discute pas cette question de déclinaison, que j'avais pourtant soulevée, dans mon Errata, avec la question de quantité (1). Autre motif de surprise : M. d'Arbois de Jubainville avait déjà tout au moins esquissé cette preuve dans la Revue du Lyonnais (2); M. Steyert l'a-t-il oubliée ou dédaignée comme une « chinoiserie » '.

M. d'Arbois de Jubainville a posé le principe que « le gaulois sous sa forme la plus ancienne conserve intacte la voyelle finale du premier terme des composés >> et qu'en conséquence « les composés dont le premier terme se termine en n » supposent pour ce terme « une déclinaison analogue à celle du latin manus », tandis que les composés dont le premier terme est en o, supposent un mot de la deuxième déclinaisnn. correspondant à la deuxième déclinaison du grec ot du latin. Commeexemple.il cite, pour le premier cas. Bitu-riges, « rois tlu monde ». Litu-genus, « fils de la fête » : et pour le second, le nom du chef gaulois Camulo-genus. 11 aurait pu, s'il l'ouï jugé nécessaire, en citer bien davantage. Prenons d'abord quelques noms à thème en /'. et voyons comment ils se comportent en composition. Catu-s, combat, donne Catu-gnatos, accoutumé au combat : Catu-mandus, qui songe au combat : Catu-marus, grand dans le combat: et d'autres composés encore, toujours avec Vu du thème, ('in tus. premier, a produit Cintu-genus, Cintu-gnatus, premier-né: Vidu-s, forêl : Viducasses, hommes supérieurs de la foret: le dieu Esus: Esugenus, fils d'Esus. Esu-mugus, puissant comme Esus. Esu-

1 Je ne puis considérer comme une discussion la simple affirmation que, dans Lugudunum, Lugodunum el Lugidunum, il n'y a qu'une question d'orthographe. J'y arriverai dans un instant. (2) 5e série, t. III 1887), p. 109.

22 ETYMOLOGIES LYOxNNAISES

nertus, fort comme Esus. Ainsi en est-il, peut-on le dire hardiraentjde tous les uoms composés avec un nom de la quatrième déclinaison gauloise : tous gardent, dans la période la plus ancienne, Vu du Ihème (1). En grec, cet u se traduit régulièrement on ou, piT:»ptyis (Strabon, Ptolémée), K«wy?*r*« (Dion), K.*Toofly»t (Ptol.) et, exceptionnellement en o, suivant ce qui a été dit de la transcription de m bref en grec, dans k :=<>><? (Strab.). Faisons la contre-épreuve : comment se présentent en composition les noms de la deuxième déclinaison? Ils gardent invariablement la voyelle thématique o : Caballo-duniim, Camulo-dunum, Divo-dunum, Eburo-dunum, etc. C'était si bien la règle queles noms romains de la deuxième déclinaison prennent ce thème en o, contrairement à la règle latine d'alors. (2) en s' unissant à un nom gaulois : Augusto-bona, Augustcr (I m in m. A ugustowemetum; même celui de Caesar, quoique de la troisième déclinaison, rentre dans cette catégorie si nombreuse, par voie d'assimilation, sans doute à cause du nom gaulois Caesarus : Caesaro-magus, Caesaro-dunum. S'il y a quelques rares exceptions à la règle, elles n'appartiennent pas à la période la plus ancienne, antérieure à l'ère chrétienne; par exemple, la forme A ugustudunum, pour le nom d'Autun, n'apparaît pas avant Ammien Marcellin, et ce n'est plus qu'une orthographe fautive n'ayant rien à faire avec la question de l'orthographe ancienne du mot. Eh bien. est-ce que les Grecs, en transcrivant ces noms dont le thème est en o, auront jamais l'idée de le représenter par w \ Non. jamais, a ma connaissance; toujours ils reproduisent Va

gauloiS : ktyooTiôZivx (Ptol.). AÙyojrro^îy.i (i(L). \-jyo-jTTcd wo> (Ptol. et Zosime), kùyovfftov'ip;™ (Ptol.). etc.

La conclusion s'impose : si Lyon se dit toujours Lugudu- ,/ii/n. — en dehors du cas de contraction. — et s'il se traduit en gi'ec par A;y/^^yy0v. nous pouvons dire avec certitude que le nom qui entre dans sa composition était un nom de la quatrième et non pas de la deuxième déclinaison. A lire cette phrase de M. Steyert : << Nous avons pour ce fameux mot non pas une mais trois orthographes différentes : Lugudu- ,ii(ni pour le Montcorbeau (!) i\c* Ségusiaves, Lugodwnum

1 Ce n'est que sous L'Empire que <•»•! n est remplacé parfois par o. Un nom semble faire exception : Peirucorii, Petrocorii c\w/. Gésar.Mais \r texte de César, établi sur desmss. donl le plus ancien esl du ix s., ne peul avoir l'autorité des Inscriptions qui, toutes, on1 Petrucorii.

2 Quelques excepl ions, comme vicomagfster : la règle était f : cœlicola.

pour celui des Bataves. Lugidunum pour celui de Germanie » on dirait vraiment que ces trois orthographes se présentent toutes en latin, dans les mémos conditions de fréquence et pour des noms de même étymologie. Ne parlons pas d'insinuation, comme il t'ait si aisément pour autrui. 11 faut éliminer le A.yy/JV-^y de Ptolémée, aujourd'hui Olden - Lùgde en Allemagne ; ce nom. d'étymologie inexpliquée et qui ne se trouve pas écrit en latin, n'a. très vraisemblablement, rien à faire ici ; M. Holder s'est bien gardé de l'inscrire dans sa liste des Lugudunum. Restent donc Lugudunum et Lugodunum : quelle est la bonne orthographe, demande M. Steyert \ Je réponds : à l'époque ancienne, la première est la seule correcte en latin. Car, ce que ne dit pas M. Steyert, ce n'est point en latin que se présente Lugodunum : jamais cette forme n'y a été signalée ; c'est en grec. Aovyoïoomt, chez Ptolémée. et cela une seule fois. Or. comme il a été prouvé plus ha,ul,Lugudunum pouvait fort bien, le seconde étant incontestablement bref (1), se traduire en Aovyôhwov. En regard de cette forme unique, nous avons le nom de Lyon 90 fois sous la forme Lugu-dunum et doux fois sous la forme .w.>y^-^y3v. et jamais sous les formes en Lugo -ou Aovyo-. Si l'on songe que la forme en Lugu - est particulièrement fréquente dans nos inscriptions locales, et que l'une dos deux formes en Aouyou- se trouve précisément dans l'inscription bilingue de Genay (Ain), peut-on hésiter un instant à dire que le nom de Lyon tel que le prononçaient et l'écrivaient les habitants mêmes de notre ville, réclame pour premier terme un nom de la déclinaison en " .' On ne saurait trop le répéter en face de certains partis pris : toute étymologie de Lugudunum Aouyoûfootoi qui ne s'appuie pas sur un nom de la quatrième déclinaison gauloise est une étymologie linguistiquement inadmissible. C'est dire que *^Vo;, son existence fût-elle démontrée, ne saurait être ce nom. puisqu'il est de la deuxième déclinaison. Où se trouve clone ce nom de la quatrième déclinaison qu'on

(1) Comme dans tous les composés avec thème en // : Cf. Lucain, I, t23 : « EtBituriœ longisque (ères Suessones in armis »; de même si Vu de Cet/', -nies n'avait pas été bref, il n'aurait pu aboutir en passant par Catoricas (Itin. Hier.) au nom actuel de Chorges. 11 en est d'ailleurs ainsi des thèmes en u du latin : cornucopia Piaule1, manubrium (Piaule , manufestus,anucella. Si manumittere semble faire exception, c'est qu'il y a là une juxtaposition syntactique, au lieu d'une vraie composition; on a commencé par dire manu mittere.

peut mettre à la base de Lugudunum '. Les inscriptions ont révélé l'existence, en pays celtique, des Lugoves (1). nom pluriel de divinité dont le singulier est nécessairement Lugus. Ne retenons, pour le moment, que ce fait qu'il y a là un nom incontestablement de la quatrième déclinaison, comme le Toutius de la pierre de Vaison(en grec Twmwi) et le Taranus de l'inscription d'Orgon (2). Puisque c'est le seul nom en us, actuellement connu dans le celtique, qui puisse expliquer grammaticalement les formes Lugudunum Aovyoufovvor, renoncer à expliquer Lugudunum par « forteresse de Lugus », ce serait reconnaître que le nom de Lyon est inexplicable.

M. d'Arbois de Jubainville qui a eu l'honneur de proposer la nouvelle interprétation, l'a corroborée, abstraction faite pour le moment des considérations historiques, par une très importante observation grammaticale : c'est que Lugus, en expliquant Lugudunum, fournit aussi une explication 1res plausible de nombre de noms composés ou dérivés qui. en dehors de Lugus, paraissaient totalement indéchiffrables. Tels sont : le composé Luguselva, surnom de femme, que M. d'Arbois de Jubainville explique par « propriété, possession de Lugus », et le dérivé Luguadicus (joindre : Lùgudex, Lugudius, Lug(u) brus), ou il est si naturel, quand même le sens de tous ces suffixes n'a pas encore été précisé, de voir des noms dérivés d'un nom divin, comme il y en a tant en Gaule, en Grèce et à Rome (3). Ajoutons-y. avec M. Holder. le composé Lugurvallium (auj. Carlisle). « rempart, boulevard du dieu Lugus ». Est-ce que la b&seLugus ne s'impose pas à qui veut rendre compte de ces différents noms ? Si l'on interprète Lugudunum para colline. — on devrait dire forteresse (4), — des corbeaux ». ne se condamne-t-on pas logiquement à interpréter Luguselva par « propriété du corbeau », Luguvallium

(1) Et non pas Lugones, comme M. Steyert l'imprime dans ses Corrections (p. II.). L'erreur est grave surtout dans des Corrections'. Il est clair que de Lugones ne sortira jamais Lugus.

(2 Tapanoou[i] = Taranovi, au datif.— Le génitif de ces noms en us est * ouos-ovos, comme l'ancien génitif latin manuis-manus, senatuos-senatus ; au pluriel, Lugoves répond au latin manues-manus.

Revue du Lyonnais, 5' série, t. V. (1888), p. 145. (4» Le sens gaulois du mot dunon esl celui de forteresse; ce n'est que plus tard, quoi qu'en pense M. Steyert. qu'il a pris le sens de colline (forteresse naturelle

par « rempart du corbeau ".et les noms d'hommes Luguadicus, etc., comme des dérivés de A«y« (corbeau) ? Il serait bien étrange que A*5y«*, toujours en admettant son authenticité établie, eût en une aussi belle lignée philologique, sans compter qu'il n'aurait pu, a l'époque ancienne, s'infléchir en u. De bonne foi. quelle est. des deux interprétations, la plus naturelle et la plus vraisemblable? J'avais indiqué, sans pouvoir la développer, cette preuve tirée des noms composés et dérivés en Lugu -. à l'appui de Lugus : M. Steyert, malgré son désir sincère d'éplucher chaque syllabe de ma démonstration, l'a complètement passée sous silence. J'espère que les « lecteurs impartiaux >> y attacheront plus d'importance que lui.

Concluons cette aride démonstration grammaticale. Les fermes anciennes du nom de Lyon sent incompatibles avec le prétendu a.;*/;? pris pour base; elles réclament nécessairement un nom à thème en //. c'est-à-dire de la quatrième déclinaison. Les inscriptions nous fournissent justement, dans le nom des Lugoves, le nom de Lugus qui répond, de tout point, aux conditions phonétiques de Lugudunum, et qui. du même coup. explique un certain nombre de noms composés et dérivés a base phonétiquement identique. En faut-il davantage pour affirmer que l'étymologie qui dérive le nom de Lyon du nom de Lugus est grammaticalement incontestable? Elle remplit donc bien la première condition de toute étymologie. Voyons si elle remplit suffisamment la seconde.

IL LUGUDUNUM AU POINT DE VIT: ARCHÉOLOGIQUE. — Ici la

question se présenti1 sous une double face : il faut examiner les titres respectifs du dieu Lugus et du *>Zy*ç de Clitophon a ce qu'on peut appeler l'existence historique.

1° Lugus. — Y a-t-il eu vraiment un dieu Lugus, commun a la grande famille celtique, son dieu principal, identifié après la conquête avec le Mercure romain? M. d'Arbois de Jubainville. par la comparaison des inscriptions de l'époque galloromaine, des mythologies gauloise et romaine et des légendeirlandaises, est arrivé a conclure qu'il a existé dans le monde celtique un dieu Lugus. reconnaissable dans les J.x</<>res. répondant au Mercure que César attribue aux Gaulois comme leur dieu principal, et survivant, après des modifications qui ont laissé subsister ses traits originels, dans le Lug <}t"> légendes irlandaises. Cette conclusion comprend deux points

essentiels : l'existence d'un dieu Lugus, et son identité avec le Mercure gaulois. J'avais écrit dans le texte de ma conférence : « < In peut dire que la publication du dictionnaire de M. Holder tranche la question dans le sons do M. d'Arboisde Jubainville. qui l'explique (l'étymologie de Lyon) par la a forteresse du dieu Lugus (un nom du Mercure gaulois, dieu des arts et du commerce). >> Pour éviter toute équivoque, j'ai ajouté, dans une note rectificative, que « la première question seulement me semble tranchée, dans l'état actuel des connaissances celtiques. . . », c< quant à l'identité de Lugus et de Mercure, elle paraîl assez vraisemblable, mais non encore démontrée. >> Quelque idée qu'on se fasse su1, les relations de Lugus et de Mercure, il n'en est pas moins vrai qu'il existe un nom de divinité Lugovesau pluriel et de la quatrième déclinaison, que ce m un suppose nécessairement un singulier, quelque sens qu'on lui donne, suit, avec M. d'Arbois de Jubainville. celui de diou «pluralisé », à cause delà multiplicité de ses attributions: soit même avec le regretté M. Allmer. celui de divinités féminines analogues aux Maires et Matronae ; Lugoves doit correspondre à un singulier Lugus, comme Junones à Juno, Matres a Mater (1). Lares à Lar (exemple : le Lar famïliaris de Plaute). Cela suffit pour établir l'existence certaine d'une divinité Lugus, « plural isée » ou « groupée » ; et dés lors, la base historique ne fait pas défaut à l'étymologie de Lugudunum.

A la rigueur, je pourrais m'en tenir la. laissant aux maîtres de la science celtique le soin d'identifier cette divinité avec n'importe quelle divinité du Panthéon celtique. Mais, ayant dit que l'identification proposée par M. d'Arbois de Jubainville paraissait assez vraisemblable, je dois répondre aux objections, anciennes en nouvelles, produites par M. Steyert contre cette thèse. Il m'oppose les idées de M. Allmer sur le dieu irlandais Lug (Corrections, p. II). Personne n'admire plus que moi l'émment épigraphiste qu'était M. Allmer. sa belle carrière de savant et les grands services qu'il a rendus a la science épigraphique, comme à l'histoire de nos antiquités viennoises et lyonnaises : mais, je ne crois pas manquer au respect dû à la mémoire d'un homme mort d'hier, en disant.

il in»' inscription, mutilée il esl vrai, débute ainsi: Deae matri...* ce qui permel il y voir une dédicace à - une déesse mère citée par M Holder, s. \ . Matra .

— puisque M. Steyert m'y oblige, — que. dans les questions celtiques ou même simplement connexesà la science celtique, son autorité ne saurait prévaloir sur celle dos spécialistes ou la matière. Sa vraie gloire à lui est dans l'épigraphie qui fut son terrain propre et qu'il sut exploiter avec une rare maîtrise. Je crois inutile de rappeler la polémique qu'il engagea, on 1886, avec M. d'Arbois de Jubainville, sur cette question de Lugus-Mercure ; jeveux m'en tenir au strict nécessaire, c'est-àdire à son dernier article sur Lu g (1), que M. Steyert recommande à ma particulière attention. Ehbien.il ne me parait pas que cet article ait donné dos résultats bien décisifs, comme le pense M. Steyert, contre les idées de M. d'Arbois de Jubainville. Il suffit d'observer que M. Allmer. après avoir donné au dieu irlandais le nom de Lok (2), en le rapprochant — avec un peut-être, il est vrai — du Loki de la Scandinavie et de l'Islande, le trouve bien o grossier » pour être le continuateur d'un grand dieu tel que Mercure. N'est-ce pas méconnaître ce grand principe que, en matière mythologique, il faut tenir grand compte dos déformations que le temps, surtout sous l'influence d'idées religieuses totalement différentes, l'ai! subir au concept d'une divinité ancienne l Cette façon de raisonner effleure à peine l'argumentation de M. d'Arbois de Jubainville. Peu importe que le Lug irlandais soit un Mercure plus ou moins abâtardi: l'essentiel, c'est qu'il garde encore, en dépit des superfétations légendaires, les traits caractéristiques de Mercure. C'est l'opinion de l'émiuent cellisant. et. sans lui attribuer d'autre valeur que celle d'une opinion, je me permets de la préférer à l'opinion de M. Allmer sur l'origine purement irlandaise ou peut-être Scandinave du mythe de Lug-Lok. M. Steyert avait sans doute écrit sa page sur Mercure avant la publication de l'article de M. Allmer. car il parle encore d' « un grand dieu bug. inventeur des sciences et dos arts, tel qu'était celui des Irlandais »; et il se trouve que la théorie de M. Allmer sur Lok-Lug l'atteint aussi bien que les partisans de Lugus- Mercure.

11 n'y a. dit M. Steyert. — d'accord ici avec M. Allmer. — « aucun monument écrit ni figuré » qui favorise cette identi-

I Rev. epigr., n 93, |>. 25.

^ M. Holder, si attentif à relever les formes néo-celtiques dos noms anciens, ne signale pas cette forme.

28 ÉTYM0L0G1ES LYONNAISES

fication. Aucun monument écrit? C'est ce qui est précisément en question, puisqu'il s'agit de savoir si les Lugoves ne sont pas le pluriel de Lugus. Aucun monument figuré? Peut-être: toutefois, le Mercure à deux têtes du Louvre ne pourrait-il pus être invoqué à l'appui de Lugus « pluralisé »? (1) Quoi qu'il en soit, si par monument écrit on ne veut entendre que les inscriptions ou textes anciens, on méconnaît les services très réels que la littérature irlandaise peut rendre et a rendus à l'étude de la mythologie gauloise. N'est-ce pas là que M. d'Arbois de Jubain ville a pu reconnaître, sous les noms d'Ogma, de Nuadu, de Cumall et de Brigit, les dieux Ogmios, IVodons, Camulos et la déesse Brigantia fou Brigindu, de l'inscription gauloise de Volnay)? Sans aller jusqu'à prétendre que Lugus soit aussi clairement attesté par les Lugoves des inscriptions qu'Ogmios l'est par Lucien, et les autres par les inscriptions, il l'est suffisamment pour qu'on puisse, avec assez de vraisemblance, l'assimiler au Lug irlandais, et. par celui-là. au Mercure gaulois.

M. Steyert croif bien donner le dernier coup au Lugus- Mercure, en déclarant qu' « on constate » et en cherchant à démontrer que « le Mercure gaulois portait un nom spécial bien connu et qui n'a aucune analogie avec celui de Lug ». Cette affirmation m'a tout d'abord laissé rêveur. Comment : -< On constate que le Mercure gaulois portait un nom bien connu ». et ni M. d'Arbois de Jubainville. ni les éminents celtisants qui ont spécialement étudié la religion gauloise ne s'en étaient avisés! Ma surprise n'a pas diminué, bien au contraire, quand j'ai vu de quelle façon M. Steyert établissait sa démonstration, consistant à idendifier Mercure avec Teutatos. Non pas que l'identification elle-même soit chose bien nouvelle ou totalement démodée, en dehors, du moins, des spécialistes: un obscur scoliaste de Juvénal. probablement Vacca, au vr siècle, l'avait déjà proposée; peut-otre aussi était-elle dans la pensée de Minucius Félix et de Tertullien, quand ils reprochaient aux Gaulois d'avoir immolé des victimes humaines a Mercure (-2). Ce n'est pas toutefois au douteux témoi-

1 Cf. Monceaux. Le grand temple du Puy-de-Dôme, etc.. dans Revue /i>st.. XXXV. p. 256.

2 Pareille constatai ion est faite par Tacite pour le Mercure des Ger-

gnage d'un scoliaste si éloigné déjà de l'antiquité classique et qui d'ailleurs se contredit, ni aux vagues indications fournies par les Pères, que se réfore M. Steyert : il ne les cite pas. Il procède par voie de conjecture, et la conjecture, ici du

moins, se change vite pour lui en certitude : « Il est donc certain que . . . »

Voyons donc sommairement quelle idée se fait M. Steyert de la mythologie gauloise. D'après lui. 1° les Gaulois avaient « une trinité de trois grands dieux supérieurs >>. c'est à savoir : Tentâtes pour les enfers. Esus pour la terre. Taranis pour le ciel; correspondant aux trois Jupiter (?) des Grecs » ; •2" Esus, sous la domination romaine, devint le dieu Silvain. tandis que Taranis, dieu du tonnerre, était toujours le Jupiter du ciel ; 3° quant à Teutatès. M. Steyert. après avoir vu dans son nom « les noms juxtaposés de Teut, le Thot égyptien, et d'Adès ou la Mort », arrive, après une série d'équations, et après comparaison avec le Tuiston des Germains, à l'identifier avec Mercure ; ce qui donne une conclusion finale qu'on peut traduire par cette équation : Mercure = Tout -h Adès ! « On peut donc affirmer, dit-il. que Mercure, chez les Gaulois continentaux, se nommait Teut (!) et non pas Lug et que cette divinité avait été importée d'Orient et ne leur venait pas d'Irlande. »

M. Steyert n'a pas pris soin de se renseigner, avant de parler des dieux gaulois, auprès des maîtres 1rs plus autorisés en la matière. Ces maîtres, en effet, enseignent aujourd'hui (1) que les « grands dieux supérieurs » des Gaulois no sont autres que ceux-là mêmes qu'a mentionnés César, en leur donnant des noms romains et dont les noms gaulois ne peuvent être connus avec « certitude » : Mercure. Apollon. Mars. Jupiter et Minerve; que les trois dieux Teutatès. Esus et Taranis, connus par Lucain et par quelques inscriptions, composent la triade des dieux sanguinaires, dieux de l'ignorance, de la

mains l Germ. 9); M. Steyert y verra peut-être un nouvel argument pour l'identification du Mercure germanique avec leur Tuiston.

1 In important article de M. G. Dottin, La religion des Gaulois, à propos du récent ouvrage de M. Alex. Bertrand publié s«»us le même titre (1897), résume fort bien l'état actuel de La science dans cette question de l'ancienne religion celtique i Revue de l'histoire des rein/ions. t. XXXVIII 1898), p. L36). — Sur la triade des dieux sanguinaires, voir Rev. Arch., n. s. XLIII, 321 ; 3e s., IV, 299. Taranis n'a de commun avec Jupiter que i'attribul delà foudre.

iiiiirt et de la nuit : qu'Esus n'a jamaisété identifié avec Silvain, rôle rempli par le dieu gaulois Sinquatus : et qu'enfin, si Tentâtes a été identifié par les Gallo-Romaius avec un dieu latin. ce n'est pas avec Mercure, mais avec Mars: Marti Toutati ( ;. I. L.. VIL 84); Marti Latobio Harmogio Toutati db.. III, :>.:rjo). Surtout les philologues celtisants enseignent que Teutatès (plus tard Toutatès), est un nom qui n'a rien à faire avec le singulier Teut-\-Adès, mais dérive simplement de Tenta. i« cité " et signifie « dieu de la cité, dieu national ». Ainsi ^écroule, avec ce bel échafaudage d'équations mythologiques, la prétention d'identifier Mercure avec Teut, ou Teutatès, qui non serait que la réduplication hétéroclite, on. comme dit M. Steyert. >< Teut traduit et complété par le mot grec Adès ». Si la théorie do Teut -\- Adès ne peut pas nous apprendre grandchose sur la religion gauloise, elle est très instructive pour qui veut se faire une idée de la méthode étymologique de M. Steyert.

Allons, on peut continuel' a identifier Lugus avec Mercure: c'est encore plus sur. quoique. — ainsi que je l'ai écrit.— c< non .■ncore démontré ».

En somme, au point de vue archéologique, on est eu droit de conclure : 1° qu'il a existé une divinité du nom de Lugus, : 'testée parle pluriel Lugoves, quelle que soit cette divinité: 2° qu'il reste assez vraisemblable que ce Lugus, continué parle Lug irlandais, n'est autre1 que le Mercure gaulois.

•2" Ao~j/6s . — lia été prouvé plus haut que. grammaticalement. *oZycç ne peut être la hase de Lugu-dunum : c'est le moment d'examiner ave.- soin si même ce mot a jamais existé.

Il n'est attesté qu'une fois par le Pseudo-Plutarque qui l'attribue à Glitophon : n'ayant pas mentionné le nom de Clitophon. je me trouve accusé d'avoir « joué de l'équivoque » pour • chercher à influencer le lecteur en lui laissant supposer qu'il s'agit d'un écrivain apocryphe ». Il n'y a point d'équivoque du tout, loZyos n'ayant pas. a mes yeux, d'autre garant assure que le Pseudo-Plutarque : eût-il même Glitophon pour premier garant, que cela ne suffirait pas a l'authentiquer. Voyons donc le cas qu'il faut faire de cet écrivain que M. Steyert décora jadis du titre de o premier historien de Lyon » (1). et qui n'a

1 Revue du Lyonnais, 5 série, II. p. 109.

rien perdu dans son estime, malgré ce qui a été écril en sons

contraire.

D'après M. Steyert. Glitophon était : 1 un Rhodien, vivant avant la conquête de la Gaule ; 2° un o historien sérieux » qui >> avait écrit des ouvrages estimés. entre autres. une- histoirede la Gaule et un traité de la fondation des villes o : 3° un auteur tenu « en estime » par les anciens, et auquel « Plu tarque, dans ses Parallèles, ouvrage qui ne lui est pas conteste, a fait des emprunts » ; 4° enfin, un historien qui. ayant écrit l'histoire de la Gaule, lui Rhodien, « sans doute, selon l'habitude des historiens d'alors, était venu la visiter, d'autant plus vraisemblablement qu'il 3r avait des colonies rhodiennes sur nos côtes.

Si l'on concède toutes ces propositions à M. Steyert. avec La certitude ou le degré de vraisemblance qu'il leur attribue respectivement, il en résultera bien qu'un écrivain si sérieux et si bien informé n'aura employé a^? qu'à bon escient et traduit Lugdunum que comme le faisaient les Gaulois. Le malheur est qu'il ne me semble pas possible de concéder à M. Steyert autre chose que son ptnmo. Tout le certain se borne à cela. Glitophon était-il un historien proprement dit. ayant composé. entre autres ouvrages, une histoire de laGaule et un traité de la fondation i\q^ villes ] ( le n'est guère probable. Les titres donnés aux trois ouvrages qui lui sont attribués par le ouïes Pseudo-Plutarque sont rk 'i^V.'. ™ r*A*r<«i, k-Uus, tous titres qui peuvent fort bien n'indiquer que des recueils, comme il y en a tant chez les Alexandrins, de menus faits relatifs aux choses de l'Inde, de la Gaule et aux fondations des villes (i).

L'examen attentif des citations qu'eu ont faites le ou les Pseudo-Plutarque corrobore cette manière' de voir. Car. il ne faut pas oublier que. de ce prétendu « historien sérieux », il ne nous reste que quatre fragments du moins a lui attribués, trois par l'auteur du de Fluviis et un par l'auteur des Parallela minora. Ajoutons que trois de ces fragments se retrouvent chez deux compilateurs, mais assez probablablement d'après les deux ouvrages qui précèdent (-2). Que valent ces fragments ?

il) G'esl L'opinion de mon savant coUègue, M. 1*' chanoine Gonnet, qui m'a fort utilement aidé, dans ces recherches spéciales, de sa grande érudition d'helléniste.

2 Deux chez Stobée; le premier (Floril., G, 20) esl relatif à la plante karpykè; identique départ et d'autre. Le second /'/;., X, 71] est l'épisode de la jeune tille d'Ephèse, plus développé que dans le Pseudo-Plutarque

I >n connaît assez la Légende de la fondation de Lyon (1) ; simple légende et rien de plus. Ailleurs à propos du Tmolus (2), il s'agit d'une pierre rare, changeant de couleur quatre fois par jour et dont la seule vue produit sur les jeunes tilles des miracles de protection. Dans le troisième passage du île FluviisiS)^ c'est une herbe appelée karpykè, semblable a la bug lusse, excellent remède contre la jaunisse, si elle est administrée avec de l'eau tiède. Enfin dans les Parallela minora (4), c'est une anecdote relative au siège d'Ephèse par Brennus. et ou l'on voit une jeune fille qui. ayant promis au roi des Gaulois de lui livrer la ville pour des parures de femme, meurt ensevelie sousles bijoux donl les soldats de Brennus l'écrasent. Remarquons, en passant, que cette dernière anecdote, donnée par l'auteur des Parallela comme extraitedes Galatica, est particulièrement significative : elle vise les Gaulois, envahisseur- de l'Asie, ancêtres des Galates. Est-il à présumer qu'elle appartienne à une large histoire de la Gaule, comprenant l'histoire des Gaulois deGauleet d'Asie? Il s'agit, vraisemblablement, d'un recueil d'anecdotes gauloises ou galates. De bonne foi, ces citations, à elles seules, prouvent-elles que nous ayons affaire a un c< historien sérieux »? D'autre part, ces rares citations n'établissent pas que Clilo u fût tenu c< en estime » par les anciens. Je ne conclus rien du silence de César à son endroit, quoique César cite un autre Alexandrin, Eratosthène. Mais comment se fait-il qu'un érudit tel que Strabon, qui semble avoir lu tout ce qui avait été écrit dans le monde grec sur les questions intéressant la Géographie, ne prononce jamais le nom «lu c< sérieux» Clitophon \ (5) Resterait bien Plutarque, s'il était certain qu'il fût l'auteur des Parallela minora. M. Steyert nous dit que • < Plutarque. dans ses Parallèles, ouvrage qui ne lui est pas contesté, a fait des emprunts » a Clitophon. En admettant que Plutarque soit bien

•des différences assez notables; mais L'ouvrage de Clitophon indiqué comme source ne correspond, ni pour le titre o-oj :iraÀfxov> ni pour le numéro du livre iK TOz .:' . avec celui qui est cité par le Pseudo- Plutarque ••. -:utZ rvA«irfxài . Ils ne peuvent être considérés comme reproduisant tous deux le texte de Clitophon ; comme Stobée se trompe sur le litre de l'ouvrage, on est porté à croire qu'il reproduit de mémoire [e texte du Pseudo-Plutarque. Le 3e, concernant la pierre du Tmolus, est à moitié dans les Aristot Mirab. éd. West. c. 174 . Je ne parle pas d'un 5e fragmenl Schol. Venet. II, p. 4u4>, L'attribution à Clitophon eu étant contestée.

1 De Fluv., 6. — 2 ///.T.— 3 >'//. 25.— 4 Par. min., 30. — (5) Pline ne le cite pas qod plus parmi Les 327 auteurs étrangers qu'il a consultes.

l'auteur dos Parallela minora, on voit que ces emprunts — au pluriel — se réduisent à un. Je ne veux prêter à M. Steyert aucune insinuation. Je no 1 "accu serai pas non plus de « jouer de l'équivoque » quand il écrit, sans épithète, les «Parallèles » de Plutarque ; mais comme, parfois, les Vies parallèles sort. citées sous ce titre abrégé, il ne faut pas qu'il y ait équivoque dans l'esprit du lecteur. Jamais Clitophon n'est mentionné dans les Vies parallèles; il ne l'est qu'une fois dans les Parallela minora. Eh bien, cet ouvrage est-il incontestablement de Plutarque? Au contraire, il y a beau temps qu'il lui esl contesté. Amyot avait trouvé à la marge d'un vieux manuscrit une note grecque affirmant l'inauthentieité de l'ouvrage. L'abbé Sallier, au siècle dernier, prouva le bien fondé de cette assertion (1). Aujourd'hui, les Parallela minora sont généralement regardés comme une œuvre apocryphe. M. Wilhelm Christ, le savant historien de la littérature grecque, est plus sévère encore, et ce n'est pas une opinion purement personnelle qu'il exprime, quand il taxe cet ouvrage, tout comme \orfe Fluviis, de « grossière falsification, dont l'auteur s'abrite sous de fausses citations d'auteurs et d'écrits nullement connus » : Eineplumpe Fàlschung sind die sogenannten Parallela minora, deren Verfasserebenso voie der des gleichf ails unechten Bûches mû TioT-.'.y.™ mil erlogen Citât en ans son si ni dit bekannten Autoren und Schriften nm sic// wirft(2). Voilà donc, de l'avis général, un ou deux Pseudo-Plutarque. et assez probablement les seuls, chez les anciens, qui aient cité' directement Clitophon; cela prouve-t-il. de la part des anciens, une grande estime pour le « premier historien de Lyon >> \

Qu'on me permette un dilemme, malgré l'extrême défiance de M. Steyert à l'égard de ma logique : ou Clitophon est l'auteur des ouvrages qui lui sont attribués par le ou les Pseudo-Plutarque, ou bien il a été victime de leurs falsifications. Dans le premier cas, rien des citations ne prouve qu'il ail été un « historien sérieux», et en particulier railleur d'une histoire de la Gaule; dans le second cas, il ne peut pas. évidemment, être allégué comme garant de xoZyo?.

il) Mémoires de VAcad. des Inscr. et B. £., t. VI, p. 52.

(2) Geschichte der Griechischen Literatur, 3e éd. 1898, p. 056. — L'anecdote relative au siège d'Ephèse, si visiblement calquée sur l'anecdote mise en parallèle, celle de Tatius et de Tarpeia, esl un motif, entre beaucoup d'autres, de se défier du témoignage de Fauteur des Parallèle ntiiior<t .

Admettons, pour un instant, la première hypothèse. a savoir que Glitophon est bien l'auteur des k «'««?, partant de l'anecdote, rapportée par le de Fluviis, sur la fondation de Lyon : peut-on supposer qu'il l'ait tenue d'une bouche gauloise, qu'il ait entendu prononcer par un Gaulois les mots lugos (corbeau), dunon (forteresse) et le nom de Lugdunurn? Pas de difficulté pour M. Steyert qui regarde comme vraisemblable que cet «historien sérieux osoit venu,« selon les habitudes des historiens d'alors o, visiter Marseille et qos côtes méditerranéennes; il en résulterait que ces scrupuleux Alexandrins avaient une habitude qu'on ne saurait trop louer, celle de ne parler que de ce qu'ils savaient pertinemment. Quoi qu'il en s< >it,< m peut dire que si Clitophon est venu à Marseille, il n'a vraisemblablement pas entendu ou tout au moins noté à l'audition deux des mots en question. Car à l'époque présumée de son voyage, dunon était certainement neutre (1); comment l'a-t-il t'ait masculin dans Aoôyïowos Aoùyècjv» }. On sait que la forme masculine Lugdunus ne se trouve qu'a une date tardive, au temps d'Ammien Marcellin. Ce qui est plus grave encore, comment a-t-il pu contracter en A^y^v.-.? un nom qu'il aurait certainement entendu prononcer Lugudunon (Lougoudounon) puisque, ainsi qu'il a été démontré, c'a toujours'été la prononciation gauloise jusqu'au ve-\T siècle, et que. dans l'écriture, la contraction n'a eu lieu, et encore isolément, que dans le premier siècle de l'ère chrétienne ?. Et s'il est à croire qu'en ce qui concerne dunon et Lugudunon, il n'écrit pas deauditu, qu'est-ce (jui peut bien nous garantir qu'il a entendu lugos traduit par corbeau? Dès lors que deviennent les affirmations si catégoriques de M. Steyert sur l'autorité de ce témoin auriculaire de lugos? Cette considération, venant s'ajouter aux autres, me porte fortement a croire que les KnVe/ï sont une œuvre supposée et que tàyos n'a pas d'autre autorité que celle du Pseudo-Plutarque : c'est peu.

A l'appui de fo^os-corbeau, M. Steyert, comme M. Allmer, invoque les monuments figurés. L'argument n'est pas nouveau, et je croyais qu'il y avait été suffisamment répondu. Comme il reparaît, renforcé par une illustration, je suis obligé d'y revenir, d'autant plusqu'on me soupçonne de n'avoir rien à opposera « ers preuves silencieuses, mais écrasantes ». J'ai

1 san- compter que le mot, comme il a été dit plus haut, voulait dire forteresse, et non colline, sens que lui donne le Pseudo-Plutarque.

parlé delà médaille de fondation de la colonie portant le symbole du corbeau (1). M. Steyert me reproche, à ce propos, de n'avoir pas signalé les autres médailles et les vases figurés reproduisant le même emblème, non plus que la signification de « blason parlant » que M. Holder et, depuis lors. M. Hirschsfeld, attribuent à la présence du corbeau sur ces monuments. eine etymologische Wappensage. Assurément rien ne m'aurait été plus facile, grâce à l'article si complet de M. Holder sur Lugudunon, que de citer d'autres monuments où figure le corbeau lyonnais. Si je ne l'ai pas fait, c'est que. dans un résumé, j'estimais qu'il suffisait d'admettre sans discussion la présence ducorbeausur le plus important de ces monuments figurés: ce n'était pas fuir l'objection. Quant au o blason parlant », je savais bien que, dans la pensée de M. Holder. l'expression ne pouvait désigner qu'une de ces erreurs étymologiques comme il y en a tant chez les anciens. Mémo ainsi entendue, je me permets de ne pas adopter l'expression: car. il ne me semble pas que le corbeau qui est représenté sur les médailles, les monnaies d'Albinus et les vases figurés, — y en eut-il même par centaines, — soit une preuve que les Gaulois et les Romains lui attribuaient un sens étymologique. Tous les emblèmes ne sont pas. tant s'en faut, des emblèmes étymologiques. Est-ce que la louve des monnaies de Rome, la chouette des monnaies d'Athènes, le crocodile des monnaies de Nimes et le lion des monnaies de Marseille prouvent qu'il y ait de la louve, de la chouette, du crocodile et du lion dans les noms de Rome. d'Athènes, de Nîmes et de Marseille (-2). ou bien que les habitants de ces diverses villes aient eu ou pu avoir cette illusion étymologique ? On ne peut rien conclure d'un emblème, pris en lui - même, en faveur de l'étymologie d'un nom de ville, puisque cet emblème peut avoir, et a moine, bien habituellement, un autre sens. C'est l'étymologie connue qui détermine le sens étymologique de l'emblème; ce n'est pas de l'emblème qu'on remonte à l'étymologie. Comme il a été établi que le sons de >oZyo; n'est rien moins que certain, il s'ensuit qu'en voulant

1 M. Steyert ne veut pas de cette expression «médaille de fondation»; je ne suis pas le premier à l'employer, et je la trouve suffisamment exacte, puisque, si elle n'est pas contemporaine de la fondation, elle la ûgure.

(2 C'est l'argument topique et décisif qu'opposait Clair Tisseur, en L887, à la prétention de démontrer l'étymologie de Lyon par son emblème. Rec. du Lyon.i 5e sér., 111. p. 119.

prouver le s» -us de corbeau par l'emblème des médailles on aboutit à une pétition de principe.

On peut fort bien admettre, pour expliquer la présence du corbeau sur les monuments lyonnais, que cet oiseau était le symbole de Lugus, ainsi que M. Vachez L'a dit avant moi (1). — ce que j'ai oublié de signaler — ou bien encore, pour une raison quelconque, religieuse ou autre, le symbole deLugudurum (2), comme le crocodile l'était de Nîmes. Dès lors s'explique, ettrès plausiblement. la naissance de 1 etymologie de Lugdunon o colline des corbeaux ». Nous avons vu que Clitophon n'avait pu sans doute donner cette etymologie de avilit n. et que d'autre part, le seul ouvrage qui la cite, d'après Clitophon. est généralement considéré comme une œuvre apocryphe. Il en résulte que cette etymologie est vraisemblablement une etymologie forgée par le Pseudo-Plutarque et mise sur le compte de Clitophon. à une époque où Lugudunum était contracté, dans l'écriture, en Lugdunum. Voici comment les choses ont pu — sinon dû — se passer. Le Pseudo-Plutarque veut expliquer ce nom de Lugdunum: il n'a sous les yeux qu'une monnaie ou médaille présentant. avec ce nom contracté, une image d'oiseau où il croit reconnaître un corbeau. Il prend l'image pour un emblème étymologique, et sachant vaguement le sens de dunum si fréquent dans les noms de villes gauloises, il imagine le sens de Lug à la vue du corbeau, et, ignorant quelle est la voyelle disparue, il met un o (Lugo) au lieu d'un u (Lugu). Je ne présente cette explication ni comme absolument nouvelle ni comme certaine, mais comme la seule qui me paraisse concilier les difficultés qui résultent, pour l'interprétation de xouyos, et de la philologie et de l'histoire littéraire. C'est ainsi, je le sais, que M. Holder explique la naissance de cette insoutenable etymologie. Clair Tisseur l'expliquait presque de inclue, en la mettant au compte de Clitophon (3). M. d'Arbois de Jubain ville croit aussi a une etymologie forgée au ier siècle, tout en admettant que cette etymologie fautive a été acceptée par les Gaulois et les Romains (4). Il est plus naturel de supposer que l'étymologie née. chez les Grecs, de l'interpré-

(1) Rev. d" Lyon., 5 sér., 1, p. 19

(2 Opinion de clair Tisseur, Rev >i,i Lyon 5* s. III, p. 120

(3) Ibid, p. 120.

<4i Rev. ,/// Lyon., 5 . s.. III. p. 107.

tation de l'emblème de Lyon, est restée purement livresque; rien, absolument rien, ne nous oblige à croire qu'elle ait jamais été reçue à Lyon, aux temps anciens.

Car enfin, si A>5y« au sens de corbeau a été connu des Gaulois, ce ne pouvait être un mot local : il devait se trouver partout où il y a des Lugdunum, c'est-à-dire, ou peu s'en faut, sur toute la surface du monde celtique (1). Comment se faitil donc qu'un nom familier, comme un nom d'oiseau très commun, et qui. en plus que beaucoup d'autres, avait, pour survivre, l'appui des appellations géographiques, ait si complètement disparu qu'on ne le retrouve dans aucune langue néo-celtique, tandis qu'on retrouve dans plusieurs dialectes le nom gaulois du corbeau, branos ? Ce n'est pas l'avis do M. Steyert: il persiste à dire que lug est resté en breton. Ici. je n'ai qu'à conter une courte histoire, hautement instructive dans la querelle présente.

Donc, en 1886, M. Steyert avait écrit, dans la Revue du Lyonnais (-2). que « les dictionnaires celtiques donnent expressément à Lugle sens de corbeau en irlandais et en bas breton >>. L'affirmation était catégorique, et sans références. Clair Tisseur, intrigué, interrogea tous les dictionnaires celtiques qu'il put rencontrer, les bons et les autres. Trois mois après l'article de M. Steyert. il publia, dans la même Revue (3). les résultats de son enquête. Ces résultats étaient écrasants pour /»<7-eorbeau : 1° Aucun dictionnaire, méritant à des degrés divers le titre de dictionnaire critique, ne signalait un lugcorbeau, ni « en irlandais », ni « en ancien breton ». ni en kymrique . ni en gaélique, ni en comique. — A noter, en particulier, que. pour l'ancien breton. Clair Tisseur avait consulté le Dictionnaire breton-français et français-breton de Le Gonidec. augmenté par La Yillemarqué (2 vol. in- 1. Saint-Brieuc. 1850) sans y trouver le lug-corbe&u. 2° Clair Tisseur établissait ensuite que certains dictionnaires de la fin du xvme et du commencement du xixe siècle contenaient bien ce fameux mot, mais qu'ils ne faisaient « très vraisemblablement » que copier le Dictionnaire français-breton du P. Grégoire de Rostrenen (1730), qui avait donné loug ou lug en bas-breton, mais en s'appuyant « précisément sur le nom

il) M. Rhys en signale deux pour l'Angleterre. (2) 5e s., LE, p. 388.

(3)5' s., III, p. 11-;

de Lugdunum ». D'où Clair Tisseur concluait avec son habituelle finesse : « Prouver par les dictionnaires celtiques que Clitophona traduit exactement lug par corbeau, c'est donc prouver Clitophon par Clitophon ».

M. Steyert n'aurait pas dû oublier cette histoire qui n'est vieille que de treize ans. Et cependant, voici ce qu'il écrit aujourd'hui : « Legonidec a consigné ce mot dans son lexique (un dictionnaire in-4°), non pas seulement en répétant sertion de Clitophon, comme l'a dit Clair Tisseur, ce qui du reste confirmerait l'autorité de l'ancien historien (!). s'il était nécessaire (?), mais en produisant un autre nom. celui de Coëtlogon. J'y ajouterai, de plus, celui d'un chef breton. Lugotorix, lequel ne peut s'expliquer que par chef des corbeaux ». A la lecture de ces lignes, j'ai été intrigué à mon tour, plus fortement sans doute que Clair Tisseur. Evidemment, l'un des deux n'avait pas su lire Le Gonidec; pouvait-ce être Clair Tisseur, si précis d'ordinaire et. par surcroît, un linguiste ? Il m'a fallu vérifier. — Eh bien, non : /":/. au sens de corbeau, ne se trouve pas dans Le Gonidec, pas plus dans la première édition (Angoulême, 1821) (1), que dans la seconde, augmentée par La Villemarqué."

La méprise est forte, mais explicable. D'une part, la démonstration de Clair Tisseur n'avait pas réussi a entamer, chez M. Steyert. une conviction faite, sans doute, d'après des notes où, par distraction, le nom de LeGonidec avait remplacé un autre nom: d'autre part, n'ayant pas pris la peine de relire l'article deClair Tisseur.il a opéré sur de vagues souvenirset mis au compte de Le Gonidec ce que Clair Tisseur avait dit du P. Grégoire. Je ne veux pas insister. Ne retenons de l'incident qu'une chose : c'est qu'il est démontré, une fois de plus, qu'aucun dictionnaire critique des langues néo-celtiques ne contient ^-corbeau, que le mot a été forgé au xvnr siècle « précisément sur le nom de Lugdunum »,— a peu près comme l'ancien tâyos — et qu'il faut le laisser enseveli dans les vieux dictionnaires où il n'aurait jamais dû entrer. Ce n'est pas le nom de Coëtlogon qui peut lui donner un regain de vie. attendu

1 M. Delà •li'Tial, lesavant historien de Grémieu, el M. l'abbé Bouteyre, élève de L'Ecole des Chartes, on1 bien voulu me rendre le service, — dont je les remercie, — d'examiner la 1 édition à la Bibliothèque Nationale : il- "ut constaté qu'elle ue renferme pas lug-corbeaxL. De mon côté, j'ai t'ait la même constatation pour la 2e édition. Je n'y ai ras trouvé non plus le nom de Coëtlogon.

ETYMOLOGTES LYONNAISES 30

qu'on en peut faire sortir tout autre chose que lug. Quant au renfort qu'apporte à lug le nom de Lugotmnx, cela c'est une trouvaille. M, Steyert ne s'aperçoit pas qu'il y a là une syllabe to bien embarrassante: n'étant pas de ceux que gêne la phonétique, il traduit bravement par « chef — pourquoi pas roi ? — des corbeaux )>. Hélas, il s'est trompé de classe dans le règne animal, et son Lugotorix doit se ravaler au sens de « roi des souris ».

En dernière analyse, l'existence de lugos au sens de corbeau est des plus problématiques. Pour l'antiquité, nous n'avons que le témoignage du Pseudo-Plutarque l'attribuant, à tort ou à raison. — bien vraisemblablement a tort. — à Clitophon; et celui-ci l'eùt-il écrit, qu'il ne l'aurait pas. bien vraisemblablement.écrit de avili tu. Il est très douteux que nos ancêtres aient considéré le corbeau comme un emblème étymologique, et cela même, comme l'a bien établi M. d'Arbois de Jubainville(l). ne sauverait pas l'étymologie par a,z7oc. Quant à l'époque moderne, il est certain que lug n'a nulle part, dans les langues néo-celtiques, le sens de corbeau et qu'on ne Ta retrouvé dans aucun document littéraire, ni à l'état de mot simple, ni à l'état de mot composé ou dérivé.

Pour achever la démonstration, voyons si la multiplicité des Lugdunum (~2). s'explique mieux avec **>yoi qu'avec Lugus. M. Steyert le croit et cherche a établir que les oiseaux ont joué un rôle assez important dans notre toponomastique. Il trouverait aisément une trentaine de Montfalcon ouMontfaucon en France. Sans doute, mais ces noms ne viennent-ils pas du nom d'homme Falco,-onis, si fréquent au moyen âge et toujours vivant, comme Montarnaud vient de Monte m Amaldi, Montauban de Montem Albani, Montjean, Montmartin et tant d'autres? En ce qui concerne le corbeau, il va une difficulté constatée par M. Steyert : les corbeaux manquent à la nomenclature moderne. Qu'à cela ne tienne : « C'est que. dit-il. ces oiseaux sont devenus plus rares qu'à l'époque gauloise ». Et voilà pourquoi il y avait tant de Lugdunum a l'époque gauloise, et point de Montcorbeau

(1) Rev. du Lyon., 5 s., III, p. J1".

2 M. Holder en signale 10. soif avec certitude, soit avec plus ou moins de probabilité. M. A.Thomas vient de démontrer qu'il faut probablement éliminer Loudun -Vienne . que les anciennes formes du nom rattachent a ' Laucidunum, forteresse d'un Laucus. Mais par contre, il fait rentrer dans la liste le nom de Loin <"mmune de Savigné, Vienne [Revue celtique. XX, p. 411-2'.

'Kl ÉTYMOLOGIES LYONNAISES

aujourd'hui ! Au lieu d'aller chercher des analogies on Portugal, on Allemagne (1) ou en pays slave, ce qui fait peu de chose à la question, il aurait mieux valu voir s'il y a. dans le monde celtique, des noms de lieux compnsos avec des noms d'oiseaux pour premier terme et dunum ou du m m pour second terme; ce qui. en dehors du moins de la question grammaticale, favoriserait son interprétation de Lugdunum. M.Steyert n'y a pas songé, ou bien a vite compris que cela ne lo mènerait pas loin, ou plutôt plus loin qu'il ne voudrait. Il serait obligé de convenir que xoZyos, dans un nom de ville ainsi composé,est une singulière exception (2). et d'autant plus surprenante que le nom de Lugdunum se rencontre plus souvent (3).

Au contraire, avec Lugus, point de difficulté, puisqu'il s'agit d'un dieu et. assez vraisemblablement, de Mercure: la popularité de son culte explique naturellement le grand nombre de villes ou villages placés sous sa protection. A cola. M. Steyert répond que les Gaulois, avant la conquête, — tout comme les "Romains. — n'ont pu donnerdes noms de dieux à leurs villes. Laissons les Romains : est-ce que M. Steyert oublie le nom d'Herculanum, porté par deux villes d'Italie fondées bien avant Lugudunum, ou bien contesterait-il que ce soit la un

(1) Je me suis adressé à M. Holder, pour avoir, sur les noms de Rabensberg, Rabenstein allégués par M. Steyert comme noms de lieux tirés d'un nom d'oiseau, \'i\\ is d'un homme dont personne ne contestera La compétence. Il a bien voulu me répondre avec sa grande obligeance : « En Allemagne, on a plusieurs • Hramnesberg, au ix siècle = Hrabanesberg imontagne de Eraban = corbeau; cf. Hrabanus Maurus); Ravenspurg, Rabenstein (xr s. : j'y vois du n<>m propre (d'homme) el non pas de l'oiseau ».

•le ne connais que Branodunum (auj. Brancaster, Angl.),qui pourrail faire songer à un nom d'oiseau; mais la comparaison de ce nom avec Braniacus, Brannogenios, Brannovices, Branoscus, oblige à y voir un nom d'homme Branos (= le corbeau'.

ML Steyert me reproche un énorme paralogisme pour avoir dit, après d'autres, qu'il serait absurde de supposer à L'origine de laid de Lugdunum, un heureux augure Lire dos corbeaux, comme dans la I gende du Pseudo-Plutarque. M. Steyert a mi un raisonnement par déduction dans un raisonnement par induction. J'estime que L'induction était Légitime. Si lo corbeau pouvail donner son nom, par le simple fail de sa fréquence,à des Lieux d'abord inhabités, il no pouvail le faire pour Les lieux habités que par une raison d'ordre religieux. Ce trait, étant essentiellement caractéristique, peut s'étendre, sans paralogisme, aux cas analogu

nom bien latin dérivé de Y Hercule* latin? Et, chez les Grecs, les noms divins n'abondent-ils pas dans leur nomenclature toponymique ? Il y en a toujours sur nos côtes avec le nom de Monaco (le port d'Hercule Monœcos). Il tire un argument de ce fait qu'aucune ville ne porte les noms des « trois grands dieux Teut (!). Esus et Taranis ». Notons que cet argument analogique, reposant d'ailleurs sur une conception inexacte de l'importance des dieux mis en cause, n'est que négatif et tombe devant les faits. Ne trouve-t-on pas, dans le monde celtique. Camulodunum (forteresse du Mars gaulois Camulos). Neriomagus (champ du dieu Nerios, auj. Néris), Belismius (dérivé de la Minerve gauloise Belisama. auj. Blismes et Blesmes). Belna (dérivé de l'Apollon gaulois Belenos. auj. Beaune) et d'autres encore? Il est bien vraisemblable que ces uoms, — c'est certain pour Camulodunum, — sont antérieurs ù la romanisation du pays, époque où l'on recourait si volontiers, non aux dieux nationaux, mais aux dieux ou empereurs romains (Liberodunum, auj. Liverdun. Augustodunum, Caesarodunum, Flaviobriga, etc.); d'ailleurs, si quelques celtisants considèrent quelques-uns de ces noms comme dérivés d'un nom d'homme emprunté au nom d'un dieu (1). M. Steyert s'est interdit ce moyen de contester les étymologies précédentes en refusant de reconnaître, dans les noms de lieux celtiques, des noms de propriétaires.

Pour lui. du reste, les noms de lieux où entre le nom d'une divinité doivent leur appellation, non pas au dieu lui-même, mais à un monument, statue ou temple, qui lui était consacré; et. comme, a 1 époque de la fondation de Lugudunum, « l'ancien culte gaulois n'admettait ni temples, ni statues, on comprend que les noms de ce genre ont dû être alors très rares avant la conquête ». Ce très rares est plus prudent que logique : le raisonnement de M. Steyert devrait conclure a l'impossibilité absolue des noms de ce genre à cette époque. Les prémisses sont-elles bien sûres, et n'oublie-t-il pas le texte de César {de B. Gai., VI. 17) où il est dit. précisément, que Mercure.— peut-être Lugus, — a beaucoup do simulacra (sinon des statues, au moins des monuments analogues aux E?,uat* des Grecs) érigés en son honneur : Hujus (Mercurii) sunt plurima simulacra? Gomme exemple de localité dénommée par un odicule.il cite Anse, nom sorti, prétend-il. de Asa

(1) Je l'avais cm pour Néris, avant de connaître l'art, de M. Holder.

42 ÉTYMOLOGEES LYONNAISES

Paulin}, et plus tard Ansa, a d'un autel qu'y avait érigé un nommé Paulin.» Et comme je n'ai pas rappelé cette étymologïe qu'il avait citer dans son Histoire <i>> Lyon, il se demande si. de ma part, le silence est du dédain ou une approbation tacite : car, ajoute-t-il, « il ne m'a jamais cité que pour m'infliger un blâme >•. Puisqu'il voit des blâmes dans toutes mes critiques, eh bien, il en aurait eu un de plus à me reprocher. Cette étymologie doit être rejetée, pour trois raisons, absolument décisives aux yeux des romanistes : 1 Asa, au temps présumé de ce Paulinus. sûrement à l'époque gallo-romaine, ne pouvait être ara; il y avait des siècles que la loi du rhotacisine avait achevé son «ouvre (1); donc, a l'époque de Paulinus. personne ne pouvait prononcer osa pour ara; 2° A*" ne pouvait phonétiquement devenir ansa, comme l'avait cru Quicherat : la nasalisation de a ne se fait pas devant .s. c'est même l'inverse qui se produit dans le latin populaire : 3? Ansa, eùt-il existé, ne serait pas. phonétiquement, devenu Anse mais Ase i'2). Cela fait, contre cette étymologie, trois impossibilités phonétiques bien comptées et incontestables : donc étymologie « inadmissible ». Il n'y en a qu'une qui ait quelque probabilité; c'est celle que propose M. d'Arbois de Jubainvillë en dérivant Anse de *Antia (propriété d'un Antius) (3). Résumons toute cette discussion.

L'étymologie de Lyon par *oZyoç a contre elle : 1" Une impossibilité grammaticale; 2° une invraisemblance historique, puisque l'existence de >o>,o; - corbeau est. somme toute, des plus invraisemblables.

Au contraire, l'étymologie par Lugus a pour elle : 1 La certitude grammaticale: -2° une vraisemblance historique suffisante, puisque Lugus, quoique ne s'étant pas rencontré au singulier, se déduil nécessairement — quelque sens qu'on lui donne — de Lugoves et que. au surplus, son identification avec le Mercure gaulois reste assez vraisemblable. Ajoutons, comme preuve subsidiaire, que la multipli-

1 M. Joret a établi 411.-- Le changemenl de s intervocalique en rdans les Qiots Latins était vraisemblablement achevé vers 340 av. J.-C. de Rhotacismo 'm indoeuropaeis linguis, p. 27 .

2 Qu'on n'invoque pas, à rencontre, le mol français anse;c'est un mol savant, non populaire, emprunté au latin. Dans Le latin populaire, 1// avant s tombe : ma (n) sum-mas ; me (n) sis-meis, mois: lti fn)sulaisle, île.

'■< Recherches sur lapropr., fonc, p. 378.

cité des Lugdunum en pays celtique s'explique mieux avec Lugus qu'avec \oZyx.

A-t-on. dès lors. le droit d'hésiter entre les deux étymologies ?. Allons plus loin : Supposons qu'au point de vue historique les conditions ne soient pas plus favorables a Lugus qu'à >.oZyoç, que tous doux soient incertains au même degré — a> que pour mon compte je n'admets pas. — Même dans ce cas, le principe primordial de toute étymologie, rappelé au début de cette discussion, ferait un devoir de préférer Y étymologie conforme aux lois de la grammaire à celle qui les viole.

M. Steyert ne craint pas d'écrire : c< J'affirme, même sans avoir pu le vérifier 0). qu'il n'y a pas. dans lo dictionnaire de Holder. une seule étymologie celtique aussi bien prouvée que celle de Lugudunum (par ?^o?). » A cette affirmation, après laquelle il n'a plus le droit d'en trouver chez personne de « téméraires o et de o tranchantes », je réponds on affirmant à mon tour, mais après l'avoir vérifié, que les étymologies mieux prouvées que celle-là — qui ne peut l'être — se rencontrent, dans le dictionnaire de M. Holder. par centaines.

J'ajouterai, pour conclure, qu'à l'heure actuelle, je ne connais pas un spécialiste dos études celtiques ou romanes qui soutienne l'étymologie dont M. Steyert se fait le défenseur: je vois, au contraire, l'étymologie par Lugus. quelque sens qu'on donne au nom divin, admise de spécialistes très autorisés comme la plus vraisemblable et la seule qui puisse se défendre « dans l'état actuel des connaissances celtiques >•. La préférence que vient de lui accorder le grand épigraphiste. M. Hirsehfeld. si particulièrement au courant des antiquités lyonnaises, prouve assez que l'archéologie la mieux informée n'a pas d'objection bien sérieuse à élever contre elle.

On ne peut donc considérer comme étymologie scientifique de Lugudunum que celle qui y reconnaît Lugus. nom du Mercure gaulois, ou d'une divinité quelconque ou même, si l'on veut, nom d'homme emprunté à cette divinité (1). Lugus

l) Je ne m'inquiète pas de savoir si tous ceux qui expliquent L>><i><dunum par Lugus identifient Lugus avec Mercure; je ne constate que Le fait de l'explication. G'esl l'essentiel. M. G. Dottin, qui n'a pas grande confiance dan< cette identification, admet cependant Lugus dans Lugudunum, au moins comme le nom d'un homme, ainsi appelé de ce dieu, quel qu'il soil Rev. de l'hist. des Religions, XXXVIll, p. 1 13 . Ce n'est qu'une variante de l'étymologie de M. d'Arbois de JubainvUle, puis-

Y\ ÈTYMOLOGIES LYONNAISES

est dans Lugudunum : c'est le seul point démontré, le reste est toujours sujet a discussion.

Page 1