‹ Étymologies lyonnaises. Réponse à M.A. SteyertChapitre 4 sur 12 · III. Prétendues étymologies slaves · texte numérisé non relu

III. Prétendues étymologies slaves

Dans la querelle relative à i'étymologie de Lugudunum,

M. Steyert n'était que partiellement intéressé; il n'était pas l'inventeur de L'étymologie de « colline de corbeaux)- qu'il avait adopter dans son Histoire, et son nom n'avait pas été mentionné, dans ma brochure, au sujet de cette étymologie. Je ne l'ai cité nommément qu'à propos de quelques étymologies dont il revendique, à boD droit, la paternité. Tne des découvertes don! il semble le plus fier, du moins dans ce .modeste ordre d'idées, c'est la découverte d étymologies slaves en notre contrée lyonnaise. « Il me reste, écrit-il. le mérite, et c'en est un. d'avoir découvert ces terres ignorées ». Aussi a-t-il été particulièrement sensible aux critiques que j'avais cru pouvoir et devoir, dans une pensée exclusivement scientifique, opposer à une théorie si nouvelle. Il en vient même, au sujet de ces critiques, a écrire le mot qui n'est pas mince de « probité », mot qu'exagère encore une tragique précaution oratoire. J'aurais manqué à la « probité » littéraire en travestissant sa pensée.

Je suis obligé de soumettre le cas aux • < lecteurs impartiaux ». et. pour cela, de l'aire ce que je n'avais pas voulu faire. c'est-à-dire de discuter la thèse historique de M.Steyerl sur la '•ni. mie sarmate établie en Forez.

Donc j'avais écrit que o M. Steyert, pour prouver l'établissement d'une colonie sarmate dans le pays ségusiave. s'appuie sur certains noms tels que Meys, Pomeys. Cublize, auxquels il attribue une étymologie slave », et j'avais, au fur et a mesure delà rencontre, montré le mal fondé de ces dérivations slaves, en ce qui concerne ces trois noms. Là-dessus. M. Steyert m'accuse : 1 de ne présenter l'établissement d'une colonie sarmate dans le Forez que comme une hypothèse qu'il cherche à appuyer sur l'étymologie, tandis que c'est « la présence certaine des établissements sarmates dans la

qu'elle mel toujours Lugus a la base de Luguclunum. Le nom d*un homme n'expliquerait guère le grand nombre des Lugudunum; mieuix vaut donc y voir le nom du dieu lui-même.

I"- Lyonnaise o qui lui avait c< inspiré L'idée de rechercher si » ces Slaves «< n'avaient pas laissé des traces de leur présence dans L'onomastique topographique >>: 2 d'avoir, entre les étymologies qu'il donnait pour certaines et celles qu'il donnail pour douteuses, choisi les dernières sans dire mot des autres. L'accusation est nette, voyons si elle est fondée.

1° C'est vrai, je n'ai vu dans l'établissement des Sarmates, en Forez, qu'une hypothèse. Avais-je tort ? Oublions, pour le moment, les nouvelles explications de M. Steyert, et reportons-nous à son Histoire, le seul texte qui puisse condamner ou justifier le terme de c< colonie supposée >> dont je me suis servi. Relisons-la très attentivement.

Après avoir rappelé que la Notitia Dignitatum mentionne deux tribus sarmates au nord de la Loire et quatre dans le sud-est. dont l'une dans la cité de Langres et l'autre dans celle d'Autun. il ajoute : a La troisième était disséminée dans le district des Ségusiaves dont le nom. altéré dans le document original (per tractum, — les Ségusiaves ne formaient plus une cité. — Segolaunorum pour Segusiavorum) est. néanmoins, très reconnaissable, surtout si Ton tient compte de l'ancienne forme des lettres ». (Aussi imprime-t-il Segusiavorum avec Ys ancienne afin qu'elle ressemble mieux à 17 des manuscrits). Quel est le lecteur, ayant les plus élémentaires notions de critique historique, qui puisse voir autre chose qu'une hypothèse dans une assertion qui ne s'étaie, — dans V Histoire de Lyon, — que sur une correction de texte, sur Segusiavorum mis arbitrairement, — je n'avais passa deviner par qui. — à la place de Segolaunorum ? M. Steyert était si convaincu alors du caractère hypothétique de cette assertion qu'il écrivait immédiatement après : c< Toujours est-UQe souligne) que le seqour prolongé de peuplades de race slave est attesté chez nous par des appellations d'étymologie non douteuse ». Après avoir écrit ces Lignes, il me reproche d'avoir traité sa colonie slave de « colonie supposée » : J'avais donc le droit d'écrire qu'il cherchait des étymologies slaves pour prouver l'établissement d'une colonie sarmate dans le pays ségusiave. La phrase que je viens de citer le prouve jusqu'à l'évidence.

Voilà, pour les « lecteurs impartiaux », un point réglé, j'espère.

2 Est-il vrai que j'aie affaibli L'argumentation de M. Steyert. en laissant de côté ses étymologies données comme certaines.

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pour oe relever que celles qu'il donnait comme douteuses? Ici son raisonnement est particulièrement subtil, et il faut examiner la chose de très près.

Relisons la page l!>? du tome 1 de son Histoire. Apres avoir dit que le séjour prolongé dos Sarmates « est attesté chez nous par des appellations d'étymologie non douteuse (je marque en majuscules les expressions indiquant ou semblant indiquer la certitude, et en égyptiennes celles qui expriment des réserves), il ajoute : << 11 ne s'agit pas des Sermezy. Sarmasse et autres noms équivalents, qui n'ont rien à voir avec h- Sarmates (1)...; mais on veut parler de dénominations

vraiment slaves. Ainsi dans l'ancien Roannais Cublize

(Kouplitz, le marché) et Perreux, primitivement Previstus (privésti, transporter: privésti, amener des marchandises) sont des appellations dont il n'est guère possible de trouver, dans d'autres langues, une étymologie plus évidente... A l'appui de l'origine étrangère de Cublize. il est à noter qu'il s'y trouvait des territoires nommés, l'un Barbarieu (terra fie Barbwiaco), l'autre terre Téfalienne (terra Theotfàlensis). En Lyonnais, deux localités portent des noms à physionomie slave qui feraient croire à un établissement sarmate. Ce sont Meys et Pomeys : l'une est nommée en latin du moyen âge Madisus (Matitza, la petite mère, au figuré, la source) et, en effet, la source de la Brévenne vient de cet endroit. Cet unique indice serait évidemment insuffisant; mais comment EXPLIQUER l'étymologie de Pomeys (Pomedius), voisin de Meys, qui évidemment tire son nom de I'autre localité, et qui, en slave, signifie précisément vers Meys (po, vers, contre, Le Long de) ] »

Il faut bien remarquer que M. Steyert ne cite pas d'autre nom d'étymologie soi-disant slave pour le Roannais et le Lyonnais limitrophe ; les noms de Dombes et de Bresso donnés, dans lo paragraphe suivant, comme également sla\o>. n'ont évidemment rien à faire avec la question de l'établissement sarmate du Forez, d'autant plus que M. Steyêrt prend la peine de nous avertir qu'ils ne proviennent pas. comme les précédents, do colonies sarmates qui auraient été installées dans Le pays.

Les étymologies de Cublize, Meys et Pomeys sont-elles présentées ici comme certaines ou comme douteuses? Kilos i^v-

<i) Rétracté, t. 11. p. 314.

ETYMOLOGIES LYONNAISES 'iT

ment deux groupes : Gublize, associé a Perreux, pour le Roannais; Meys et Pomeys, pour le Lyonnais. De part et d'autre,on

voit bien quelques réserves, niais plus apparentes que réelles. Pour Gublize et Perreux. que signifient ees mots : « Il n'est guère possible de trouver, dans d'autres langues, une étymologie plus évidente », quand on a déclaré que c'étaient des noms c< vraiment slaves »? Pour Meys et Pomeys. les réserves semblent plus formelles, puisqu'il est dit qu'ils ont « une physionomie slave qui ferait croire à un établissement sarmate», et qu'on ajoute, quant à Meys. que le voisinage de la source de la Brévenne « serait évidemment un indice insuffisant »; mais la suite n'a-t-elle pas pour but de montrer que Meys. non évidemment slave par lui-même, reçoit son évidence d'étymologie slave de l'évidence de cette étymologie dans le nom de Pomeys ? Partout, on le voit, l'affirmation étouffe les réserves.

Il semble bien, d'ailleurs, que M. Steyert n'a pas grande confiance dans les réserves que contiendrait cette page : il se rabat sur la carte de la page 550 du tome I de son Histoire, assez inexactement reproduite dans son Appendice. Dans la carte de son Hi$toi/-e,\\ marque en caractères slaves les noms qu'il considère comme certainement slaves et en majuscules soulignées — d'un trait — ceux qui ne le sont que douteusement. Il écrit, dans son Appendice, que « précisément » il avait « désigné comme telles (douteuses) Meys. Pomeys et Gublize ». Comme il faut, ici du moins, lire M. Steyert de près : Ni Meys, ni Pomeys, ni Gublize ne sont désignés nettement comme d'étymologie douteuse dans la carte de ['Histoire. Je prie le lecteur de s'y reporter. Il verra que la distinction, alléguée aujourd'hui, concerne très particulièrement les noms de la « frontière alamano-franco-burgonde », ou plutôt du territoire alaman avant 470, soit de la Bresse, de la Franche-Comté et. accessoirement, de la Savoie : en Bresse, on voit écrits en caractères slaves les noms de Dombes et de Bresse, et. en majuscules soulignées ceux des deux Gormoz et de Varey ; en Franche-Comté, les noms de Scoting et de Varesque en caractères slaves; en Savoie, le nom de Zavoda (—Savoie), en caractères slaves. Regardez en face les noms de Gublize, Meys et Pomeys (i) : ils sont bien en majuscules, comme les

(li Le nom de Perreux présente une vague trace de ligne coudée à angle droit; c'est sans doute une bavure typographique, en toul eus pas une Ligne simple et nette comme sous les noms de Gormoz et de Varey.

iS ÉTYMOLOGÏES LYONNAISES

Qoms de Roanne et de Feurs, mais qoii en majuscules soulignées d'un trait. Donc comme ils ne portent aucune marque. ni celle de la certitude, ni relie du doute, le lecteur doit les croire hors de cause et leur laisser la certitude d'étymologie slave qui leur a été attribuée à la page 497. C'est ce que j'ai t'ait. Cai' enfin, de deux choses Tune : ou M. Steyert, en ne les soulignant pas, maintient purement et simplement l'explication qu'il en a donnée, ou bien il la rétracte en entier, en leur attribuant dans sa carte une étymologie analogue à celles de Roanne et de Feurs — semblablement imprimés — c'est-à-dire une étymologie celtique ou gallo-romaine. A qui la pensée de la seconde alternative pourrait-elle bien venir? Si je me suis fait illusion, on conviendra que l'illusion était bien naturelle : pour moi. je pense quelle était inévitable. Reste le reproche d'avoir « par un silence calculé, des omissions volontaires ». présenté M. Steyert à mes lecteurs << comme un ignorant systématique et présomptueux, qui prétend imposer les rêveries d'une imagination dévoyée ». Cela. c'est son commentaire a lui : je m'étais borné à critiquer. comme j'en avais le droit, les étymologies directement alléguées comme preuve d'un établissement sarmate en Forez. Des quatre noms signalés a ce titre, j'ai laissé décote Perreux. p ir la raison qu'il en avait rétracté dans la suite l'identification avec Previstus (t. II. p. 314). Quant à Barbarieu et à la terra Teotfalensis, je n'avais pus cru nécessaire de les discuter, n'y voyant pas du tout l'appui qu'ils peuvent prêter a l'origine soi-disant étrangère de Cublize. Le premier, comme tous les Barbamacus de France (une demi-douzaine), n'est pas la c< terredu Barbare », mais, suivant la doctrine de M. d'Arbois de Jubainville. la « propriété d'un Barbarius », gentilice qui a été constaté eu Italie et tout près de Lyon, à Valence (1). Le 1 1 « 1 se rattache bien a Taifali ; mais au lieu de désigner une Toi félin, un établissement de Taifali, comme Tiffauges. en Poitou, le mot ne me semble indiquer que la c< terre d'un Taifalus », pour deux raisons (2) : 1 ' une raison historique : la Notifia Dignitatum, si précise dans la mention des colonies militaires de Barbares, ne signale les Taifali comme associés

il) Recherches sur lapropr. foncière, \>. 402.

2 Lors de ma brochure, je n'étais retenu que par la raison phonétique. J'hésitais même sur Teo t) = Tai, que j'admets maintenant comme forme analogique. D'ailleurs, Teotfalensis n'est pas sur: il va une var. Tersalensis, ce que ne dit pas M. Steyert.

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aux Sarmates qu'en Poitou ; M. Steyert ne peut pas. en bonne critique, en tirer cette conclusion : c< Il était donc naturel de les voir chez nous, et leur présence signalée dans la vallée du haut Reins confirmait celle des Sarmates. » C'est une nouvelle conjecture (1). non justifiée par l'étude attentive de la Notitia, et qui est alléguée pour appuyer une autre conjecture ; 2° une raison phonétique : s'il s'agissait d'une Taifalia, la terre se serait appelée régulièrement Teotfaliensis et non Teotfalensis. D'où la conclusion, conforme à la grammaire comme aux renseignements fournis par la Notitia,que c'était vraisemblablement la propriété' d'un Taifalus, venu du Poitou (2). Est-ceque les noms de lieux Hispaniacus, Romanacus, Germanacus, Villa Scotia (•'>). A mbariacus, etc., supposent, dans les pays ainsi dénommes, un établissement d'Espagnols, de Romains, de Germains, de Scots et d'Ambarres? Non. mais tout simplement la propriété — comme point de départ — d'un personnage à nom ethnique : l'Espagnol, le Romain, le Germain, le Scot, l'Ambarre. Il ne doit pas en être autrement de «•cite terra Teotfalensis ; c'est, bien vraisemblablement, la terre d'un Taifalus, ainsi dénommé ou surnommé de son pays d'origine, la Taifalia du Poitou.

J'ai montré en toute loyauté : d'une part, l'accusation de M. Steyert et la façon dont il la motive ; d'autre part, les raisons qui m'avaient fait écrire ce que j'ai écrit. Je laisse au lecteur le soin de juger, en pleine connaissance de cause, si j'ai manqué aux devoirs de la c< probité » littéraire. Je ne suis pas inquiet et je suis sur. en tout cas. qu'on me reconnaîtra cette sorte de « probité » qui consiste à indiquer avec précision les passages visés par sa critique, de façon à mettre les lecteurs à même de vous contrôler aisément.

Rentrons vite dans les questions de pure philologie, les seules qui eussent dû, apparemment, être soulevées. En principe, j'aurais eu tort de paraître contester à une peuplade baril» On verra quel est, probablement, d'après le vrai texte de la Notitia, le peuple associé aux Sarmates dans le Forez.

i2» Un siècle et demi après l'établissement des Taifali en Poitou, nu trouve à Tours un prêtre, saint Sénoch, originaire de la Taifalia du Poitou; S. Grég. de Tours, de Vit. Put,-., 15 : « Beatus senoeh. gente Theifalus Pictavi pagi quem Theifaliam vocant, oriundus fait ». — Au xn siècle, on trouve, dans le Viennois, un Jean Tifauz (cas sujet), — Ti fn ut (cas rég.), dont le nom semble bien indiquer le descendant d'un Taifalus (U. Chevalier, Cart. de Bonnevaux, u ' 105 et 107, a. 1190 . 3 A. Bruel, Chartes de Cluny, I, 539.

bare, établie chez nousau commencement du ve siècle, la possibilité de laisser à une localité, non pas un nom propre d'homme ou de peuple, mais un nom commun de sa langue, tel que kouplitz, matitza, le préfixe po. Ce que j'ai supposé, c'est ce qu'admettent en général ceux qui se sont occupés depuis cinquante ans des origines de notre histoire nationale et de notre langue, à savoir que tous les Barbares qui se sont installés en Gaule, comme ceux qui s'installèrent en Italie, subirent tout d'abord l'ascendant d'une civilisation supérieure, à commencer par la langue. LesSarmates « ne devenaient pas aphones en franchissant nos frontières ». observe finement M. Steyert. Apparemment, mais s'ils ne devenaient pas muets, ils ne devenaient pas sourds non phi s. Minorité disséminée au milieu de nos Gallo-Romains, ils ne pouvaient songer à imposer leur langue pour les relations nécessaires delà vie; ils durent n'avoir rien de plus pressé que d'apprendre celle des pays où ils s établissaient. Qu'on se figure une colonie de Slaves se fixant actuellement sur un point quelconque de notre territoire ; combien faudrait-il de générations pour que cette colonie parlât français ? M. Steyert a-t-il raison d'affirmer que les Germains. Slaves et autres, « moins prompts' à la servitude que les Gaulois, conservaient encore leur langage national alors que ceux-ci avaient depuis longtemps rejeté le celtique » ?. Evidemment, ils pouvaient parler encore leur langue respective, quand les Gaulois ne parlaient plus celtique, puisque lorsqu'ils s'établirent chez nous, le celtique ne pouvait plus être parlé que dans des coins éloignés de tout centre cultivé. Ce qu'il faudrait démontrer, — et ce que M. Steyert ne fait pas. — c'est que les Slaves résistèrent plus longtemps à l'ascendant du latin vulgaire que les Gaulois ne l'avaient fait eux-mêmes. Je n'en crois rien, et, j'imagine que le Taifale saint Sénoch, prêtre de Tours, vers 550. — un siècle et demi après la fondation de Tiffauges. — n'avait pas eu à désapprendre le slave pour apprendre le latin.

L'examen du matériel de la langue ne peut que confirmer ces inductions de l'histoire. A-t-on signalé, en France ou dans l'Italie du Nord. — où il y eut tant de colonies sarmates à la fin du iv siècle. — un apport plus ou moins important de la langue slave dans le lexique français ou italien (1)1

(1) Les mots italiens de racine slave, tels que razza peut-être, passé de l'italien en français sous la forme race, venaient sans cloute du nord-est,

Les Sarmates, des le ive siècle, ont dû apprendre le latin vulgaire parlé autour d'eux. S'ils s établissaient en un pays déjà dénommé, l'ancien nom devait se maintenir; si le pays était inhabité et sans nom.il pouvait être désigné par eux ou plutôt par les Gallo-Romains d'un nom ethnique, tel que Sarmatia, Saumaise, Taifalia, Tiffauges. Marcoumunu'a, Marnuîgne; ou même ces Barbares, à l'instar des Gallo-Romains, pouvaient lui donner le nom d'un chef ou propriétaire considérable. C'est ainsi qu'après l'établissement autrement important des Burgondes, les noms d'origine burgonde, en général, sont des noms de personnes burgondes (1); en particulier, les noms en ingo-inga, comme l'a bien démontré M. Philipon, sont des noms de personnes à suffixe patronymique. Je n'ai pas eu et je n'aurai pas la témérité de soutenir a priori que les Sarmates n'ont pu imposer aucun nom commun à leurs établissements, mais, à raison du peu de probabilité de ce procédé chez des Barbares installés en Gaule et pressés d'en apprendre la langue, celui qui le prétend doit le démontrer. Et pour le démontrer, il ne suffit pas de trouver dans les Radiées linguae palaeo- slowenicae de Miklosich des mots cadrant tant bien que mal avec les noms en question ; à ce compte, on pourrait trouver chez nous tout autre chose que du slave, et qui ne serait pas moins vraisemblable. Je crois qu'il n'y a pas, à l'heure actuelle, un homme tant soit peu du métier qui puisse contester ce principe qu'entre deux etymologies, — grammaticalement possibles, — d'un nom de lieu en France, empruntées l'une au celtique ou au gallo-roman, l'autre à une langue de peuplade étrangère, on doit donner la préférence à la première. Que sera-ce si la prétendue étymologie étrangère viole les lois les plus essentielles de la grammaire ?

Eh bien, est-ce que l'explication, proposée par M. Steyert, des noms de Gublize, Meys et Pomeys. respecte ces lois ? J'ai dit non, et je le maintiens. M. Steyert avait proposé Kouplitz dans son Histoire: aujourd'hui, il met en avant Kouplia qu'il assimile à Koupélichtè. Auquel faut-il s'en tenir? Je ne sais ce que Koupélichtè entré dans le moule gallo-roman aurait pu produire; mais, sans aucun doute, il n'aurait jamais produit, phonétiquement. Gublize. Quant à Kouplia, il serait devenu

c'est-à-dire du voisinage des pays slaves. Cf. Gartner, Raetoromanische Grammatik, p. 31.

(1) Cf. GlRY, Manuel de Diplomatique, p. 391.

Coublie ou Oublie : impossible de soutenir le contraire. Je n'ai absolument rien à modifier dans 1rs arguments dont je me suis servi, soit pour proposer, comme plus plausible, le type Cuppelitia, • villa d'un Guppelitius ». soit pour rejeter comme impossible sa dérivation de Kouplitz. Sans doute, Cubliacus existedans les cartulaires, et M. Steyert me demande commenl Cubliacus, masculin, a pu produire Cublize, féminin. Mais il ne l'a pas produit du tout; sinon, on dirait aujourd'hui Cublieu ou Cubly. Ainsi que je l'ai dit à la page 41 de ma brochure, les scribes, a une certaine époque, écrivaient a tort et a travers en acus des noms qui n'appartiennent pas à celte famille, tels Broliacus pour Brolium, et Vernacus pour Vernetum : «Quand il y a conflit entre les deux notations, c'est la forme actuelle des mots qui le tranche, o Cubliacus rentre dans ce cas. Le peuple disant Cublize — et depuis des siècles. — il faut trouver un nom qui explique cette forme. J'ai propos Cuppelitia, et actuellement je n'en vois pas d'autre possible. Ce n'est certes pas Kouplitz, pas plus que ses succédanés Kouplia et Koupélichtè, attendu que Kouplitz. fût-il contemporain (i) de la colonie supposée, n'aurait pu produire qu'un nom masculin, tel que Oublis. Pour le contester. M. Steyert est obligé de dire que << le genre des noms de lieu changeait facilement en passant d'une langue dans une autre », à preuve Pline écrivant Vistulus pour Vistula, et le passage, pendant le moyen âge. << de la majeure partie des noms de lieu delà Gaule du neutre au masculin >>, — ,< fait qui d'ailleurs est resté ignoré du docte conférencier ». Je n'ignorais pas le fait : je savais même comment la science l'explique, et ce n'est pas a la façon de M. Steyert. Rien de plus commun que la méprise d'un écrivain étranger sur le genre des noms qu'il n'entendait pas de la bouche d'un indigène: pour le moyen âge. la méprise s'explique et par le passage, en latin vulgaire, du neutre au masculin pour un grand nombre de Qoms communs (-2). et par l'influence de la déclinaison a deux cas dans le roman de la Gaule (3). Mais il s'agirait de savoir si lesGallo-Romains latinisant un mot qu'ils entendaient prononcer Kouplitz pouvaient le rendre parun Cublitia; cela, on ne le

1 A celte objection M. Steyert répond en demandant si Cuppelitia i-A contemporain du propriétaire prétendu, oui. puisqu'il se trouve dans !•- nom gallo-romain ae Cuppeliti-acus.

2 Par exemple, le latin populaire disait collus pour collum. De la. Fuers cas suj.l traduit par For

démontrera pas. parce que ce ne sont pas les clercs, comme lecrit M. Steyert, mais le peuple qui « juge par l'oreille ». et que l'oreille ne substitue pas une désinence à l'autre (1). Le contester, c'est contester un des principes primordiaux de la science des langues. M. Steyert ne s'en fait pas faute, ni à propos de Cublize. ni à propos de Meys.

Il n'a pas été content du tout de l'argument géographique à l'aide duquel j'ai contesté que Meys pût devoir son nom do « petite mère » au voisinage de la source de la Brévenne. puisque cette source est sur Maringes. Il « réplique » que Mariages, d'après la théorie de M. Philipon sur les noms d'origine germanique, théorie que j'ai acceptée, n'existait pas à l'époque de la fondation de Meys. Admettons qu'il n'existât pas ; mais ne pouvait-il pas y en avoir un autre, sur tel ou tel point de la commune actuelle, éclipsé à la longue par le nom germanique? Si le territoire de Maringes était inhabité, n'est-il pas naturel de supposer que la partie où se trouvent les sources de la Brévenne dépendait de Viricelles. bien plus rapproché que Meys. et sans doute préexistant à l'établissement supposé des Sarmates? Répétons que Meys. masculin, ne peut pas plus sortir de Maticia (correspondant à matitza) que Cublize. féminin, de Kouplicium (correspondant à Kouph'tz). Donc il est toujours plus vraisemblable que Meys vient d'un Matisius, nom propre gaulois constaté, dérivé de l'adjectif * matis, bon. dont un autre dérivé se trouve dans Matisco, Màcon.

Nous voici en face de ce fameux Pomedius, tonne bas-latine de Pomeys. Il m'a valu des défis couverts et des leçons ouvertes Donc je suis sommé, ou à peu près, de démontrer : 1° que mei, au Xe siècle, voulait dire médium et 2° que Pomedius est une retraduction de Pomey.Je vais tacher d'y mettre la bonne grâce qu'un professeur de géométrie, invité à démontrer que les trois angles d'un triangle égalent deux droits, pourrait apporter à sa besogne. Il suffit de consulter un bon traité de phonétique française (-2) pour voir que, du ve au

1 Les changements de genre ou, plus rarement, de désinence ne sont que des exceptions qui ne peinent être admises que dûment constatées. Ce sont les scribes, d'après M. Steyert, qui auraient changé Oublis en Cublize .-qu'on prouve d'abord que Oublis a existé. D'ailleurs, is de icium serait devenu au fém. isse.

(2) Par ex. Darmesteter, Cours de grammaire historique de la langue fr., lre partie, p. 93.

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xc siècle, des noms tris que podium, médium, eu passant par » puoi, " miei, avaient abouti à pui, mien français. Le francoprovençal avait certainement laissé tomber ces finales (wm,o)

à la c ême date: nul n'en doute. Mais comme le franco-provençal ne diphtonguait pas encore Ye bref tonique, on disait certainement mil pour mediumbieii avantla findux* siècle(l). Ce mei a même subsisté dans nos pays jusque vers le xive siècle (-2). époque où il est devenu * miei-wiiè-miâ (dans les patois). Or, e long tonique s'étant diphtongue en ei bien avant la fin du xe siècle (3). il s'ensuit que Pometum se disait Pomei en même temps que médium se disait mei. Un scribe. qui n'était pas grand clerc, entendant prononcer Pomei et sachant que mei correspondait à medius-/medium) était naturellement porté à traduire Pomei par Pomedius, au lieu de Pometum qui ne se prononçait plus ainsi depuis des siècles. On voit si cette explication est plus plausible que celle qui décompose Pomedius on po} le long de -\- Médius/ Sans compter que Médius ne peut être ni à la date supposée de la fondation du village, ni même au xp siècle, une transformation du Madisius-Madisus des documents, le préfixe slave po (( comme dans Poméranie, qui signifie le long-de, au bord de la mer », aurait été bien empêché de se souder a son voisin Madisius, dont il était séparé par Gratiacus (Grézieu), nom sûrement gallo-romain. D'ailleurs, quand M. Steyert écrit que Pomeys tire a évidemment >» son nom de Meys, il oublie: 1° que Meys a toujours eu un s et que Pomeys ne l'a que depuis le xviii" siècle, par suite d'une méprise orthographique, due peut-être, ainsi que je l'ai écrit, a l'analogie de Meys; 2° que Pomeys n'a jamais eu d'à. tandis que les tonnes les plus anciennesde Meys sont Mais-Mays. Voilà pour lui. sans doute. bien des « chinoiseries » phonétiques: mais pour les philologues, ce sont arguments décisif s contre son étymologie (4).

1 C'est uniquement faute de doeumenls qu'on ne signale pas mei eu Lyonnais avant le xinesiècle,ni en dauphinois avant lexir; mais, d'une part, La certitude de la chute des rin^l^-s avanl le x' siècle, d'autre part, la certitude de me? dans les xn et xin siècles, établissenl d'une façon indéniable son existence étiez nous au x siècle.

i. M i ssafia. Zur Christophlege?ide (document lyonnais du xm s. . Wien, 1893, p. 50: - fenl l<> per lo mei ».

On trouve, à Vienne, le nom Erlenus écrit Erh fan r»n7

(U. Chevalier, Cart. 'h' s. a. u lins, v.r .

J'avais fail déjà, brièvement, la première de ces objections; M. Steyerl n'y a rien répondu.

Après les défis. les leçons. M. Steyert veut bien m'apprendre,

en employant le mot de « leçon ». — lequel, entre autres choses, prouve qu'il est bien sur de son fait. — que Pometum est (( une forme inusitée chez nous et que l'on disait correetetement.en latin classique, Pomm %um ".Passe pour la seconde proposition: oui. on disait, en latin classique. Pomarium, mais on disait aussi parallèlement, en latin vulgaire, Pometum, qui se trouve déjà au rve siècle, chez Palladius, dans le sens de verger, et qui prédomina, dans le latin vulgaire, au sens de pommeraie. Qu'entend M. Steyert par « chez nous »î Je trouve dans les Chartes de Cluny (1). Pomedo au pagus d'Autun. en 984. — ce Pomedo n'est pas loin de notre Pomedius; — on signale aussi an Pomoy dans la Haute-Saône, un Pomet dans les Hautes-Alpes, tous sortis évidemment, avec les différences dialectales, de Pometum. P< rarquoi n'y aurait-il pas chez nous un Pomei taisant le trait d'union franco-proven- <;al entre le Pomoy du Nord et le Pomet du Sud? Pourquoi, d'autre part. Pometum serait-il plus étonnant que Nucetum, PrunetumeX tant d'autres qui couvrent ledomainegallo-roman.' Les deux tonnes Pomarium et Pometum étaient si connues, et précisément dans le franco-provençal, qu'on les a soudées parfois pour faire Pomaretum; delà Pamaray, dans l'Isère (commune de Proveysieux) (-2). Enfin, deuxième leçon. — toujours en ce qui concerne Pomeys — : « Je compléterai la leçon, dit-il, en ajoutant que Pometum pas plus que PomaHum ne veut pas dire « lieu où l'on cultive lespommiers »>. mais bien un champ planté d'arbres à fruits de tous genres. Un élevé de sixième le lui aurait appris ». Dans la bouche d'un élève de sixième, la leçon aurait été très intelligente et sans doute aussi très gentille. J'aurais tout d'abord félicité ce brave écolier pour sa précoce logique, de si bon augure pour son avenir, et je lui aurais dit doucement : « Continuez, mon enfant, à traduire, dans vos auteurs classiques, pomum par fruit et nialum par pomme et à bien leur donner toujours ce sens dans vos thèmes. Mais quand vous serez en troisième, on vous apprendra. — comme on le fait partout depuis plus de vingt ans. — qu'a côté du latin classique il y avait un latin populaire, d'où dérive le français; qu'en latin populaire pomum

il) T. II, p. 696.

(2 Cf. Pomarez, dans les Landes, la Pommeraie (= Pomareta , dans la Vendée, etc.

avait pris la place de nialum; el que je devais, quand même cela vous scandalise pour le moment, traduire Pometum par a lieu planté de pommiers >>. puisqu'il ne pouvait avoir un autre sens en latin populaire. -

Première conclusion: il est démontré qu'à s'en tenir à Y Histoire de Lyon, la colonie sarmate du Forez n'est qu'une hypothèse et que cette hypothèse ne trouve aucun appui (1) dans la toponomastique.

M. Steyert essaie de consolider cette hypothèse dans son Appendice. Examinons ses nouveaux arguments. Il proteste contre le mot de colonie « supposée », en disant: « C'est la présence certaine des établissements sarmates dans la Première Lyonnaise qui m'a inspiré l'idée de rechercher s'ils n'avaient pas laissé des traces de leur présence dans L'onomastique topographique ». Fort bien; mais M. Steyert ne prend certainement pas Forez et Première Lyonnaise comme termes synonymes. Si la présence do± Sarmates est certaine à Langres et à Autun (2), s'ensuit-il qu'elle le soit dans le Forez? Donc, en ce qui concerne le Forez, c'est toujours une hypothèse. C'en est si bien une que M. Steyert est obligé de recourir à l'induction: a la suite d'une sorte de calcul stratégique, il conclut: o Tl est évident, d'après l'ordre d'énumération, qu'entre la Lyonnaise quatrième, la Belgique seconde elles deux cités secondaires de la Lyonnaise première (Langres et Autun), il ne peut y avoir place que pour la cité métropole de cette province et le district des Ségusiaves, parce que la ville de Lyon avait exigé (3) que ces hôtes farouches fussent éloignés de son voisinage ». S'il y a évidence, elle ne peut être que subjective. L'ordre d'énumération n'est

1 Le seul appui de quelque solidité sérail dans les noms de Sermézy, Sarmase el analogues que M. Steyerl a éliminés dans le tomel, 197. 11 se ravise bien dans le tome 11,34 1, en disant qu'ils ne « procèdenl pas tous de celui d'un particulier nomme'1 Saumaise ». 11 renvoie la question aux Errata.

2 M. Sleyerl regarde l'établissement des Sarmatesà Autun comme certain; preuve qu'il ne s'esl pas servi d'une édition critique de la Notifia. Deux m--, seulement donnent le nom commencé Au; les autres mss. n'onl pas même cette syllabe. Ce sont les éditeurs — il»' jadis — qui onl conjecturé .4 u [gustoditno]. Hypothèse très vraisemblable, admise aussi parBôcking, — non dans son texte, — puisque l'ordre d'énumération, qui descend du Nord, place cette vi lie A u... après Langres, mais toujours hypothèse.

ML Steyert ne dit pas si cette protestation de Lyon esl une conjecture ou un l'ait historique certain; il eût été à propos de 1*' dire.

ETYM0L0G1ES LYONNAISES 57

pas aussi clair que cela. Si. à défaut du texte critique, on pouvait faire abstraction de Segolaunonim, on conclurait tout aussi bien que la colonie de ces Sarmates, placée, dans le document, entre celle de la Belgique deuxième (pays de Reims et d'Amiens) et celle de Langres, n'a d'emplacement naturel qu'au nord du pays ^\c Langres. Mais si l'on n'a sous les yeux — et c'était le cas — qu'un texte avec Segolaunorum, il faut laisser la colonie des Sarmates dans le pays de ceux-ci, c'est-a-dire dans le voisinage de Valence, où elle aurait eu pour but d'appuyer la flottille du Rhône. Il n'y a qu'un moyen de se tirer d'affaire, c'est de mettre Segusiavomm à la place de Segolaunorum. C'est ce qui avait été l'ait dans Y Histoire de Lyon, mais sans (pie j'eusse su comprendre quel était l'auteur de cette restitution hardie. Cette t'ois. M. Steyert dit nettement que c'est lui-même : o Texte que l'on a reconnu altéré' et que j'ai proposé de rétablir par Segusiavorum ». Nem'a-t-il pas reproché des nomso modifiés arbitrairement pour favoriser un système préconçu >>? Le reproche fut-il fondé, on jugera que le procédé est moins grave en matière étymologique qu'en matière historique. De toutes les hypothèses que l'on peut faire sur remplacement de cette colonie, quoique mentionnée, dans la Notifia, avant celle de Langres, il se peut que l'hypothèse de M. Steyert soit la plus rapprochée de la vérité, que le vrai texte de la Notitia se rencontre même avec elle: mais ce sera une rencontre purement fortuite. En fait, cette hypothèse ne repose, dans l'Appendice, que sur un calcul qui peut être juste ou non. et sur une correction do texte qui ne parait pas assez désintéressée pour emporter la conviction du lecteur.

Il était bien à propos d'appeler une fois encore l'étymologie a la rescousse. M. Steyert cherche de nouveaux noms << a physionomie slave » qui puissent corroborer l'interprétation qu'il a donnée des noms de Cublize, Meys et Pomeys. A vrai dire.il n'en cite que deux qui intéressent directement le Roannais: Previstus, que je croyais abandonné, et Lurcy. Il affirme, comme très vraisemblable, que- le nom de Previscus est d'origine slave et dérivé de previsti, transporter». C'est toujours l'étymologie proposée dans YHistoire de Lyon, avec eette différence qu'on ne suit plus, dans l'Appendice, s'il s'agit de Previstus ou Previscus. Previscus, qui est bien en effet laforme fournie par le Gartulaire de Saint-Vincent de Mâcon

(n° CCCXLI) et la seule correcte (l)se rattache aux noms à sudfixe iscus el doit, en bonne philologie, être considéré comme celtique, gallo-romain ou germanique, au même titre que le celtique Lodiscus, le gallo-romain Romanisca ou le germanique Attaniscus, jusqu'à ce qu'on ait démontré que le nom propre qui est à la base est slave. Ce n'est pas encore fait. En tout cas, on peul affirmer, en toute certitude, que Previscus n'a rien a faire avec le verbe slave previsti, transporter (2). Lurcy est donné comme « d'origine également barbare (Leodetricus) >>. 11 est absolument certain que Lurcy ne peut être le continuateur philologique de Leodetricus ; en tout cas. si Leodetricus est barbare, il n'est pas slave ; c'est simplement un nom de personne germanique, que je crois reconnaître dans le Leotrico d'une charte de Cluny (3).

Deuxième conclusion : aucun des noms roannais allégués par M. Steyert. dans son Appendice aussi bien que dans son Histoire, n'a une « physionomie » assez « slave » pour prêter un appui quelconque à l'hypothèse de rétablissement sarmate en Forez.

M. Steyert recourt à la toponymie des pays voisins. Des noms slaves : mais n'y en a-t-il pas. et de certains, en Bresse et jusque dans le nom de la Savoie ? Notons que cela ne prouverait rien pour le Forez. Mais je consens à le suivre encore sur ce terrain.

Comment des noms slaves peuvent-ils se trouver en Bresse et en Savoie ? Ce n'est pas par le fait de colonies sarmates. Par suite donc de quel événement ? Voici comment l'auteur de la Nouvelle Histoire (te Lyon l'explique : les Alamans, nation puissante, composée de races variées, avaient occupé, avant 476, le vaste territoire des Séquanes. jusqu'au cœur de la Bresse. « Leur long séjour, attesté par un géographe (i). se

(li 11 est à présumer que Previstus, dans l'Histoire de Lyon et dans l'Appendice, est une faute d'impression; M. Steyert n'a pu lire dans ce Cartulaire, autpiel il renvoie le lecteur, que <• in Previsco villa ».

i2i G'esl l'opinion d'un savant professeur bulgare, M. Maléeff, qui travaille, depuis de longues années, à un grand diclionnaire slave, destiné à corriger et compléter celui de Miklosich.

3] Ch. de Cluny, 1, p. 188 (a. 916 .

't Hist. <le L.. 1, 547. .le suis de ceux qui auraient besoin ici d'une référence, no fût-ce (pie pour savoir si ce géographe amenail Les Alamans jusqu'en Bresse. Walafrid Strabon, du ix s., parle bien, dans la Vie de s. Gall (Prol.J, de L'occupation de la Gaule autour de VAraris

révèle par de nombreux indices étymologiques d'origines slave et touranienne. » De là les noms slaves de la Bresse et de la Franche-Comté. Pour le nom de Savoie. Zavoda (Za, trans; roda. aquam9\e pays d'au delà de Veau), il aurait été « donné par les Alamans d'Helvétic à la région qu'ils apercevaient au delà du Léman » (1). On voudrait croire à un lapsus; car on ne conçoit guère que les Alamans. peuple si foncièrement germanique, qui a même laissé son nom au dialecte alémanique parlé en Souabe,en Alsace et en Suisse,aient pu donner des noms slaves aux pays qu'ils occupaient ou qu'ils apercevaient au loin. M. Steyert soutient que, les Alamans étant un peuple peu homogène, composé de diverses tribus, il y avait parmi eux des tribus slaves et transouraliennes, et que ce sont ces tribus qui ont eu le privilège de laisser de a nombreux indices étymologiques)» dans nos pays. Je sais bien qu'en effet les Alamans formaient un peuple assez mêlé, Uyx.*'.£cii Kttt «iy«^» ùvêpîvm, comme dit un chroniqueur ancien (2). Mais je croyais, comme bien d'autres, que c'était essentiellement une confédération de tribus germaniques. M. Steyert doit avoir de bonnes raisons de croire à la présence de peuplades slaves et transouraliennes. parlant encore leur langue. parmi les Alamans du ve siècle (3). S'ensuivrait-il que ces

par les Alamans; mais il est reconnu qu'il s'agit là de l'Aar, et non de la Saône. S. Grégoire de Tours ne favorise pas la thèse de M. Steyert : dans la Vie de S. Lupicin, mort vers 180, il place le désert du Jura où fui fondé Gondatisco (St-Glaude) « inter Burgundiam Alemanniamque » (Vit. patr., I, li. Cf. Roget de Belloglet, Mémoire critique sur l'origine et les migrations des anciens Bourguignons, p. 184, sq.

(1). Eist. (te Lyon, 1, 550. M. Steyert ne parle plus de Zavoda dans l'Appendice ; Paurait-il abandonné ? < »n ne pourrait que l'en féliciter, mais il eût dû le dire; je le retiens, puisqu'il me renvoie à la carte de son Histoire. Il y rapproche Zavoda de Sabaudia, c'est-à-dire d'une forme secondaire. La forme primitive est Sapaudia, chez Ammien Marcellin, dans la Notitia (éd. critique), la Chronique deTiron et saint Avit.

(2) Asinius Quadratus apud Agath.. 1,6.

3 Gapitolin signale bien des Sarmatesdans la confédération alamanique du ir s. [M. Anton., philos., 22); si cette tribu faisait encore parti-' intégrante des Alamans au v s., parlait-elle toujours slave? Ou était-ce de nouvelles tribus? — 11 faut supposer que M. Steyert possède de meilleures preuves que l'étymologie qu'il donne, dans son Histoire (I, 145), du nom des Alamans : ■■ ala, bigarrés, — el non ail, tous, — mann, homme. Il y avait là des Slaves el même des tribus de race touranienne, comme le prouve le premier élément du nom de l'association ». C'est simplement une pétition de principe. Il répète l'étymologie dans son

Slaves et Transouraliens aient pu faire prévaloir leur langue sur celle de l'immense majorité de la confédération, au point que les Alamans d'Helvétie imposassent a la Savoie un nom slave plutôt que germanique? Laissons là les difficultés d'ordre historique que soulève cette hypothèse, et bornonsnous à examiner «< les indices étymologiques » signalés par M. Steyert.

11 donne pour certainement slaves et écrit en caractères slaves les m nus de Dombes, Bresse. Seoting, Varesque et Savoie. Cette origine slave est-elle certaine ? On ne peut pas hésiter à répondre non. — M. Holder range le Dombensis pagus parmi les noms celtiques, et si l'on rapproche ce nom du nom celtique de femme Dumba, ou doit convenir : 1 que l'explication de M. Steyert cesse d'être certaine ri 2° que l'interprétation celtique est bien plus vraisemblable que l'interprétation slave. — Pour le nom de la Bresse, il n'y a pas de doute possible; notre Brixia, Briscia, Brescia est aussi sûrement celtique que le Brixia d'Italie, le Brixus saltus des Vosges, le Brixis vico d'Indre-et-Loire, le nom de la déesse Brixia et celui de saint Brixius. — Scoting est certainement un nom propre germanique avec le >uîfixo patronymique.— Varesque est une forme fautive; le mot ancien est Warasci (1). dont W(ii-tis<inps est la forme savante, et Varais la forme populaire : mot évidemment germanique. — Quant à Savoie expliqué par Za Jr voda, je ne puis m'empêcher d'y voir une perle philologique. On se prend a rêver devant la fortune d'un nom jeté ainsi par-dessus les belles eaux du Léman

Appendice (p. 57). on ne peut hésiter qu'entre deux étymologies: celle qui regarde Alamanni comme une forme latinisée de Alemann=alle ma nner, étymologie traditionnelle, que M. Steyert trouve dénuée de sens el qui n'est guère plus étonnante que celle des Pamphyli doutes tribus); el celle de M. Franz Ludwig Baumann quitienl Alamanni pour la bonne forme et l'explique par Alah—manni, « les hommes du bois sacré, du sanctuaire ». Rien de slave.

1 Warasci se déduit du Comitatus Wirascorum (D. Bouquet, Recueil fies historiens des ami les, t. VI. p. 202, a. 829) et de Warasch . I. VII, p. 110, a. 870). .le lis dans le Nouveau Dict. de Géogr. de Vivien de Saint-Martin, l'intéressante observation que voici, au mot Varais : « Un village du canton d'Ornans, Scey, porte le surnom en Varais. Ce nom parait venir d'une tribu appelée les Warasqoes, de race germanique, établi.' sur Les possessions des Burgondes avec leur consentement, au v siècle . Nous voilà loin des Slaves, el de Var (chaux) + esque, suftixe slave!

ETYMOLOGIES LYONNAISES Cl

et accepté d'emblée par les Allobroges qui l'entendent de loin, d'une bouche ennemie, et qui sûrement ne le comprennent pas. Au point de vue phonétique, s'explique-t-on que Za -4- voda aboutisseà Sapaudia l Mais ne parlons ni de l'invraisemblance du procédé d'appellation aides impossibilités grammaticales : il y a an fait qui tranche la question. Il est admis que les Alamans n'ont pu occuper l'Helvétie jusqu'au Léman que vers les commencements du Ve siècle; or. Ammien Marcellin. qui connaissait bien la Gaule pour y avoir servi sous Julien, mentionne la Sapaudia dans le tableau géographique qu'il trace de la Gaule en redatant les événements (W 355 (1). Za -f- voda n'aurait pu être, au ve siècle, qu'un calembour par ;'i pou près sur le nom préexistant de Sapaudia.

M.Steyert ajoute a sa liste de noms slaves celui de Tramoyes, Stramiacum, c< dont la physionomie slave est évidente ». Il reproduit ici une identification des plus contestables. Il est certain, philologiquement, que Tramoyes (au moyen âge Tremoyes) ne peut sortir de Stramiacum et. que le put-il. il serait encore gallo-romain. D'ailleurs, je ends avoir démontré, il y a près de neuf ans [(2), que Grémieu a plus de titres que Tramoyes à se dire le continuateur de Strabiacus (3) — Stramiacus, — Stremiacus, nom gallo-romain qui veut dire, conformément à la doctrine de M. d'Arbois de Jubainville, « propriété d'un *Strabius ».

Restent, donnés comme douteux, Varey, Gormoz, CormorancheetCormaranche. Bien douteux, en effet. — Varey, dans les anciens documents Variaco, Vareyo, Varegio (son équivalent graphique). Varrio (fautif) et Varei, semble bien se l'attachera Varias, quoique la forme Varey (de Variacus) ai4 soit normale qu'au nord de la Bresse ('*). — Quant à Gormoz,

(1) Qu'on n'objecte pas qu'Ammien écrivail vers l'an 390; il esl bien

évident que dans un tableau de la Liant*' pour L'année 355 il n'aurait pas employé une dénomination inconnue à cette date, sans prévenir le lecteur d'une façon quelconque. — Le surnom de Sapaudus à Vienne, du i\ ou V s. (G I L, 203:')!, se rattache sûrement à Sapaudia, et snppos<'. pour celui-ci, une date bien antérieure.

(2) Université catholique, juillet 1891.

(3) C'est la forme primitive, constatée dans le Gartulaire de Cluny : t. II, p. 169 (a. 975) : inagro Strabiaco; #>.,p. 546 (a. 979) : in agroStrabiacense; ib. p. 208 (a. 961-2) : in agro Estrabyacense. C'est Le h intervocalique qui se change en m et non vice versa.

(4i C'est la même anomalie que pour le nom de Vaugneray, de Vallis Xeriaci [2Çomsde lieux, p. 36 .

si on le rapproche du Cormes de la Sarthe, du Gormot de la ( ;.tc-<r< »r. du Gormost de l'Aube, on est amené à une étymologie celtique ou ligure, plus sTaisemblable, assurément, que l'étymologie o transouralienne ». — Je ne parle pas de CormorancheetdeGormaranche « qui ont, dit M. Steyert, uneétroite affinité avec les trois Cormoz » et qui lui semblent signifier c< marécageux >•. Les formes anciennes de ces noms les font nettement rentrer dans la famille des noms germaniques en inga.

M. Steyert considère les Romanèche de l'Ain (App., p. 56) comme des uoms hybrides formés du nom ethnique Romanus -{- le suffixe slave isc ou esc, et. conséquemment, comme des indices d'une population slave fixée en Bresse. J'ai affirmé plus haut que Romaniscaé\âi\ un nom gallo-romain; la preuve en sera fournie plus loin, quand j'aurai à ni'occuper de ce suffixe.

Ainsi, l'argument analogique n'est pas plus solide que l'argument direct: on ne trouve pas plus de noms certainement ou vraisemblablement slaves en Bresse, en Franche-Comté et en Savoie que dans le Forez. Tout au moins, ceux qui ont été produitscomme tels pour prouver ou appuyer l'hypothèse d'un établissement sarmate dans le Forez, peuvent tous recevoir une explication plus vraisemblable par le celtique, le latin de Gaule ou le germanique que par le slave. Tels noms ont beau être imprimés en caractères slaves, cela ne peut faire illusion qu'à ceux qui ne sont pas au courant des progrès de la science étymologique.

Est-ce a dire qu'on doive rejeter absolument l'hypothèse d'une colonie sarmate sur les bords de la Loire? Non, sans doute; mais ce que je devais faire remarquer, «-est que M. Steyert n'a réussi, ni dans son Histoire, ni dans son Appen. dice, adonner a cette hypothèse un fondement solide. On peut trouver un meilleur argument que ceux qu'il donne, et il ne tenait qu'a lui de le découvrir. Il a eu la pensée, et il faut lui ou savoir gré, d'utiliser, pour l'histoire du Lyonnais au Ve siècle, le précieux document qui s'appelle. — en abrégé. iaNotitia Dignitatum, sorte d'annuaire officiel de l'administration romaine en orient el en Occident, de l'époque d'Honorius (1) (395423). .Mais a-l-il pris la précaution de consulter une édition

1 Non pas d' «Honoré • A.pp., p. 44)!

critique du document l Quand je lus. pour la première fois, dans son Histoire de Lyon, la correction de Segolaunorum en Segusiavorum, il me fut impossible sans doute de n'y pas voir une simple conjecture, mais je crus devoir L'attribuer à un éditeur delà Notitia, et comme alors je n'avais pas à discuter en elle-même l'hypothèse de la colonie sarmate en Forez, je ne fis aucune recherche à cet égard. Aujourd'hui, M. Steyert, m'oblige à discuter l'hypothèse telle qu'il l'a présentée, et de plus il m'apprend qu'il était personnellement l'auteur de la correction. Force m'était d'étudier jusqu'à quel point elle se trouvait objectivement justifiée. Naturellement, je me suis adressé aux meilleures éditions qu'on possède de la Notitia : celle de Bocking, en trois volumes, avec de copieux commentaires (1839-1853), et celle de M. Otto Seeck. plus strictement critique, en un volume (1875). Or. voici, en abrégé, ce qu'ils m'ont appris sur la question qui nous intéresse.

Le texte critique de la Notitia doit s'établir sur les quatre manuscrits dérivés d'un manuscrit du ixe,xe ou xie siècle, conservé jadis à Spire et perdu depuis le xvr siècle. Les leçons de ces quatre manuscrits, pour le texte qui nous intéresse. sont les suivantes (1) :

P (Paris) : per tractum rodune semetalaunorwm.

M (Munich) : omet le texte.

G (Oxford) : per tractum dune semeta launorum.

V (Vienne) :per tractum se meta launorum.

Gomment avait-on pu extraire de là la leçon : Per tractum Segolaunorum l C'est Bocking qui nous l'apprend (2). Elle est le fait d'un Italien du xvr siècle. Panciroli, qui ne tint aucun compte, ou à peu près, des manuscrits ; il supprima rodune et ... dune qui le gênaient, et. avec semetalaunorum, forgea Segolaunorum pour le rapprocher du Zîyxxxuwjl de Ptolémée — les Segovellauni de Pline — habitant autour de Valence. Belle témérité et qui eut un beau succès : la leçon fut adoptée par les éditeurs qui le suivirent et par des savants tels que A. de Valois. Labbe et d'Anville. Ce n'est que l'édition de Bôcking (2e vol.. 1853) qui révéla cette incroyable méprise, persistant depuis deux siècles et demi. Il y aura donc bientôt un demi-siècle qu'on n'a plus le droit, en bonne

(1) SEEK,Notitia Dignitatum, y. 219.

(2) Bockixg, Notitia hignitatum, II. p. 1112.

64 ÉTYMOLOGEES LYONNAISES

critique, de retenir Segolaunorum, même pour le corriger en Segusiav&rum.

En combinant les variantes des manuscrits. Bocking imprima dans son texte de la Notifia : per tractum Rodune[n]sem et Alaunorum, et proposa, dans son commentaire, de remplacer Alaunorum par Velaunorum, en traduisant : « dans le district du Roannez et du Vêlai ». M. Seeck admet la leçon de son prédécesseur, mais non sa conjecture trop hardie de Velaunorum. Le texte critique est donc bien : Prœfeetus Sarmatarum Gentilium per traetum Rodune[n]sem fi Alaunorum. ( lomme on est fondé à voir dans Rodunensem l'adjectif du rJouv* (— Rodumna) de Ptolémée, le Roidomna de la Table de Peutinger, on peut en conclure que la colonie sarmate se trouvait sur le territoire de c< Roanne ».

Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est une certitude ; le texte soulève des difficultés qui ne sont pas toutes résolues. Mais enfin, d'une part, le terme de Rodunensem est suffisamment justifié: de l'autre, il concorde assez avec Rodumna pour que l'hypothèse soit vraiment probable ; elle repose en définitive sur un texte qu'on n'a pas eu besoin de torturer pour lui fournir une base.

J'admets donc aujourd'hui la très sérieuse probabilité d'un établissement sarmate dans le Roannais, mais uniquement sur la foi du texte critique de la Notitia. Quant aux indices étymologiques qu'a cru découvrir M. Steyert.je ne puis en admettre aucun. Le seul indice sérieux, ce seraient les noms deSermaise et analogues qu'on peut rencontrer dans la région (1). noms que M. Steyert élimine dans le premier volume de son Histoire, semble remettre en cause dans le nd, et néglige totalement dans son Appendice. On conviendra que voilà au moins un point où la méthode critique donne de meilleurs résultats que la méthode conjecturale.

(1) M. Vincent Durand a précisément signalé deux Localités du nom de Sermaise sur les bords de la Loire : Sermaise, sur la commune de Cordelle, « station probable d'auxiliaires sarmates sous le Bas-Empire » [Bull, de la Diana, VII, p. 361), et 1rs Sermaises, sur la commune de Poncins ?'&., p. 382). G'esl en effet bien probable, historiquement (d'après Le vrai texte, de la Notitia) et aussi philologiquemenl : ces noms dérivent de Sarmatia, qui veul plutôt dire >< établissement de Sarmates » que - domaine d'un Sarmate ». Le cas est tout différent de celui de la terra Teotfalensis. -- Si Ton trouvait quelque Alogne (Alaunia) dans La région, cela ferail un ensemble de probabilités éauivalant à la certitude. Ce u'esl pas, en toul cas. VAllognère, iH. de Cordelle), qui dérive dialogue, uoisette bois de noisetiers .

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