‹ Eugène BoudinChapitre 17 sur 25 · LP EN PR · texte numérisé non relu

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Courbet. Il s’essayait à peindre des natures mortes dans le goût de Chardin, des bateaux dans les ports, des animaux, des ciels surtout.

« M. Boudin avait procuré à Millet, au Hâvre, quelques ventes de petites compositions à la Diaz et quelques portraits, à 30 francs, de capitaines en partance ou d’armateurs retirés du trafic du bois d’ébène.

« Il avait entrevu, sur la face amaigrie du robuste travailleur ce qu'un débutant n’appartenant pas à l'Ecole, avait à avaler de vache enragée. Il débarqua sans moins de confiance dans ce Paris si blasé et si curieux, si occupé et si bon enfant.

« Il aida pendant plusieurs années, Troyon, miné déjà par des troubles mortels des centres nerveux, à mettre au carreau ses grandes compositions, à les ébaucher, même à y épandre les ciels superbes aux nuages gonflés de pluie. Il travailla pour lui-même sur les quais, dans les squares de Paris, si abondamment pittoresques. Les petits amateurs, les petits marchands à qui leur bourse ne permet pas de miser sur une mazette, l’aidèrent à affirmer sa personnalité. IT trouva peu à peu le placement de ses ports où les cordages dessinent sur l'horizon laiteux des tissages d'araignées,

de ses plages aux foules bariolées, de ses chalands aux

bordages rechampis de vert pomme ou de minium. »

Quant à l'exposition elle-même, voici ce qu’en dit, le 15 février 1883, M. Gustave Geffroy :

« On a l'impression en passant devant ces cinquante pein-

tures, d’un voyage que l’on ferait en vue de nos côtes de l'ouest. Eugène Boudin l’a fait et refait, ce voyage, depuis le Finistère jusqu’au Pas-de-Calais. Les aspects du ciel, de l’eau, de la terre changent sans cesse, un catalogue est inutile devant ces pages où rien ne ment, où les verdures donnant aux nuages la réplique juste, l’assaut du roc par la lame, les ondulations de la vague qui vient mourir sur le sable des plages, le chaume, les tuiles d’une cabane, l'indication d’un costume, nous disent sans erreur sur quel point précis du littoral nous nous trouvons.

« Eugène Boudin a longé les côtes bretonnes hérissées de rochers, les falaises normandes, les dunes artésiennes. Epris de la mer à toutes les heures et dans toutes les saisons, il s’est arrêté partout, a noté les aspects différents du même paysage. Il parcourt toutes les criques, tous les ports, toutes les embouchures de rivières.

« Il peint la vie et la solitude. Les drames qui se jouent entre les pierres et l’eau l’intéressent autant que le grouillement d’une ville maritime. Il est l'historien des formations d'alluvion, des flaques d’eau que laissent les grandes marées

bien avant dans les terres. Il est aussi l'historien des bassins

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