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Louis-Eugène Boudin est né rue Bourdet à Honfleur (Calvados), le 12 Juillet 1824.
Ne
Son père, ancien canonnier à bord de la Frégate Ja Magi-
cienne, était pilote sur Français, bateau qui faisait le ser-
2 N° 143. — Naissance de Boudin Louis-Eugéne. — Des registres de l’état civil de ca la ville de Honfleur a été extrait ce qui suit :
| fé Année 1824. — Du treize juillet mil huit cent vingt-quatre à deux heures de FE
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relevée, acte de naissance de BOUDIN, Louis-Eugène, néd'hier à cinq heures du matin, fils de Léonard-Sébastien Boudin, marin, et de Marie-Félicité Buffet, son épouse,
demeurant à Honfleur, rue Bourdet, et section de l'Est. Le sexe de l'enfant a été reconnu masculin.
vice entre Honfleur et le Hâvre. Sa mère faisait office de femme de chambre sur ce même bateau.
Tout jeune, Louis-Eugène Boudin navigua comme mousse à bord d’un long courrier. Il fit ainsi des voyages en Angleterre et aux Antilles.
Son frère Louis «qui est de la plume» a écrit à ce sujet
les vers suivants :
Sur la mer ils étaient tous dans notre famille
L'aïeul et ses enfants équipaient la flottille.
Quatre petits bateaux aux noms doux et pieux :
Reine des Flots, Joseph, l'Enfant Victorieux;
Et le dernier, plus grand, un sloop, Sauveur du Monde, Réputé le marcheur à vingt lieues à la ronde,
Avait pour commandant mon père, ei pour seconds,
Mes deux frères dont l’un qu'aujourd'hui nous pleurons.
Dèsl’âge de quatorze ans, la vocation d'Eugène se révèla.
C'est en 1836, en effet, qu'il commença à dessiner.
Premier témoin : Le sieur Le Breton, Jean-Baptiste, journalier; Second témoin : Le sieur Le Roy, Jean-Auguste, aussi journalier, majeurs et demeurant au même lieu. Sur la réquisition faite par le père de l’enfant qui a signé avec nous Mathurin- Jacques-Olivier Vaquet, premier Adjoint à la Mairie de Honfleur, Officier public délégué par Monsieur le Maire, les deux témoins ayant déclaré ne savoir écrire ni
signer, de ce requis après lecture.
Signé : BOUDIN VAQUET
craie Mare
M. Robert de la Villehervé possède de lui un dessin
remontant à cette date.
L'écrivain hâvrais le décrit ainsi :
Sur un papier fort lisse, l'artiste a employé non seulement deux crayons, noir et blanc, mais aussi le lavis de bistre. Aussi une photographie n’en donnerait qu’une trahison.
« Deux lignes d'arbres tortueux aux cimes dénudées, au bas de la berge herbue d’une rivière qui serpente dans une plaine partout rase et immense. Voilà le dessin.
« C’est même l'extraordinaire impression d’immensité de cette plaine dans un croqueton de 27/20 qui frappe surtout le spectateur, plus même que le faire déjà libre et bien per-
sonnel de l'artiste enfant. >»
Il avait, avons nous dit, quatorze ans. Déjà il s'était essayé à reproduire ‘‘au jus de chique ” des barques, des bricks et des trois-mâts.
Son père ayant pris sa retraite, emmena au Hâvre Eugène Boudin, sa sœur et son frère Louis. Il ouvrit, Grand Quai, 51, où sa fille, Madame Veuve Charles, habite encore, une petite papeterie. Là, Eugène Boudin devint
commis et continua à dessiner sur les quais, le port, la
grève et la falaise.
Le hasard amena dans son magasin le peintre Troyon qui
le chargea de tendre et d’encadrer quelques pastels.
Boudin essaya alors de faire un paysage dans la manière de ce maître, et il eut la bonne fortune de le mettre sous les yeux d’un autre grand peintre, de Jean-François Millet.
I1 a lui-même raconté ces débuts de sa vie d'artiste, et nous ne pouvons mieux faire que de lui laisser la parole :
« Quoique né à Honfleur d’un père marin, je n’aurai pas
l'ingratitude d'oublier que c’est la ville du Hâvre où j'ai été
2 RDA VIE
-élevé qui m'a encouragé et pensionné pendant trois années.
« J’ajouterai même que ce fut pour moi et sur les instances d’Alphonse Karr, que Troyon, Isabey et Couture, -sollicitèrent, appuyés par Couveley, alors conservateur du Musée, une pension annuelle qui me permit enfin d'aller
à Paris et d'y passer quelques mois.
« Mais, avant cela, j'avais tendu bien des carrés de papier à pastel. Le pastel était alors en vogue. Ce fut vers 1846 que
| Müillet, qui venait d'étudier à Paris sous Delaroche,
cherchait « du travail » selon son expression, et vint faire au Hâvre une série de portraits, depuis trente francs, à l'huile et au pastel. Le futur auteur de /’Angelus n’était guère cossu alors. Privé de la maigre pension qu'il recevait de Cherbourg, sa ville d'adoption aussi, il en était réduit à faire des dessins dans différents genres, des Veri-Vert, puis de petits pêcheurs à la ligne, le torse nu et diaprés de taches de soleil dans le goût de Diaz et de Couture. Il cherchait sa voie. Ce fut l’auteur de tant de beaux dessins qui me corrigea mon premier essai, un paysage dans la manière de Troyon, dont j'avais eu tant de fois l'occasion d'encadrer et de vendre les pastels.
« À dater de ce moment, c'en fut fait du papetier-encadreur. Lorsque Millet me vit manifester l'intention d’en faire aussi, comme il disait, il ne me dissimula point son inquiétude sur mon avenir, lui dont la route n'a pas été semée de roses. Le pauvre grand peintre pressentait la série d'épreuves qu’il me serait donné de subir. Il était lui-même dans une passe si difficile qu'il dut rester près de deux années au Hâvre où 1l était venu en passant.
« Vous devez bien penser que je n'en tins pas compte : je quittai un métier solide pour prendre le pinceau.
« Le portrait était alors en vogue; ce fut dans ce genre
que je débutai. J'y aurais fait quelques progrès sans doute,
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mais outre que ma manière ne plaisait guère aux bourgeois, le daguerréotype venait d’être inventé et le portrait peint subit un temps d’arrêt : on y renonça tout à fait.
« IT fallut chercher à gagner sa vie en faisant fout ce qui concernait son état; je fis ce que je pus... tableaux de salle à manger, aquarelles, paysages et enfin tout ce qui pouvait rapporter quelque profit.
« Ma pension avait pris fin : La ville du Hâvre ne me devait plus rien, mais elle avait eu une déception. On s’imaginait que j'allais revenir, aprèstrois années d'entretien, un phénix de l’art; j'étais revenu, plus perplexe que jamais, sollicité par les célèbres d’alors, allant de Rousseau qui nous séduisait, à Corot qui commençait à nous montrer une autre voie. C'est ainsi que s'écoulent les plus précieuses années de ceux qui, comme moi et tant d’autres, tâtent le terrain et s'essaient durant des années à chercher ce qui peut plaire au public, souverain dispensateur de la renommée. On cherche sa voie et l’on ne parvient, en faisant les plus grands efforts, qu'à gâter ce que l'on avait en soi d’original. Combien n'en voyons-nous pas autour de nous de ces fourvoyés, dignes d’un meilleur sort !
« Si Corot, avec un immense talent, avait toutes les peines du monde à se faire un nom, que n’avions-nous pas à
souffrir, nous autres écoliers ! La peinture grise n’était guère
goûtée à ce moment-là, surtout pour la marine. Gudin trônait, Isabey renchérissait sur la couleur naturelle; Le Poittevin et d'autres encore faisaient fureur en peignant de chic; ce n’était guère l’occasion d’apporter du gris ! On n'en voulait à aucun prix. Il fallut se retirer dans sa province en attendant des temps meilleurs, et c’est ainsi que je suis resté près de quinze années sans revenir à Paris.
« Si la province m'avait fourni des ressources plus durables, j'y serais sûrement resté, faisant du professorat, comme beaucoup de mes collègues l'ont fait, mais je n'avais guère
ce qui fait le bonheur des amateurs provinciaux. Ce fut
encore une fois cet excellent Isabey qui m'engagea à essayer
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de faire prendre mes marines à Paris. Jongkind, son élève, commençait à faire avaler une peinture dont l’écorce un peu dure cachait un fruit excellent et des plus savoureux. J'en profitai pour entrer aussi par la porte qu’il avait forcée et je commençai, quoique timidement encore, à offrir mes marines.
« En 1870, réfugié en Belgique, je m'évertuai à reproduire quelques vues de Bruxelles et d'Anvers qui pourront peut-être intéresser les amateurs de l'avenir par un côté assez Juste et assez sincère.
« Depuis, j'ai fait, dans des genres différents, diverses séries de marines, des plages où l’on pourra retrouver sinon un grand art, du moins une reproduction assez sincère du monde de notre époque. Peut-être aussi trouvera-t-on dans mes études du ciel, un côté de la grande nature céleste qui n'a jamais été ni plus ni mieux exploré par mes prédécesseurs. Je n'ose pas mettre en ligne mes petits bateaux dont j'ai pourtant fait une étude bien laborieuse. Pour n'être pas aussi parfaits dans leurs détails que ceux des Hollandais, ce qui est d’ailleurs contraire au goût du public de notre temps, je me flatte de croire qu'on pourra les voir avec intérêt plus tard et y retrouver l'allure, les gréements et l'état de nos ports à notre époque.
« Tout cela est un bien mince mérite pour me mettre en
ligne à côté des grands talents du présent. Si je n’ai pas le
mérite d’être classé parmi ceux-là, j'aurai peut-être eu aussi ma très petite part d'influence dans le mouvement qui porte la peinture vers l'étude de la grande lumière, du plein air et de la sincérité dans la reproduction des effets du ciel. Si plusieurs de ceux que j'ai eu l'honneur d'introduire dans la voie, comme Claude Monet, sont emportés plus loin par leur tempérament personnel, ils ne m'en devront pas
moins quelque reconnaissance, comme j'en ai dû, moi-
même, à ceux qui mont conseillé et offert des modèles à suIvre.
« En voilà bien long sur moi, cher Monsieur ; je n’ai pas la prétention, croyez-le bien, de tenir une si grande place parmi les contemporains; je suis un isolé, un rêvasseur qui s’est trop complu à rester dans son coin et à regarder le ciel. L'avenir fera de moi.ce qu'il it de nous tous. Pa bien peur que ce soit dé l'oubli. »
Boudin, trop modeste, se calomnie: 11 est du petit
nombre de ceux qui se survivront (1).
Tel fut l'avisexprimé par l'écrivain du journal "Art" qui dans son compte-rendu du Salon de 1887, reproduisit cette lettre autobiographique. Complètons-la maintenant en reprenant en détail lès diverses phases dé lave
d’'Eugène Boudin telle qu'il vient de la résumer.
En 1856, Boudin envoie à l'exposition de Rouen quatre
tableaux : deux paysages pris dans la vallée de Rouelles
(1) L'Art, 1887, tome XLIII.
près de Montivilliers, rappelant, paraît-1l, un peu trop les tons de Corot ; le manoir en Bretagne, ‘‘ plus individuel
comme facture; ”” et une nature morte ‘‘ largement traitée
à la Chardin, ” dit encore un journal de la ville.
En 1856 également, 1l envoie à Paris, à l'exposition des Béaux-Arts, Un tableau ‘ Pardon en Bretaône quai est amas. 1” lékpose ensuite au Havre. La mille l'AChéte et
aujourd’hui il figure dans son Musée.
À cette même exposition de Rouen, en 1856, figurait un autre tableau représentant également une vue de Rouelles.
Le compte-rendu le mentionne dans ces termes :
« Une vue de Rouelles de M. Monet participe des qualités de M. Boudin. »
Voilà comment le nom du peintre qui est aujourd'hui le chef incontesté de l’école impressionniste, apparaît pour la première fois. Dans quelles circonstances Claude Monet avait-1l rencontré Boudin? Voici ce qu'a raconté, à ce sujet, NL, Aubues Le Roux.
« Un jour. Chez ‘un encadreur de ls mmede Pons, vieux peintre hâvrais Boudin — entre parenthèse, Boudin
n'était pas encore vieux et ila toujours été honfleurais,
mais passons sur ces petits détails — le peintre Boudin fit
la rencontre d’un jeune garçon qui apportait des caricatures.
Le vieux maître (qui n’était encore ni vieux ni maitre) y jeta les yeux. Il vit que cet enfant cédait au désir de fixer, en l’exagérant, le caractère des visages et non à l'instinct mauvais de les tourner en ridicule. I1 demanda :
— Comment t’appelles-tu ?
— Claude Monet.
— Aimes-tu la peinture ? Regarde.
C'était dans une manière claire, pour le temps révolutionnaire, tous ces paysages du port et de la basse Seine que vous connaissez.
L'émant dt:
— C'est très beau.
Mais 1l n’était pas convaincu. En revanche, la première fois qu’il vit travailler Boudin il comprit et fut enthousiasmé. Le maître et l'élève avaient été s'asseoir dans le grand vent des plateaux, entre Rouelles et Frileuse. Ils avaient installé
leurs chevalets côte à côte, et Boudin avait dit :
— Voilà ton modèle, peins.
Le petit Monet regardait surtout par dessus l’épaule de son maître et il voyait s'arrêter, dans sa toile, non seulement les arbres et leur frémissement, mais le vent lui-
même avec sa clameur, ce grand bruit qu’il fait lorsqu'il
arrive enfin au bord des falaises et prend son vol sur la mer.
De ce jour il n’y eut plus pour l'enfant ni bureau ni école. Partout où il y avait place de s'asseoir et de poser une toile sur ses genoux, on le vit peignant le long de la mer. Et, comme il avait besoin de se fortifier dans sa foi, d’arriver à la formule des idées qui germaient dans sa jeune
cervelle, 1l vint à Paris.
Ce furent plusieurs années de causerie plutôt que de travail dans les ateliers de Montmartre. Aussi, les parents de Monet, persuadés que la peinture était une école de fainéantise, lui déclarèrent tout net qu'il fallait faire son choix. S'il voulait rentrer au bercail et se ‘‘ mettre dans les affaires ‘on lui achoterait un ‘homme ‘: silis'enttait Om le laisserait partir |
— Va pour la gamelle, répondit Monet.
Dans ce temps-là on servait sept ans. Le jeune homme partit pour l'Afrique. Il avait, bien entendu, emporté sa
boîte à couleurs, et, pendant ses deux années de garnison
algérienne, il barbouilla tout juste autant d'études qu'il
monta de gardes.
L'Afrique acheva son éducation de coloriste.
Elle lui apprit à ‘! fécarr, dans les! om bres ”, à y suivre les décompositions brillantes’ de) 1a
lumière, à faire flotter autour des objéts cette aumos-
phère qui tremble, et les cercle comme d’une auréole.
I1 n’y avait plus moyen de douter de sa vocation. Aussi bien sa santé s’était-elle détraquée et l'on craignait pour sa vie. Les parents cédèrent, achetèrent ‘ l'homme thals is
mirent cette condition à leur condescendance : — Tu entreras dans un atelier.
Ce fut chez Gleyre que Monet vint accrocher son béret. La première fois que le maître s’approcha du nouvel
élève pour corriger son académie, il s'arrêta un instant à
contempler le dessin, puis il dit :
— « C’est bien, jeune homme, mais vous avez une fâcheuse
tendance à regarder la nature trop grossièrement comme
elle est. Examinez les orteils de votre bonhomme, vous lui
avez fait des pieds de garçon de recettes.
— « Mais Monsieur, le modèle...
— «Il n’y a pas de modèle qui tienne. Il faut se sou-
venir de l'antique! »
Quinze jours plus tard Monet quittait l'atelier de Gleyre pour n’y plus reparaître jamais. Il entraînait, dans sa défection, trois camarades. L’un, Basile, dont Fantin Latour a fait le portrait dans son fameux tableau ‘* L'atelier
des Batignolles ”, est mort pendant la guerre de 1870. Les
deux autres s’appelaient Renoir et Sisley.
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Revenons à Eugène Boudin :
En 1857, il expose dix tableaux à l'exposition du Hâvre. I] fait ensuite une vente à l'hôtel des Commissaires-priseurs, dans l'espoir de pouvoir retourner à Paris, comme le lui demandait instamment Claude Monet, qui venait d'y arriver, mais cette vente ne réussit pas. Eugène Boudin
reste au Hâvre et Claude Monet lui écrit la lettre suivante : Paris, le 20 février 1856
Je viens d'apprendre, par un marchand de tableaux, qu’il vous
Cher Boudin,
attendait d'ici quelques jours et je m'empresse de venir vous décider. D'abord, excusez-moi du retard que j'ai mis à vous écrire, mais mieux vaut tard que jamais.
Vous ne sauriez croire l'intérêt que vous aurez en venant maintenant à Paris. Vous devez savoir qu’il y a une exposition de tableaux modernes qui renferme les œuvres de l’école de 1830 et qui prouve
que nous ne sommes pas tant en décadence qu’on le dit. Il y a près de
dix-huit Delacroix qui sont splendides, entre autres la ‘‘ Barque de
Don Juan” du Salon de 1855. Il y a autant de Decamps, une douzaine de Rousseau, des Dupré ; il y a aussi sept à huit Marilhat et tout cela des plus beaux. Enfin, c’est splendide, et je ne doute pas du plaisir que ça vous ferait.
Je vous dirai qu'auprès de tout cela, les Troyon ne se tiennent pas du tout et les Bonheur encore moins.
Venez, vous ne pouvez qu'y gagner.
Vous savez aussi que le seul bon peintre de marines que nous ayons, Jongkind, est mort pour l’art; il est complètement fou. Les artistes font une souscription pour pourvoir à ses besoins.
Vous avez là une belle place à prendre.
Troyon me parle toujours de vous et sera très heureux de vous voir.
Le peu de choses que j'ai de vous ont été fort remarquées ; je suis entouré d’une petite bande de jeunes peintres paysagistes qui seront très heureux de vous connaître; ce sont du reste de vrais peintres.
Apportez surtout de vos œuvres de marines; les bonnes choses sont toujours assez rares.
Quant à moi, j'espère que vous ne me refuserez par une petite pochade de vous comme souvenir, et comme conseils, vous savez le cas que j'en fais.
Jacque, qui tient l’atelier dans lequel je travaille, voudrait aussi faire quelques affaires avec vous. Je crois qu’il peut vous être utile ; il connaît énormément de monde.
En fait de nouvelles, j'ai à vous dire que Couture, ce rageur, a totalement abandonné la peinture. Ce n’est pas dommage ; il a à cette
exposition des tableaux qui sont bien mauvais. Ensuite, vous saurez
Han
que le petit Daubigny en question m’appartient tout à fait. Il est pendu dans ma chambre. Enfin, je vais finir et j'espère que d’ici peu nous pourrons beaucoup causer ensemble.
Je vois toujours ce brave Gustave Mathieu qui me charge de vous dire mille choses ainsi que M. Amand Gautier. Ils désespèrent pour vous si vous restez à vous abrutir dans cette sale ville du Hävre.
Quant à moi, je me trouve joliment bien ici; je dessine ferme des figures; c’est une fameuse chose. Du reste, à l'académie, il n’y a que des paysagistes; ils commencent à s’apercevoir que c’est une bonne chose.
J'ai oublié de vous dire que Courbet et Corot brillent aussi à cette exposition, ainsi que Millet. Il y a là son tableau refusé au Salon : La Mort et le Bâücheron. C’est une belle chose.
Enfin je termine. Ne craignez pas de me gêner pour me faire faire vos commissions ; je suis tout à votre disposition.
Ainsi, à bientôt.
Répondez-moi vite, et, à l’avenir nous aurons, si Cela vous va, une petite correspondance suivie, une petite gazette des arts.
Adieu, tout à vous.