‹ Eugène Boudin, sa vie & son œuvreChapitre 16 sur 18 · JEAN DOLENT · texte numérisé non relu

JEAN DOLENT

Il occupe entre Jongkind, qui fut un véritable précurseur, et Claude Monet à qui il se faisait un honneur d'avoir ouvert la voie, une place qui ne peut lui être disputée.

Sa vie mérite d'être connue parce qu'elle est un exemple d'énergie patiente et d'indépendante modestie.

« Quand, après avoir admiré l'œuvre d'Eugène Boudin, dit M. Roger Miles, dans son ouvrage "Art et Nature", on jette les regards en arrière sur la vie si laborieuse, si difficile du peintre, on ne peut se défendre d'une grande sympathie et d'une profonde gratitude pour l'homme qui, tout seul, par la seule force de sa patience, de son courage, de sa volonté assidue, a pu accomplir une si haute conquête. Il faut savoir ce qu'a été la lutte de cet artiste ; il faut avoir vu à quelle prodigieuse dépense de talent il a dû se livrer, quand il s'agissait de créer son nom et d'affirmer sa notoriété, pour comprendre quelle place prépondérante il mérite de tenir parmi les peintres de la mer. i»

A l'Exposition Universelle de 1900, les organisateurs de l'Exposition centenale de l'art français, M. Emile Molinier et M. Roger Marx, ont ouvert à Eugène Boudin la grande porte de l'histoire. Dans cette grandiose manifestation de l'art français, notre artiste a été représenté par des œuvres capitales.

Ce sont :

N" 53. Le Port de Bordeaux (1875) appartenant à M. Georges Viau.

N° 54. La plage de Trouville (1864) appartenant à M. X.

N° 5^, Le Port de Camaret appartenant à Madame Georges Feydeau.

Enfin, le 8 août 1900, la ville de Honfleur inaugura l'élévation du monument d'Eugène Boudin sur son emplacement définitif, et organisa à cette occasion des fêtes dont un journal local, LÉcho Honflenrais, donna le compte rendu que nous reproduisons partiellement.

« Dimanche matin, par un beau soleil d'été, on donnait le dernier coup de main aux préparatifs de la fête d'inauguration du buste d'Eugène Boudin. Les arcs-de-triomphe s'achevaient pendant qu'on plaçait les derniers poteaux et que lanternes et verres multicolores ornaient les maisons.

« A deux heures un quart, les diverses Sociétés devant accompagner le cortège officiel se massaient place del'Hôtelde-Ville. Peu après arrivaient MM. Roger Marx, délégué du ministre de l'Instruction Publique, Tillaye, sénateur, ancien ministre, Conrad de Witt, député, Grangier de la de la Marinière, sous-préfet de Pont-l'Évêque, accompagnés du Maire de Honfleur et de M. Marais, peintre. Signalons également la présence de M. Roger Miles, critique d'art, M. Delteil, graveur, et M. Viau.

« Sous le vestibule de l'Hôtel de Ville, transformé en un

élégant parterre, se trouvaient MM. Ullern, président de la Chambre de Commerce, Butel, conseiller général, Dumont, président du Conseil d'arrondissement, le Conseil municipal, le Comité Eugène Boudin, M. le docteur Rachet, M. D. Louveau, M. Soudan de Pierrefîtte, M. le colonel La Chèvre, et les représentants des diverses administrations et des Sociétés de la ville.

« Dans la salle des mariages, formant un très joli salon de peinture, où l'on avait réuni les œuvres des artistes honfleurais, avait lieu la réception officielle. Les présentations terminées, on admirait les belles toiles de Boudin, Hamelin, Dubourg et Renouf, groupées dans la salle. Après une visite au musée de la ville, le cortège officiel, précédé de la Société Philharmonique et accompagné de toutes les Sociétés de la ville, s'est mis en marche. A l'entrée de la rue Bourdet, où se trouve la maison natale de l'artiste, se dresse un arc de triomphe surmonté d'une immense palette. Celui de la rue Eugène Boudin est des mieux réussis, de même que la décoration de la rue, qui a été suivie, dans son entier, par le cortège, pour gagner le terre-plein de la jetée par la rue du Puits et la rue Prémord. A l'entrée du terre-plein, se trouve un troisième arc de triomphe, celui de la Société des Marins qui, comme toujours, obtient un légitime succès.

« Le public, très nombreux, a déjà envahi la jetée, et on

prend place autour de la pelouse où se trouve le buste du peintre Eugène Boudin recouvert d'un drapeau tricolore. Les frères de l'artiste, M. Louis Boudin, M. Onésime Boudin, et les autres membres de sa famille sont venus et sont groupés au pied du monument, au pied duquel ils déposent pieusement des gerbes de fleurs. On enlève le voile qui recouvre le maître, et le buste en marbre, œuvre du sculpteur Guilbert, apparaît, pendant que le public applaudit, et que la Philharmonique joue La Marseillaise.

« M. Marais, Président du Comité Eugène Boudin, prend le premier la parole :

Monsieur le délégué du Ministre, Monsieur le Maire, Messieurs,

Mon titre de peintre honfleurais me vaut, aujourd'hui, l'honneur de vous présenter le buste du peintre Eugène Boudin, œuvre du distingué sculpteur Guilbert.

Les amis, les admirateurs du maître mariniste ont voulu son souvenir en face de la mer normande qu'il peignit si bien et qu'il aima tant; c'est à eux, si vous me le permettez, que doit aller mon premier remerciement, au nom de tous les amis de l'Art. C'est pour moi une grande joie que cet

iG9

Page 1