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de droit coutumier. En 1846, il résuma ses savantes leçons dans ce chef-d'œuvre d'érudition et de clarté qu'il donna au public sous le titre de : Ancien Droit Belgique ou Précis analytique des Lois et coutumes observées en Belgique avant le code civil. L'éminent jurisconsulte disait dans la préface de ce grand ouvrage :
« En 1834, quelques amis de la science, pour balancer des tendances contraires, fondèrent dans la capitale une université où les hautes études pussent suivre la marche progressive commandée par les lumières et les besoins de la société moderne, par les intérêts et la gloire de la nationalité belge.
« Sollicité de concourir à cette œuvre de patriotisme désintéressé, en ouvrant un cours de droit coutumier pour lequel je possédais quelques matériaux, je réunis, complétai et mis en ordre les notes que j'avais recueillies sur notre ancienne jurisprudence, depuis mon entrée au barreau. La première rédaction de cette compilation remonte ainsi à 1834.
« Je l'ai revue récemment, lorsque je me suis déterminé à la livrer à l'impression, et j'y ai ajouté quelques développements qui n'étaient pas entrés dans l'enseignement académique ;
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mais je n'ai rien retranché de ce qui regarde les parties du territoire que les traités de 1839 avaient, dans l'intervalle, détachées de la mèrepatrie.
« Je n'ai pas cru devoir mutiler le plan primitif de l'ouvrage. Mon but était de résumer la législation qui régissait la Belgique dans ses anciennes limites, et non la Belgique telle que l'ont faite de nos jours les nécessités d'une cruelle politique ('). »
Élu correspondant de l'Académie en 1856 et membre effectif, le 13 mai 1866, il n'oublia pas l'œuvre qui fut toujours une des préoccupations dominantes de sa laborieuse existence. Les études qu'il communiqua successivement à la classe des lettres se rattachaient toutes à l'Ancien Droit Belgique. Signalons notamment un lumineux » Aperçu sur la féodalité. »
« Il est rare, disait l'auteur, qu'un homme sans préventions, qui habite un pays comme notre Belgique, quand il rentre dans ses foyers après un long voyage, n'y sente pas redoubler
(') L'Ancien Droit Belgique se compose de deux volumes ; mais le monument est resté inachevé. Les grandes divisions de l'œuvre, telle que l'auteur l'a laissée, sont les suivantes : Notions générales ; — Des personnes; - Des biens et des différentes modifications de la propriété.
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son attachement pour le sol natal; il connaît l'étranger : ce qu'il a vu, ce qu'il a éprouvé lui fait comprendre et sentir dans sa patrie un bien-être dont il jouissait auparavant sans en avoir la conscience.
« Ainsi, pour bien juger le temps où nous vivons, pour reconnaître et apprécier les bienfaits dont la société moderne est redevable au progrès de la civilisation, il suffit de reporter ses regards en arrière et, sans remonter bien haut dans l'histoire, de mettre le présent en parallèle avec l'état social dans lequel nos ancêtres ont vécu pendant une longue suite de siècles »
M. Defacqz, comme il l'écrivit lui-même, resta toujours r. simple plébéien et fier de ce titre. » Il était inébranlable dans son attachement aux conquêtes de la civilisation moderne; il était surtout un défenseur inflexible de la prééminence du pouvoir civil. 11 rentra dans l'arène politique afin de combattre encore pour les opinions qu'il avait soutenues au Congrès national. De 1842 à 1852, il fut grand maître de la franc-maçonnerie de Belgique et président de la société dite de Y Alliance, de 1840 à 1848; ce fut lui aussi qui présida le Congrès libéral de 1846.
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Mais, quelque absolues que fussent les opinions de l'homme politique, celles-ci ne troublaient point la sérénité du magistrat. C'est le témoignage imposant d'un des plus éminents collègues de M. Defacqz dans l'ordre judiciaire.
« On a, dit-il, attaqué ses convictions politiques et religieuses, et c'était dans l'ordre des libres discussions auxquelles notre pays est habitué ; mais jamais personne n'a attaqué sa vertu de magistrat, son impartialité : le juge ne fut point chez lui l'homme politique, mais l'homme de la loi. J'affirme qu'en mainte occasion ses adversaires, qui étaient très-souvent des amis, reconnurent hautement ce caractère d'inébranlable justice qu'il proclamait lui-même à toute occasion. Il avait, au cœur cette maxime de Bossuet : « Un grand magistrat ne porte pas « dans le tribunal ses propres pensées ni des >< adoucissements ou des rigueurs extraordi- « naires ; il veut que les lois gouvernent et non « pas les hommes. » Defacqz sut prouver que si, comme cela est inévitable dans un pays comme le nôtre, il y a dans les tribunaux des juges de toutes les opinions politiques , la politique même n'entre pas avec eux dans le prétoire, qui reste à l'abri des inconstantes
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rumeurs, comme des vaines menaces du dehors ('). »
Tel était l'homme éminent, l'intègre magistrat que le choix de ses collègues éleva, le 20 septembre 1867, à la présidence de la cour suprême. Quelle haute idée il se faisait de sa mission ! Dans le discours qu'il adressa au Roi, le 1 er janvier 1868, il disait:
« La cour de cassation sera toujours ce qu'elle a été depuis trente-cinq ans, inébranlablement attachée à nos institutions, identifiée avec les principes constitutifs et organiques de sa haute mission, élevée par la force de sa conscience audessus des préjugés qui aveuglent les hommes et des passions qui les égarent, inaccessible aux attaques comme aux excitations de ceux qui la méconnaissent. »
M. Defacqz est mort à Bruxelles, le 31 décembre 1871 .
M. Forgeur ne survécut pas longtemps à son ancien collègue du Congrès national : il s'éteignit à Liège, le 17 février 1872.
Jusqu'à son entrée au Sénat, en 1851, M. Forgeur s'était exclusivement consacré au barreau. Il était l'avocat le plus renommé de Liège. La
(') Notice sur Eugène Defacqz, par M. Gn. Faider.
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multiplicité de ses occupations et le mauvais état de sa santé l'empêchèrent de prendre, au Sénat, le rôle que lui assignaient sa haute capacité el le souvenir de sa brillante participation aux discussions du Congrès national. On peut le regretter sans méconnaître les services que la Belgique indépejad^Jeîd^au patriote de 1830.
APPENDICE