‹ Eugène DelacroixChapitre 8 sur 15 · ALBANESE RIDER · texte numérisé non relu

ALBANESE RIDER

CHEVAUX SE BATTANT DANS UNE ÉCURIE ARABE ■> □ a SICH BEISSENDE PFERDE IN EINEM ARABISCHEN STALL HORSES FIGHTING IN AN ARABIAN STABLE o □ a a □ = o

cour des comptes. En 1855, l’exposition universelle fut enfin l’occasion d’un hommage sans réserves de la critique, du public et de l’Etat, qui nomma Delacroix commandeur de la Légion d’Honneur et lui décerna une grande médaille. Delacroix avait cinquante sept ans. Il songea à être administrateur des Gobelins, puis directeur des musées nationaux, et y renonça. L’Institut finit par l’admettre après vingt années d’attente durant lesquelles on lui avait préféré une série de médiocres. Il y fut nommé en 1857, et il avait posé sa candidature en 1837 à la mort de Gérard.

Cependant il n’avàit pas fini de souffrir de l’hostilité d’une certaine critique, car, en 1859, huit toiles de petites dimensions furent l’objet des plus malveillantes railleries. Parmi elles pourtant se trouvaient un nouvel Hamlet, un «Christ au tombeau" et un „Calvaire“ qui comptent parmi ses plus beaux tableaux de chevalet. Il avait envoyé cette série en attendant de terminer deux grandes compositions et un plafond pour l’église Saint Sulpice, la «Lutte de Jacob avec l’ange «Héliodore chassé du Temple“ «L’Archange St-Michel terrassant le démon“. Le succès de ces oeuvres, que le public fut admis à visiter sur place en 1861, consola un peu l’artiste de l’humiliation de 1859. Il sentit que décidément le temps de l’iniquité était fini. En 1862 et 1863 il se remit à peindre quelques variantes de ses toiles célèbres pour les collectionneurs, et travailla à un «Botzaris surprenant un camp turc“ et à une «Perception de l’Impôt arabe". Ainsi, dans sa viellesse, il revenait aux sujets qu’avaient enthousiasmé et nourri son jeune génie, la lutte grecque et l’Orient. De furent les dernières pensées de sa vie. Le 13 Août 1863 il mourait, après avoir rédigé un testament très explicite. Le 17 Août les funérailles eurent lieu à Saint-Germain-des-Prés, à Paris, au milieu d’une affluence qui oût été bien plus grande si lasaison n’eût disperé beaucoup d’amis et d’admirateurs. Le statuaire académique Jouffroy prononça au nom de l’Institut un discours médiocre et sourdement hostile, par contre Paul Huet parla avec toute l’émotion de son coeur et de son ame d’artiste et d’ami, et prophétisa l’immortalité de celui qui s'en allait. Ce fut le critique d’art Philippe Burty qui classa les six mille dessins et fit le catalogue de cette oeuvre immense. La vente voulue par le défunt et évaluée cent mille francs dépassa

350000 francs en 1864. En 1865 le tombeau sans buste, statue ni emblème, tel qu’il l’avait spécifié fut érigé au Père-Lachaise. Le , Journal" de Delacroix parut en 1880, puis, complété en 1893 — 1895. Il fut une révélation même pour ceux qui avaient cru connaître toutes les raisons d’admirer l’artiste dans sa peinture. Une àme, une imagination, une faculté d’affection, une sensibilité et une simplicité également belles en faisaient le plus beau livre où un artiste se soit peut-être jamais confessé, un document de la plus intense émotion. Enfin, en 1885, une exposition à l’école des Beaux-Arts servit à recuillir les fonds nécessaires à l’érection d’un monument, que Dalou réalisa dignement, et qui fut inauguré dans le jardin du Luxembourg en 1890.

Telle fut l’existence d’un des plus incontestables et d’un des plus puissants génies de la peinture, et aussi d’un des hommes dont le caractère ont le plus honoré l’humanité. Il mourut quatre ans avant Ingres, dont on avait' voulu faire son rival, qui l’avait haï, et qui en croyant le combattre, avait simplement partagé avec lui la! royauté de leur art dans deux domaines limitrophes.

Il sera bon d’abandonner aujourd’hui l’erreur contemporaine de ces deux maîtres, qui a consisté à créer entre eux un parallèle et une opposition symétrique, alors, qu’ils n’avaient rien de commun et ne se trompaient ni l’un ni l’autre. Tous les deux ont eu des disciples qui n’ont rien fait de valable; ils étaient infiniment supérieurs aux théories. Mais Ingres appliquait vraiment ses théories et elles lui firent faire des oeuvres fâcheuses. Delacroix dans ses qualités et ses défauts n’a dépendu que de son ame.

La première chose qui frappe quand on l’étudie, c’est la beauté véritablement admirable de son ame, et on peut dire que c’est, avec celle de Franz Liszt, la plus noble qu’ait connu le romantisme. Il faut en parler parce qu’elle a commandé toute l’oeuvre de Delacroix. Sous les dehors froids, taciturnes, mélancoliques, et sous une grande sensibilité exacerbée par la maladie, il garda une bonté exquise et la plus généreuse affabilité. Il ignora l’envie et ne souffrit jamais dans sa

SK

VS

vanité, mais dans les atteintes portées aux idées qu'il révérait. Sa discrétion absolue née du sentiment de l’honneur porté au plus haut degré, nous empêche de savoir rien de sa vie privée. Mais il dut éprouver l’amour passion avec autant de sincérité que de violence, de toute la force de sa nervosité, de toute l’inquiétude de ses rêves, de toute la vibration dun organisme maladif et d’une intellectualité géniale. Il fut, seus son apparence réservée, un être brûlant, mais ne le laissa voir que dans son oeuvre, et il n’y a pas une plainte personnelle dans ses écrits que tout jeune artiste devrait relire constamment. Il n’eut ni l’habileté publiciste et commerciale d’un Hugo, ni le désordre et les perpétuelles fureurs d’un Berlioz. On l’a comparé à ces deux hommes parce qu’il était dans son art un chef comme eux dans les leurs, servait un idéal analogue et encourait les mêmes risques mais, à l’analyse, on quitte ces analogies superficielles et on découvre que Delacroix fut tout autre, moralement, et très supérieur. Il eut, bien plus que ses deux illustres confrères, la préeccupation de la vie intérieure, il fut un prefond, un poète et un penseur: il serait plus vrai de la rapprecher de Liszt et de Wagner, de Liszt pour la beauté lyrique, de Wagner pour le sens d’un tragique nouveau. Il domine les romantiques de toute la hauteur de son esprit à la fois erageux et serein, pénétré d’une logique supérieure, corrigeant l’inspiration par la raison, détestant le hasard et l’outrance, ne considérant i’audace que comme le résultat d’une réflexion énergique, et gardant au milieu des plus fiévreuses hardiesses un goût très sûr et très sévère. On peut dire que Delacroix ne se pardonna jamais rien, il fut un saint et un martyr de son désir de perfection. Mais, heureusement, ce désir et le scrupuls ne refroidirent jamais son inspiration lyrique et ne l’engagèrent jamais à polir timidement des oeuvres restreintes, à chercher le parfait dans le facile, à redouter les entreprises les plus redoutables. Son âme lui conseilla toujours la grandeur, et dans sa plus rapide esquisse vibrent les ambitions du génie. Il travailla formidablement, et on ne le sut tout à fait qu’après sa mort. On avait cru à la facilité miraculeuse d’un nouveau Rubens, et on découvrit avec stupeur, dans les six mille dessins mis en ordre par Barty» la preuve des recherches minutieuses qu’avait nécessitées la création soi-

disant spontanée de tant de chefs-d’oeuvre au point qu’on ne peut arriver à comprendre comment ce solitaire maladif trouva le temps d’un tel labeur. Il était emporté par la frénésie de l’inspiration, mais il vérifiait tous ses rêves par l’étude incessante de la vie, et il n’exagérait rien lorsqu’il écrivait au critique Théophile Silvestre lui demandant, en 1855, des renseignements pour une biographie: „Vous pouvez mettre qu’en fait de compositions tout arrêtées et parfaitement mises au net pour l’exécution, j’ai de la besogne pour deux existences humaines: et quant aux projets de toute espèce, c’est à dire de la matière propre à occuper l’esprit et la main, j’en ai pour quatre cents ans“. Dans cette intelligence toute la grande poésie, toutes les émotions de l’histoire et toutes les formes de la passion humaine parlaient sanscesse et se matérialisaient. Delacroix transposait instantanément en couleurs et en plans le monde qu’il portait en lui. Alors que tous s’étonnent de sa fécondité, on comprend qu’il ait écrit à la fin de sa vie „Je mourrai enragé" en pensant à tout ce que la mort lui défendrait de faire, et en mesurant l’écart entre l’oeuvre accomplie et l’oeuvre désirée. Il a lutté de rapidité avec le dessin, et cette lutte, autant que la noblesse de son caractère, a fait de cet homme un homme représentatif, un héros.

Nous avons dit que depuis Rubens personne ne s’était trouvé pour créer avec cette puissance et cette abondance. Mais là s’arrête l’analogie. Rubens fit une oeuvre toute extérieure. Il fut le coloriste incomparable de la vie heureuse, exubérante, sensuelle, et ignora la vie intérieure et l’expression de l’àme. Il fut, comme l’ont inoubliablement décrit les quelques vers de Baudelaire „un fleuve d’oubli, jardin de la paresse, oreiller de chair fraîche où l’on ne peut aimer". Il fut exclusivement un peintre. Delacroix tendit à exprimer la vie intellectuelle et passionnelle, à hériter plutôt en cela de Rembrandt tout en gardant la somptuosité décorative des Vénitiens; et il fut, surtout, le premier dans son siècle à comprendre la nécessité d’oser un art empruntant à tous les autres leurs sources d’émotion, un art de synthèse tel que Wagner, conseillé par Liszt, devait le réaliser plus tard. Il était musicien, ayant commencé, tout comme Ingres, par jouer du violon. Il était trèslettré, passionné de poésie, de philosophie, d’histoire politique et

Oj

FM

FJ

LU

oc

UJ

UJ

co

UJ

OC

UJ

UJ

OC

UJ

Ctf

UJ

oc

UJ

oc

oc

UJ

uj

UJ

CO

'UJ

co

UJ

UJ

'UJ

OC

UJ

COMBAT DE TOBIE ET DE L’ANGE □ □ □ □ □ Collection Girandon, Paris TOBIE ET L’ANGE □ □ □ □

KAMPF DES TOBIAS MIT DEM ENGEL = □ o TOBIAS UND DER ENGEL

Page 1