‹ Eugène DelacroixChapitre 9 sur 15 · FIGHT BETWEEN TOBIAS AND THE ANGEL TOBIAS AND THE ANGEL · texte numérisé non relu

FIGHT BETWEEN TOBIAS AND THE ANGEL TOBIAS AND THE ANGEL

religieuse, préoccupé d'écrire et y réussissant comme le prouve son Journal. Il voulut non pas sacrifier la peinture et la ravaler au rang de l’illustration d’un sujet, comme l’école de David et les mauvais romantiques, Devéria, Delaroche ou Vernet, mais la mettre au service, avec son prestige optique, de sentiments généraux dont l’expression serait le but essentiel d’un artiste satisfaisant en même temps à la passion de peindre. C’est en cela que chacun des grands tableaux de Delacroix est non-seulement un chef-d’oeuvre de peinture, mais un acte d’énergie et de volonté dont le magnétisme exalte le coeur et l’imagination, et émeut dans l’dme tout ce que la poésie, la musique et la philosophie savent y émouvoir. C’est exactement ce que Wagner a tenté et réussi, en considérant la musique symphonique comme le véhicule et la liaison de toute une série d’idées générales acquérant, à travers ses formes, une force nouvelle. C’est aussi ce que Berlioz entrevit en créant le poème symphonique et la «musique à programmes" avec une exagération due à ce qu’il était plus coloriste et plus poète que véritablement original dans la musique. C’est ce que Victor Hugo fit pas en essayant au contraire d’exclure tout art étranger à sa poésie de rhétorique éloquente, et en restant fermé à la musique et médiocre connaisseur d’arts plastiques. Ainsi Delacroix fut à la fois un homme turné vers le passé en se référant aux Vénitiens et à Rubens plutôt que de chercher, comme Ingres ou plus tard Manet, une expression nouvelle, des sources encore ignorées dans l’antiquité et les primitifs ou un modernisme franc et à la fois un homme de l’avenir en généralisant son art jusqu’à la fusion des divers modes de l’érution.

ta musique symphonique de Delacroix, ce fut non pas l’harmonie linéaire telle que la concevait Ingres, mais la couleur.

Il fut un merveilleux musicien de la couleur, notre plus grand avec Watteau. Comme Watteau, qu’il étudia et dont sa grande àme triste et riche dut comprendre lame, il considéra la couleur non comme le plaisir des yeux, mais comme un langage, et c’est encore là une nuance

qui assure son originalité à l’égard des Vénitiens et de Rubens, qu’il semble continuer, simplement, au point qu’en a pu l’accuser de les recommencer au lieu de chercher du nouveau. L’amour des belles couleurs guidait seul çes maîtres-peintres, et ils choissaient des sujets propres à prétexter ce jeu admirable de coloris qui était tout leur idéal. Delacroix a approprié le langage muet de la couleur aux idées et aux passions qui le sollicitaient d’abord. S’il concevait en peintre, et non pas en poète ou en philosophe se servant de la couleur pour exprimer ses rêves abstraits, (erreur où sont tombés tant d’artistes distingués), c’est quil concevait la forme et la vision chromatique de ses idées en même temps que ses idées elles-mêmes. En un mot c’était un peintre complet: Les uns conçoivent des formes et des harmonies et s’occupent ensuite de trouver des sujets pour les leur adapter: ils font ainsi de beaux morceaux et des compositions manquées, ils ont une main et un oeil plus intéressants que leur cerveau, et vivent en ouvriers plutôt qu’en artistes et en hommes pensants. Les autres, pour qui l’esprit est tout, infiniment plus instruits et plus délicats que les précédents, conçoivent des rêves et s’arrangent ensuite pour les adapter à des formes plastiques. Ils produisent ainsi des oeuvres distinguées et faibles dont l’intérêt, n’étant pas soutenu par la plastique, tombe dès que l’idée n’est plus compréhensible. Ils eussent mieux fait d’écrire ou de composer des symphonies.

Enormément d’hommes remarquables ont ainsi échoué dans ces deux sens. Des premiers il reste du moins de beaux fragments, des seconds rien ne demeure. Delacroix est immortel parce qu’il a possédé le double don à un égal degré.

Il demandait à la couleur le secret de l’émotion psychologique, il en faisait un langage passionnel tandis qu’Ingres demandait à la ligne et à ses subtiles inflexions le secret de l’émotion intellectuelle, le langage de l’idée. Delacroix a souvent été accusé de dessiner mal, et en effet il y a de grandes défaillances de dessin dans ses oeuvres, si l’on conçoit le dessin dans le sens de perfection linéaire ingresque. On abandonne cette accusation si l’on considère la question sous un autre aspect. Delacroix ne croyait pas, comme Ingres, à la perfection im-

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