CHAPITRE II
Débuts de Delacroix au Salon de 1822 : Dante et Virgile. — Son succès : Delccluzc. M. Thiers. — L'Administration des Beaux-Arts. — Gucrin. — Gros. — Delacroix refuse de concourir pour le prix de Rome. — Situation de fortune peu brillante. — Les premiers accès de lièvre. — Il fait des caricatures politiques. — Le Massacre de Scio, 1824. — Fureurs des classiques. — Inquiétude des romantiques. — 1828 : Sardanapale. — Déchaînement de la critique.
Son maître, Guérin, aurait pu sans peine le tirer d'embarras par quelques recommandations. 11 s'en garda bien, « Lorsqu'en 1822 je fis mon premier tableau, dit Delacroix, le Dante et Virgile, je priai M. Guérin, par déférence, de venir chez moi pour me donner ses avis. 11 ne m'adressa guère que des critiques ; je ne pus jamais tirer de lui son assentiment au désir que j'exprimais de présenter ce tableau à l'Exposition » On sait quel fut le succès de ce début.
Delécluze, critique autorisé, déchaîna ses foudres contre cet « abus de l'expression dramatique, contre ces exagérations de sentiments, contre ces artifices de composition qui combinent toutes les parties de l'œuvre en vue d'une émotion factice, et où l'on ne saurait voir que la preuve d'une complète absence de goût véritable et une menace contre la dignité du grand art et même contre l'existence du genre historique ». Il voulait bien reconnaître, dans le dessin et la couleur, une certaine énergie, et un réel talent dans les corps des damnés; mais il n'en concluait pas moins que l'ensemble n'était, en somme, qu'une tartouillade.
Mais les visiteurs du Salon ne paraissaient pas être de cet avis. Ils se pressaient devant la toile du jeune peintre. M. Thiers, qui dès lors ne dédaignait pas la popularité, et qui, d'ailleurs, savait utiliser au profit de sa critique ses conversations avec Gérard, ne jugea pas utile de se mettre en opposition avec le goût du public, pour défendre des doctrines académiques auxquelles il n'était, d'ailleurs, pas encore rallié. 11 fit donc du tableau un vif éloge, qui aurait pu donner à croire que l'écrivain avait un sentiment vrai du génie naissant de Delacroix, si dans la même
I. Mémoires d'un Bourgeois de Paris, t. I", p. 267. Librairie Nouvelle, i856.
i8 LES ARTISTES CÉLÈBRES
page le même critique n'eût fait un éloge non moins senti de MM. Drolling, Dubufe et Destouclies.
L'administration même des Beaux-Arts s'en émut, et sa générosité alla jusqu'à donner de ce chef d'oeuvre 1,200 francs. Mais ce qui surprit le plus Delacroix, c'est que Guérin, le même qui avait déclaré ce tableau indigne d''être exposé, voulut bien dire au jeune triomphateur que « ces messieurs les professeurs » avaient remarqué son œuvre à l'Exposition.
La vraie compensation lui vint d'un autre côté. Voici le récit de Delacroix lui-même, tel qu'il le ht à son ancien condisciple, le D^ Véron :
« Le succès capital de ma carrière date de cette époque, déjà loinlaine, et je n'entends point par là celui que j'eus dans le public, je veux parler des éloges de Gros, qui furent vraiment extraordinaires, malgré mon obscurité, ou peut-être à cause d'elle : « C'est, me dit-il, du Rubens « châtié. » Bien qu'élevé à l'école sévère de David, Gros adorait Rubens; j'idolâtrais moi-même le talent de Gros, et, à l'heure où je vous parle, après tout ce que j'ai vu. Gros tient encore, je pense, une des plus belles places dans l'histoire de la peinture.
« Gros me demanda ce qu'il pouvait faire pour moi. « Que je puisse « voir, lui répondis-je avec joie, vos grands tableaux de l'Empire ! » Ces tableaux étaient dans l'ombre de son atelier; ils ne pouvaient être exposés au grand jour, à cause de l'époque et des sujets. Je restai quatre heures dans son atelier, seul ou avec lui, au milieu de ses préparations et de ses esquisses; il me donna les marques de la plus grande confiance, et Gros était un homme très inquiet et très soupçonneux. Je crus entrevoir qu'il songeait à me prendre près de lui, pour me faire obtenir le prix de Rome dans son école. Ma route était tracée d'un autre côté, et je déclinai cette protection. Gros changea de ton envers moi, et lorsque plus tard ses élèves, peut-être pour le flatter, critiquaient devant lui mes tableaux, il les arrêtait, non pas en prenant le parti du peintre, mais en leur disant que j'étais un jeune homme parfaitement honnête et bien élevé *. j)
Delacroix avait persisté jusqu'alors à prendre part aux concours de l'Ecole. En 1822, au moment où il venait d'achever Dante et Virgile, il avait voulu tenter encore une fois la fortune; il obtint la dernière place, le numéro 60. Cet échec significatif lui avait fait heureusement comprendre qu'il n'avait rien de ce qu'il faut pour réussir en ces sortes de
I. Mémoires d'un Bourgeois de Paris, t. I", p. 267-268. Librairie Nouvelle, i856.
choses, à moins de se laisser façonner aux traditions du lieu et de se dépouiller de tout ce qui faisait son originalité. La proposition de Gros était cependant bien séduisante. Il faut nous féliciter que Delacroix ait eu, dès lors, assez d'énergie pour ne pas se laisser tenter.
Cette force de volonté, chez ce jeune homme, était d'autant plus remarquable que son admiration pour Gros était sans limites, et que, d'un autre côté, sa position de fortune était des moins brillantes. C'est vers cette époque que, par économie, il logeait avec Thaïes Fielding, l'aquarelliste anglais. Ils n'avaient ainsi à payer que le loyer d'une seule chambre pour deux. Pour faire du café le matin, on ajoutait de l'eau et un peu de café sur le marc de la veille, dans l'unique bouilloire, jusqu'à ce qu'on fût forcé de la vider. De temps en temps, on avait un gigot en provision dans l'armoire, auquel on coupait des tranches pour les rôtir dans la cheminée '.
Sa santé n'était guère plus brillante que sa fortune. La fièvre, cette terrible fièvre qui ne lui laissera guère de trêve durant toute sa vie, commence à le harceler dès 1820. Il est à la campagne, à Maule. Il voudrait « se promener, écrit-il à Pierret, et penser à son ami sous les arbres et en plein air! En plein air! les arbres! j'en jouis pendant quelques minutes par jour! Misère! C'est parce que mes jambes sont trop faibles pour me porter plus longtemps. Ma maladie n'est pourtant rien du tout. C'est une fièvre lente, sans le moindre danger, mais qui peut durer encore quelque temps. » Elle l'a guère quitté qu'à sa mort.
Il n'en continuait pas moins à travailler avec une ardeur et un courage dignes d'un meilleur succès. Mais ses travaux ne lui rapportaient pas grand'chose. Il faisait, pour un journal satirique, des caricatures lithographiées qui lui étaient maigrement payées, et qui, il faut bien le dire, ne valaient guère davantage. La caricature n'était pas le fait de ce fier génie. II employa la plus grande partie de son temps, pendant les années 1822 et 1823, à peindre les portraits de ses amis : Thalès Fiel-
I. Léon Ricscner, qui tenait ces détails de Delacroix lui-même, raconte comment les deux amis finirent par se brouiller : Un jour, en déjeunant, Fielding se mit à expliquer très sérieusement qu'il descendait du roi 13rucc. Delacroix ne lui parla plus qu'en l'appelant Sire. Fieldini^, n'admettant pas la plaisanterie sur un sujet aussi grave, se fâcha pour tout de bon, mais non pour toujours, comme dit Riesener, car Delacroix, en 1823, s'afflige du départ du « bon Thalès », dont il vient de faire le portrait, et, quand il ira à Londres en 1823, c'est avec lui qu'il passera le meilleur de son temps.
EUGÈNE DELACROIX 21 ding, Soulier, Pierret et Juliette Pierret, Leblond, etc., à faire des e'tudes de chevaux, 011 il s'appliquait avec une attention visible à péne'trer Tanatomie de tous les mouvements, jusqu'aux plus invraisemblables.
Il faut citer, comme le plus extraordinaire spécimen d'observation de ce genre, une aquarelle qui est datée de 1826 et qui a appartenu au baron de Schwiter : Cheval effrayé par l'orage. Ce titre n'est pas juste et n'exprime pas complètement la pensée de Delacroix. Cette dislocation de l'animal, ce mouvement fou, cet élan déséquilibré, ne s'expliquent que par le coup d'une épouvante subite. C'est en réalité un cheval qui tressaute sous le choc d'un éclat de tonnerre aussi violent qu'inattendu.
Des études de Hgures et de costumes grecs, turcs et souliotes annoncent, dès 1822, le grand tableau de 1824 : le Massacre de Scio. On avait discuté le Dante et Virgile, mais avec une modération relative. Malgré certaines hardiesses, ce tableau n'était pas une déclaration de guerre formelle aux traditions académiques. Le génie de Delacroix n'avait pas encore acquis cette puissance de personnalité qui devait rompre en visière à toutes les conventions de l'art officiel. Il avait retenu, de l'enseignement de l'École, certaines habitudes qui permettaient à ces « messieurs les professeurs », dont parlait Guérin, de reconnaître encore en lui l'un de leurs disciples; un disciple déjà fort émancipé, sans doute, mais non encore absolument révolté.
Mais quand parut le Massacre de Scio, ce fut une autre affaire. Il n'était plus possible cette fois de se faire illusion. La révolution, la hideuse révolution, se découvrait sans pudeur, cette fois, et la doctrine du beau académique se sentit directement menacée. « Ces scènes horribles, dont nul ménagement ne dissimule la hideur, a écrit depuis Théophile Gautier ^ , ce dessin fiévreux et convulsif, cette couleur violente, cette furie de brosse, soulevaient l'indignation des classiques, dont la perruque frémissait, comme celle de Haëndel, et enthousiasmaient les jeunes peintres par leur hardiesse étrange et leur nouveauté, que rien ne faisait pressentir. »
Ayant à rendre une scène d'horreur, Delacroix s'est laissé aller à la rendre horrible. Cela paraît assez naturel. L'artiste, avec son tempérament, ne pouvait le comprendre autrement. Et, d'ailleurs, qu'est-ce que l'art si on lui interdit l'émotion ? L'Académie admet bien l'émotion ; I. Les Beaux-Arts en Europe, i85i, t. l"', p. lyS. Paris, Michel LJvy, i856.
soit, mais l'émotion tranquille et douce, l'émotion avec les tempéraments convenables.
Delécluze reprochait à Delacroix d'avoir à plaisir rendu plus hideuse une scène déjà bien assez horrible par elle-même, de manquer de simplicité et de naïveté, et de faire laid systématiquement et de parti pris. Les écrivains mômes qui semblaient devoir prendre son parti Taltaquaient également. H. Beyle , qui venait de publier son pamphlet romantique de Racine et Shakspeare, tout en reconnaissant que Delacroix avait le sentiment de la couleur et du mouvement, avouait ne pouvoir admirer le Massacre de Scio, car il lui semblait être presque aussi médiocre par la déraison que l'étaient une foule de tableaux classiques par l'insignifiance, et que l'artiste y avait montre un mépris trop marqué pour le beau. M. Thiers regrettait que, pour éviter l'arrangement symétrique, Delacroix eût adopté un autre arrangement à la fois calculé et maladroit; que, pour éviter l'affectation d'un effet de lumière, il eût laissé errer le jour çà et là sans que l'œil pût se fixer; que, pour éviter le style académique, il se fût jeté dans l'ignoble, et cela en peignant la plus belle race de la terre '.
En somme, pour tous ces critiques, même les plus avancés, Delacroix passait la mesure. Leur idéal, c'était le sentimental Ary Schefîer, « le peintre des âmes «, disait solennellement M. Guizot.
Cependant, quelques artistes lui restaient fidèles, entre aujtres le baron Gérard, l'auteur de V Amour et Psyché. Il y a des mystères psvchologiques qu'il ne faut pas songer à sonder. Le peintre d'' Endymion et à''Atala félicite également Delacroix à propos du groupe de la femme morte et de son enfant. Il lui semblait cependant qu'un des yeux de la mère n'était pas tout à fait à sa place. Après plusieurs tentatives, il fut obligé de reconnaître que tout changement gâterait l'expression de la ligure.
Ce sont des incorrections de ce genre qui font dire à tant de gens que Delacroix ne sait pas dessiner.
Au moment où il expose le Massacre de Scio, Delacroix a vingt-six ans. C'est à partir de ce moment que commence à s'élever autour de lui cet effroyable tapage de discussions niaises ou violentes qui le suivra jusqu'à la mort. Mais, dès 1828, la marée montante atteint son maximum.
I. Pierre Petroz, l'Art et la critique en France depuis 1S22. Germer-Bailliérc.
EUGÈNE DELACROIX 23 A ce moment, Delacroix a fait, outre le Dante et Virgile et le Massacre de Scio, ses deux tableaux du Tasse dans la maison des fous, VEmpereur Justinien composant ses Institiites, Marina Faliero, qu'il considérait comme une de ses meilleures œuvres, et qui avait eu un très
grand succès en Angleterre, le Combat du giaoïir et du pacha, sans compter un grand nombre d'autres tableaux moins importants; U a fait la série dos lithographies de Faust, où il se montrait l'égal de Gœthc lui-même ', et, malgré cela, ou plutôt à cause de cela, toute la
I, « M. Delacroix, dit Gœthe, dans ses conversations avec Eckcnnann, est un grand talent qui a dans Faust précisément trouvé son vrai aliment. Les Français lui reprochent trop de rudesse sauvage, mais ici elle est parfaitement à sa place... — De
meute académique se lança après lui, à l'occasion du Sardanapale, exposé au Salon de 1828. Ce ne fut qu'un cri d'horreur. Mais ce qui est bien curieux, c'est que Delacroix lui-môme semble un moment être du môme avis que ses adversaires. Le 6 février, il écrit à son ami Soulier : « C'est ce matin qu'on a ouvert le Salon. Ma croûte est placée le mieux du monde. De sorte que, succès ou non succès, ce sera à moi qu'il faudra m'en prendre. J'ai éprouvé en arrivant là devant un effet abominable, et je ne souhaite pas que l'excellent public ait mes yeux pour juger mon chef-d'œuvre. C'est malheureux que je tombe à t'écrire un jour où je suis aussi vexé. Mais ce sera pour toi la peine de m'avoir écrit si peu de choses.
« Quel exécrable métier que de faire consister son bonheur dans des choses de pur amour-propre! Voilà six mois de travail qui aboutissent à me faire passer la plus foutue des journées. C'est peut-être, c'est probablement comme toutes les autres fois où le premier aspect de ma sacrée peinture accrochée à côté de celle des autres me jugule entièrement. Cela me fait l'effet d'une première représentation où tout le monde sifflerait. »
Rien ne peint mieux le caractère et les habitudes morales de Delacroix. L'impression désastreuse que cause sur lui de prime abord la vue de son propre tableau au Salon s'explique sans doute en partie par cette susceptibilité nerveuse qu'ont développée en lui les procédés habituels de la critique à son égard. Cet artiste amoureux de gloire souffre d'autant plus de se voir méconnu qu'il a en somme le sentiment intime de valoir mieux que la plupart de ceux qu'on loue. Mais cette exaltation maladive n'explique pas tout. Il faut tenir compte aussi de cette dualité singulière qui établit en Delacroix lui-môme une si grande différence entre le peintre et le critique. Après l'artiste ému, échauffé, qui en peignant le Sardanapale, s'est grisé de couleur et de mouvement, et dont la passion tragique n'a pu se satisfaire qu'en poussant à bout le tumulte et l'épouvante, voici le critique qui vient calme, refroidi, regarder son
tels dessins, repond Eckermann, contribuent énormément à une intelligence plus complète du poème. — C'est certain, dit Gœthe, car l'imagination plus parfaite d'un tel artiste nous force à nous représenter les situations comme il se les est représentées à lui-même. Et s'il me faut avouer que M. Delacroix a surpassé les tableaux que je m'étais faits des scènes écrites par moi-même, à plus forte raison les lecteurs trouveront-ils CCS compositions pleines de vie et allant bien au delà des images qu'ils se sont créées. « {Conversations, trad. E. Delerot.)
œuvre et la juger. Or, cette œuvre est tellement en dehors des habitudes contemporaines, elle suppose une manière de sentir et de comprendre tellement différente des traditions de l'enseignement dont Delacroix — il ne faut pas l'oublier — est encore pénétré, qu'au premier aspect elle le surprend lui-même comme tout le monde; et cette surprise est d'autant plus vive que le voisinage des autres toiles en fait ressortir davantage Tctrangeté Comme il l'écrit lui-même, ce n'est pas seulement le Sardanapale qui lui produit cet effet, il l'éprouve plus ou moins tous les ans, chaque fois qu'il « voit sa sacrée peinture accrochée à côté de celle des autres^ ». Il lui faut pour se réconcilier avec elle le temps d'y retrouver, en la regardant, quelque chose de l'émotion qu'il a éprouvée en la peignant; il faut que les souvenirs de l'artiste viennent réchauffer la froideur du critique et le remettre au point pour juger sainement.
Du reste, cette impression « jugulante » du premier aspect deviendra moins vive d'année en année, à mesure qu'il prendra plus de confiance en lui-même et que la comparaison répétée entre ses œuvres et celles des autres lui aura appris à se rendre un compte plus exact de la cause de ces diff"érences. Il faut ajouter aussi et surtout l'effet des discussions théoriques que soulevaient de toutes parts les divergences d'appréciation à l'égard de ses tableaux. Il y a là un point très important. Bien que plus ouvert aux choses de l'intelligence que la plupart des artistes, Delacroix, comme nous l'avons déjà dit, n'était pas du tout un homme de théorie. Il n'avait jamais jusqu'alors songé à protester par le raisonnement
1. Cette observation s'applique également à un autre grand peintre, le seul contemporain de Delacroix qu'on puisse mettre en parallèle avec lui. Comme Delacroix, Gros cherchait dans l'art l'émotion, la passion, le mouvement. Mais l'influence de l'enseignement reçu demeurait dominante dans son esprit. Tout en peignant ces grandes toiles qui sont restées son titre de gloire auprès de la postérité, il se reprochait de leur sacrifier l'art que ses préjugés d'école lui faisaient considérer comme seul élevé et sérieux. Malgré le succès de son portrait de Bonaparte à Arcole, il y attachait beaucoup moins d'importance qu'à sa Sapho à Leucade, un très médiocre tableau qu'il avait fait pour démontrer qu'il était, lui aussi, capable de faire du s^rand art classique.
2. A ces causes de trouble il faut en ajouter une autre qui résulte du tempérament de l'artiste et que Delacroix explique lui-même dans une lettre à Thoré (2 mars 1837) : « Cette ardeur inquiète qui m'entraine toujours vers cette région que je n'atteindrai jamais. Au commencement d'un travail, l'imagination s'exalte et vous promet tout autre chose que ce qu'elle réalise. On ne peut donc, quand on a fini, que jeter un coup d'oeil de regret sur cet informe composé de bien et de mauvais qu'on appelle la production d'un artiste. »