LE «FAUST», DE GCETHE
Fac-similo rcjiiit du fnmlispice d'Huijcnc Oolacroix (i.Sa.S),
contre les doctrines dominantes K II s'était contenté de protester en fait, par des œuvres où, indépendamment de tout calcul et de toute volonté, il révélait un tempérament absolument opposé à la pratique des vertus sages et reposées qu'on lui avait enseignées et qu'on prétendait lui imposer au nom de l'antiquité classique. Il est probable que, par luimême, il ne serait jamais arrivé à la formule d'une théorie contraire. Nous en avons la preuve dans l'éclectisme constant de ses goûts artistiques et dans sa répugnance à accepter le titre de romantique.
Mais autour de lui, bien qu'en dehors de lui, se formait peu à peu un groupe, qui, pour le défendre contre les anathèmes de l'Académie, à force de chercher des explications et des raisonnements à opposer à ses adversaires, arrivait peu à peu à constituer de toutes pièces la théorie de l'art moderne, dans toutes ses manifestations. Ce groupe se confondait en partie avec celui de Victor Hugo. II y avait cependant certaines nuances assez tranchées. Le poète et son école étaient surtout préoccupés de la forme. Les questions qui se rapportaient à la facture du vers, au mélange du comique et du tragique tenaient une grande place dans leurs discussions. Ils réclamaient surtout contre la servitude des axiomes classiques, au nom du droit de la fantaisie, et s'arrêtaient volontiers à la formule un peu vague de l'art pour l'art. Ils éprouvaient moins le besoin de réclamer au nom des droits de la passion dans la poésie, parce que en somme, ceux-ci n'avaient jamais été sérieusement contestés et que, en fait, ils ne pouvaient guère l'être par des gens qui se disaient les admirateurs de Corneille et de Racine.
Mais c'était autre chose pour les arts du dessin. La plupart des artistes et des critiques de l'Empire et de la Restauration, « plus dédaigneux encore des sujets modernes que ceux qui les avaient précédés, s'entichèrent tellement de l'antiquité, qu'aucun ouvrage ne leur parut digne d'attention et d'estime que si, par la disposition des lignes, par le costume, l'attitude et le geste des personnages, il rappelait exactement les œuvres de la statuaire gréco-romaine. Ils attachaient tant d'impor-
I. Prud'hon, ce génie si modeste, se faisait peut-être de l'art une idée plus complète et plus profonde que Delacroix; malgré son admiration pour les anciens, il avait un sentiment très exact des conditions de l'art moderne. Il est curieux de comparer à l'appréciation si insuffisante de Léonard de \'inci par Delacroix ces trois lignes si bien senties de Prud'hon : « Le \'inci a surpassé Raphaël bien au delà dans la pensée, la justesse de la réflexion et du sentiment, et de plus dans le précis, le moelleux et la force d'exécution, et dans l'entente du clair-obscur et de la perspective. »