‹ Eugène DelacroixChapitre 2 sur 45 · ALFRED DE MUSSET · texte numérisé non relu

ALFRED DE MUSSET

la réhabilitation de Fabry et une indemnité de cent mille francs pour sa veuve.

Cet honnête homme mourut peu après, le 8 avril 1832 (i).

Dans son discours de réception à l'Académie, Alfred de Musset a fait une discrète allusion à l'affaire Fabry :

« Venez, défenseurs des Calas, et toi surtout, mon père... »

Bien que le berceau de la famille de Musset ait été, comme nous l'avons dit, le petit manoir de la Bonne-Aventure, c'est à Paris que naquit Alfred de Musset, le 11 décembre 1810.

La maison, qui occupe actuellement le numéro 57 du boulevard Saint-Germain, se trouvait alors située au numéro 33 de la petite rue des Noyers, absorbée depuis par le boulevard.

Coïncidence curieuse : tout près de là, se trouvait le couvent des Religieuses anglaises de Saint-Augustin, où fut élevée une petite fille qui devait être plus tard George Sand.

A la différence de Lamartine et de Hugo, Musset est donc un enfant de Paris, et, là encore, nous rencontrons une influence spéciale dont on retrouvera plus tard la trace.

A ce sujet, dans un article sur la Maison de Musset, AL Tancrède Martel s'exprime ainsi :

« Cet air parisien qui manque à Vigny et à Lamartine, Musset l'étalé pour ainsi dire en ses plus séduisantes et typiques œuvres. Seul, un Parisien pur sang pouvait écrire Un Caprice. Musset se montre prodigieusement Italien et Latin dans l'admirable Lorenzaccio, ce drame digne de Shakespeare ; mais l'espiègle // ne faut jurer rien, l'adorable On ne saurait penser à tout ne pouvaient tomber que de la plume d'or d'un enfant de Paris.

« Aussi nul écrivain ne compte-t-il autant d'admiratrices chez les Parisiennes. Toutes le lisent, l'interrogent, se confessent à celui de tous les poètes « qui leur met le plus avant la main dans le cœur » — pour citer encore une fois d'Aurevilly (i). »

Il est facile de reconstituer l'ambiance dans laquelle se passèrent les premières années du poète, ces premières années qui laissent une trace indélébile dont on retrouvera constamment la manifestation chez l'homme fait.

Nous connaissons son père et sa mère.

Vovons maintenant les collatéraux comme le vieux marquis de

(i) Il était né le 6 juin 1768 et s'était marié le 2 juillet 1801. (2) Voir le Figaro du 8 décembre 1909.

MMBget-C®'gaiers,. aurtleur" d'im' vornsn épi'stolarre; Correrpond'ance d'un jeune militaire ou AI c moires de Luzigny et d'Hortense de SaiiU-Iust', et aussi les- gra-ndis-pareiits comme M. Gnyot-D'eslVerMers', anteur d^un pioèirae; smr Les: Cbtft's..

Car Alfred de Musset, en. venant au monde', portait dié'fà l'e poids mystérieux, de gilusienrH voxcations littéraires.

C'est peut-être ce qui explique la précocité et la spontanéité de son génie.

Par uiïe chaude aç)ïiès-midi êvc mois- d'août 1822*, trois voyageurs descendaient à Vendôme de la' diligen'ce arrivant de- Paris par Châ-

Ces; trois-^ voyagieurs' étaient un- h^mme- de cinquante-qna'tre ans; un jeune homme de dix-hui.ti.aiïS'eC un garçanfiet d'imedotrzaine' d<'ànnée'S, à figuiie de: fille, blond et tfose; délicieuisement joli.

Le. petit blondàn- de dtouze aim n'était autre qu'Alfi-edî d'e Musset; l'e futur poète des Nuits, qui, accompagné de- son' frère' Paul et' de- son père,, venait,, pour' lia; première fois^ âe sa "vie; pa'sser ses vacnnces' au châtean de: son. grttand-on^cîie, le marGjnis- de Musset.

De Vendôme, on se rendit au petit manoir de- la' B'onne- Aventure, uirdaé x quelque,? kilomètres^, en un- site verdoyant et pittoresque, dont nous avons déjà parlé.

OAiielques. années plus tard;, la Exaianae-Aventuire' adivint an père dfAlirfeGl,, par bénitag;e^ puis au; poète lui-mêmie; q™ vendit cette, progjiiiété. presque iîaimédiatementL

De. las Bonne-AveMmare,. M. die; Musset et ses; deux fils: se reradirenit, qiia!elques> jours- ap.rès% an château; de Cogners, où. habita-it l'oncie' de Musset, avec sa- femme et sa fiile..

Le petit Alfred, dont l'im.agination déjà si vive avait: été séduite par la. lecture d-'innombrables. romans- de; chevalerie,, fut transporté d'aise em. voyant un: véritable vieuix- château.

La demeure; du marquis de M.ueset, saais. être remarquaklemen* vaste, était cependant, et est encore, de. belles' proportions,, et se présentait de la façon, la plus-- pittoresque avec ses grandes; façatles; de hriqjues,, et le. mystère imprécis de. son poétique manteau de. lierre.

Ce château, situé t-out. près, du petit bourg de Cogners, dans, le canton de Saint-Calais, date, en grande partie, du seizième, siècle. (.1).

Alfred ouvrait de grands yeux.- Eavis,^ mais. sa. joie; futi à son comble qjUand on- l'installa dans une chambre dont les mues, disparaissaient sous d'immenses tapisseries représentant l'histoire de Don Quichotte,

(i) 'Voir Le Bas-Vendômois historique. Tlî. PEtTiTîR, li

ALiFREOD DE ^lUSS-ET 1.35

et qu'on Iiii eut dit que, sous le grand lit à baldaquin, se trouvait une tra,ppe aboutissant à une chambre secrète !

Dès le lendemain matin, aidé de .son frère, il souleva la trappe -et descendit dans le réduit, puis il alla courir éperdument dans ie paa^c, sous les frondaisons frissonnantes duquel il devait revenir pendant plusieurs années.

Il faut avouer que le château et le parc étaient plus attirants,, pour im lycéen en vacances de l'âge d'Alfred, que les habitants £ux-mêm£s, si bien disposés fussent-ils pour les deux petits Parisiens, dont le rire claironnant venait troubler, pour quelques semaines, la majesté de la vieille demeure.

'Le marquis de Musset était âgé alors de soixante-dix ans •; sa femme avait à peu près le même âge ; leur fille, Odile, qui avait 'trente-huit ans, 'était une femme excellente, dont quelques persoBnes ■se souviennent encore dans 'le pays, mais d'allure et de goût plutôt austères. lUn autre fils, Onésiphore, était militaire, et une autre €Mt, Osmane, était mariée.

Un sou3^^enir 'de deuil pesait sur la maison : douze ans aupara'^^nt, "k •qn^rième enfant du viettx marquis s'était suicidé pa-r crainte de se voir Tmpo>ser la carrière ecclésiastique.

Mme Lardin de Musset, qui conserve avec un soin pieux 'Ct iiHe •dElicalessc ^attendrie tout ce cjui touclie.au souvenir d'Alfne<â ée Musset, ■son oncle, possède un intéressant portrait du vieux marquis de Miussat, en costume de membre du Corps législatif, dont il fit partie de jiSicoà 1814 : nous sommes heureux de la remercier ici des renseignements qu'avec sa bonne grâce habituelle elle a bien voulu nous fournir.

Plus tard, Alfred revint passer de nouveau ses vacances à Cogners, entre autres en i82y.

"131 semble bien que ce séjour soit k d^rhi-er que le poète îit au ;château de Cogners (i).

Cette même année 1827, ii avait, du reste, parta^gé ses vacances entre Cogners et 'Le Mans, où il est probable :qi.n'i!l «était >àêyà. ^venn.

Am Mans, .habitait son gjrand-père materrïel, .M. '.Gu}H>)t-Desdieribieirs, un écrivain que l'on peut pla.oer en :bcŒi .rang parmi tes aitteuirs secondaipes, surtout -pour ses -poésàes sur 'les Heures et .sur les Chats.

Dans ce dernier ouvrage, dont nous avons parlé déjà, le bon Guyot- Desherbiers considère le chat comme l'animal démocratique par excellence, aussi des .malheureux :

C'est pour eux que son dos se gTorifle, Pour eux, .dans sa poitrine ronfle, La pat.eBÔtre .du iplai'sir !

.(!■) C'est .de là .qu'il -écrit, le 23 -septenibre, à -eon ami Paol iFouctier .: «Comment me laisse-t-on ici si longtemps... j'ai besoin d'un joli pied et d'une ItaiHe fine. »

136 PORTRAITS d'hier

M. Guyot-Desherbiers avait un fils qui habitait aussi Le Mans ; ce n'était point un écrivain, mais un amateur éclairé de littérature ; nous en avons la preuve dans la lettre suivante que lui écrivait Alfred de Musset :

« J'attends tes avis. Mes amis m'ont fait des éloges que j'ai mis dans ma poche de derrière. C'est à quatre ou cinq conversations avec toi que je dois d'avoir reformé mes opinions sur des points très importants ; et depuis j'ai fait bien d'autres réflexions. Mais tu sais qu'elles ne vont pas encore jusqu'à me faire aimer Racine. »

M. Guyot-Desherbiers fils, d'abord sous-préfet de Fougères, fut secrétaire général de la préfecture de la Sarthe sous Louis XVIII, Charles X et Louis-Philippe.

Quand, il y a vingt-cinq ans, M. Allain-Targé, beau-fière de M. Lardin de Musset, vint au Mans comme préfet, il trouva un vieil employé de la préfecture qui avait connu M. Guyot-Desherbiers.

Le séjour du Mans inspira plusieurs fois Alfred de Musset : c'est là qu'il écrivit Mardoché, en 1829 ; ce sont deux jeunes filles du Mans qui lui inspirèrent l'idée de : A quoi rêvent les jeunes filles ; enfin, c'est aux environs du INIans qu'il place le cadre de sa touchante nouvelle Pierre et Camille.

La famille du poète des Nuits est, on le sait, représentée actuellement par sa nièce, M'"^ Lardin de Musset, et par les deux filles de celle-ci (i).

A quelle époque Musset a-t-il écrit ses premiers vers ?

On peut affirmer que c'est à l'âge de quatorze ans, oii il composa une Chanson, restée inédite, pour la fête de sa mère.

Et la date de sa première œuvre imprimée ?

On a cru pendant longtemps que celle-ci était une pièce de vers, intitulée la Branche de myrtJie, parue dans- La Psyché, en 1826 (2).

Mais cette supposition était inexacte (3).

Il y a tout lieu de croire que les premiers vers imprimés de Musset

(i) Alfred de Musset eut un frère, Paul (1804-1881), et une sœur, Charlotte- Herminie-Amélie (1819-1905). Celle-ci épousa, le 13 avril 1846, M. Lardin, conseiller à la Cour d'Angers. De ce mariage naquit M. Paul Lardin de Musset, préfet de la Loire, mort le 28 mars 1908, âgé de cinquante-neuf ans ; il avait épousé M"'^ Le Grouas,, cousine d'Alfred, celle même dont nous avons parlé précédemment ; de ce mariage sont nées deux filles.

(2) Voir un article de Philibert Audebrand, dans le Grand Journal, du 23 septembre 1866.

(3) Voir Quelques œuvres inédites de Musset, Maurice Clouard, 1898.

Paul et Alfred de Musset iMusée Carnavalet). Photo des « Mussettistes ».

sont une ballade intitulée Le Rcrc, signée A. d. I\I., et qui parut le 31 août 1828 dans un journal de Dijon. Le Provincial :

La corde nue et maigre, Grelottant sous le froid Beffroi,

Criait d'une voix aigre Qu'on oublie au couvent L'avent.

Au commencement de 1830 paraissait, chez Urbain Canel. les Contes d'Espagne et dLtalic (232 pages, 500 exemplaires).. Quelques

jours plus tard, chez Charles Nodier, le jeune de Musset — il venait d'avoir dix-neuf ans — lisait des fragments de son premier li\re.

De cette lecture, nous avons la bonne fortune d'avoir le souvenir, grâce à un auditeur,, et queli amàltem: !! fe fliurs diarmant des conteurs, Alexandre Dumas.

En effet, dans une étude, très oubliée;, sue Mus-set, Dumas a raconté cette soirée oMz Modifeir.,

Certes, cette' page n'ajbute rien; à lia. crïtiique littéraire au' xix.* siècle, mais c'est un « grand reportage « très vivant.

Voici le portrait que l'auteur ds» Trais, Mousqimtaires- tr^àim. de l'auteur dé Rolla :

« Vers dix heure,s-, un; jeune lîDmnie de taillie- ondbiaiiÉe, mince, blond, avec des mousta:dkes- naissaiirt/es-,. die Ibngs- clieveu;^ bouclés rejetés en touffe d'un côté de la tète, un habit vert très serré à. la taille, un pantalon; de couleur claixe, extra, affectant une grande- désinvolture de manières qui n'était peut-être destinée qu'à cacher mie' timidité réelle. »

A rapprocher de ces lignes dé Saintle-Biguîve; :;

<( C'était un printemps, tout uw pîîi3itemç)& dis peésib qjiiîi édâtait à nos yeux^., Alfred de Musset n'avait pas dix-liuit ans :: lé front mâle et fier, la; jioue en fleur et qui gaindaiti encore les roses de l'enfance, la narine enftée dm souffle du désir;, ill s-'avançaid,. lé' talian sonnant et l'œil au cieli. »>

Ce que furent lés premiers succès de Musset,, on; s'en dbute, et les quelques mots suivants, écrits par ]?a.ul- dfe E^îEusset dans lâi Biographie, en disent bien long :

<( Pour espérer de plaire, les jeunes gens n'avaient pas besoin d'être riches, et il servait à quelque chose d'avoir, à dix-neuf ans, le prestige du talent et de la gloire. »

Si, pour Musset, l'année commençait nar un succès littéraire, elle ne fiu/it pas, de même, et, le i"' décembre 4830, La Nuit Vénitienne était archi-sifflée â rOdé.Gn,, malgré des interprètes comme Lockroy : « Je dis adieu â la ménagerie » écrivit A'Tusset à un rédacteur du Temps.

Quelques jours plus tard,, d'' ailleurs. Le poète devenait le collaborateur de ce journal où pendant six mois, il donna des Revues fantastiques, et où il tenait probablement la rubrique des petits Théâtres (i).

En 1832, le jeune poète fait, paraître son second recueil de vers. Un Spectacle dans un fautemi:

Dans le numéro du 15 janvier 1833 de la Revue des Deux-Mondes, Sainte-Beuve écrit :

(i) Voir Maurice Clouard, op. cit.

ALFJSLED ME MUSSET . 3;39

« .Ce sont Aà, à mon sens., des vers d'une telle :qualité paétiqwe que 'bien des gens de mérite qui sont arrirés à l'Académie par les ieurs — M. Casimir Delavigne lui-xnème si l'on veut — - m'on ,OBt peut-être jamais fait un seul darts ce,tcm. »

La jpress£ .satanrque est moins -^errflaotisiaBte. \'^aici, à titre .de ■eimosité, ce gue L^ ^CharÂzvm xdiâaiit, ik .3 janvier JÎ833 :

« M. .AlîEred de .M;usaet est ^tm graird 'jeune Tromme trlond qui fait des 'volumes jaurtes... Le 'Sp&etavie 'âans im fmiteuil est un des spectacles Les plïT-s ausai&sades qu'on pms-se ^-oir. ,»

Le volume contenait : La Coupe et les Lèvres, A quoi râvent les jvunes "fî'iles -tt Na-mvunu '!

'L'on y trouvait ces -vers de A qiwi rh'en.t les jeunes filles, gui .c"haBterit encore dans toutes les mémoires :

— .Xinfln, XdriQ^, que i-ais-.tu.de -la ,vie ? iiheur.e s'enfuit, de j.our .saccède .au Jflur.

"Rose, ce soir, deroain jBétrie, Comment vis-tu, toi qui n'as ,pas d'amour ?

L'on y tr.ouvai:t, -dans \2i .C oiif^ ,at les lèvres., ce -vers 'fameux qxie tout le monde répète sans savoir son -.origine :

Mon verre n'est .pas grand, mais je bois dans mou verre...

.Enfin, àaim, iN amcntiua., on iH-sait Ue passage sur Don Juan :

Trois mille noms charmants, trois mille noms de femmes !

Nous arrivcms maintenant ..au fait .qui .dcxniiiae toute .la \iie ;Qt .aussi toute l'œuvjÊ .de .Musset, .au iait sans ^IcequeJ u^aisset n'eût ;pas été lladmirable poète des Nuits, l'impitoyable et splsndide -malade .de Ha Confession d'un enfant du siècle, à la liaison avec George Sand.

Et cette liaison, il est nécessaiTe de l'étudier à fond, non pas, comme le dit ]M°^® Arvède Barine, le iplus 'respectueux des biographes de Musset, (( non pas pour ie bas plaisir de remuer des commérages et des scandales, ni parce qu'elle met en cause deux écrivains célèbres, mais parce qu'elle a eu .sur Musset une .'influence décisive, et aussi parce qu'elle présente un exemple unique et extraordinaire de ce que l'esprit romantique pouvait faire des êtres devenus sa proie » (i).

\^ayQns ÂQXiC ce qu'a été -'cette cruelle .et doulounerase .asventure, qui a commencé par le désir, continué par la folie, et fini par la hantise.

(i) Voir Alfred de Musset, chap. iv. M'"* Arvède B.\rixe, 1893.

Les ouvrages écrits sur ce sujet forment une bibliothèque copieuse.

Citons seulement :

Une histoire d'amour, Paul Mariéton ; Documents inédits sur Alfred de Musset, Maurice Clouard; Alfred de Musset, tome II, Les Femmes, Léon Séché ; La fin d'une légende, Rocheblave ; La vraie histoire de Elle et Lui, vicomte Spœlberg de Loveujoul ; Correspondance de George Sand et Musset, Félix Decori ; Un roman vécu à trois personnages, D"" Cabanes ; Les Amants de Venise, Charles Maurras ; Revue des grands procès contemporains (année 1897), Emile de Saint-Auban.

A cette collection, il faut ajouter, bien entendu : Les Letrcs d'un voyageur, de Georges Sand ; la Confession d'un enfant du siècle, d'Alfred de Musset; Elle et Lui, de G. Sand; Lui et Elle, de Paul de Musset.

Mais, bien entendu aussi, ces quatre derniers ouvrages ne doivent être consultés qu'avec infiniment de prudence et de précaution.

Ceci dit, revenons à notre roman vécu.

Nous sommes au commencement de 1833.

Alfred de Musset, qui vient d'avoir vingt-deux ans, est beau, enthousiaste, déjà célèbre, très adulé.

]y/[me Sand, qui a six ans de plus, est aussi enthousiaste et célèbre, et déjà elle a eu plusieurs amours, elle l'a déclaré elle-même.

Au mois de mars, Sainte-Beuve lui propose de lui présenter Alfred de Musset.

— Non, répond-elle vivement. « Il est très dandy, nous ne nous conviendrions pas. » Amenez-moi plutôt Alexandre Dumas.

Un peu plus tard, un dîner littéraire ofifert par la Revue des Deux- Mondes réunit Sand et Musset.

Le hasard les place l'un près de l'autre. Ils se plaisent, ils correspondent,, et le 24 juin Alfred de Musset adresse à George Sand une pièce de vers qui débute ainsi :

Sand, quand tu l'écrivais, où donc l'avais-tu vue

Cette scène terrible où Noun, à demi-nue,

Sur le lit d'Indiana s'enivre avec Raymond ?

Qui donc te la dictait, cette page brûlante

Où l'amour cherche en vain, d'une main palpitante.

Le fantôme adoré de son illusion (i) ?

Le 25 août, dans une lettre à Sainte-Beuve, Sand avoue nettement

(i) Cité par Félix Decori dans sa Correspondance de Musset et G. Sand (1904). La Correspondance littéraire de Musset a été publiée en 1907. (Librairie du Mercure de France.)

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