LE BOIS DU CALVAIRE
Bourgeoisie est la plus forte Et dit : la Commune est morte !
Demain, j'en fusille trois :
Ferré, Rossel et Bourgeois !
Pour des gueux de cette sorte, Du calvaire qu'on m'apporte La charpente d'une croix.
Charpentiers, taillez ce bois !
De sang, je veux qu'on l'arrose.
Déjà pour la même cause Pour des gueux de cette sorte Plus d'un rebelle a péri.
Faisons, puisqu'on me résiste Du gibet d'un Communiste Les poteaux de Satory !
En 1898 paraissait mon volume sur Eugène Pottier et son œuvre qui me valut de nombreux articles bibliographiques et lettres particulières, parmi lesquels je citerai de Edouard Vaillant : (( C'est une œuvre de justice pour le poète et le citoyen trop peu connus et dont vous avez si excellemment démontré la valeur. »
De Clovis Hugues : « Je viens à peine de recevoir votre livre sur Pottier et je l'ai déjà avalé d'une seule lampée. Que vous avez donc bien fait de faire cela! »
Du journal Justice, de Londres : « Nous avons eu des poètes populaires, des chants et chansons socialistes, mais les œuvres de Pottier, qualité et quantité combinées, surpassent tout ce que nous pouvons trouver en anglais. »
Du Tintamarre : « Notre confrère Ernest Museux poursuit la publication des « Défenseurs du Prolétariat » si bien commencée avec le premier volume de cette série : Ernest Pichio et son œuvre.
« Le deuxième volume qui vient de paraître est consacré à notre grand poète populaire Eugène Pottier. C'est l'étude la plus comiplète qui ait été faite sur le poète des « Chants révolutionnaires ».
De La Revue socialiste : « M. Museux s'est attaché en des pages simples et fortes, à retracer la vie exeiTiplaire de ce grand artiste et de ce laborieux. Que les jeunes gens lisent ce livre : ils appren-
dront quelle vie de sacrifices, acceptés sans ostentation, fut celle de Pottier, et quand ils auront fait connaissance avec l'homme, il? voudront connaître son œuvre, grande et belle, digne de sa vie. »
De La Revue de Bretagne : « Que dire de cette œuvre ? Entre les diatribes de la bourgeoisie affolée et les éloges sans réserves de l'ami, du chaleureux biographe d'Eugène Pottier, M. Ernest Museux, il y a place, il semble, pour une plus équitable appréciation. »
De L'Idée : a Dans Euglvie Pottier et son œuvre, M. Museux décrit d'une manière très attrayante et surtout fort impartiale la vie et l'œuvre du poète populaire qui jusqu'à ce jour était resté ignoré et méconnu. »
De La Critique, dans un très long et substanciel article signé (Georges Pioch : « Pottier fut pourtant un poète. Il a fait mieux qu'exprimer le génie d'une race ; il a contenu et projeté l'âme d'un monde, et du plus intéressant : « le Prolétariat ». Il a œuvré des sanglots, des râles, de la misère ! Il est un chansonnier plus admirable encore que l'admirable Pierre Dupont. Et il messiérait de le comparer à cet avant-Coppée, à ce bourgeois de Béranger. Il ne s'embarrasse pas de littérature. La beauté des mots le séduit moins que la force des idées. Son vers fruste, toujours éloquent, atteint souvent, sous l'impulsion de l'indignation, à un lyrisme de véhémence insurpassable.
« Il peint l'image. Mais elle ne surgit, toujours puissante, que pour intensifier l'Idée et non comme un agrément ou une équivoque de sensibilité. Les sonnets, d'une inspiration sobre, s'embellissent d'une forme verveuse et sonore. Les ïambes valent, pour la virulence, celles de Barbier et de Chénier. »
De La Revue Blanche : « Il faut lire ce petit livre d'enthousiasme et de révolte, à la fois enfantin, farouche et sublime. Il émeut, il fait sourire, il fait frissonner. Et surtout il fait aimer infiniment cette âme naïve et droite qui fut l'âme du bon Pottier. »
Dans ce volume j'avais rassemblé tous les témoignages que j'avais pu trouver sur Pottier. En voici des extraits :
De Jean Lombard, dans la Revue Proinnciale : « Eh bien ! nous voici devant ce que je ne craindrai pas de qualifier un grand poète. Il l'est, Eugène Pottier, par la sensation très nette de son œuvre, par le chantant de ses vers, l'envergure de l'idée, et surtout par l'apitoiement aigu du fond, qui humanise certaines de ses compositions, mieux que ne l'ont fait Béranger et Dupont même. »
D'Argyriadès, dans sa brochure sur Pottier : « Bon, doux, modeste, le pauvre vieux poète avait à peine le nécessaire pour vivre et faire vivre sa femme et ses filles qu'il adorait. Il s'oubliait lui-même, ne songeant qu'au bonheur des siens. C'est ainsi qu'en notre présence, il répondit un jour à un ami soutenant que beaucoup de grands hommes n'étaient appréciés qu'après leur mort : « Je me tuerais, si je « savais qu'après moi la vente de mes œuvres pourrait procurer une « heureuse existence à ma famille. »
Du journal Le Socialiste : « En même temps que, comme autant de flèches d'or, ses vers clouent à l'éternel pilori de l'art, les tortures de l'humanité ouvrière, Pottier — et c'est là la caractéristique de son génie — coule en rimes superbes les données de la science sociale.
(( Ce vengeur est un éducateur. Notre but, nos moyens — la lutte de classe, l'organisation d'un prolétariat conscient pour l'expropriation capitaliste et l'appropriation sociale — sont le fond de son œuvre, appelée à grandir avec le mouvement communiste qui emporte irrésistiblement le monde moderne. »
Le poète Fernand Mazade parle ainsi sur Pottier : « La vie de cet homme me paraît grande et simple : la vie de cet homme a dû être tragique. Il est bien l'homme de son œuvre, tantôt grande et simple comme celle de Rousseau, tantôt âpre et tragique comme celle de Millet. Grand et simple ou bien âpre et tragique, Eugène Pottier est toujours un maître peintre comme Millet et comme Rousseau.
« Il a à son service toute une armée d'ombres et de couleurs ; et quand c'est une couleur qu'il appelle, elle est verte comme un coin de nature, ou rouge comme une plaie qui saigne ; et quand c'est une ombre qu'il évoque, elle est effrayante comme le spectre subitement apparu d'une république assassinée. »
De Camille Dreyfus, dans La Nation : « Pottier, c'est le chansonnier des luttes du travail contre le capital, des problèmes posés à coups de fusil et de barricades. Sa poésie est âpre comme une journée d'émeute ; son vers est rauque comme le cri d'un affamé. Ai-je besoin de dire qu'il est telle passion, chantée par le poète, que je n'éprouve pas. Mais qu'importe ! Si ce poète a rendu vivante cette passion qu'il éprouve et m'en a fait frissonner quelques instants ! Qu'importe! si en lisant, j'ai vécu de sa vie et souffert de sa souffrance! Le vers de Pottier m'a fait éprouver tout cela. C'est un poète de la vraie race, dont le cœur bat de nos passions et qui vit de la vie de son temps. Lettrés, quel que soit votre drapeau politique, lisez le livre de ce vieillard paralysé, car il restera le poète du temps des grèves et des luttes sociales. »
De Georges Montorgueil dans Paris : « Sa muse n'est pas -la
grisette du Parnasse ; c'est la vivandière des fédérés. Ni gauloise, ni sans-façon ; elle ne verse pas le clairet qui réconforte et réjouit, mais l'eau-de-vie qui racle les boyaux et met le feu à la cervelle. »
De Francisque Sarcey, dans La France : « Il est bon quelquefois d'avoir un peu de conscience. Je ne me serais pas cru en règle avec la probité littéraire si, devant parler de la chanson, je n'avais parcouru, au moins du bout du doigt, un de ces recueils que l'on avait signalés à mon attention en me l'envoyant. Je pris donc machinalement le petit livre et me mis en devoir de le feuilleter. Dès les premières chansons, je fus saisi ; j'avais affaire à un vrai poète, un peu fruste, cela était visible, et dépourv-u d'études premières. Mais quelle ardeur de tempérament ! Quelle imagmation sombre ! Quelle sensibilité profonde et amère ! Ce Pottier, est, je regrette de le dire, un communard, et, sans doute, des plus violents. Mais c'est tm sincère, et il est né poète. Il n'v a pas à dire, il est né poète. Il y a, dans son volume, trois ou quatre spécimens de la chanson populaire, telle que peut l'aimer notre génération troublée et orageuse, qui sont des chefs-d'œuvre. Des chefs-d'œuvre, je ne retire pas le mot. »
De Sutter-Laumann dans V Intransigeant : « Ce livre est une œuvre de vrai poète, pleine de généreux élans, de cris de révolte et de colère contre tout ce qui opprime l'homme et le rend misérable. »
De Henr}^ Maret, dans le Radical : « Pottier qui fut Membre de la Commune, est resté jusqu'ici à demi-inconnu ; et l'on est étonné, en parcourant son livre, de n'avoir jamais pu apprécier le talent de ce chansonnier, qui est un vrai poète. Non un poète à la façon des Parnassiens, qui se contentent d'un cliquetis de mots ; mais un poète vigoureux, populaire, simple, qui n'appelle jamais l'image qu'au secours de la pensée et dont la rime est esclave de la raison. »
De Lucien Descaves, dans un article de l'Aurore : « Ces deux recueils, trop peu répandus, révèlent un chansonnier comparable, pour l'inspiration et les ressources de facture, à Pierre Dupont. La Commune et le peuple peuvent être fiers de leur chansonnier : il est de premier rang et d'une fidélité éprouvée par toutes les vicissitudes auxquelles est exposée une révolte sincère. Ce qu'il chantait en 48, il le chantait encore trente ans plus tard, et son dernier soupir, comme ses premiers cris, fut d'apitoiement sur ceux qui souffrent, dans les bagnes du travail. »
L'œuvre de Pottier est de la plus grande variété, il a touché tous les genres et excellé dans tous, créé des rhytmes nouveaux; et sa pensée est tellement profonde que nombre de ses vers resteront
^6 PORTRAITS d'hier
comme des adages de sagesse et de bon sens, comme des proverbes populaires.
Il n'a été insensible à rien de ce qui touciie la classe ouvrière, il a su rendre jusqu'aux moindres nuances ; et tout en restant peuple, il n'a pas ignoré les raffinements de l'art le plus élevé.
Ce qu'il faut surtout admirer en lui, c'est la conviction inébranlable, la passion profonde qui ne faiblit jamais. Dans ses vers ou enflammés, ou sarcastiques, ou émus de pitié, c'est toujours le révolutionnaire qui parle et c'est ce caractère qui fait de ses chants non seulement un excellent instrument de propagande, mais une œuvre de la plus haute portée littéraire, en même temps que la plus brûlante profession de foi révolutionnaire (i).
Ernest Museux.
(i) Nota. — Quel est le fou ? et la première édition des Chants révolutionnaires sont épuisés. La deuxième édition des Chants révolutionnaires, avec préface d'Allemane, Jaurès, Vaillant, et illustrations de Steinlein, Willette, Grûn, Valère Bernard, Maximilien Luce,, est en vente, au prix de i franc, au bureau du Comité Pottier, 14, rue de l'Odéon. On peut se procurer Eugène Pottier et son œuvre, par Ernest Museux, à la librairie Delesalle (Publication Sociale), 16, rue Monsieur-le-Prince.
Pour paraître: Historique du chant V a Internationale yy et ses auteurs, par Ernest Museux.
Dessin de Grûn, illustrant Jean Misère.