III. Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés
IV. Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la Justice, parce qu'ils seront rassasiés.
Y. Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
VI. Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu.
VIL Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu.
VIII. Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la Justice, car le Royaume du Ciel est à eux!
Toute la nature de Franck devait s'exalter dans cette œuvre gigantesque.
« Cette composition n'est pas seulement une des plus vastes qu'on ait écrites depuis Beethoven, elle me semble l'emporter sur toutes les autres de ce temps-ci. J'en sais peut-être de plus parfaites, je n'en connais aucune inspirée de plus haut et soutenue d'un tel souffle... Ici, le sublime rayonne et, chose merveilleuse, sans aucun secours étranger, mais par la force d'un sentiment unique, par la seule efifusion religieuse (i). »
Il nous est impossible, vraiment, de chercher à étudier ici les Béatitudes. La place manque, et nous ne pouvons faire qu'une chose : engager nos lecteurs à aller les entendre dès que l'occasion se présentera.
Néanmoins, nous ne voulons pas terminer ce chapitre, sans citer encore une fois, en nous excusant auprès de lui, M. Gaston Carraud:
<( Il peut sembler étrange que le musicien français qui a exercé la plus forte influenice sur son temps, et l'a orné de son plus beau monument sonore, ait été précisément l'homme le plus différent de ses contemporains, un homme connu hors de son temps, par l'exaltation de sa foi mystique. Mais cette foi était en lui si naturelle, familière, pour ainsi dire, qu'elle est restée toujours humaine, com'me une forme seulement d'amour, d'enthousiasme et de charité; et ceux mêmes qui ne possèdent point la foi n'ont pu rester insensibles à l'expansion du cœur inépuisable de Franck. Plus qu'aucune autre, en
(i) René de Récy, Revue Bleue, 1894.
effet, sa musique est celle qui vient du cœur, et qui va au cœur. Mais elle est en même temps organisée par l'esprit, et elle s'attache la plus vive admiration de l'esprit. Avec l'aîné d'un Beato Angelico, Franck est cependant bien de son époque par le raffinement de son sens esthétique, par la plénitude de signification, la rigueur ingénieuse et subtile de son raisonnement musical; par quelque chose de solide, d'exact et de positif dans l'ordonnance de l'inspiration même la plus éthérée, et jusque certain caractère d'abstraction à demi-philosophique, qu'on peut reconnaître en ses pages les plus enflammées ou les plus tendres, et que souligne sa façon rarement coloriste de traiter
l'orchestre. » ^
La première exécution des Béatitudes fut privée. Franck avait invité par démarche personnelle les critiques des grands journaux, les directeurs du Conservatoire et de l'Opéra et le ministre des Beaux- Arts. Le ministre s'excusa au dernier moment, ce que les deux directeurs avaient fait à l'avance. Quelques critiques vinrent, mais ne demeurèrent pas. Seuls Edouard Lalo et Victorin Joncières, l'auteur de Lancelot, restèrent jusqu'au bout. Des élèves de chant du Conservatoire chantèrent les soli ; les chœurs furent confiés à une vingtaine d'élèves du maître.
César Franck devait conduire lui-même et accompagner au piano. Mais l'avant-veille, il se foula le poignet, et cet fut son élève, M. Vincent d'Indy, qui le suppléa.
L'exécution fut médiocre... Le froid régnait parmi l'auditoire, qui ne pensait qu'à s'échapper vers un théâtre à femmes, où se donnait la première d'une opérette....
Quatorze ans après, Colonne joua l'oratorio en son entier. Quelle revanche! Ce fut la gloire, l'auréole autour du nom de Franck!
Trop tard, le maître était mort....
Les mesquineries, les agaceries que nous venons de montrer, autour des Béatitudes, assaillirent bien souvent le pauvre Franck. Les exemples ne manquent point.
Quand on le décora de la Légion d'honneur, la, croix fut attribuée au fonctionnaire comptant plus de dix années de service. Le décret du 4 aoiit 1885 porte seulement:
« Franck (César-Au^ste), professeur d'orgue. »
Pour répondre à cette insolence, les disciples du maître organisèrent un festival, qui eut lieu au Cirque d'Hiver, le 30 janvier 1887. Voici quelle en était la composition :