‹ Eugène DelacroixChapitre 21 sur 85 · Extrait d'un article de M. le baron Rivet · texte numérisé non relu

Extrait d'un article de M. le baron Rivet

retrouve plus le dessin de l'œil, à peine si je distingue les paupières. Pourquoi ne terminez-vous pas cet œil si expressif? — Parce que je ne serais pas sûr de ne pas perdre cette expression qui vous frappe, répondit Delacroix; et, si pour apercevoir les défauts, vous êtes obligé de vous approcher, permettez -moi de vous prier de rester à distance. »

Toute la théorie de Delacroix sur la peinture et sur la manière de concevoir les effets de l'art est résumée dans ce petit dialogue , qu'il se plaisait à raconter.

(( En effet, en demandant à la critique de se mettre à distance pour juger, Delacroix ne réclame que ce dont nul objet d'art ne peut se passer. L'artiste qui a employé tout ce qu'il a de facultés pour imaginer, créer, donner du sentiment et de la vie à l'objet qu'il vous présente, s'il réussit à vous faire éprouver ce qu'il a ressenti lui-même, enfm s'il vous a donné son âme tout entière, n'a-t-il pas droit qu'on ne lui demande pas l'âme d'un autre ^ ? »

(c Je suppose que c'est à partir du Massacre de Scio, a écrit Delacroix, que je commençai à devenir pour l'école un objet d'antipathie et une espèce d'épouvantail, et je me demande encore comment j'ai pu remonter un pareil courant, c'est-à-dire comment j'ai pu vivre et me tirer d'affaire sans la moindre intrigue, sans la moindre protection ; car les éloges qui me furent donnés par quelques journaux ne faisaient qu'accroître la fureur des respectables professeurs, qui ne manquaient pas de répondre que je faisais les articles moi-même, énormité qui n'est pas sans exemple, mais qui est tellement contraire à ma nature, que je n'ai jamais fait la moindre insinuation à

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