‹ Eugène DelacroixChapitre 23 sur 85 · Extrait du cahier manuscrit · texte numérisé non relu

Extrait du cahier manuscrit

ta peine de m" avoir écrit si peu de chose. Quel exécrable métier que de faire consister son bonheur dans des choses de pur amour-propre ! Voilà six mois de travail qui aboutissent à me faire passer la plus f... des journées. Au reste, je suis accoutumé à ces choses, et ne t' alarme pas trop pour l'amour de moi. C'est peut-être comme toutes les autres fois, où le premier aspect de ma peinture accrochée à côté de celle des autres me jugule entièrement; cela me fait l'effet d'une première représentation où tout le monde sifflerait.

(c Je suis complètement découragé. — Je t'écris ^ de la rue de Choiseul, n° 13. »

En effet, depuis ce moment, une critique amère et envenimée sembla s'attacher à ses pas. On l'accusait de négliger systématiquement son dessin, et d'adopter le culte du laid.

Il est certain que les études que dessinait Delacroix , et qui devaient servir à la composition de ses tableaux, étaient terminées avec un soin infini. Nous les avons eues souvent sous les yeux ; mais lorsqu'il prenait sa palette pour reporter ces études sur la toile, sa fougue de poète l'emportait, ses contours étaient souvent négligés, et son dessin manquait de correction. Qui pouvait amener ce résultat ? Pourquoi les contours de l'étude n'étaient -ils pas reportés sur le tableau; craignait-il que des détails trop terminés nuisissent à l'etïet général de l'œuvre? Ou bien une certaine fatigue s' emparait -elle de lui, l'empêchait-elle de compléter son œuvre lorsqu'il avait obtenu l'effet général qu'il avait rêvé? JNous inclinerions pour la première hypothèse : il revenait beaucoup sur ses pein-

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