A M. S..., M mars
même année. Bonnington était à Paris et Delacroix disait que c'était un fameux garçon. Thaïes Fielcling partait et formait le projet de l'aller voir à Londres. Les portraits de Lawrence et les paysages de Goustable étaient bien faits pour agir sur l'imagination du jeune peintre que la nouveauté n'effrayait pas. Il y avait donc en Angleterre un art nouveau à étudier. Dans le même temps, Bonnington, Isabey, Colin et Delacroix réunirent chacun les ressources dont ils pouvaient disposer et ils partirent pour Londres presque en même temps. C'était au mois de juin 1825.
u J'ai été présenté à Lawrence, écrit Delacroix. C'est la fleur de la politesse et un véritable peintre de grand seigneur. J'ai vu là de très-beaux dessins des grands maîtres, des peintures de lui, ébauches et dessins admirables; on n'a jamais fait les yeux, des femmes surtout, comme Lawrence, et ces bouches en tr' ouvertes, dont le charme est inimitable. »
Plus loin : « J'ai été chez Wilkee , et je ne l'apprécie que depuis ce moment. Ses tableaux achevés m'avaient déplu, et, dans le fait, ses ébauches et ses esquisses sont au-dessus de tout éloge. Comme tous les peintres de tous les genres et de tous les pays, il gâte régulièrement ce qu'il fait de beau, mais il y a à se contenter de cette contre-épreuve de ses belles choses ^ »
La vue des peintures de Coustable et de Lawrence parut faire une grande impression sur Delacroix. A son retour, il modifia beaucoup sa manière de peindre, et on annonce que la première expérience de ses nouveaux procédés fut faite immédiatement sur le Massacre de Scw, qui parut, comme on sait, à la fin de l'exposition de 18*25.
En même temps son goût se formait. Il comprenait que le talent n'est sûr et que l'indépendance ne s'établit que par une instruction complète. 11 lisait Homère , Virgile et le Dante. Il écrivait ses pensées et ses jugements sur divers sujets.
D'autre part, il déclinait cependant, vers cette époque, la mission de coopérer à la rédaction d'un dictionnaire des beaux-arts. Peut-être, plus tard, aurait-il voulu faire l'ouvrage tout seul. On trouvera ci-après (troisième partie) quelques réflexions qu'il avait écrites sur ce sujet et que nous avons recueillies sur ses feuilles volantes.
Au mois de juin 1829 il quittait l'atelier qu'il avait occupé rue Saint-Dominique-Saint-Germain, n° 36, pour venir se fixer quai Voltaire, n° 15. Sa vie alors était celle d'un homme du monde ; il se voyait recherché de toutes parts et il se plaisait lui-même dans la société des gens bien élevés et des hommes d'esprit.
« Les quelques soirées où je vais par habitude, ditil % m' ennuyer ou me désennuyer, finissent, au total, par me fatiguer physiquement à l'excès. Le plus souvent je suis accaparé par quelque jobard qui me parle peinture à tort et à travers , pensant que j'emporte de sa conversation une haute idée de sa capacité. De femmes, on ne m'en procure pas, je suis trop pâle et trop maigre. La grande occupation de mon existence , celle qui tient en suspens et en échec les hautes et puissantes facultés que la nature m'a accordées, au dire de quelques bonnes gens, c'est d'arriver à payer mon terme tous les trois mois et de vivoter mesquinement. Je suis tenté de m'appliquer la parole de Jésus-Christ qui dit que son royaume n'est pas de ce