‹ Eugène DelacroixChapitre 4 sur 85 · George Sand, Histoire de ma vie · texte numérisé non relu

George Sand, Histoire de ma vie

son amitié était presque de la passion. Il s'étudiait à conserver ses amis et il répétait souvent que des vrais amis étant ce qu'il y a au monde de plus précieux, quand on en avait trouvé un , il fallait agir avec lui différemment qu'avec le reste des hommes; au lieu de le traiter trop librement et sans façon , il fallait , au contraire , user de prévenances et d'une espèce de respect avec lui, avoir de la confiance toujours, mais toujours aussi de la discrétion et de la politesse affectueuse. Avec un ami vrai , plus qu'avec un autre homme, disait-il, il faut être sur le qui-vive, et craindre toujours de faire ou de dire quoi que ce soit qui puisse le blesser; c'est un bien si précieux, qu'il faut apporter tous ses soins à ne pas le perdre.

« 11 y a une chose, écrivait-il étaDt jeune encore, qu'on regrette toujours quelque part qu'on la laisse : c'est l'amitié. Je crois ne t' avoir pas vu depuis un an, combien nous est-il arrivé de rester aussi longtemps sans nous voir? Toi-même, il y a peut-être des semaines que tu n'as vu P... Mais quand on respire le même air, c'est presque comme si l'on se voyait. On se sent proche les uns des autres parce que l'on sait qu'en faisant quelques pas on se retrouvera. Maintenant, au contraire, je cherche à me rappeler vos traits. Hier, en trottant sur la grande route, je me disais, tout en rêvant : « Où sont-ils « à cette heure ? peut-être à table , peut-être à la queue (( du spectacle à s'entretenir de l'absent. » Il y eut, pendant quelques instants, un ciel magnifique que j'admirais avec bonheur, et je pensais que peut-être vous en faisiez autant. Je ne puis , en vérité , penser sans un serrement de cœur aux longues années que je passerai en Italie loin de vous et loin de tous ceux qui peuvent s'intéresser à moi ^))

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