HUMILITÉ
L'humilité est la base solide qu’il faut donner à toutes les vertus. L'humilité ct l’abnégation de soi-même amènent Comme naturellement l’obéissanve et la morti
fication que nous avons admirées dans notre pieux 6
colier, Eugène s’appliqua toujours et beaucoup à acquérir à un degré éminent * cette précieuse et très nécessaire vertu d'humilité. Tous les jours, il demandait à Dieu cette vertu fondamentale par la prière Domine Jesu-Christe etc. I] était lui-même très-convaincu qu’elle est la base de toutes les vertus, Toutes sont faciles à pratiquer lorsque l'humilité règne dans une âme, L'exemple de St. François qui médita pendant vingt années consécutives sur l’humilité, remplit Kugène d’une nouvelle ardeur à embrasser tous les moyens les plus efficaces pour avancer dans la connaissance et Je mépris de lui-même. Il se croyait et se disait un grand pécheur, et il aimait à passer pour tel aux yeux des autres.
Eugène fuyait les charges qui pouvaient lui attirer quelqu’honneur. Ses condisciples l'ayant élu conseiller dans
Congrégation de la Ste. Vierge, il ne comprit pas cette marque de confiance et d'estime ; mais il finit par se persuader que c'était pour le rendre ridicule, tant il s'en croyait indigne, Convaincu de son incapacité à faire du bien dans cette charge, il alla supplicr instamment le Père Spirituel de la Congrégation de vouloir bien en choisir un autre à sa place.
Même dans ses amusements, Eugène prenait une part bien secondaire pour ne pas se faire remarquer. Avait-il peu de succès dans le jeu, sa joie n’en devenait que plus sensible,
Un jour quelqu'un lui disait en plaisantant, et cela en présence de plusieurs condisciples, ‘“ qu’il avait fait Je paresseux, et qu'on pouvait en jüger par la place qu’il occupait NT en classe,” laquelle, en effet, n’était pas aussi bonne qu'à l’ordinaire, Eugène ns répondit pas sur le champ par humilité ; mais ensuite il dit à ses confrères : ‘‘ cette semaine, j’ai travaillé autant que les autres semaines; mais Dieu a permis que j'eusse une mauvaise place Parceque j'ai mérité d'être humilié. ”
Après les examens, croyant n° avoir en que peu de succès, il craignait d'avoir un bulletin défavorable ; nou parcequ'il redoutait l'humiliation, mais il n'aurait pas voulu déplaire à son oncle à quiil devait tant de reconnaissance pour le bienfait de l'éducation.
I rapportait tout à Dieu, les succès qui couronnaient ses travaux, ainsi que les qualités qu'il remarquait dans ses
: condisciples ; Dieu lui apparaissait comme l’auteur et le con-
sommateur de tous les dons. Non seulement il le croyait comme bien d’autres, mais sa conduite correspondait à sa croyance. Il manifestait sa suprême répugnance pour toute espèce de déférence et pour les marques d'estime que ses maîtres et ses condisciples lui témoignaient. Un de ses pro-
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fesseurs lui donnait-il en présence de la classe, quelque louange à cauxe de son succès, Eugène demeurait tout confuset il s'en plaignait un jour à un condisciple : { tiens, je te le dis franchement, moi, jen’ aime pas les louanges. Eugène ne reculait pas devant les humiliations ; il les accueillait avec joie et il en demandait à Dieu et aux hommes, Un de ses maîtres lui fit un Jour des reproches dans le but de l’humilier. Eugène, n'ayant pu Comprendre en lui-même comment il avait mérité de semblables reproches, ne chercha cependant pas à s'excuser en présence de ses condisciples : mais plus tard, ayant appris le motit qui avait fait parler ainsi le professeur, il le remercia de l'humiliation qu'il lui avait fait subir, comme d’un bienfait ; et son estime augmenta encore pour celui qui lui avait fourni l’occasion de pratiquer l’hu Imilité.
Ïl exprima plusieurs fois le désir d'entendre des choses humiliantes sur son compte. Il aimait qu'on lui parlât avec sévérité, quoiqu’il fût très-sensible. Il demandait les épreuves ‘“ Je sers, disait-il, le bon Dieu avec plus de joie ensuite ; je ‘comprends mieux la folie de chercher à plaire aux hommes. ”
Un jour, après l'avuir fait pleurer, on voulut éprouver sa vertu ; on lui demauda comment il recevait ces réprimandes : ‘je suis content, dit-il, ca me vaut un bon sermon. ’’ Non seulement Eugène chérissait et mettait en pratique l'humilité, mais encore il essayait d'en inspirer le goûtà ses condisciples. Il disait à l’un d’entr’eux : “ ce que tu dois t’efforcer de pratiquer, c’est l'humilité. Oui celui qui possède bien cette vertu possède toutes les autres. ” Le même élève se plaignait en sa présence que, malgré ses efforts, il ne pouvait pas apprendre ses leçons parfaitement ; Eugène le consola en lui disant qu'il devait être heureux d’avoir occasion de pratiquer l'humilité.
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C’est À cause de son grand amour pour l'hnmilité qu'il paraissait dissimuler tous les sentiments de piété qui rem. plissaient son âme. Il demeurait dans la confusion lorsque l'éclat de sa vertu brillait à l'extérieur. Il avait soin de re- Commander le secret à ceux qui connaissaient son habitude de faire oraison. Une de ses sœurs, ayant trouvé l'écrit qui renfermait les sentiments si pieux et les généreuses résolutions qu’il avait formées avant les vacances, Eugène ne put s'empêcher de lui manifester son affiction : etil la pria de
Curé de St Judes, ce qu'elle avait lu. Dans la suite il lui ouvrit plus facilement son cœur, en lui faisant part des réflections pieuses et des sentiments pleins d'ardeur que Dieu ré.
| pandait dans son âme durant l'oraison et la lecture spiritu- LE clle.