AMOUR DE L'ORAISON
Dieu donne sa grâce aux humbles. L'âme vide d'ellel | même s'envole plus facilement vers Dieu et se repose avec | de grandes douceurs dans la paix féconde de l’oraison.
ne communiquer à pérsonne, pas même à son oncle, Mr. le :
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L'attrait pour l'oraison est une récompense que Dieu accorde aux âmes établies dans l'humilité : Eugène, dont nous connaissons les progrès dans cette vertu fondamentale, reçut de Dieu la récompense d’un grand attrait pour l’oraison. La méditation des grandes et consolantes vérités de uotre sainte religion servit admirablement à nourriret à développer sa piété. :
Il s’appliqua d'abord à connaître parfaitement la méthode d’oraison et à apprécier les avantages de l’oraison mentale en écoutant avec avidité les instructions qui lui furent
faites sur ce sujet. Bientôt il fut capable de faire oraison
avec beaucoup de fruit. Pour bien faire oraison, il suffit d’aituer Dieu ardemment : Eugène, qui avait consacré à Dieu tous les sentiments de sou cœur, devait donc se plaire à s'entretenir avec l'objet de son amour. Souvent il disait que jamais il n'avait éprouvé autant de bonheur dans le service de Dieu que depuis qu’il faisait oraison. C'est surtout par ce saint exercice qu’il disposait son âme à recevoir les consolations divines au jour des grandes solemnités de l'Église, et de ses communions, comme nous l'avons vu dans son règlement de vacances ; il s'était imposé le devoir de faire oraison tous les jours. Il n'y manqua qu’une seule fois, étant ce jour là dans l'impossibilité de la faire.
Après les vacances, il répéta plusieurs fois que c'était un grand sacrifice pour lui que de ne pouvoir pas continuer tous les jours l’exercice si utile et si consolant de l'oraison, et il demanda à son directeur de lui en procurer l'avantage, Ce n'était pas possible, vu le danger où on l'aurait exposé, d’affaiblir sa santé en retranchant une partie considérable de ses huures de récréation tous les Jours. Mais on le consola un peu, en lui disant que la fidélité à la règle ÿ Suppléerait jusqu'à un certain point, et qu'il sufhrait de
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2) |" faire oraison trois ou quatre jours par semaine, se contentant les autres jours de s'occuper des sujets déjà médités. Il se réjovissait lorsqu'il y avait plusiours jours de congé dans la semaine, surtout à cause de l'avantage qu’il avait de pouvoir alors se livrer à la méditation. L'heure qu’il s'était , fixée était-elle arrivée qu'aussitôt on le voyait abandonner ses amusements pour aller jouir avec Dieu de la conversation dont l'expérience lui avait démontré la douceur ; non habet amaritudinem conversatio illius, nec tædium convictus illius.
La première méditation qu'il fit suivant Ja méthode qu'on Ini avait enseignée, fut celle sur le Salut. On le trouva à genoux devant le St. Sacrement, la figure baignée de larmes. Il employa une heure entière à la réflexion sur cet important sujet. Ce temps lui parut-bien court. Il déclara ensuite que ce fut un des momentsles plus heureux desa vie, et qu'il ne soupçonnait pas que l'on pût goûter tant de douceur dans l'oraison.
La mort et le jugement ont toujours fait sur lui une grande impression lorsqu'il les méditait. Ilavait écrit une méditation sur la mort, qu'il tenait continueliement sous ses yeux afin de se rappeler le souvenir de e2 passage terrible du temps à l’éternité. Une image de St. Bruno méditant sur les fins dernières de l’homme et sur les miséricordes de Dieu, lui rappelait la même vérité.
Cette pensée de la mort, si souvent le sujet de ses méditations, le préoccupait beaucoup dans les derniers mois de sa courte vie; on eût dit qu’il pressentait sa fin prochaine. Pendant sa dernière retraite, il disait à un de ses condisciples qu’il s'attendait à mourir dans le cours de l’année : quelques jours avant d'être atteint de sa deruiére maladie, il communiqua à un de ses maîtres que, dans un sermon qu’il venait d'entendre, queiques paroies sur la brièveté d
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la vieet sur la mort qui nous menace à chaque instant, l’avaient extraordinairement frappé, et que depuis ce temps i] faisait de sérieuses réflexions sur ce sujet,
Ce qui montre combien l’oraison avait familharisé cet enfant avec l’idéé de la mort, c'est que le jour qu’il entra à l'Hotel- Dieu pour ne plus en sortir vivant, sa sœur étant venue lle voir, lui fit l'observation qu'il était triste. ‘‘ As-tu envie de mourir ”, lui dit-elle? ‘Je le demande tous les jours ”, répondit Eugène.
11 semble d'ailleurs que Dieu lui ménageait souvent des circonstanecs qui lui rappelaient le souveuir de la mort. Ayant demandé un livre pour s'occuper vendant la maladie, on lui prêta uu petit livre intitulé : le jour des morts. Il avait souvent sous les yeux deux images qui fixaient son attention et faisaient une grande impression sur lui : l’une représentaitla mort du pécheur, l’autre la mort du juste, Tout cela ranimait sa foi, l’engageait à vivre saintement et le préparait au grand assage qu'il devait bientôt entreprendre.
Nous venons de voir qu’il demandait tous les jours à mourir. ÆEn effet, la mort quelqu'effrayante qu’elle soit par ellemême, lui était devenue en quelque sorte familière par ses fréquentes méditations sur cette salutaire pensée. Les terreurs de la séparation de l’âm : d'avec le corps, n'empêchaient pas Eugène de la déir r véritablement. C'est qu'il espérait mourir de la mort du juste et aller au ciel. Toutefois cette coifiance était accompagnée de crainte et d'humiité. ‘Si nous avions à paraître devant Dieu pour être jugé, disait il “ quelque fois, nous serions couverts de honte : qu'est-ce que ‘ nous pourrions dire pour nous justifier ? ‘” Plus d'une fois Bugène fut remarqué, ayant les yeux tournés vers le ciel, et remplis de larmes, Lorsque la conversation roulait sur les