‹ Eugène Drolet ou L'écolier modèle [microforme]Chapitre 4 sur 22 · EUGÈNE AU COLLÉGE · texte numérisé non relu

EUGÈNE AU COLLÉGE

Nous n'avons point d'autres détails sur l'entrée d'Eugène

au Collége. Dès les premiers temps après son arrivée, les ‘directeurs, bien qu déja prévenus en sa faveur, furent frap- = pés de is naïveté, de ja modestie et de le candeur. du jeune

e NU

lève qui était placé sous leurs soins, Cependant ils ne connaissaient pas encore tout le prix de l'acquisition qu'ils vepaient defaire Ils étaient luin de penser què ee petit écolier devait jeter plus d'éclat par ses brillantes vertus que tous ceux qui l'avaient devancé : qu’il serait choisi ponr ouvrir et sauctifier Ja terre qui devait recevoir leurs cendres. Mais on s'aperçut bientôt que ce n'était pas un enfant ordinaire : la vertu, quand elle est solide et constante, quelque cachée qu’elle soit par l'humilité, ne tarde jus à être découverte et appréciée. {1 fut bientôt facile de voir en ce jeune enfant les preuves les plus frappantes d’une éducation reliwiense trèssoignée. Aussi il ne fut pas longtemps sans s’attirer l'estime et le respect de ses maitres et de ses condisciples. Ses confrères de classe, mieux que tous les autres en position d'apprécier ses qualités, lui donnèrent de nombreux témoignages d'attention et de déférence qui le mirent plus d'une fois dans Ja confusion. Tous aimaient à s'eutretenir, à s'amuser avec lui

Sa conversation était pleine de charmes : doux, affable, d’un caractère agréable, il savait plaire à tous ceux qui l’entouraient. en même temps qu'illes édifiait par ses paroles et sa modestie. Jamais on n’eñt osé se permettre rien d'inconvenant en sa présence, tanton était persuadéde l'affiction qu'il en aurait conçue, Plusieurs ont remarqné que lorscuil se trouvait avec quelqu'un qu'il ne connaissait pas on je voyait répondre en tremblant. et il avait hâte de se retirer 1 plustét possible. Qn a attribué cette espèce de défiance à Ja crainte qu'il avait de rencontrer quelque mauvais compagnon, Durant l’espace de plusieurs mois après son entrée au colléve, on ne voyait Hugène s'amuser que rarement avec ses condiciples : il passait le temps de ses récréations à s'occuper tantôt de Dieu, tantôt de ses bien-aimés parents. Très-sou- ‘pet il pensait À sa mère, qu'il avait laissée dans la désolation *

dns Fe

causée par sn départ ; et il se rappelait avec plaisir les sen-

timents d'amour maternel qu'elle lui avait si souvent expri-

mués, Alors il comprit mieux que jamais la grandeur du sacrifice qu'elle avait fuit en consentant à se séparer de lui. Que de bonheur il éprouvait en apprenant des nouvelles de sa bonne mère ! Les lettres qu'il en recevait lui faisaient verser des larmes de joie et augmeutaient encore son :affection pour celle qui lui avait donné le jour.

Les lettres d'Eugène nous fournissent des témoignages fréquuts de son amour persévérant pour sa mère absente. Voiï. ci uns de ces lettres :

Ma trè:-chère maman.

Hier, pendant que presque tous Îles écoliers étaient occupés à se récréer, moi, assis seul dans un coin de notre grande salle, je prenais aussi le temps de ma récréation, mais d’une manière bien différente de la leur. En effet,eux ne pensaient qu'à faire des jeux...et moi je n'avais l'esprit occupé qu'à ma très-chère wère. Oh! qu'elle était agréable cette récréation qui semb ait ne m'avoir été donnée que pour m'occuper de toi en particulier |

Quels doux et attendrissants souvenirs se présentaient à mon imagination? Je me rappclais les belles veiilées que je passais auprès de toi et de mon père, ainsi qu’avee mes frères cb mes sœurs ; et Je me disais : aurai-je encore le bonheur de passer de semblables veiliées chez nous ? Et une voix sembiait me dire : Oh! elles te seront bien belles. il est vrai, tes premières velllées de vacances, puisque-tu-té trouveras à cô-

té de.ta chère mére ; mais, hélas! tu n'auras lus ton père

Et tout-eela, comme tu le vois, était. bien attendrissant. Mais une pensée beaucoup, plus: touchante. vint préoccuper mon esprit. Il me semblaitt’entendredire : ‘ monpetit Eugè-

ne ne pense plus à sa pauvre mère, il ne m'écrit plus : Oh, 8’il savait combien cela me Chagrine, ” Tu ne saurais croire Comme j'eus le cœur gros, et je ne pus pas même retenir mcs larmes. Il est vrai que j'aurais dû t'écrire plus tôt ; mais chère maman, tu n’en voudras pas à ton petit Eugène, je l'c&père.

Je finis, ma chère mère," en t'embraseant de tceut mon Cœur, sans oublier toute la famille ; et me dis pour la vie

Ton fils qui t'aime beaucoup Eugène.

L'époque du renouvellement de l’année, qui produit ordinairement une joie excessive chez les enfants, rendait Euvgène plus sérieux, Sa piété filiale devenait plus vive; il aurait voulu Ja manifester à ses bien-aimés Parents. Mais Dieu en l'éloignant de la maison Paternelle voulut Ini refuser cette jouissance, afin de l'attirer à lui d’une manière plus parfaite. L'enfant se soumettait généreusement aux desseins de Ja Providence ; et la pensée qu’il était dans ja maison de Dieu, le meilleur de tous les pères, et de Marie, la plus tendre des mères, venait dissiper ses ennuis.

On aimera peut-être à lire la dernière lettre qu'il écrivit à Ba mére, à l’occasion du Jour de l'an.

| 1 Janvier 1858

Ma très-chère Maman.

‘Tu peux penser que c’est pour moi un trés-grand sacri. fice de passer le jour de l'an loin de toi : aussi je t’assure que depuis mon réveil çe matin, j'ai le cœur bien gros. Je me promène dans-notre salle de récréation, et une fcule de souvenirs se présentent à moi. Je. pense à tous les jours de l'an que j'ai passés chez nous, et je me dis: Oh! qu'ils étaient

bieu beaux pour moi ces jours; car j'avais je bonheur de ‘me

trouver auprès d’un père et d'uue more ;

mais aujourd'hui cu n'est plus de même : non-seulement je n'ai plus de père,

mais je me trouve aussi privé de la présence de ma très-chère mère. Tu vois donc, Chère Maman * Que toutes ces pensées sont b'en propres à attrister le cœur, Cepeudant malgré tout cela, je puis te dire que j'é

prouve beaucoup de sonsolatiou, lorsque je peu

se au bonheur que nous avons eu de trouver un oncle qui a bien voulu prendre la place de notre père. Où serais-je moi maintenant, si nous n'avions pas eu ce bonheur ? Je ne serais probablement pas au collée où on nous-enseigne la science et la vertu. Il nous importe donc à nous tous de prier pour ce bon oucle qui a pour nous toute Ja tendiesse d'un père. C’est ce que je fais aujoyrd'hui, à la crèche de l'Enfant Jésus. Mais en priant pour mon oncle, je n'oublie pas non plus dans mes prières ma chéère mère et toute la famille.

À présent je terminerai en te priant de me donner ta bé nédiction. Ah! j'es; è e bien que tu ne la refuseras pas à un fils qui t'aime de tout son cœur.

Le même jour, il exprimait ainsi dans une autre lettre, à

son oucle, Mr. le curé de St. Judes,

Sa reconaissance profonde :

Mon très-cher oncle,

‘Je me trouverais bien heureux,

passer le jour de l’an chez vous. I] est vrai que je n'aurais pas le bonheur de jouir de Ja présence de ma mère; mais au moins je pourrais m'entretenir moi toute la tendresse d'un

s’il m'était permis de

avee un oncle qui a pour père..…..Dieu n'a pas voulu me laisser longtemps orphelin. Il vous a choisi pour me ser- : vir dé père. Aussi je ne sais que faire pour vous té

moigner .

ma reconnaissance, Mais je er

vis bien que c’est en obéissant

Page 1