‹ Eugène Fromentin (volume 2)Chapitre 23 sur 46 · U ( '■ È N K F ROM F N 'I' I N · texte numérisé non relu

U ( '■ È N K F ROM F N 'I' I N

l'énorme plaisir que vous causez à cet amour-propre en lui taisant un si grand honneur.

J’attends avec anxiété, moins la fin de l’histoire que nous croyons deviner, que le triomphe du juste et la défaite de Moreali. Par quels moyens, par quelles armes? Ce qu’il y a de si beau la dedans, c est que, dans cette lutte des âmes contre la discipline, les armes sont les plus nobles et les plus simples : les mouvements du cœur, les élans de l’esprit. Pas de ruses, pas de stratagèmes; la discipline est effrayante, la doctrine a mille entortillements de conscience a son service. Deux cœurs très épris, deux esprits pénétrés peu à peu de la même envie de s’affranchir, vont se délivrer naturellement, par le seul effort de leur expansion.

Excusez ce verbiage, et tenez seulement que je vous remercie, pour moi et pour bien d’autres.

Vous dites ce que beaucoup de gens ont sur les lèvres, et ce que pas un d’eux ne pourrait dire faute de deux rares privilèges que vous avez : le génie et le courage.

Lundi, apres minuit.

Bien chère madame, voilà, je pense, un succès1! En êtes-vous heureuse? En avez-vous joui comme nous, qui avons partagé l’émotion de la salle entière, et recueilli, cachés dans votre corridor, l’ovation qui vous était adressée sous vos fenêtres?

La pièce exquise; — les acteurs très bien, presque sans réserve et sans exception; — une rare et merveilleuse leçon de goût, de décence, de noblesse, de naturel et de vraie grandeur dans le simple; — un public assez intelligent pour saisir tout cela, et qui semble se convertir lui-même en vous applaudisant ; — la vraie puissance du génie reconnue enfin ! exaltée et consacrée devant d 'autres puissances qui ne s’en sont pas montrées jalouses; c’est un spectacle unique, que je n’avais jamais vu, et que nous vous remercions bien de nous avoir procuré.

Page 1