Il s'agit du grand succès du Marquis de Villemcr
L’ECRIVAIN
Il ne faut donc pas trop médire de notre temps. Le public a racheté ce soir bien des inepties et bien des sécheresses.
Il est tard; nous rentrons fort troublés.
Permettez à deux amis qui vous aiment tendrement de finir cette soirée émouvante en vous embrassant respectueusement et du fond du cœur.
Mme FROMENTIN. EU G. FROMENTIN.
Malgré de tels encouragements, malgré les sollicitations pressantes de la Revue des Deux Mondes 3 Fromentin ne renouvela pas son incursion dans le domaine du roman. 11 redoutait les écueils de la répétition ; les routes peu frayées l’attiraient et le roman n’était pas de celles où il eût pu faire de grandes découvertes.
D’ailleurs, il caressait depuis quelque temps un projet dont il entretint à plusieurs reprises ses amis, notamment Gustave Moreau et Ricard. 11 voulait écrire une sorte de promenade esthétique et technique à travers les galeries de peinture du Louvre; il voulait étudier les procédés de l’art à leurs sources les plus pures, les plus rares et, dans cette étude qui, selon son ambition, devait être un code
de haute critique, déposer ses pensées intimes sur l’art et les artistes anciens, sur ces maîtres qu’il interrogeait et aimait avec passion depuis sa maturité, et formuler sur le vif toutes les conquêtes de son expérience, tout le fruit de ses méditations; en un mot, suivre devant des chefsd'œuvre que nul autre musée au monde ne présente avec cette abondance et cette variété, de Mantegna et de Fra Angelico à Léonard et à Raphaël, de Zurbaran à Velâzquez, de Van Eyck à Rubens, de Frans Hais à Rembrandt et à Metsu, de Clouet à Watteau, à Prud’hon et à Delacroix, le développement des idées esquissées dans son Programme de critique. Ce vaste projet ne fut pas réalisé, mais il l’amena à écrire pour la Revue des Deux Mondes le volume qu’il a intitulé les Maîtres d'autrefois et qui est un compromis ingénieux entre l'ouvrage de critique pure qu’il avait rêvé et les formes de littérature descriptive dont il avait su tirer, dans ses deux volumes de voyage, un si merveilleux parti. A l’analyse des phénomènes pittoresques du Sahara , puis des phénomènes moraux de Dominique , succédait l’analyse de phénomènes esthétiques.
Les Maîtres d'autrefois n’étaient-ils, comme le ferait supposer le sous-titre : Belgique et Hollande , que le premier membre d'un plus vaste édifice? Je ne sais. Tel qu’il apparut, d’une façon assez inopinée, Fromentin l’ayant écrit d'une haleine en l’espace de quelques mois, le volume des Maîtres d'autrefois eut un immense succès, que justifiaient d’ailleurs amplement l’indépendance des vues, la franchise des opinions, la nouveauté des méthodes. Les
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