‹ Eugène Fromentin (volume 2)Chapitre 26 sur 46 · L’ É C R I VA I X · texte numérisé non relu

L’ É C R I VA I X

s’établissent d’une façon plus nette, et que tel homme, par exemple, Van de Velde, que nous serions tenté de mettre au premier, ne vient qu’à peine au second, et encore.

J’ai aperçu la campagne plutôt que je l’ai visitée, mais je la connais et la sais bien. J’ai passé ma vie dans les églises, les Musées et les collections particulières, et je puis dire que j’y ai beaucoup,, mais beaucoup travaillé. D’un voyage de repos, j’ai fait, je m’eu doutais, un voyage de pur travail; mais, ce travail, d’un genre tout nouveau, m’a distrait et reposé, ce qui est l’essentiel.

En ferai-je de meilleure peinture ? Je ne le crois nullement; mais j’aurai appris et je connaîtrai à fond certaines parties de notre histoire de l’art, que je me reprochais d’ignorer.

Bien entendu, je ne rapporte rien, sinon des notes abondantes.

Ferai-je quelque chose avec ces notes et mes souvenirs, je le désire et je le crois. Quand? comment? sous quelle forme? Je verrai cela pendant mes vacances.

Mais, certainement, après les critiques, après les historiens,, même après les historiens locaux, dont j’ai lu quelques-uns, il y a presque tout à dire, non pas sur la vie des hommes, qui est maintenant très bien et très finement étudiée, mais sur la nature, la qualité et la portée de leur talent.

Il y a tant d’erreurs et tant de préjugés !

Excepté Papeleu, que j’ai rencontré dimanche à Gand, et deux, ou trois Rochelais trouvés de Rotterdam à Amsterdam, pas l’ombre d’une connaissance. Ah! si, Flameng, à La Haye. Quant à Luminais, nous n’avons pas dû suivre la même route ; ou je suppose qu’il m’a toujours précédé de quelques jours. — Portaëls, qui avait va votre tableau et le trouve fort de son goût, m’a promis qu’il serait, placé d’une façon digne de lui.

L’exposition s’ouvrira, je crois, le 25. J’en ai vu les baraquements, mais je n’y suis point entré.

Ici, j’ai trouvé un accueil parfait de bonne grâce et d’empressement, et j’y ai noué pour l’avenir, si jamais j’y viens, des relations fort agréables.

Bruxelles est charmant. Il n’y a de charmant, comme séjour,, que Bruxelles et La Haye, qui est bien la ville la plus exquise que

je connaisse. Toutes sont curieuses. Quelques-unes sont mortelles d’ennui, excepté l’intérêt de leurs églises.

Bref, j’ai bien fait de me déplacer, et bien fait de venir par ici. Un voyage ailleurs, dans un pays sans art, ne m’aurait pas distrait de ce qui m’occupe et ne m’aurait rien appris. Celui-ci m’a distrait, et probablement me donnera l’occasion de dire enfin un mot des choses que j’aime et que je crois sentir juste.

Et, vous, cher ami, travaillez-vous? Comment êtes-vous d’esprit, de corps? La saison a été affreuse; la voici rétablie, je crois, enfin! Quelles nouvelles de vos enfants? Je vous écrirai de Paris pour vous dire quand je le quitte, ce qui sera, je crois, dans très peu de jours.

Adieu ! Pardonnez-moi mon long silence. Mes plus tendres respects à votre chère mère. Quant à vous, mes chers amis, laissez-moi vous embrasser tous les trois aussi tendrement que je vous aime et du fond de mon cœur d’ami.

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