‹ Eugène Fromentin (volume 2)Chapitre 8 sur 46 · ARABES DU SUD · texte numérisé non relu

ARABES DU SUD

(Fac-similé d’un dessin au crayon estompé, d’Eugène Fromentin.)

LE PEINTRE

pinceau, de tableau en tableau plus flexible et plus léger. Après s’étre montré coloriste distingué, il devient ce qu il est resté, un harmoniste du sens le plus subtil. Il justifie beaucoup mieux qu’à ses débuts l’expression si topique de Sainte-Beuve, et « vise à ses plus grands effets en combinant merveilleusement des procédés moyens ».

Dès qu’il est entré dans cette voie, essentiellement plus picturale, son métier progresse sans arrêt. On peut dire, en un certain sens, c’est-à-dire au point de vue des qualités techniques, que ses derniers tableaux, s'ils n'ont plus

la même franchise d'impression et la même vivacité d effet que ses premières œuvres, sont cependant les meilleurs. Et, dans cette forme définitive de son talent, il devait beaucoup à Corot. Sans doute, on peut expliquer cette évolution par cette remarque essentielle, que Fromentin ne peint plus, à dater d'une certaine époque, que de souvenir, avec la liberté réfléchie d’un homme qui vit sur un fond amassé en lui-même et affine à l’extrême ses procédés.

Je remarquerai encore qu'une tendance bien personnelle des études de Fromentin va en s'accusant à dater de l’année 1 86 r : je veux parler de son amour très grand pour les chevaux. Fe cheval joue un rôle de plus en plus fréquent dans ses compositions : cheval élégant, aristocratique, cheval de sang aux allures vives et fières, ayant sa poésie, son langage. Fe cheval de Fromentin m'a toujours intéressé. Jamais il n’est insignifiant ni même ordinaire. On comprend à ses mouvements, à son regard, aux variétés de sa forme et de son pelage, qu’il a été peint par une main amie. Cependant, malgré sa connaissance pro-

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