‹ Eugène Grasset et son œuvreChapitre 11 sur 23 · EXPOSITION DE GRASSET · texte numérisé non relu

EXPOSITION DE GRASSET

L'EXPOSITION des œuvres de M. Grasset est une très belle fantasmagorie du passé.

Le symbole des couleurs, l'illustration et l'histoire des temps disparus miroitant parfois devant nos yeux, alors que la mémoire les enveloppe de somptueuses draperies pour la fête et pour l'affirmation d'an superbe talent, sont réunis, au Salon des « Cent», dans les bureaux de la Plume, 3i, rue Bonaparte.

Il y a une joie intense à suivre lentement les cadres minuscules, k arrêter son regard devant les fresques de simplicité, à s'oublier au charme, au drame, à l'imprévu, à la suggestion puissante de toutes ces œuvres.

M. Grasset est un rêveur qui travaille comme un moine dans sa prison, avec patience, avec foi, de toute intellectualité. Il se révèle de savoir et de piété enseignante. Son labeur est de haute dignité et fait penser.

Qui sait réfléchir aime et admire plus et mieux M. Grasset que ceux de seule impression et de premier sentiment. La nature chez lui ne vit pas seulement à travers un tempérament, c'est toujours sa pensée artiste qui juge et ordonne les mémoires des temps abolis pour un but décoratif.

Le trait imagé est par lui une page d'histoire; les voix éparses de la nature, les âmes des amants, pour des drames magnifiques de couleurs et d'imagination, nous enserrent toujours en leur broderie bien tissée avec M. Grasset.

Ici nous ne pouvons faire ressortir toutes les qualités de l'artiste ; qu'il nous suffise de le remercier pour le plaisir qu'il nous procura et nous prodigua à l'examen de détails qui se groupent et s'accusent plus merveilleux au salon des « Cent », que nous n'avions pu goûter jusqu'alors que très imparfaitement en face de ses affiches ou ds ses dessins illustrant des volumes connus.

Tout le monde est unanime à consacrer son effort et k applaudir ce que les lettrés seuls connaissaient.

Il faut espérer que l'Etat va donner une plus large liberté à cet artiste et qu'il lui fournira l'occasion de faire de la décoration. Certes si M. Grasset consacrait son temps à doter nos musées de travaux comme les planches de : la Bataille de Granson, Siège de Paris par Henri IV, François Ier armé chevalier et Y Entrée de Jeanne d'Arc à Orléans, nous aurions des commentaires très précieux, neufs et originaux de notre histoire.

Où M. Grasset est tout-puissant d'évocation, d'imagination créatrice, où il excelle par-dessus tout, c'est, à notre avis, dans ces admirables compositions de vitraux où l'architecture et le fini sont absolus : Jeanne d'Arc et Saint Michel, Tiges de Jessé, et Verrières de Jeanne d'Arc pour la cathédrale d'Orléans. , Nous ne rappellerons pas les affiches : Théâtre de COdéon, Art romantique, et tant d'autres. Elles ont laissé en nos yeux des impressions trop vivaces et trop près de nous pour avoir besoin d'insister.

Mais ce que nous voulons signaler, choyer et garder en mémoire, et bien en dehors des illustrations de si haute valeur, comme : les Quatre Fils Aymon, Duel mérovingien, la Nativité aux Lis ; k coté des aquarelles comme la Forêt enchantée, la Muse druidique, ou Jardinage, ce qu'il faut voir, admirer et revoir sans cesse, c'est Jear des Figues.

Ah ! oui, M. Grasset est un joaillier de noble tâche!

Comme une forêt enchantée, son œuvre est touffue et laisse aux cœurs épris d'art l'évocation, le sentiment agréable qu'il yak regretter le passé. A les voir revivre ces évocations dans des paysages irréels de très beau songe, on est heureux comme les tout petits enfants écoutant des légendes dorées, et, d'ailleurs, les personnages et tous les drames de M. Grasset ont cette naïveté et cette force de nos souvenirs de marmousets qui sont notre meilleure joie.

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